This is a reproduction of a library book that was digitized by Google as part of an ongoing effort to preserve the information in books and make it universally accessible. Google books https://books.google.com Google À propos de ce livre Ceci est une copie numérique d’un ouvrage conservé depuis des générations dans les rayonnages d’une bibliothèque avant d’être numérisé avec précaution par Google dans le cadre d’un projet visant à permettre aux internautes de découvrir l’ensemble du patrimoine littéraire mondial en ligne. Ce livre étant relativement ancien, 1l n’est plus protégé par la loi sur les droits d’auteur et appartient à présent au domaine public. L'expression “appartenir au domaine public” signifie que le livre en question n’a jamais été soumis aux droits d’auteur ou que ses droits légaux sont arrivés à expiration. Les conditions requises pour qu’un livre tombe dans le domaine public peuvent varier d’un pays à l’autre. Les livres libres de droit sont autant de liens avec le passé. Ils sont les témoins de la richesse de notre histoire, de notre patrimoine culturel et de la connaissance humaine et sont trop souvent difficilement accessibles au public. Les notes de bas de page et autres annotations en marge du texte présentes dans le volume original sont reprises dans ce fichier, comme un souvenir du long chemin parcouru par l’ouvrage depuis la maison d’édition en passant par la bibliothèque pour finalement se retrouver entre vos mains. Consignes d’utilisation Google est fier de travailler en partenariat avec des bibliothèques à la numérisation des ouvrages appartenant au domaine public et de les rendre ainsi accessibles à tous. Ces livres sont en effet la propriété de tous et de toutes et nous sommes tout simplement les gardiens de ce patrimoine. Il s’agit toutefois d’un projet coûteux. 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Vous pouvez effectuer des recherches en ligne dans le texte intégral de cet ouvrage à l’adresse http : //books.gqoogle.com 4 DENT | he 4 ) 7” . 4 CT J 4 27, -. 4 7”,; "4 h. - site "* 1! #4 . ad . , . - À A Cise- < M + > Tr J à L/ -. ’ #7 17. 2 1 dE, | » 4 2 - , {) À Es 4 " lee, À let À A HS 5408. Je" Len CRE A] A x e PT LF ne un DS A NÉ, CAL L A tr, ARE TE" = * = - s PAM AK PL $. Ve Le 'OREA RAT/ : ES RE PH à — 4 SN nes ohe AS , CE : Léiss AA? ps 9,4 PEER : bit 2 ; > 27 3. Én.—- éé il COR LS | HA és ” PE Me. ina À Was | Er panrE PPALE S Br: D A | } LPO | f ù 1 t l'a CT > — % ee NP PAP = pes à | | PE 6 2 s Ar. je LD DITES at PT CE SEAL CRE PU ES Ne Pride : 557 PR, (frise L 764 (ge , Le ARBRE | - pee | ee | | de er | 624 T7 4 "#4 Ye . l PR, 2 à 7 ’ v2 “ ee, 7 À | 2 ” * ‘ A TA YU ; " “+ . : | r - : te 7 | | 4 : ! ° LIN 4 " 2 VA! : . c : 4 : Fr « ) 2” . . - La + LL + ; z. | k = - d - ALES AOL PEMANS À, 7 ONE *RRRES KP RE Re ARC GT SES =. ‘Al /2 DE =: ; 4 4 ) |, A À: \ ! “ CN . Ve = à > si - CEE) " A di "A t 7 - : 1 : - L l ” î E « = 7 _ _— | 14 4 + np à PURE | ñ OR u ll 4 { | il » nr mme + mt 18 710 LD 2 mire. Cet 4 LL « (et #7 ” #2 (4 tEZ, PL. AE dns 27e Fe LT LENS PR LP PO E YO UHR 2 UT AT de Ni: ’ 2,22 ES un d'A. + : RAP PE. | î . 18 RE) Ed AP US y L L ) M2 . . , . / jus " À h? tés +, L : | : A4 UC 1hé | 4? . », ve ïz PERS Ve: U, We Fe mie care td tx je | ANNE NAT RES ü A % lus MALE NM { . (! QU 0) : baux | A (Sel 4 07 à L proc ’ émoires e M été agricole & scientifique de la Haute-Loire, SOCI Loire, Le Puy Le Puy, Société scientifique et agricole de la Haute FSILAS WRIGIT DUNN KING || | REQUEST D. LUNIVERSITY or MICHIGAN || | É: GENERAL LIBRARY _: | A oo 0 oo LULU LOAT Né PAS LE TON NES ! AS [Or H38 Digitized by Google Digitized by Google s O 6 VET É ë A Le " À RS SCIENCES, DE L'INDUSTRIE ET DES ARTS DE LA JL | ET PROCÈS: -VERBAUX. 4 à 7 "4 | A de | | À PTE j | PREMIÈRE ANNÉE. — PREMIÈRE SÉRIE LL o" 305 LA té ve PTT 1! » Fe 1878 « repere 0 — 4 : 1 À 4 | LE PUY ” -P. MARCHESSOU, IMPRIMEUR DE LA SOCIÉTÉ + . Boulevard Saint-Laurent, 23 M DCCC LXXVIIEI : È rs. Ex Digitized by Google | i »* Digitized by Google ee = me me MÉMOIRES ET PROCÉÈS-VERBAUX LE PUY. — IMPRIMERIE MARCHESSOU, BOULEVARD S'-LAURENT, 93. SOCIÉTÉ DES AMIS DES SCIENCES, DE L'INDUSTRIE ET DES ARTS DE LA HAUTE-LOIRE LAS PSP PSS PIS PLIS PRIS PPS APP MÉMOIRES ET PROCÉÈS-VERBAUX PREMIÈRE ANNÉE. — PREMIÈRE SÉRIE [878 LE PUY M.-P. MARCHESSOU, IMPRIMEUR DE LA SOCIÉTÉ Boulevard Saint-Laurent, 23 M DCCC LXXVIII Digitized by Google Couruus i AN ‘4 Payrrée it-4&3-à7 14339 SOCIÉTÉ DES ANIS DES SCIENCES, DE L'INDUSTRIE ET DES ARTS, DE LA HAUTE-LOIRE PS PP PSS SANT ES NT EEE SE STATUTS PPS PISILSI CHAPITRE PREMIER Organisation. ARTICLE PREMIER. Une société est constituée au Puy, chef-lieu du département de la Haute-Loire, avec l'approbation du Gouvernement, sous le nom de Sociélé des amis des sciences, de l'industrie et des arts de la Haute-Loire. AnT. 2. La Societé s'occupe de toutes les questions intéressant les sciences, l'his- boire, les lettres, les arts, l'industrie et l’agriculture. Elle s'interdit formellement toute discussion touchant de près ou de loin à la politique ou à la religion. ART. 3. Elle se compose de membres résidants, non-résidants, correspondants et de membres honoraires, en nombre illimité. ART. 4. L'administration de la Société est confiée à un conseil composé : du Président, des Vice-Présidents, des Secrétaires, des Trésoricrs, des anciéns I" SERIE, 1878. 1 Li STATUTS Présidents et Vice-Présidents et de cinq membres elus en seance pour co! objet. Aucune délibération du conseil n'est valable si elle n'est prise à la majorité absolue, par cinq membres présents au moins. La voix du Prési- dent n'est pas préponderante, ART. 5. Le conseil d'administration a pour devoirs de faire exécuter toutes Îles délibérations et règlements de la Société, de régulariser et d'ordonnancer toutes les dépenses, de vérifier tous les mois l'état de situation de la caisse et de donner chaque année, dans la seance de janvier, un compte exact et détaillé des recettes et dépenses de l'année révolue; de présenter, en outre, un état approximatif des ressources et des dépenses présumées de l'année courante. Il doit aussi constater, au moios une fois par an, l'état du mobi- lier, des archives, de la bibliothèque de la Société et des diverses collec- tions publiques dont la garde pourrait lui être confiée. Anr. 6. e Le sceau de la Societé est compose des armes historiques de la ville du Puy avec cette légende : Sociélé des amis des sciences, de l'industrie ct des arts, et en exergue : Emulalion et progrès. CHAPITRE Il Dignitaires de la Société. ART. ‘. Les dignitaires de la Société sont : 1° Un President; 2° Deux Vice-Présidents; 3° Deux Secrétaires ; 4° Deux Tresoriers. STATUTS [H ART. 8. Le President a la police de la Société. I préside les séances, Gxe l'ordre du jour avec les secrétaires et le fait exécuter, convoque la Société et signe la correspondance administrative. Il prononce les divers discours et a seul le droit de convoquer extraordinairement la Société dans les circonstances urgentes. | Les Vice-Presidents, en cas d'absence du Président, ont les mêmes at- tributions. AnuT. 9. Les Secretaires tiennent la correspondance générale, sont chargés du soin de convoquer les membres aux réunions ordinaires en leur envoyant des lettres de convocation, et rédigent les procès-verbaux de toutes les séances. [ls doivent reproduire fidèlement, mais succinctement, les différen- tes discussions, propositions, etc., soulevées dans les séances, et soumettre les procès-verbaux à l'approbation et au visa du conseil d'administration. C'est à eux que les différents mémoires destinés à figurer dans les publi- cations de la Societé, doivent être remis et ce sont eux aussi qui, avec l'auteur de ces mémoires, veillent à leur distribution et impression, lors seulement que la publication de ces mémoires a été autorisée par le con- scil d'administration. Anr. 10. Les trésoriers doivent veiller à la rentrée de toutes les sommes compo- sant l'actif de la Société (allocations, dons, cotisations) et remettre à cha- cun des membres une quittance en échange des versements. Ils disposent des fonds de la société, mais chacune de ces dépenses doit ètre ordonnan- cée et approuvée par le conseil d'administration. Ils rendent tous les trois mois, en séance générale, un compte exact de la situation de la caisse. AnT. 11. Les cinq membres composant le conseil d'administration, avec les digni- taires précités de la Société, sont renouvelés par voie du sort tous les trois IV STATUTS ans, savoir : deux après les trois premières années et trois au bout de six ans. Ils sont nommés, au premier tour de scrutin, à la majorité absolue, et au second, à la majorité relative. Les membres sortants sont rééligibles. Le Président, les Vice-Présidents, les Secrétaires, le Trésorier et le Vice-Trésorier sont élus pour quatre ans, à la majorité absolue aux deux premiers tours de scrutin et à la majorité relative au troisième. Ils sont toujours rééligibles, En cas de décès ou de démission d'un des membres du bureau ou du conseil d'administration, il sera pourvu à la vacance dans le délai de deux mois. CHAPITRE III Réceptions et devoirs des membres de la Société. AnT. 12. La Socièté aura, en outre, des officiers organises en commission pour divers sujets, tels que commissaires organisateurs des réunions générales et des cérémonies, commissaires pour les recherches historiques et archéo- logiques, etc. AnT. 13. Le nombre des membres residants de la Societe étant illimite, il suffira, pour ètre admis, d'adresser une demande au Président ou d'être présenté par deux membres titulaires, et de joindre, à l'appui de la demande ou de la présentation, un mémoire inédit ou imprimé concernant un point quel- conque des sciences, de l'agriculture, de l’industrie, de l’histoire ou des arts, ou un titre quelconque. Le Président fera part à la Société des de- mandes d'admission, dans une de ses séances, et il sera nommé une com- mission composée de trois membres, chargée de faire, à la réunion sui- vante, un rapport sur les mérites du candidat. Il sera ensuite procédé à un vote où la majorité absolue des votants sera nécessaire pour être élu. Le Président proclamera le résultat el chargera le secrétaire de remettre au STATUTS V recipiendaire une carte constatant son admission, dans le cas où le candi- dat aurait réuni le nombre des voix exigées. Le tiers des membres titulai: res sera nécessaire pour que le vote soit valable. Les membres résidants doivent assister aux séances de la Société et lui faire part de leurs travaux et recherches. Ils procéderont aux différents votes et, en échange de la cotisation fixée à 10 fr., ils recevront toutes les publications périodiques de la Société. AnT. 14. Les membres non résidants, en nombre illimité aussi, seront soumis aux mêmes règles d'admission. Ils auront les mêmes obligations, sauf, toutefois, le drait de voter. En échange de leurs cotisations fixées comme pour les membres résidants, ils auront droit aux mêmes publications, ART. 15. Les membres correspondants nommés sans présentation de mémoires sur la proposition d'un membre, résidant ou non résidant, par les mem- bres résidants de la Société, seront pris à peu près en nombre égal dans chacun des cantons du département. Ils ne donneront aucune cotisation et ne recevront point les publications. Toutefois, ils seront nommés mem- bres résidants ou non résidants après un vote de la Société, s'ils s'engagent à verser la cotisation annuelle. Ils devront adresser à la Société toutes les communications intéressan- tes relatives à des faits, tels que phénomènes météorologiques, découvertes de tout genre, etc., dont ils auront été les témoins. AnT. 16. Les membres honoraires sont choisis soit parmi les notabilites de la science, soit parmi les membres de la Société qui lui auraient rendu des services signalés. Ils sont nommés par la Société, sur la présentation du conseil d'administration, au scrutin secret et à la majorité des membres présents ; leur nomination n'est définitive qu'après acceptation écrite. Les membres honoraires ne paient aucune cotisation; ils recoivent gra- tuitement les publications de la Société et jouissent de tous les droits ac- quis aux membres non résidants, c'est-à-dire qu'ils peuvent assister aux VI STATUTS séances, mais qu'ils ne peuvent point voter, n'ayant que voix consultative comme les membres non résidants. CHAPITRE IV Séances ordinaires et publiques. AnT. 17. La Société tient ses séances le premier jeudi de chaque mois à 4 heures, sauf, toutefois, les jours fériés. Dans ce cas, la séance sera remise à hui- taine. ART. 18. Dans chacune des séances, la Société désigne les différentes commis- sions chargées de faire des rapports, des études et des comptes rendus des ouvrages intéressants envoyés, donnes à la Société ou achetés par elle. Le secrétaire lit le procès-verbal de la dernière séance, rend compte des différentes demandes d'admission adressées au président ou réclamées par des membres titulaires. Les questions de l'ordre du jour fixé par le prési- dent sont discutees. AnT. 149. Chaque année, à la session d'août du Conseil général, la Societé tiendra une séance publique dans laquelle seront exposés les travaux et progrès de la Societé. Des mémoires et des rapports préalablement soumis au conseil d'administration, et concernant les points les plus intéressants de Îa science, de l'histoire, des lettres, des arts y seront lus. Arr. 20. Les membres résidants, non résidants, correspondants, honoraires ont STATUTS Vi] le droit d'assister à toutes les séances ; mais, seule, les membres résidants ont le droit de voter. AnT. ?1. À l'effet d'encourager les sciences, l'histoire, la littérature, les beaux- arts, etc., chaque année la Socitté décerne des prix consistant en médail- les ou livres aux auteurs les plus méritants qui auront envoyé à la Société des mémoires. Ces mémoires ou ouvrages seront soumis à l'examen de commissions nommées à cet effet par la Société, Les lauréats ne pourront pas être récompensés de nouveau avant un délai de deux ans. CHAPITRE V Sections de la Société. ART. 22. La Société est fractionnée en plusieurs sections dans lesquelles pourront se faire inscrire chacun de ses membres, Ces sections ont un bureau spé- dial et tionnent des réunions particulières, mais, en aucun cas, ces réunions ne pourront empéècher la réunion mensuelle générale, ART. 23. Ces sections sont au nombre de six : 1o Section des sciences morales et politiques ; 90 Section des sciences physiques naturelles et médicales ; 3° Section des sciences historiques et archéologiques ; 4° Section de la littérature et des beaux-arts ; 5° Section de l’industrie et du commerce : 6° Section de l'agriculture. VIII STATUTS ART. 24. La section de l’agriculture, qui prend le nom de Comice agricole du Puy, a, vu son importance, un fonctionnement particulier établi par un règlement spécial. Les membres de cette section devront verser une cotisation distincte et fixée à six francs. Ils ne pourront être pris que parmi les personnes habitant l'arrondissement du Puy. AnT. %5. La Société couvre toules les dépenses concernant les frais généraux (impressions. frais de bureau) et retient le quart des cotisations du Comice. Elle publie dans ses mémoires les communications de la section agricole et en distribue un tirage à part à chacun des membres du Comice. CHAPITRE VI Dispositions particulières. AnT. 20. Du 10 août au premier novembre de chaque année la Société suspendra ses séances. | ART. 97. En cas de dissolution, les ouvrages composant la bibliothèque de la Société appartiendront à la ville du Puy. Anr. ?%. Les différents manuscrits envoyés par des auteurs à la Société devien- dront sa propriété. STATUTS 1X AnT. 29. L'obéissance aux statuts est obligatoire pour tous les membres de la Société. Un exemplaire de ces statuts leur sera délivré. En cas d'infraction aux statuts ou aux lois de l'honneur et de la bienséance, le conseil d'administration juge s'il y a lieu de donner un avertissement au membre qui aurait commis cette infraction. En cas de récidive ou d'extrême gravité, le conseil en réfère, à la première séance, à la Société qui, après avoir entendu le rapport sommaire des faits, décide sans discussion, au scrutin secret et à la majorité des membres présents, s'il y a lieu de prononcer l'exclusion du membre inculpé. ART. 30. Les modifications aux statuts ne pourront être faites qu'après avoir été présentées par écrit au conseil d'administration et revêtues de la signature de cinq membres au moins. | Les modifications sont ensuite proposées par le conseil d'administration en séance générale, et la Société peut seule voter les changements pro- poses, X STATUTS ARRÉTÉ DE M. LE PRÉFET Autorisant la constitution ct approuvant les Statuts de la Société des amis des sciences, de l’industrie et des arts de la Haute- Loire. Le Préfet de la Haute-Loire, Vu les articles 291 et 294 du Code pénal, Vu la loi du 10 avril 1831, Vu le décret du 25 mars 1859, Vu la demande formée par M. Avmard, archiviste départemental, ancien président de la Société d'agriculture sciences, arts et commeree du Puy, etc., etc., à l'effet d'obtenir, pour une association composée d'un nombre indéterminé de membres, l'autorisation de se constituer sous le nom de Sociélé des amis des sciences, de l'industrie et des arls de la Haute-Loire. Vu les statuts de ladite Société, ARRÊTE : Anrricee premier. — La constitution de la Sociélé des amis des sciences, de l'industrie el des arts de la Haute-Loire, dont le siége est au Puy, est autorisee. AnT. 2. — Les statuts de la Societe dont ampliation est annexée au présent arrêté sont approuvés. Aur. 3. — M. le Maire du Pur et M. le Président de ladite Société sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution du présent arrête. Fait au Puy, le 9 mars 1878. Le Préfel : Signé : LABORDÈRE, Pour ampliation : Le Conseiller de préfeclure, faisant fonclions de Secrélaire général, Signé : DE Ponavier. BUREAU DE LA SOCIÉTÉ DES AMIS DES SCIENCES, DE L'INDUSTRIE ET DES ARTS DE LA HAUTE-LOIRE PPPPPIREI PRPL PEL ET INT PIS EXERCICES 1878 A 1881 Ca alé os "RCE AAC LES "DE ER LR CRU EN PRESIDENT M. Ayuann £}, archiviste départemental. VICE-PREÉESIDENTS MM, E. Vissauuer, ancien député, vice-président du Conseil général, avocat. Moner. %, docteur-médecin, maire de la ville du Pur. SECRETAIRES MM. A. JacoriN, membre de plusieurs sociétés savantes. L. GRATUZE, avocat, ancien conseiller général. TRÉSORIERS MM. L. Nauras, notaire, conseiller général. À. ALIx, propriétaire. CONSEIL D'ADMINISTRATION EXERCICES 1878 A 1880 PPST PSE PPS LT PISÉ CPITTSÉ MM. CHabannes, avoué, secrétaire du Conseil général. E. Boxer, ancien notaire, adjoint à la Mairie. BéuiBex X ÉŸ, inspecteur honoraire d'académie. À. Lascouse, conservateur de la bibliothèque de la ville. T. Braun, ancien maire, conseiller général, président de la chambre syndicale des dentelles. —.. + CAN D—— ms MÉMOIRES NE PP LIRE PES PS PPS SPP PL PP LS LP PP PPS SPS PSS SLT OS PPS PIE SE LOL NT LA LIGUE EN VELAY C'est d'un consentement à peu près unanime qu’on place la fin du moyen âge à la prise de Constantinople. La date de 1453 exprime d’une manière assez fidèle l’une des évolutions les plus importantes de l’histoire générale, mais elle s'applique moins bien aux évènements qui s’accomplirent sur le sol vellave : en réalité, le moyen âge ne se clot en nos montagnes que par l’ex- tinction des guerres religieuses. La Ligue est chez nous le su- prême éclair, le dernier mot d’un ordre de choses évanoui. L'ère moderne se lève, pour nos pères, avec le triomphe définitif de Henri IV. Ce contraste entre la physionomie distincte de notre province et l’état politique du reste de la France est un fait significatif et qui mérite d'être relevé. On peut reconnaître à travers les siècles, et surtout aux époques voisines de la nôtre, combien le Velay fut rétif aux idées nouvelles, et avec quelle énergie il se rattachait aux mœurs antiques, aux institutions héréditaires. Le goût du passé et de la tradition, la défiance des changements, la dévotion un peu archaïque, l'esprit conser- vateur, en un mot, sont des traits de race qui apparaissent sur- tout chez nos écrivains indigènes. Médicis écrivit ses Chroni- ques dans la première moitié du xvi° siècle, mais le style, le ton ordinaire de son œuvre, la forme comme le fond appartiennent 2 MÉMOIRES plutôt à l’âge précédent. Que l’on compare notre bourgeois du Puy au premier auteur venu de Guienne ou de Bourgogne, et l'on sentira la différence! Par sa prudhomie et sa naïveté, Mé- dicis rappelle bien mieux le temps de Louis XI et de Char- les VIII que celui de François [**. Médicis retarde sur ses con- temporains des autres régions et il en est de même pour les chroniqueurs qui lui succèdent : eux aussi se tiennent en ar- rière de leur siècle. La Felléiade, pure curiosité de collection- neur, ne possède d'autre mérite que celui d’une vieille relique : cette versification laborieuse, empêtrée, bizarre, tranche sur la poésie d'alors, déjà si claire et si limpide. Oddo de Gissey, qui composa son livre en 1620, ne semble point avoir respiré l'atmosphère qui l'entoure. Il relève du xvi° et non du xvn° siè- cle : son langage suranné, sa douce bonhomie sentent leur Amyot et leur Montaigne. Il faut bien se garder de nous en plaindre : le tour libre et dégagé, un léger parfum d’honnête gauloiserie, le 7e ne sais quoi dont se parent les vieilles choses et les vieux discours, constituent le charme principal de ces pieux récits, mais le fait n'en reste pas moins certain : notre hagiographe est un homme d'antan et d'arrière-saison. La dissonance de notre littérature vellave avec la littérature du dehors éclate spécialement chez Jacmon. Celui-là est un homme du peuple, à peu près inculte et qui écrit à la diable, sur son comptoir, d'où s’exhale une odeur de cuir, un arome com- mun et vulgaire; il ignore les artifices de style qui peuvent donner le change ; il est sans fard et sans prétention, ét ne pos- sède même pas ce vernis extérieur qui dérobe les lacunes d’une éducation incomplète. C'est à peine s’il parle français; l'orthographe fantaisiste de son manuscrit dénote l'abus quoti- dien du patois local. Si Jacmon eût vécu à Tours, à Lyon ou même dans des villes moindres, il eût employé une forme plus correcte, il eût ressenti quelques-unes de ces influences, qui dans les alentours assouplirent et émancipèrent la prose française. Son parler fruste et ses idées courtes accusent un milieu tout imprégné de moven âge, et si Buffon a dit juste: LA LIGUE EN VELAY 3 ment que le style c’est l'homme, Jacmon n’est guère un homme du xvu° siècle. Il est donc vrai de dire, en prenant la littérature comme la mesure assez exacte de l'étiage intellectuel, que le Velay se tint, aux époques de Médicis, de Burel et de Jacmon, un peu au dessous du niveau et qu’il eut de la peine à se soumettre à l’a- lignement général. Ceci revient tout simplement à reconnaître que le Velay resta, en somme, un pays de tempérament peu ré- volutionnaire, impatient du joug de la mode, ami de la règle, lent à se mouvoir et à se transformer. Il serait injuste de quali- fier de routine cette prédilection de nos pères pour ce qui dure, et de voir un signe d'infériorité dans cette faculté de résistance à l'entratnement des innovations. Après tout, la mobilité n’est point un signe de force : la race saxonne prouve, depuis trois siècles, que la liberté, loin de se refroidir au contact de la tradi- tion, y puise ses armes les plus sûres de propagande et de vic- loire. Agir lentement, mais procéder à coup sûr, nouer la chaîne des temps au lieu de la rompre, faire du présent l'héritier du passé, bannir les soubresauts, les réactions et les surprises, tel est le programme des peuples sains et vigoureux. Au temps jadis, le pays vellave n’a cessé d'offrir ce spectacle de solidité et de constance. Très-peu accessible aux révolutions, lourd à se remuer, il gardait ses conquêtes et aliénait rarement le prix de ses sacrifices. Une fois son patrimoine conquis, il s’y te- nait avec une âpreté singulière : ses franchises municipales, sa- laire de tant de luttes, fruit de si longues douleurs, furent main- tenues avec une ténacité inébranlable jusqu’au jour néfaste où Louis XIV, ce roi des bourgeois, dit Saint-Simon, et qu'il vau- drait mieux appeler le roi des bureaucrates, ravit à la province toute vie locale. L'amour de l'indépendance s’accordait chez nos pères avec le respect de la tradition, et voilà pourquoi la ville et le diocèse semblent, au moyen âge, marcher et mar- chent effectivement moins vite que les contrées voisines et sui- vent le cours des idées plutôt qu'ils ne le devancent. C'est aussi pourquoi nos guerres religieuses sont empreintes d'un carac- 4 MÉMOIRES tère de froide énergie et de sombre exaltation. Tout ce que le moyen âge contenait de libres allures, d'initiative et parfois d'indiscipline, s'était condensé dans ces âmes simples et pro- fondes, où vivaient sans partage deux ou trois de ces principes. qui sont l'aliment des sociétés humaines. De là vint cette per- sistance du moyen âge à vivre et à se perpétuer sur notre sol au-delà des limites que partout ailleurs les lois historiques tracèrent à son essor. On peut apprécier diversement la Ligue, on l’aime ou on la maudit, suivant le point de vue auquel on se place; mais il est difficile de n'y pas voir l’une des plus énergiques explosions de la conscience, le superbe réveil de cette foi ardente dont le moyen âge fit sa vie et sa lumière. La Ligue en Velay mit au jour d’héroïques exemples d’abnégation et d'intrépidité, que no- tre âge est peut-être inhabile à comprendre. Souffrir et mourir pour un principe, ne compter pour rien les aises, le bien-être et même l'existence, se refuser aux plus évidentes nécessités de la politique, abdiquer tout souci personnel, telle fut la conduite de nos fidèles populations, et, quel que soit le drapeau que l’on suive, c'est là un spectacle qui s’impose à l’admiration respec- tueuse, en dépit des excès et des fureurs dont ces luttes intesti- nes subirent trop souvent la souillure. Ce qui donne à la Ligue, dans nos parages, ce caractère d'opiniâtreté intense et de vita- lité profonde, c’est précisément le goût du se/f-governement dont notre moyen âge avait gardé le dépôt. Les ligueurs vellaves avaient conservé à peu près intactes les passions de leurs de- vanciers : leurs franchises consulaires offrirent un libre cours à l'expression armée de leurs convictions religieuses. En un mot, la Ligue se résume chez nous en ces deux termes : amour jaloux, exclusif de la vieille foi, et fièvre aiguë d'autonomie lo- cale ; ce qui se réduit à cette formule plus concrète : persistance du moyen âge jusqu'aux confins du xvu* siècle. La Ligue en notre province a déjà fourni la matière d’un beau livre : les récits de M. Louis de Vinols sont une œuvre classi- que, mais nos guerres religieuses offrent encore un vaste champ vw LA LIGUE EN VELAY J à la recherche. L’exhumation de titres inédits et de pièces in- connues peut amener une vue plus nette, une appréciation plus exacte des événements qui se déroulèrent, de 1562 à 1596, dans nos montagnes. Sous ce rapport, les documents que nous offrons au public nous semblent avoir un certain prix. La figure de Rochebonne ne se détache point assez vivement dans l'ouvrage de M. de Vinols : Pierre de Châteauneuf, sei- gneur de Rochebonne en Vivarais, capitaine de 50 hommes d'armes, exerça une grande influence sur les premières phases de la lutte. Nommé sénéchal du Puy en 1568, il étendit beau- coup les attributions de sa charge et fit élever, aux alentours de Corneille, ces armatures de pierre, dont le temps a respecté jus- qu'à nos jours les robustes assises. Sa lettre aux Etats du Viva- rais en 1572 et son mémoire au maréchal de Damville de 1577 attestent sa vigilance et sa vigueur administratives. Les trois ti- tres que nous devons à notre excellent ami et collaborateur, M. l'abbé Payrard, nous introduisent en pleine mêlée de la Ligue. La lettre du sénéchal de Chaste au roi Henri IV contient de curieux détails sur le siége d’Espaly et elle révèle la parfaite entente qu'avait le chef royaliste du caractère des hostilités et de leurs exigences stratégiques. La dépêche de Henri IV, du 11 décembre 1596, démontre la sourde résistance, en notre ville, des passions vaincues mais non éteintes et qui survivaient à la pa- cification universelle. Nous recommandons aux lecteurs les piè- ces qui concernent l'évêque de Sénectère. Antoine de Sénectère est l’une des figures les plus hautes de notre histoire et c’est assurément le type le plus remarquable de la Ligue vellave. Ses contemporains ne l'ont point compris et le chroniqueur Burel n’exprime à son égard que haine ei malédic- tions. Au premier aspect, le prélat semble versatile et incons- tant. D'abord ligueur intrépide et presque farouche, il se calme peu à peu et devient le chef desPolitiques, c’est-à-dire le repré- sentant, en notre province, de ces idées de modération et de tran- saction que le chancelier de L’Hopital tenta vainement de faire prévaloir et qu’il était réservé à Henri IV de formuler sur le lre sÉniR, 1878. nl 6 MÉMOIRES trône. La prétendue apostasie de notre évêque s'explique d'’a- bord par sa noble intelligence et sa vision patriotique des vrais intérêts du pays; elle s'explique surtout par deux ordres d'idées que nous nous promettons d'étudier plus tard et à notre aise dans un travail spécial. Ces deux ordres d'idées éclairent les Chroniques de Burel et donnent le mot de la volte-face de l'évê- que; on peut les résumer ainsi : 4° La Ligue, à l'origine exclusi- vement religieuse et aristocratique, inclina rapidement à la démagogie. Les tumultes de la rue et des carrefours, les-sédi- tions de la foule, la prédominance des nouvelles couches, appa- raissent dans le récit de Burel et constituent à la fin le vrai nœud du drame. Il en fut ainsi dans les grands centres, surtout à Paris. La Ligue échappa vite aux mains du haut clergé et de la noblesse pour tomber en celles des moines mendiants et des tribuns populaires. Les évêques ne pouvaient pactiser avec ce radicalisme très-peu latent; ils se mirent l’un après l’autre en dehors du conflit : homme de haute naissance, l’évêque du Puy dut battre aussi en retraite et se refuser à faire l’œuvre de la Révolution. 2° La Ligue eut le tort de dépasser la frontière et de s’allier à l'étranger. C'est alors que l'épiscopat, en majeure partie, rompit brusquement avec une cause qui faisait appel à l'Espagne et à Philippe Il. Antoine de Sénectère répudia, pour sa part, toute connivence avec le parti des intransigeants et opéra dans son rôle public cette transformation qui mérite à sa haute mc- moire les respects de la postérité Nous indiquons brièvement les lignes principales de la conduite de notre évêque; nous y reviendrons bientôt et en dé- tail. Les pièces que nous donnons se rattachent à la première phase de sa carrière, Ce coup d’æœil rétrospectif sur nos Annales est-il simplement caprice d'archéologie, fantaisie de curiosité pure? Loin de là; l'étude de l'’histoite devient de plus en plus une nécessité so- ciale. Quoique nous en ayons, le passé nous obsède et nous do- mine. Nos esprits sont tellement hantés par les souvenirs et les LA LIGUE EN VELAY 7 doctrines de nos pères, que ces souvenirs et ces doctrines for- ment la base de l'éducation, le thème de toutes les controver- ses, le fond commun de toutes les idées. Pour les intelligences d'élite et les âmes incultes, le point de départ, la règle des opi- nions consiste dans les manières diverses de sentir ou de juger l'ancien régime. Aux uns, l’ancienne France ne rappelle que troubadours et trouvères, pages et châtelaines, foi vive, mœurs viriles, élans chevaleresques. Les autres voient uniquement dans ces époques tragiques le triomphe de la force, le règne des ténèbres, une longue série de malheurs et d'oppressions où le sens moral et la dignité humaine font absolument défaut. Passe encore si ces avis contradictoires se bornaient à la spéculation ! Mais chez nous on fait bon marché des théories abstraites, et les systèmes historiques se formulent en réalités quotidiennes. Allez au fond de nos luttes actuelles et vous trouverez leur germe dans les jugements que provoquent les réminiscences des insti- tutions disparues en 1789. Le noble pense à la féodalité; Île bourgevis au tiers-état, le paysan aux censives, l'ouvrier aux communes : Navita de ventis, de tauris narral aralur. C’est ainsi que chacun se façonne un passé imaginaire et que le courant des idées dérive d'évocations historiques qui surgis- sent à travers le prisme de la haine ou de l'amour. « Je crois, disait Bastiat, que ce qui nous fait apparaître sous des couleurs si poétiques les temps passés, la tente de l’Arabe, la grotte de l’anachorète, le donjon du châtelain, c'est la distance, c'est l'il- lusion de l'optique. Nous admirons ce qui tranche sur nos ha- bitudes, La vie du désert nous émeut pendant qu'Abdel-Kader s'extasie sur les merveilles de la civilisation. Croyez-vous qu'il y ait jamais eu autant de poésie dans une des héroïnes de l’an- tiquité que dans une femme de notre époque? Que leur esprit fut aussi cultivé, leurs sentiments aussi délicats, qu’elles eus- sent la même tendresse de cœur, la même grâce de mouvement 8 MÉMOIRES et de langage? Oh! ne calomnions pas la civilisation (1)!»Ilya beaucoup de vrai dans cette boutade du grave économiste. L’his- toire s’est faite jusqu’à ce jour non par le raisonnement, mais par le sentiment. De là des partis pris déplorables ou des infa- tuations ridicules. Cette influence des sophismes historiques pèse d’un poids si désastreux sur notre conduite publique et privée, que des radicaux moroses se sont pris à envier le sort des peuples sans histoire, comme les Américains, et ont souhaité l'abolition complète du passé de la mémoire des hommes. C’est là un pur rêve : le sommeil d'Epiménide et les eaux du Lethé ne sont que des fables mythologiques. Il est impossible de ré- pudier l'héritage de nos devanciers. Si donc le passé se lie par une trame secrète, mais inexorable, à notre présent, si l'ombre de l’ancien régime plane sur nos conflits actuels, si, en un mot, nous sommes au moral comme au physique les fils de nos pères, l'étude de l’histoire, loin d’être un simple délasse- ment, un jeu d’oisifs, devient une nécessité pratique, un besoin social. « La connaissance du moyen âge, a dit un penseur de nos jours, mais la connaissance exacte et scientifique, sincère ct sans parti pris, est pour notre société un intérêt de premier ordre. Elle est le meilleur moyen de mettre fin aux regrets in- sensés des uns, aux vides utopies des autres, aux haïines de tous. Pour remettre le calme dans le présent, il n’est pas inu- tile de détruire d’abord les préjugés et les erreurs sur le passé. L'histoire imparfaitement observée nous divise, c’est par l’his- toire mieux connue que l'œuvre de conciliation doit commen- cer (2). » C’est à la lumière de ces principes que les Tablettes historiques du Velay ont accompli une course déjà longue et fructueuse. Ce modeste recueil, concu et rédigé sans ambition vulgaire et sans () Leltres d'un habilant des Landes, par Frédéric Bastiat, Paris, 1878. Impri- merie de A. Quantin. (2) La Justice royale au moyen äge, par Fustel de Coulanges, Revue des Deur- Mondes, 1871, pp. 536 et sq. LA LIGUE EN VELAY 9 préoccupation égoïste, inspiré seulement par le constante re- cherche du bien et du juste, n’est point une nécropole aride, une sèche et vaine nomenclature de dates ou de faits. En parlant du passé et en se tenant toujours en deçà de 89, les Tablettes ont suivi, en réalité, le cours des opinions et des controverses qui tourmentent les esprits de notre époque. Les publications qu’entreprend la Société des Amis des scien- ces, arts et industrie de la Haute-Loire, seront aussi, malgré leur forme désintéressée et leur impartiale mesure, une œuvre actuelle et sincère. Les problèmes de l’heure présente ne peuvent être désertés par une réunion d'hommes studieux, mais nous tous, qui avons applaudi à une tentative généreuse, à un essuz loyal de conciliation par la science et par l’art, nous ne voulons appliquer qu’une méthode à nos études : c’est l'oubli de tout ce qui divise et le souci de tout ce qui rapproche. Il n’est pas de meilleur lien que la recherche du vrai, il n’est pas de terrain neutre plus solide que l’érudition pure. Lettre missive de M. de Rochebonne, commandant en Velay à Messieurs des Etats du pays de Vivarais, à La Voute-sur-Rhône. 28 octobre 1352. Messieurs, m'estant retiré en ma seneschaussée au gouvernement de laquelle Monseigneur de Damville, mareschal de France, m'auroit ordonné, à laquelle pourvoyant et pour y tenir les villes, lieux, chasteaux et forts en l'obéissance du Roy, j'ay, en ce que dépend de vos droits, corps et contri- butions du pays de Vivarois, estably, en tout, soixante dix soldats, vous en envoyant l'estat, scavoir : à St-Agrepve trente qui seront aydés par les 10 MÉMOIRES catholiques de ladicte ville; dix à Deveysset, chasteau d'importance comme chascun scait, de la saisie duquel par les rebelles ces derniers troubler au- roit rapourté une infinité de malheurs et domaiges à tout le pays et bons serviteurs de Sa Majesté Catholique, ce qu'auroit encore plus fait le chas- teau fort (la prise du château fort) et lieu de Fay et de plus grand des- penses et foules audit pays pour estre joignant à 8t-Voy et touttes les envyrons remplis de ceulz de la nouvelle opinion, tous, ou la pluspart soldats arquebuziers et des plus obstinez et opiniatres séditieulz et rebelles que je crois scavoir estre en France, que m'a occasionné de leur establir audit lieu et chasteau trante arquebuziers à ce que surement je puisse y faire rendre l'obéissance à Sa Majesté, ce que j'espère faire”’et n'y épargner ma propre vie, vous priant pourvoyr au consul de St-Agrepve, qui est de voz estatz, de moyen et entreténement jouxte les commandements et régle- ments de mondit seigneur pour lesdits soldatz et ceulx qui leur comman- dent. De ma part vous offrant, pour le service du Rov et votre particulier, tous mes moyens d'aussi bon cueur que prie Dieu, après mes affectionnez recommandations à vos bonnes grâces, Messieurs, Vous donner en bonne santé heureuse et longue vie. A St-Agrepve ce xxvrr octobre 1572. Vostre bien humble et affectionne à vous faire service, ROCHEBONNE. (Cette lettre, parfaitement écrite et bien conservée, porte le seau, un peu effacé, du sénéchal de Rochebonne, qui représente trois tours crénelées.) (Arch. dép. de l'Ardèche, lasse C. 1018.) LA LIGUE EN VELAY 11 Il Extraict des Mémoires et instructions par Monseigneur de Roche- bonne, sénèéchal et governeur du pays de Vellay et ressortz de ladicte seneschaussée et envoyés à Monseigneur de Dampwville, mareschal de France, governeur et lieutenant-général pour Sa Majesté en Languedoc et par ledit seigneur répondues et appoinc- tées au sieur du Besset....… comme s'en suyt. 1572. Premièrement fera entendre l'estat des affaires de la seneschaulcée et governement dudit s' de Rochebonne, puys l’arrivée d'icelluy en sa senes- chaulcée. En premier lieu que suyvant l’estat, faict par monseigneur le mareschal, de trente soldats en la ville de saint Agrève, n'auroyt augmanté l'estat dudict sieur, attendu que lors la ville du Cheylar tenovct pour nous etv ayant dedans cent arquebuziers soubz le seigneur de la Motte com- mandant audit Cheylar. Mais despuys ledict Cheylard ayant esté saisi comme aussi Désanvy, à demy lieue de lad. ville, par les rebelles, ne distant que de St-Agrépve, d'une lieue, est de besoing augmenter le nombre des soldatz, a quo, s’il plaict audit sieur de Damville, le s° de Rochebonne pourvoyra. Comme aussi avant mis garnison au château et licu de Fay cinquante soldatz, à Devesset dix soldatz, comme ayant esté lesdits forts, les aultres troubles, tenus par les rebelles comme estans scytues entre iceuls rebelles et aux montagnes, seroit de besoing augmenter ledict nombre de soldatz ne le pouvant envitailher sans grand force et scorte (escorte), et lesquels rebel- les de la montagne s'estant emparés du chasteau nommé Mongyraud à la faveur duquel et avec le secours qu'ilz ont du Cheylar et Désany qui sont, en chacune ville de cinq à six cens arquehuziers et aux limites du pays de Vellay, n'y ayant, comme dessus est dict, que une lieue, et ayant saisv le chasteau de Montgiraud dans ledict pays, faisant des courses, voleryes, massacres et aultres actes d'hostilité; pour lesquelz empescher ledict sieur de Rochebonne auroyt faict assembler les gens des Estatz dudit pays de Vellay ausquelz ayant faict remonstrer ce dessus les priant lux bailher 19 MÉMOIRES moyens pour garder vingt deux villes qu'il v a audit pays et quarante à cinquante chasteaux d'importance estantz limitrophes de l’ennemy en danger de s'emparer d'eulx, n’y auroient {les états) voulu entendre disant : n'avoyr commission pour despartir deniers pour l’entretenement desdits soldatz si falloyt faire levée. Par quoy lesdits rebelles continuant leurs courses et pilleryes et ledit sieur de Rochebonne, seneschal, n'ayant moyen icelluy empescher, auroyt faict derechef assembler les estatz leur remontrant le pays s'en aller en proye, les villes et chasteaux sarprinses (surpris) si par iceulx {les états) ne luy estoyt donné moyen pour empescher lesdites courses et tenir les villes en asseurance, ne demandant que le pays, pour la nourriture des soldatz, payant chacun jour ciny solz, attendant le mandement dudit seigneur mareschal, et aux arquebuziers à cheval, à cha- cun treize solz et quatre pour jour en danrées. Pareilhement pour ce que led. s° seneschal a pourveu aux villes princi- palles dudit pays d'ung gentilhomme pour les commander .... Icelluy pour faire faire les guetz et gardes necessaires, ne leur ayant ordonné que vingt cinq livres pour moys, pour leur nourriture, scavoir sy les villes payeront chacune pour ceulx qui y commandent ou bien tout le pays en corps. La réponse du maréchal de Damville se trouve transcrite en marge du mémoire qui précède. La voici textuellement : 40 et 20 « Nous avons ordonne, sur les remonstrances du syndic de Vivarois que la garnison de Saint Agrève sera augmentée jusques au nombre de cent soldatz, tout comprins, lesquelz seront entretenus par le pays de Vivaroys, des dépendances duquel est la ville de saint Agrève. Il se fauldra dresser (adresser) au sindic por en faire faire les payements suvvant ce qu'a este ordonne. 3° Actendu la scituation du chasteau de Fay et le temps pour raison duquel les neiges doibvent estre déjà ez environs d'icelluy chasteau, le s° de Rochebonne y mestra tant seulement le nombre de soldats qu'il verra estre requis et nécessaire pour la seureté et pour le garder de surprinse avec les catholiques du mandement à leur tour. Enjoignant au capitaine du fort de ne délaysser ou absenter ne (ni) permetre que les soldatz ou les catholiques habitants en sortent que par congé et bonne raïson, sur peine d'en répondre de sa vve ct de son honneur, et sera faict commandement aux subjets dudit mandement de y apporter et remetre les vivres, desquels LA LIGUE EN VELAY 13 l'ennemy se pouroyt prévaloir et pour néantmoingtz son pouvoir par iceulx subjets aydera leur besoing, avec déffences très expresses audit cappitaine et tous autres de ne permettre leur estre faict aulcung tort. Ledit s° de Rochebonne depputera à la garde de chasque lieu cellui des habitants notables, voysins, qui sera capable pour y commander sans frais, actendu que chacun mesmes les personnes aysées ne doivent desnier le service de sa personne pour la conservation de la ville dont il est, ou soubz la garde de laquelle il est, de sa famille et de ses biens, ayant aussy esgard aux aultres grandes surcharges qu'il conviendra supporter au peu- ple. Et au surplus fera observer partout le réglement général faict pour la garde des villes et lieux serres. Et, quant à certains lieux qui pourroient sembler de plus d'importance, commettre des membres de ladite com- pagnie avec le nombre de soldatz que verra estre à faire. Respondu à Beaucaire ce 19° jour de novembre mil cinq cent soixante et douze (1572). Signé : de Montmorency. Scellé est, plus bas : pour mondit seigneur, Charretier. Extraict de l'Original, estant au pouvoir du s' de Rochebonne, par moy collationé, Signé : SOUVERAIN. (Arch. départ. de l'Ardèche, liasse C, 1018). [TT / Lettre de Monseigneur l'Evêque du Puy à Messieurs les gens des Troys estatz du haut et bas Vivarais. 16 juillet 1577. Messieurs, Depuis les premiers propos qu'avons tenus ensemble au Monestier pour contracter une société, union et confédération d'entre les bons et fidelles habitants des deux pays, come nature en a joinetz les terroirs de l’ung à l'aultre, pour avoir plus de force, de moyen ou d'intelligence de s'opposer aux sinistres desseinctz des ennemys, pour remettre la liberté esdits pays et en chasser la servitude de tyrannie qu'ilz y exercent, je n'ay pensé à aultre chose qu’à effectuer une si saincte et utille délibération, tellement 14 MÉMOIRES qu'ayant faict différer la tenue de noz estatz tant qu'il m'a esté possible en attendant la venue de vos deslégués; enfin pour ne retarder davantaige l'assemblée j'ay procure qu'ils ont layssé ample procuration pour négotier et accorder de ceste affaire, Et arrivé qu'a esté le seigneur de la Motte, vostre envoyé, en l'absence de monsieur de St Vital, qui est encore en Gévauldan, j'ay assemblé le commis de monsieur le vicomte de Polignac et les consulz de ceste ville ausquels ledit pouvoir a esté donné et à moy, lesquels avoir entendu ce qu'a esté bien remonstré par ledit sieur de la Motte. Ils vous supplient croire que s’ilz avoient le pouvoir pareil à la volonté et à l'affection qu'ils ont à voir succéder les entreprinses qui se présentent à une bonne et henreuse fin, qu'ils se fussent offerts de vous présenter et accorder une plus grande et favorable condition qu'ils ne font, mais estant ce dioceze des plus petitz et pauvres du pavs de Langue- doc, ayant soustenu la guerre despuis le commencement jusqu'à présent, ils vous supplient vouloir prendre contentement que, libérallement, pour l'armée que sera levée pour la prinse et réduction de la ville de St- Agrèpve, des chasteaux de Fay et de Beautisné, ils veulent entrer et con- tribuer, en toute la despense quy sera faicte, pour ung quart ; oultre ce vous prester quatre pièces d'artillerie qu'ilz ont en Gévauldan. Et après la prinse desdites villes et chasteaux, si Dieu le permet, accordons vous former deux compaignies de gens de pied soldovées pour le temps que sera arbitre par le Seigneur de St-Vital et aultres seigneurs du pays, pour Îles employer et vous en ayder aux aultres affaires de vostre pays. De quoy, me semble, vous debvez contenter, recognoissantz, comme voisins, les moyens et facultés de ce pauvre pays, lesquelles ont esté particulièrement remons- trees audit sr de la Motte qui vous en fera son rapport, cependant (je\ vous supplie m'advertir promptement de votre intention afin qu'on v puisse diligenter chacun de son costé, estant requis en premier lieu de tirer l'artil- lerie du Gévauldan et à ces fins y envoyer forces, vous de votre part et nous de la notre. Et sur ce feray fin, me recommandant humblement à votre bonne grace. Prie Dieu, Messieurs, vous donner en santé longue vie. Du Puy ce XVI° Juilhet 1577. Votre bien humble et affectionné à vous faire service, À LE SENECTERRE, Evéque du Puy (1). (Arch, départ. de l'Ardèche, liasse CU, 1018). (1) Nous devons les titres qui précèdent à l'obligoante communication de M. Emmanuel Grellet, alors sous-préfet à Largentière. LA LIGUE EN VELAY 15 IV Ordonnance de l'évêque Antoine de Sénectère, 12 mai 1574. Nous ayans entendu les plaintes et doléances des habitans de ce pays de Vellay du tenement des champs de plusieurs capitainnes et soldatz lesquels sans comission du Roy, de monsieur le mareschal de Damprville ny de nous et sans nous en advertir, affin de leur faire pourvoir des vivres et munitions par estappes suyvant les ordonnances du Roy, entrent et sejour- nent dans cedict pays de Vellay ou ils comettent plusieurs excès et mettent en grande despence les subjects du Roy, nous ordonnons que ne sera loi- sible ny permis a aucun capitainne ny autres gens de guerre d'entrer ny passer dans cedict pays de Vellay sans exprès mandement de Sa Majesté ou notre, et aux contrevenans permettons aux habitans des villes et mande- mens de cedict pays de leur courir sus et les rompre comme ennemys de repos public. Faict au camp de Tense ce xrie may 1574. À. ne SENECTERRE, SancT-VipaL. E. du Puy. Au dos : « Ordonnance pourvoiant au tènement des champ donnée au camp de « Tense le xrn° may 1574, » (Original appartenant à M. l'abbé Payrard). 16 MÉMOIRES V Ordonnance du baron de Saint-Vidal sur l'état de siége de la ville du Puy. 24 mai 1985. De par le Roy et de l'auctorité de monseigneur de St-Vidal, baron de Sénaret, chevalier de l'ordre du roy, cappitaine de cinquante hommes d'armes de ses ordonnances, gouverneur et lieutenant-general pour Sa Ma- jesté ez pays de Velay et de Gevaudan en l'absence de Messeigneurs les ducs de Montmorancy et de Joyeuse, et par l'advis de révérend père en Dieu monseigneur l'evesque du Puy et comte de Velay, il est enjoinct et commandé a toutz les habitans de la présente vile d'assister en personne a la garde d'’icelle tant de nuyct que de jour appourtant les armes qui leur ont esté ordonnées a peyne de dix escus d'amende pour la première foys, pour la seconde de prison et punition corporèle. Parelhement est enjoinct et commandé ausdictz habitantz checun en droict soy mectre et tenir une chandèle allumée aux fenestres de leur mai- son durant les nuyctz du dimanche, lundy, mardy et mercredy prochains de la foyre des Roysons, aux fins que ceux lesquelz sont commis a fére les rondes et patroulhes dedans ladicte ville puissent plus facilement aler et discourir en icelle a peyne de deux escus d'amande ou autre arbitrère. Aussi est enjoinct et commandé a toutz lesdicts habitans ores quilz ne soyent poinct de garde de tenir leurs armes prestes, et fournir de cordes et mesches, bales et autres munitions de guerre, pour advenant alarme ou esmotion se trouver prestz et préparez pour la deffance et tuytion de la presente ville soubs l’obeyssance de Sadicte Majesté, et a ces fins tenir leursdictes armes en leur bouticques au bas de leurs maisons, ausquels aussi est enjoinct advenant ladicte alarme ou esmotion soyt de auvct ou de jour se randre checun avec ses armes au cartier qui leur est ordonné des- soubz la charge de leurs cappitaines isliers. Est aussi enjoinct et commandé a toutz les hostes des hostaleries des fauxbourgs de la presente vile, a peyne de prison et de punition corporele, LA LIGUE EN VELAY 17 de venir checun jour dire et deslivrer audict sieur de St-Vidal ou sieurs consulz de la présente vile le nombre d'hommes estrangiers qui seront lougez en leurs lougis, et balher le nom et surnom d’iceux et en oultre se saisir les armes que leurs hostes pourroyent avoir, de les advertir de se retirer de jour dans leurs lougis sans sourtir dehors ni discourir és lesditz fauxbourgs après que la retraite sera donnée, à ce que par leur moyen au- culn bruyt ou scandale ne puisse survenir. De mesme est enjoinct à toutz lesdictz habitanz de se trouver les jours quilz seront de garde avec leurs armes a la fermeture de la porte de la présente vile pour après dez l'instant entrer en garde en la place du Mar- touret et sur la courtine de la muralhe de ladicte vile, et ce a peyne de deux escus d'amende contre chacun défalhant, et sur mesme peyne leur est inhibé de dessandre ni delaisser ou abandonner ladicte garde pour quelconque occasion que ce soyt jusques au lendemain heure de sept du matin que la porte sera ouverte et les autres gardes poustés. En oultre est inhibé et deffandu ausditz habitanz silz ne sont de garde et a toutz estrangiers de quelque estat, qualité ou coudition quilz soyent, de passé l'heure de huict heures du soir que la cloche de la retraite aura cessé de sorner, aler et discourir par la vile avec armes sans appourter du feu, leur faisant très expresse inhibition et deffanse de pourter aulcunes armes a feu, long boys ou halebardes sous peyne de prison et punition exemplère. Faict au Puy le vingt quatriesme may mil cinq cent quatre vingtz et cinq. Sainct Vidal fs. a.) — Par commandemant de mondit seigneur : Durrieu — Sceau en papier. (Original sur papier — Arch. départ. de la Haule-Loire). 18 MÉMOIRES VI Plaintes des habitans de... sur les déprédations commises par le capitaine protestant Chambonas, aprés la prise du château d'Ar- lempdes (1). 1588. Monseigneur, Il y a douze jours que le cadet de Chambonas a mis et retiré dans le chasteau d’Arlende a quatre lieues de ceste ville au diocèse de Viviers ou il faisait sa demeure ung grand nombre de gens de guerre a pied et a cheval que commettent une infinité de ravages sur les habitans de ce pays, avans bruslé des maisons, faict plusieurs prisonniers, prins et voullé les mulle- tiers et voituriers venans en ceste ville, envoyé des billiètes a la pluspart des perroisses de ce diocèse et faict toutes autres actes d'hostillité à la ruyne entière des pouvres habitans de ce pays, disant avoir commandement et commission de vous, Monseigneur, pour tenir ledict chasteau avec main armée pour faire la guerre et offencer les habitans de ce pays, ce que ne pouvons croire, de tant, Monseigneur, que nous avons tousiours demeuré et nous sommes tousiours souls l'obéyssance du roy et [la] votre, et avons obey a vous (sic) commandemans de tout notre pouvoir sans qu'ayons ja- mais donné occasion a personne durant ses troubles de nous mellaire et travallier comme faict à présent ledict Chambonas, auquel vous supplions trèshumblement, Monseigneur, de voulloir escripre et luy comander de ne cometre telles actes sur les habitans de ce pays, mais ou fsic) vous trouve- rez bon que ledict Chambonas heust garnison dans ledict chasteau d'Ar- lande, qu’il s'adresse pour l'entretenement de ses soldats sur les habitans du pays de Viveroys dans lequel ledict chasteau d’Arlende est assis. Et nous continuerons de vous obéir et faire très-humble servisse et prierons le Seigneur de vous donner, Monseigneur... (Original sans date ni adresse appartenant à M. l'abbé Payrard). (1) Voir Burel, p. 133; Arnaud, I, pp: 437 et 455. LA LIGUE EN VELAY 19 VII Quittance du sénéchal de Chaste pour ses avances de guerre. 13 mai 1590. Nous Francoys de Chaste, chevalier de l’ordre du roy, cappitaine de cin- quante hommes d'armes de ses ordonnances, seneschal du Puy et pays de Vellay et lieutenant-général pour Sa Majesté audit pays en l'absence de monseigneur le duc de Montmorancy, confessons avoir eu et receu comp- tant de M. Antoine Roqueplan, receveur des tailhes du diocèse du Puy, la somme de deux mil quatre cens cinquante deux escus troissolz quatre deniers à nous ordonnée par Messieurs des Estaz dudit pays en ung article de l'estat de l'assiette extraordinaire faicte au chasteau d'Espaly le unzieme novembre mil Ve I1IIxx neuf, pour nostre paiement des bleds, vins et chairs haillés et fourniz par nos receveurs de la Brosse et de la Faye au sieur de Chambon, commissaire des vivres pour le service de Sa Majesté audict pays en ladicte année mil Vc IILI*XX neuf, de laquelle somme de Im ITII° LTI escus nous sommes contant et bien payé et en quictons ledict sieur Roqueplan et tous aultres par la présente signée de nostre main. À Polignac le treizicsme jour du moys de may mil Ve IIIIX* et dix. — Chaste {s. a). — Plus bas: ne varielur : Bertrand. (Original sur parchemin portant un seeau plaquée aux armes de de Chaste. — Arch. départ. de la Haule-Loire). 20 MÉMOIRES VIII Lettre du duc de Nemours au sieur de Champetières, aux ofliciers et consuls de Montfalcon (1). 30 août 1591. Le duc de Genevoys et de Nemours, pair de France, au sieur de Champes- trières, officiers et consuls de la ville de Montfalcon. Nous ayant esté remonstré par les gens des troits estats du pays de Vellay assemblés par notre commandement dans la ville du Puy le peu de moyens que ledict pays avoit pour soubstenir les grands frais et des- penses qu'il conviendroit faire pour l'entretenement des garnisons que seroient nécessaires establyr ou plusieurs villes et chateaux dudict pays pour la conservation d'icelles soubs le party de la saincte Union des ca- tholiques, et le danger qu'il y auroit questant lesdicts villes et chateaux destitues desdictes garnisons les ennemys dudict parti de nouveau vinssent à s'emparer desdites places et par moyen d'icelles troubler le repos dudict pays, pour a quoy obvier nous aurions résolu et ordonné que l'ensseinte ou murailhes de ladicte ville de Montfalcon, ensemble les tours et autres fortifications d'icelle seront desmoulies, les fossés remplis et aplanis. A ceste cause et aux fins que notre ordonnance et résolution sorte son plain et entier effect nous vous mandons et enjoignons très-expressement que tout incontinant et sans dellay vous ayez a procéder ou fère procéder à la desmolition et rasement desdites murailles, fortifications et fossés et icelles mettre et réduire entièrement au socq ou le plus exactement que fère se ce pourra, a ce que par cy après il n’en puisse mesadriver, dont donnant pou- voir et puyssance de pouvoir constraindre par toutes voyes deues, voire par les voyes de la guerre, tant les habitans de ladite ville de Montfalcon que autres des parroisses ou mandements circonvoisins d'’icelle a travallier a ladicte desmolition et satisfaire aux frais et despences que pour ce regard seront nécessaires. À quoy vous ne ferès faute de tenir la main avec la (1) Burel, pp. 296 et 298. LA LIGUE EN VELAY 21 diligence et scélérité requise sur peynes de nous en en f{sic) respondre en vostre propre et privé nom, enjoignant en oultre et commandant a tout fsic) capitaines et gens de guerre de cheval ou de pied qui par vous seront requis de vous assister avec leurs forces et prester main forte pour l'exécu- tion de notre ordonnance et a tous autres de vous obeyr pour les choses susdictes comme à nous sur peyne de punition exemplere. Faict au Puy le trentiesme jour d'aoust l'an mil cinq cens quatre vingts unze. CHARLES. E. DE SAVOYE. Par Mondict Seigneur Boruan. (Original sur papier appartenant à M. l'abbé Payrard). IX Lettre du sénéchal de Chaste (1) au roi Henri IV, pour lui rendre compte de l'état du Velay. 12 février 1592. Sire, Îl y a si longtemps que je n’ay eu moyen d'advertir Vostre Majesté de l'estat de ce pays que cela me contrainct de vous suplier très humblement (1) François Alphonse de Clermont de Chaste, comte de Roussillon, sénéchal de Velay, épousa en premières noces le 20 janvier 1588 Françoise de Montmo- rin, dame d'Auzon, de Bothéon, de Chassignoles, veuve de Louis Armand, vicomte de Polignac, mort à Paris en février 1584. 11 se remaria avec Claira de Morges, dame de Noyers. Le premier mariage de François Alphonse de Cler- mont avec la vicomtesse de Polignac lui donna en Velay une haute position. La veuve du vicomte avait de belles alliances en Auvergne et elle procura plus d'une fois à son second mari l'aide de la noblesse de cette province voisine. Quand on étudie l'histoire de ces âges troublés il faut tenir grand compte des relations de famille. Françoise de Montmorin était fille de Gaspard de Montmo- rin, seisneur de Saint-Hérem, d'Auzon, de Rillac, de Spirat, de Bréon, de Chassignoles et de Bothton, chevalier des Ordres du roi, gouverneur de la Haute et Basse-Auvergne après son père, et de Louise d'Urfé, dame de Balzac et de Paulhac, fille elle-même de Claude d'Urfé et de Jeanne de Balzac {His- lire généalogique du P. Anselme, t. II, p. 132 t. VII, pp. 819 et 820). Ir SÉRIE, 1878. 3 22 MÉMOIRES d'excuser la prolixité de ceste lettre par laquelle je vous en fais le plus suc- cinct et véritable discours que je puis. C’est qu'après la mort du feu sieur de Sainct Vidal, ayant réduit sous vostre obéissance toutes les places de ce pays, excepte la ville du Puy, sur le mois de juillet, estant assisté du sieur de Chambaud et de son régiment de gens de pied, je me mis en devoir de faire le gast et empescher ceux du Puy de faire leur moisson, et pour cet effet je fis réédifier et réparer les ruines du chasteau d'Espaly, proche d'une canonade de ladicte ville, m'estant logé en leurs fauxbourgs et les ayant ré- duitz à toute extrémité, sans le secours qu'ilz eurent premièrement des ligueurs du pays de Viverès et puis du sieur d'Urfé et de toutes les forces du pays de Forest, par lesquelles toutesfois on ne nous peust détourner de nostre dessein de la réparation dudit Espaly, qui ne se passa sans plusieurs combats, la pluspart à nostre advantaige, mais ceulx de ladicte ville du Puy prévoyant leur captivité infaillible s'ilz se laissoient encloire par ledict fort, ne cessèrent d'importuner tant ceux de la ville de Lyon que Monsieur le duc de Nemours, qu'enfin ilz obtinrent de luy qu'il les vint secourir avec toutes ses forces sur le mois d'aoust, et ayant premièrement le mar- quis d'Urfé, puis ledict sieur de Nemours assiégé ledict Espaly et le battu de cinq pièces et quelques moyennes et tiré environ 800 coups de canon, sans y rien advancer, comme ceste place freichement et dans 15 jours ré- parée ne pouvoit sitost estre bien munie, les assiégés furent après environ un mois réduitz à nécessité de vivres et d'eau principalement, qu'ilz endu- rèrent jusques a boire trois jours durant de leur urine, qui fust cause que le sieur de Sénenghoul, qui pour l’haine que le party contraire luy porte ne se vouloit fier aux capitulations, s'estant sauvé avec partie de ses gens en une sortie, le surplus, qui avoit esté empesché de le pouvoir suivre, capi- tula et rendirent la place, vies sauves, ce qui ne fust advenu si j'eusse pu retirer du secours des gouverneurs circonvoisins du Viverès, Auvergne ou Dauphiné, qu'en vain je ne cessay d'implorer, voire seulement jusques à cent ou 150 maittres ; car avec l'infanterie dudict sieur de Chambault et mienne on avoit moven de ravitailler ledit Espaly, ce que faisant ledit sieur de Nemours estoit dutout arresté, et l'orage qui depuis a affligé si avant toute l'Auvergne et autres pays, où ledict sieur de Nemours a esté, ne s’en fust ensuivi, mais me trouvant frustré et desnué de toute ayde et les places non tenables de ce pays rendues audit sieur de Nemours, la plupart de la noblesse de ce pays qu'avoit tenu pour vostre service, craignant la perte de leurs maisons, vint trouver ledit sieur de Nemours, desquelz il print ser- ment, selon le formulaire qu'il leur baïlla, qu'est en somme de ne recog- LA LIGUE EN VELAY 23 noisire jamais roy hérélique el de lenir ce point pour loy fondamentale de cest eslal ; et par le soustien des troupes dudict sieur de Nemours ceux de la ville du Puy ravagèrent et ruinèrent avec toute cruauté È surplus du pays qui avoit demeuré fidelle à Vostre Majesté. Toutesfois se voyant bien peu solaigés par la présence dudit sieur de Ne- mours qui n’avoit moyen d'entreprendre sur ce qui me reste et que leur secours les ruinoit ilz trouvèrent moyen de parler de tresve, à laquelle je condescendis me voyant aussy desnué et sous conditions toutesfois advan- lageuses, comme par la copie que j'envoye à Vostre Majesté des articles de ladicte tresve elle pourra juger; mais de leur part après le despart dudict sieur de Nemours ilz n'ont voulu accomplir les choses par eulx promises, qu'est cause que nous sommes au mesme estat de guerre qu'auparavant, leur ayant faict paroistre le peu de fruict que leur perfidie leur apporte ; ayant de bien peu failly emporter ladicte ville du Puy par retard du costé d'une porte murée qu'avons faict recognoistre, et ayant déja réduit aucuns forts occupés par eulx et espéré en Dieu de les plus travailler qu'auparavant, mais d'entreprendre leur conqueste ; estant entre eulx et la ville de Lyon et n’y ayant personne qui s'oppose audict duc de Nemours, ce seroit la troisiesme fois m'attirer toutes leurs forces sur les bras, le semblable m'estant advenu l’année precedente, joinct l’affaiblissement des moyens qui me restent, et à vos sujects de ce pays, lesquelz et mesme la plupart de ceux qui ont juré audict sieur de Nemours, je reconnois assurèment vous estre fidelles, tant pour leur affection que pour les désordres ct injures cruelles que la Ligue leur a faict souffrir : que s’il plaist à Vostre Majesté s'informer de l’estat de ces quartiers elle trouvera que la ruine de ces pro- vinces provient de ce que la ville de Lyon et les pays de Forests ont esté laissés en paix, d’où les forces à toute heure ont rollé et sur nous et sur l'Auvergne et en Bourgoigne selon les occurrencts ; combien que la comté du pays de Forest d’où dépend celle de Lyon soit très aisée et que Vostre Majesté ait beaucoup de serviteurs qui n’attendent que d'estre secourus et pour ce deffaut s'accoustument à la rébellion. Que s’il n'y est pourveu, ne fault doubter qu'à ceste prime ledict sieur de Nemours n'afflige plus avant ces provinces et n'y prenne meilleur et plus assuré pied, là ou au contraire l'occupant en la ville de Lyon, la réduction de ce qu'est en ma charge s'en ensuivroit, m'assurant que Vostre Majesté peut assès estre informée de combien cela importeroit au surplus du voisinage, comme je veux croire que monseigneur le maréchal d'Aumont l'aura fait et vous faict entendre la facilité des moyens d'y parvenir, qui faict que laissant 24 MÉMOIRES ce discours, je supplyerai très humblement Vostre Majesté qu'ayant esté contrainct en l’année 1589 pour conserver ce pays en vostre obéissance m'ayder de vos deniers de l’ayde, octroy, pour entretenir les gens de guerre qu’estoient en yceluy, pour lesquels les comptables commis par moy à la recepte et despenses desditz deniers, sont travaillés par Messieurs des Comptes et trésoriers de France de Languedoc, pour la di- version de l'ordre de vos finances qu'ilz y treuvent ; ores que je vous at- teste du fidelle maniement d'icelles, et comme il plaira à Vostre Majesté faire voir à son conseil l’estat au vray que je vous envoye, il vous plaise icelluy valider, et autoriser à ce que lesdictz comptables et moy en soyons valablement deschargez, suivant ce que par vos précédentes a pleu à Vostre Majesté m'en accorder. Et sur ce prieray Dieu, sire, que luy plaise vous donner en santé et très longuc et très heureuse vie l’accomplissement de voz désirs. De Polignac ce xij° de febvrier 1592. — Cuasrs. Sire, je supplie aussy très humblement Vostre Majesté vouloir accorder au lieutenant principal de cette senéchaussée et au receveur Roqueplan, personnages qui m'ont toujours assisté et exposé vic et biens pour vostre service, l'appoinctement de la juste requeste cy incluse, aux piéces atla- chées de laquelle Vostre Majesté verra copie du serement qu’on a faict faire à ceux qui de vostre service se sont révoltés à la Ligue pendant la tresve, et si Vostre Majesté est en volonté de pourveoir à l'estat de sénes- chal de Gevauldan, que luy plaise se souvenir du sieur de Séuenghoul, suivant ce que par ses précédentes m'en a pleu asseurer. (Bibl. nat. Fonds Dupuy, t. 61, n° 160: LA LIGUE EN VELAY | 25 X Lettre de Henri IV au duc de Joyeuse. ! it décembre 1596. À mon cousin le duc de Joyeuse, pair, mareschal de France et mon lieu- tenant général au pays de Languedoc. Mon cousin, je crois qu'il vous sera resouvenu de la charge expresse que je vous donnay à vostre partement de tenir la main quand vous serès par dela à ce que l’édict du parisis des greffes fust vérifié en ma court de parlement de Thoulouse, comme il a esté en toute celles de deca. Toutes- fois parce que je sus adverty qu’il n’y a encore esté satisfaict, j'en fais présentement une dépesche a ma dicte court de parlement, vous ayant aussy bien voulu faire resouvenir par cestecy de ce que je vous en deis à vostre partement, et vous prie de leur faire bien comprendre comme la longueur en laquelle ils tiennent cesie affaire porte un extresme préjudice à mes affaires qui manquent à faulte de cela (d'être) secourus du fruict qui doibt provenir desdits édicts en ma province de Languedoc. Je vous veux bien aussy ramentevoir l'estat de ma ville du Puy, que j'entends plus tost empirer qu’aultrement. C'est pourquoy vous me ferès service bien agréa- ble s’il vous est à commodité de faire un voyage pour y remettre les choses en meilleur ordre qu'elles n'y sont, car si cela continue guères davantage, ils me feront prendre quelque résolution qui ne sera à leur honneur ni à leur contentement, ce que je vous prie de leur bien faire entendre, et par- ticulièrement a ceulx que vous scavès bien qui les soustiennent en cela; et n'ayant pour ceste fois à vous dire rien icy davantage, je prie Dieu, mon cousin, Vous conserver en sa saincte garde. Escript à Rouen le 11° jour de décembre 1596. HENRY. F'onaer. (Original. Archives de la famille de Sainte-Aulaire). Ch. RocuERr. ._ LETTRE DES CONSULS DE SAUGUES AUX ÉTATS DU GÉVAUDAN 1586 Burel dépeint en ces termes la situation du Velay et des pays circonvoisins en 1586 : « Fault entendre que en ladicte année « [1586], par le moien de l’indisposition du temps, neges con- « tinuées tout le temps du caresme ordinairement, par tout le « pays de Vellay que ès montaignes des environs, le pouvre « peuple qui avoit esté ruyné par les guerres, et après par la « misère du temps, estoient si ruynés et afoiblis qu’ilz mou- « roient de faim, les trouvant dans la nege mortz à grand ha- « bondance, car aussi à la vérité ilz avoient mangé du pain « d'avoine, de fougières, et les aultres d’escorse des arbres : « choses dignes de mémoire! (1) » Le document que nous publions et dont nous devons la com- munication à notre ami, M. André, archiviste à Mende, vient cor- roborer le témoignage de notre vieux chroniqueur et jeter une lueur sinistre sur l’effroyable misère amenée par trente ans de luttes civiles et religieuses, surtout dans la partie du Gévaudan qui forme aujourd’hui le canton de Saugues. En 1586, les religionnaires occupaientle Malzieu. Située sur la Truyère, cette place forte, assiégée et prise par eux en 1573 et 1571, servait de base à leurs opérations. {ls se répandaient dans (1) Mémotres de Jean Burel, p. 98. LETTRE DES CONSULS DE SAUGUES 27 les campagnes, frappaient des impositions, enlevaient dans les fermes le bétail et les grains et semaient la terreur jusqu'aux portes de Saugues. Du haut de leurs murailles les habitants de cette ville voyaient parfois les ennemis caracoler dans la plaine, incendier les chaumières et traîner à leur suite le fruit de leurs rapines. Nul n'osait s'aventurer hors des remparts. Des bandes armées rôdaient sans cesse dans les environs, interceptant les routes etempêchant l'arrivage des marchandises et des vivres. En un mot, Saugues était en état de blocus, la disette s'y faisait sen- tir, et beaucoup de citoyens, en proie aux souffrances de la faim, étaient réduits à manger l'herbe des prés. C’est ce qu'atteste la lettre suivante écrite le 11 juin 1586 par les consuls de Saugues aux députés du diocèse de Mende. Tout commentaire sur ce document devient inutile; il parle assez de lui-même. L'aventure du pauvre bourg du Malzieu est assez connue. Le duc de Joyeuse, grand amiral de France, vint du fond de l’Au- vergne, avec une forte artillerie et des troupes solides, mettre le siége devant cette place. Au premier coup de canon, les assiégés, sentant l’inutilité de leur résistance, s’empressèrent d'ouvrir leurs portes. Voici comment l'abbé Teilhard, dans son manus- crit déposé à la bibliothèque publique de Clermont, raconte la capitulation. En 1586 les provinces d'Auvergne, de Velay, de Rouergue et du Gévaudan se trouvant souvent incommodées par les courses et les pillages des religionai- res, prièrent M. de Joyeuse, amiral de France, de venir dans ces cantons pour les purger des pillars qui tenaient plusieurs villes et beaucoup de chäteaux. Ge seigneur arrive à Brioude le 1°" août avec soixante chevaux et quatre canons, et, à même temps, y arrivèrent aussi les compagnies d'hommes d'armes de Lavardin et de Sipière avec les arquebusiers à cheval de l'amiral. Le lendemain arrivèrent aussi à Brioude les lansquenets avec six canons envoyés de la ville du Puy. Alors aussi courut le bruit que le siége de Courpeire avait été levé par l'avis qu'eurent les assiézgeants de l’arrivée de l'amiral, car cette place avait été assiégée par le s' de Chatillon qui l'a- 28 MÉMOIRES vait entourée de 2,000 hommes de pied, de trois cents chevaux et de trois canons. Sur ces nouvelles, l'amiral ayant envoyé vers le Malzieu le sieur Lavardin avec sa compagnie et quarante arquebusiers du capitaine Mus, commandés par Chenard, il dépècha vers le s' de Drugeac (qui avec cinq cents arquebusiers marchait vers Courpeire) de couper court et de venir environner avec ses compagnies la ville du Malzieu : et sur les nouvel- les que ceux de cette ville ne voulaient pas se rendre, il partit le 5 août de Brioude pour Langeac, et le jour d'après il arriva au camp de- vant la place presque à même temps que le sr d'Auterive et Valon, capi- taine d'un régiment de gens de pied, y arrivèrent. Ainsi les assiégés s'é- tant effrayés offrirent de rendre la place, demandant vie, armes et bagages sauves ; ce que l'amiral ne voulut pas accepter à cause que dans cette ville étaient les principaux chefs des pillards qui avaient fait mille maux dans le pays, Or le 7 dudit mois, l'artillerie étant arrivée devant la place, on commenca à la saluer, et pour lors les assiegés ayant demandé à parle- menter au s' Lavardin, il y fut envoyé ; puis Lagarde et Lescure portant les clefs de la‘ville sortirent et rendirent le Malzieu à la merci de l'amiral; et, comme il y avait dans cette ville, outre les habitants, environ cent cinquante hommes de fait et une vingtaine d'autres qui avaient commandé et qui étaient beaucoup estimés parmi eux, M. l'amiral leur: donna la vie, à la réserve de sept des plus criminels qu'il fit pendre à l'entour d'une tour. (Mss. de l'abbé Teilhard, page 264.) Voici maintenant la lettre des consuls de Saugues aux Etats du Gévaudan : A Messieurs, Messieurs les commis, scindic el deppulez du diocese de Mende, à Mende. MEssiEeuns, Les ennemis occupans le Malzieu sont cy prez de nous, commeestes bien advertis, et tous les jours et nuictz à l'antour de nous fossés, et parmy les vil- laiges de nostre paroisse et mandement de trois lieues à l'antour, qu'ilz n'ont LETTRE DES CONSULS DE SAUGUES : 29 rien laissé à nous, ny audict pais, qu'ilz n'ayent ravaigé; prins et admené tous le bestial, meuble et bien qu'ilz ont peu trouver, ayant tellement tiré par impozitions, cottizations et surcharges la substance de ceste pauvre ville et pays qu’ilz et nous sommes du tout accablés ; n'ayant laissé ny ne laissent seullement que les terres, sans que l’on aye moyen ny de quoy les laborer et semer ; thuéet murtry plusieurs allans et venans, jusques aux femmes, dans leurs maisons; choses grandement déplorables et pitoyables de voir ceste pouvre ville et païs à telle extremité que d'’estre par la famine et concussions plus que la moitié du peuple ce meurt de faim. Dieu par sa sainte grâce, y veuilhe provoir. Telz ravages et impozitions ne sont venues en plusieurs aultres lieux de ce pais au lieu des quelz peuvent bien con- tribuer, secorir et aydler maintenant ez affaires qui se présentent en attan- dant que ce cousté de païs soit ung peu remis pour porter ce que pourra. Vous suppliant très-humblement croyre qu'il y a plus de pitié, pouvreté et comisération que l’on ne sauroict escribre, jusques à voir la plus grand partie des habitans de ceste ville, qui avoyent acoustumé porter de charges, parmi les prez, mangeans de l'herbe : et aultant ou plus en est aux villaiges à l'entour, et non sans raisons, car puis vingt-cinq ans ceste ville et pais à l’antour a esté tousjours chargée de compa'gnies de gens de guerre, munitions, impozitions, et par exprez l'année passée que tous les regymens à pied et à cheval et monition que ordonnastes ont du tout acca- blé et mis à bas ceste ville et païs qui soulloit contribuer à icelle. C'est pourquoy, Messieurs, qui estes amplement advertis de tout ce dessus, et qui avez tous affaires en main pour viser au solaigement du peuple qui le mérite, en considération de ce que vous estatz et registres sont chargés de l'obeyssance et debvoir que ceste pouvre ville a toujours presté n'estant cause dez malheurs qui se présentent, que nous vous pryons pezer et de pretz avoir devant vous yeulx les misères et pouvretés, affin que par vous ceste ville et pays à l’antour soit soulagé, si estes en voulonté le charger, car, pour le présant jusques estre remis, il est du tout impossible en tirer secours ez affaires qui ce presantent, ausquelz Dieu aydant, ceste ville avec le temps contribuera sellon ce que pourra et que vous, vous conseilz juge- ront mériter, eu esgard aux charges que dessus et aultres souffertes à vous notoires ; et si, nous excuzerez, s'il vous plait, de ce que ne sommes ve- nus pour vous remonstrer ce dessus et nous trouver à vostre assemblée, que regretons; pour quoy faire estans en chemin, les volleurs ayant faict trois embusquades, comme font tous les jours pour le grand nombre de gens qui est au Malzieu, afin de nous atraper, avons esté constrainctz à grand peyne 30 MÉMOIRES nous remetre en ceste ville de laquelle estions partis. Nous recomandant très humblement à vos bonnes grâces ; priant Dieu, Messieurs, vous donner très sainte et heureuse vye. De Salgues, ce xr juing M v° str1xx vi. Vous très-humbles et obéissans serviteurs, les consuls de Salgues, et du mandement desdictz sieurs consuls. Signé : JULIEN, greffier. (Archives de la Lozère, série C., 1797.) A LASCOMBE. DOCUMENTS SUR LA MAISON DE POLIGNAC Sn Il est triste de voir s'écrouler et mourir chaque jour le donjon de Polignac. Ce témoin grandiose des âges évanouis domine les sommets du paysage vellave et se dresse comme une protesta- tion suprême contre le réalisme moderne ; planté sur l’énorme brèche volcanique, comme la sentinelle oubliée d’une civilisation morte, il regarde droit vers la ville et jette un dernier défi à la basilique anicienne. Même aujourd’hui ces spectres de pierre, le donjon et la cathédrale, symbolisent notre moyen âge. Du haut de ses tourelles, le vicomte contemplait à son aise le palais de l’évêque, le For, le Clottre, les défenses de Corneille. L'évé- que à son tour pouvait, en gravissant quelques marches du ro- cher d’Anis, observer la forteresse, scruter ses mâchicoulis noirâtres, compter sur son plateau les archers et les arbalétriers mis en bataille. L'antithèse topographique des deux résidences rivales a survécu à toutes les ruines. On croit voir encore les ennemis séculaires se dévorer de l'œil, se menacer, se REOYOQUEE à travers la brume du pacifique vallon. L'évêque et le vicomte : notre histoire gtt là tout entière. Les deux figures remplissent la scène. Le roi est trop loin et ne se signale que par de rares apparitions. Qui aura le dernier mot du manoir ou du palais épiscopal? Est-ce le comte ou le vicomte qui prévaudra? Telle est la question posée du x° au xv* siècle et dont les péripéties remuent notre province jusque dans ses fibres les plus intimes. Il est donc très-naturel que nos cher- 32 | MÉMOIRES cheurs fouillent à l’envi les annales de la grande vicomté. On déchiffre les vieux titres, les registres vermoulus, on retrouve çà et là les parchemins noircis dans les greniers et les combles. Les archives, les papiers domestiques laissent de temps à autre échapper leur trésor. L'histoire vellave sera en partie faile, le jour où l’on aura une vraie monographie sur les Polignac. Les Tablettes historiques du Velay n'ont point failli à cette œuvre d'exhumation, qui promet d’être féconde. Le grand fan- tôme de la vicomté hante chacune de leurs pages. Au milieu du petit groupe de curieux et d’érudits, c’est encore M. l'abbé Pay- rard qui a fourni le meilleur contingent. Son /nventaire des hires de la maison de Polignac, ses documents -de 1229, 1273, 1306 {Tablettes, VI° et VII° années) contiennent de précieuses révélations. Si l’on continue dans cette voie, l'air et la lumière circuleront bientôt dans les ombres épaisses qui enveloppent encore l'illustre famille. - Nous venons porter notre faible tribut à la tâche commune. D'heureux hasards ont mis entre nos mains quelques pièces iné- dites et visées par nos auteurs. Nous n'avons pas le droit de gar- der pour nous seul ces titres inconnus et nous nous empressons de les publier. Le vicomte que nous touchons d’abord, est Ponce IV, fils d'Héracle, le fondateur de Viaye, et de cette Bélissende d’Auver- gne, l’une des héroïnes du troubadour Guilhaume de Saint-Di- dier : « Guilhem de San Leïder fo us rics castelas de Noiallac, del ave- « scat del Puoi Santa Maria.E fo mot honratz hom e bons cavalers « d’armas, e larcx donaire d’aver, e molt gent ensenhat e cortes, e « molt fis amaire, e molt amatz e grazitz. Et entendet se en la DOCUMENTS SUR LA MAISON DE POLIGNAC 33 « marqueza de Polonhac, qu'’era sor del dafin d’Alverne e de n’A- « zalais de Claustra, et mouiller del vescomte de Polonhac. En « Guilhems st fasia sas cansos della e l’amava per amor, et appe- « lava se ab ella Bertran (1) »..….. La douceur et l'élégance de Bélissende, la sœur du Dauphin d'Auvergne, cette bonté gracieuse, si bien chantée par le troubadour, semblèrent avoir passé dans l'âme du fils de la noble dame. Ponce IV, en effet, n'eut point l'humeur ba- tailleuse, les âpres convoitises de son père et de son aïeul. Il laissa en paix l’église du Puy, vécut en fort bonne intelligence avec son parent, l'évêque Bertrand de Chalencon, et confirma ses dispositions pacifiques par un acte qui prend date dans les différends des évêques et des vicomtes. Cet acte est l’hom- mage de 1213, cité.par tous nos historiens et dont nous donnons le texte. Nous croyons devoir éclairer cet hommage par l’article que Chabron, le chroniqueur de la maison de Polignac, a consa- cré à Ponce IV. Nous transcrivons, à la suite du diplôme, les réflexions qu'il a suggérées à D. Vaissette. Texte et réflexions sont empruntés au tome III de la Collection du Languedoc. On sait que cette collection, conservée aujourd’hui à la Bibliothèque nationale et composée de 191 volumes, renferme les extraits, mémoires, documents et matériaux de toute sorte qui servirent à D. Vaissette pour élever son magnifique monument, et à ses continuateurs DD. Bourotte, Soulaire et Malherbe pour conti- nuer l’œuvre du maître. Acte de l'hommage rendu par Ponce vicomte de Polignac à l’évêque du Puy. «Notum sit omnibus hominibus, quod ego Pontius vicecomes Podemniaci in plena mea memoria constitutus, neque tractatus (1) Vie de Guilhaume de Saint-Didier, en langue romane, dans les Additions de Du Mège à son édition de l'Histoire du Languedoc. T. V, p. 8. 34 MÉMOIRES ab aliquo, fateor me sacramento corporaliter prestito, tibi Ber- trando Aniciensi electo domino meo fecisse fidelitatem et homi- nium ligium, et recognovisse per sacramentum me et successores meos reddituros tibi et successoribus tuis episcopis Aniciensi- bus Podemniacum et omnia castella mea quæ habeo et tenentur a me infra episcopatum Aniciensem, quoties ea requisieris per te seu per fidelem nuntium tuum. Actum in capitulo Aniciensi, videntibus et presentibus universis canonicis qui tum aderant in Podio, anno ab Incarnatione Domini nostri Jesu Christi, MCCXIII, mense Augusto. Norte. — On prétend que c’est le premier hommage qu'ait prété la mai- son de Polignac : 1° parce qu'on n’en trouve pas d'autre avant celuy-là ; 2° parce que celui qui le fait oblige ses successeurs à le faire, et ne recon- noit pas que ses prédécesseurs l’aient rendu, comme c'est l'usage ; 3° parce que dans les dénombremens faits devant ce temps-là des terres et fiefs appartenant à l'évêque du Puy, tels qu'ils sont rapportés dans le bref du pape Alexandre ILT, en l'an 1164, le château de Polignac n'y est pas com- pris, comme tous les autres châteaux du pays. De plus on ne trouve aucun vestige qu'il ait relevé du roy; 4° il'paroit par un arrêt de Louis VII, rendu en 1171 sur les différends entre l’évèque du Puy et le sire de Polignac, que celuy-ci ne tenoit en fief de l'évêque autre chose que les droits qu'ils avoient alors dans la ville, savoir celuy de la leide et de la monnoye. » Voici maintenant le chapitre que Chabron consacre, dans son Histoire de la maison de Polignac, à notre vicomte Ponce : « La seigneurie de Salezuit fut donnée à ce Vicomte par le Dauphin comte de Clairmont son aïeul maternel, comme il appert de l'acte de cette donation que nous mettrons en françoys puisque nous l’avons rapporté ailleurs en termes latins : « Nous Dauphin comte de Clairmont faisons savoir à tous « ceux qui ces présentes lettres verront que nous, de notre bon « gré et bonne volonté, non contraint, surpris ni contrevenu « par aucune force, dol ni fraude, mais de notre pleine ct DOCUMENTS SUR LA MAISON DE POLIGNAC 35 « pure libéralité, avons donné et donnons par donation entre « vifs à jamais à toy Ponce Vicomte de Polignac, notre petit fils, « et à tes hoirs le château de Salezuit situé dans le diocèse de « Clairmont, etc., » et plus bas sur la fin : « Fait l’an de l’In- « carnation de Notre-Seigneur mil deux cent moins deux ez « présence d’Estienne chantre, au mois de juin, au lieu de « la Chalm au dessus de Saint-Ferréol près Brioude, régnant « Philippe roy de France. » Sous le sceau dudit Dauphin comte de Clairemont en cire jaune, pendant sur lacs de soie, étant d'un côté la représentation dudit Comte à cheval tout armé l'épée à la main, et au revers un dauphin. « Sans aller guères plus loin, nous trouverons dans la vie de ce Vicomte des preuves plus que suffisantes pour témoignage de la grande piété, dévotion, zèle et ardeur de ces anciens Vicomtes de Polignac à l'endroit de l'église de Dieu, particulièrement envers la principale de leur diocèse, l’église Notre-Dame du Puy et de ses pasteurs et évêques, preuves qui ôteront la mau- vaise impression qu'on pourrait avoir pris de nos Vicomtes par les brouilleries survenues entre eux. et les évêques ci-dessus par nous rapportées. « Car ce Vicomte Ponce, le plus beau miroiret exemplaire de toute vertu, noblesse, générosité et sainteté que je puisse re- présenter à sa postérité, après avoir fait parottre dans le monde ce qu'il étoit de sa valeur et de son courage tant ès parties de l'Orient, suivant le chemin à lui frayé par ses prédécesseurs, ayant accompagné le roy Philippe-Auguste au voyage qu'en l'année 1190 il fit en Terre-Sainte avec Richard roy d’Angle- terre, au siège et prise de la ville d’Acre, que dans la France ez armées dressées contre les Anglois et Albigeoïis, après avoir donné la paix et rendu le calme à ses terres et seigneuries in- finiment travaillées par les susdits troubles, après avoir laissé de braves enfants tant pour provigner sa noble lignée que pour conserver et maintenir le Vicomté de Polignac en son ancienne splendeur, enfin après avoir flotté parmi les vagues et battu les campagnes de ce monde, il jugea qu’il étoit temps de tourner 36 MÉMOIRES voile et de s'évertuer de prendre part pour se rendre à sa vraie et naturelle patrie. « Je veux dire que ce Vicomte ayant par aventure oui seule- ment discourir de l'opinion de certains anciens mais sages payens qui disoient qu'il y avoit une saison en laquelle l'homme doit se retirer des affaires du monde pour clore sa vie avec repos et tranquillité d'esprit dont semble parler le poëte Lucrèce : Cur non ut vilæ plenus conviva recedis Æquo animoque capis securam, slulle, quielein ? « Ou bien, pour parler plus chrestienement, ce même Vicomte ayant appris dans l’école catholique que tant plus nous nous avançons sur l’âge et approchons de notre fin, d'autant plus nous devons nous éloigner et séquestrer des affaires du monde qui, comme des nuages et brouillards très-épais nous offus- quant la splendeur des rayons du soleil, nous empêchent de nous élever et guider vers le ciel de ce soleil, notre vraie et naturelle patrie, notre cité assurée, stable et permanente, que tous les honneurs, grandeurs, dignités, richesses, délices et autres affections et vanités mondaines sont autant de fortes chaines et nœuds gordiens qui nous tiennent tellement attachés et occupent si bien nos sens qu'il n’est pas possible, sinon après les avoir quittés et abandonnés tout à fait, de reconnoitre, désirer et aspirer à ces non périssables honneurs et contentements in- finis que Dieu a préparés au ciel à ses élèves et serviteurs fidèles. | « Sur telles et autres belles considérations et motifs, ce noble Ponce, Vicomte de Polignac, divinementtouché etinspiré, donna du pied à toutes les grandeurs auxquelles la fortune de ce monde l'avoit élevé, quitta sa maison, ses enfants et serviteurs, se con- finant en l’ordre de Citeaux pour y user en repos et au service de Dieu le reste de sa vie environ l’an 1213, selon quelques-uns, un siècle tout entier après que l'honneur ct la gloire de la DOCUMENTS SUR LA MAISON DE POLIGNAC 37 France, le dévot saint Bernard, fit sa retraite dans le même or- dre avec trente de ses compagnons en l’année 1113 et icelui ano- blit, illustra et enrichit tant par sa sainteté de vie, grande doctrine, admirable éloquence, divines et miraculeuses actions parues et travaux par lui employés pour la paix générale de l'Eglise et des chefs et membres d'icelle, en particulier des Papes, Empereurs,. Rois, Ducs et autres potentats chrétiens, que pour avoir accru et augmenté son ordre de cent soixante monastères qu'il fit bâ- tir en son vivant. +4 « Cette action de ce Vicomte, son grand zèle et dévotion envers Dieu fut devancée d'un autre non moins remarquable à l'endroit de la sacrée Vierge et de son église Notre-Dame du Puy par la- quelle ce Vicomte, n'ayant encore lui ni ses prédécesseurs re- connu relever de personne la vicomté et le château de Polignac, fut le premier de sa maison qui, de son propre mouvement, pure et franche libéralité, reconnut tenir de cette sacrée Vierge et de cette sienne église son château de Polignac et autres biens qu’il avoit dans l'évêché du Puy, et en fit la foy et le premier hom- mage à messire Bertrand de Chalencon lors évêque du Puy, et de plus l’institua son héritier tant au même château de Polignac que en tous les autres biens au cas que ses enfants vinssent à décéder sans lignée ainsi que de ce appert par les lettres de l'hommage fait dans le chapitre de l’église de Notre-Dame du Puy en présence de tous les chanoines, au mois d'août de l'an 1213. En voicy la teneur en françois, par nous rapportée ail- leurs en les termes latins : « Soit à tous notoire que nous Ponce « Vicomte de Polignac de notre pure libéralité et franche vo- « lonté, non contraint ni forcé par personne, confessons par « notre serment avoir fait fidélité et hommage lige à vous Ber- « trand esleu évêque du Puy et avoir reconnu par notre dit ser- « ment que nous et nos successeurs rendrons à l'avenir à vous « et à vos successeurs évesques du Puy notre château de Poli- « gnac et tous les autres châteaux que nous tenons ou autres « tiennent de nous dans l'évêché du Puy toutes et quantes fois « que par vous ou votre fidèle messager en serons requis. Aussi l' Si, 1878. 4 38 MÉMOIRES « nous vous recommandons tous nos dits châteaux avec toutes « leurs appartenances et toutes autres choses que nous avons, « devons avoir ou pourrons acquérir dans notre évêché, pro- « mettant avoir agréable tout ce que par vous et vos successeurs « évesques y sera fait. Nous vous prions aussi et vous chargeons .« de ne retenir ce que de droit vous connaitrez y appartenir « à autrui, mais aussitôt de rendre sans aucune remise. Que s’il « advient que mon fils que j'institue mon héritier décède sans « enfants, je lui substitue mon autre fils que j'ai ordonné être « d'église et voué au service de Dieu. Mais où il adviendroit (ce « qu’à Dieu ne plaise !) mes dits deux fils décéder sans enfants, « en ce cas je vous donne et à vos successeurs évesques, notre « château de Polignac et tous mes autres biens quelconques « que je possède sans aucune réserve et ce pour le salut de mon « âme et de mes parents. Et pour plus grande assurance de cecy, « j'ay fait sceller la présente charte de mon scel. Fait et donné « dans le chapitre du Puy, voyans et oyans tous les chanoines « qui estoient lors dans la ville l’an de l’Incarnation de Notre- « Seigneur Jésus-Christ mocxirt au mois d'août. » « Davantage ce Pons Vicomte non-seulement confirma et ratifia les donations faites par son père aux religieux de l’ordre de Grandmont du lieu de Viaye, mais encore icelles augmenta ainsi qu’il appert des lettres de la fondation du prieuré de Viaye que nous rapporterons ailleurs, et au mois de juillet de l'an 1201, par l'avis du Dauphin d'Auvergne, son aïeul maternel, il ratifia le traité que son père avait fait avec le chapitre de Saint-Julien de Brioude touchant le fief du château de Cusse ci-dessus par nous rapporté en la vie de son père. « De mesmes il agréa et ratifia autre transaction faite par Ponce et Héracle de Polignac, ses aïeul et père, avec l'abbé de Tour- nus touchant les fondations faites par leurs prédécesseurs du prieuré de la Voûte-sur-Loire ainsi qu'il appert par les titres de ratification de l'an 4204 étant dans les archives de Polignac. « La Vicomtesse de Polignac femme de ce Ponce Vicomte s ap- pelait Alcinois et bien que nous ne trouvions pas nommément DOCUMENTS SUR LA MAISON DE POLIGNAC 39 de quelle maison elle était issue, il y a bien de l'apparence qu'elle fut de la maison ancienne des comtes de’ Montlaur en ce que le fils atné de ce Vicomte autre Ponce appelle le seigneur de Mont- laur son cousin-germain « consanguineum », au contrat de vente qu'il fit audit de Montlaur de la seigneurie de Prades de l’an 1231, et peut bien être que cette Vicomtesse eût apporté entre autres choses pour sa dot la place et seigneurie de ville et ren- tes de Villedieu au-dessous d'Aubenas qui était lors jouie par la maison de Polignac, et depuis ont été recouvrées par la maison de Montlaur. « Quant aux enfants de ce mariage, je trouve de la diversité au nombre d'’iceux en ce que par le susdit hommage et testament fait par le père, il ne nomme que deux siens fils, et néanmoins par d’autres contrats postérieurs, même par le susdit contrat de vente de la terre de Prades, Ponce le fils aîné fait ratifier ce con- trat à deux siens frères, Armand et Héracle, de sorte qu'il fau- drait dire que cet Héracle troisième fils fût né après le susdit acte. « Et de la même s'ensuit que ce notre Vicomte ne se rendit pas religieux précisément en l’année 1243, date de l'hommage qu'il rendit à l’évêque du Puy. Aussi y a-t-il peu d'apparence qu'il quitta ses enfants si jeunes, en un âge auquel ils ne se pou- voient conduire ni gouverner, car son aîné ne pouvoit avoir lors que de sept à huit ans ainsi qu’il résulte par deux actes ou con- trats l’un de l’année 1229 auquel ce fils se dit mineur de vingt- cinq ans, et un autre de l’an 1231 auquel il dit avoir atteint sa pleine majorité. « Il faut donc croire que ce seigneur fit cet acte de reconnais- sance et disposition de sa dernière volonté au même temps qu'il s’achemina en l’armée dressée contre les Albigeois par ce grand et vaillant chef de guerre Simon de Monfort, en laquelle il ne fut pas plutôt arrivé que se donna cette tant mémorable bataille au eu de Muret ou Mirebeau en laquelle les Albigeois furent en- tièrement défaits, et entre leurs morts se trouva Alphonse roy d'Aragon, et ensuite de cette victoire, la ville de Tholose prise ct 40 MÉMOIRES saccagée avec le massacre de 20,000 hommes. Nous mettrons donc trois fils issus dece vicomte savoir : « Ponce, le fils aîné V° de ce nom, Vicomte de Polignac, qui aura son éloge particulier après ses frères. « Armand, le puiné qui fut évêque du Puy auquel nous don- nerons son éloge, ainsi qu'à Héracle le troisième fils. » IT L'une des causes principales de la rivalité des évêques et des grands vicomtes fut le droit de frapper monnaie, droit que le roi Raoul, après la soumission de Guillaume If, duc d'Aquitaine et comte d'Auvergne et de Velay, avait concédé, par une charte datée du 8 avril 924, à l’évôque Adalard et que les seigneurs de Polignac partagèrent dans la suite. | Cette fabrication de la monnaie avait du reste, depuis plu- sieurs siècles, soulevé bien des débats entre les rois et les ba- rons. Ces derniers, malgré les capitulaires de Charlemagne qui ordonnaient que toutes les monnaies seraient frappées dans son palais d’Aix-la-Chapelle, malgré les édits de saint Louis et de Philppe-le-Bel, continuèrent à battre monnaie et forcèrent même Louis-le-Hutin à transiger et à établir en 1315 un rè- glement pour fixer « l’aloi, le poids et la marque des monnaies des barons » (1). H n'est donc pas étonnant que le privilège dont le roi Raoul avait investi les évêques, soit devenu une source de longues que- relles avec les vicomtes, puisque les rois eux-mêmes ne purent : pendant ‘bien longtemps obtenir la centralisation monétaire. — Aussi, dès le milieu du xxr° siècle, en 4169, nos annales nous ren- dent compte de la lutte, que Pons de Polignac et son fils Héracle soutinrent même contre le roi, afin de conquérir les droits que (1) Dict. des inslilutions de la France, jar Chéruel, t, IT, p. 811. DOCUMENTS SUR LA MAISON DE POLIGNAC 41 l'évêque du Puy leur contestait. Cette lutte dans laquelle Pons et son fils furent emmenés prisonniers par le roi Louis le Jeune, ne se termina qu’en 1173, par une transaction moyennée « par Ponce évêque d'Auvergne, Robert élu archevêque de Vienne et l'évè- que de Viviers (1)». Il fut convenu par cet accord, « que l’évêque du Puy et le Vicomte de Polignac jouiroient par moitié des droits de monnote et de la /eyde de la vilie du Puy dont l’évêque jouissoit entièrement en vertu de la transaction faite à Paris, en 1174 (2) ». A partir de cette époque, la maison de Polignac cessa pour un temps ses hostilités contre les évêques. Le traité de 1173 et surtout le miracle « fetnt ou véritable » survenu après et dans lequa Dieu ordonna, par la bouche d’un nommé Durand, de « mettre fin à leurs inimitiés, s'ils ne vouloient ressentir sa colère (3) » terminèrent cette discorde « au grand bien et repos des pays de Vellay et d'Auvergne qui en avoient grandement souffert (4) ». Chacune des parties put faire battre monnaie jusqu'au moment où l’un des seigneurs de Polignac, Pons V, vendit au chapitre de Notre-Dame ses droits sur la monnaie du Puy, ainsi qu'on le verra dans la charte de cession ci-dessous. Il nous a paru utile de faire précéder ce document de quelques notes biographiques sur ce vicomte, empruntées pour la plupart à l’histoire inédite de la maison de Polignac par Chabron. Ponce V de Polignac, fils de Ponce IV et d’Alcinois de Montlaur dont nous venons de parler à propos de l'acte d'hommage de 12143, naquit dans les premières années du xu° siècle. Dès 1226, Ponce V prit les armes dans la guerre contre les Albigeois, et se signala dans le siège de plusieurs villes. Au retour de cette guerre, ce vicomte, froissé des exigences de l'évêque du Puy, Etienne IV de Chalencon, à son égard, commença contre lui les hostilités que ses prédécesseurs avaient (1) Chabron, ist. mss. de la Maison de Polignac. (2) Chabron, loc. cit. (3) Histoire de Notre-Dame du Puy par le frère Théodore, p. 264. (4) Chabron, Loc. cit. 42 MÉMOIRES fait durer pendant de si longues années contre les évêques du Puy. Cette lutte ne dura pas longtemps, grâce à l'intervention de Guillaume, seigneur et baron de Chalencon, et d'Etienne d’Arlanc, chanoine de l’église du Puy, qui réconcilièrent les deux partis en 1229. En 1933, il traita avec Armand d'Allègre au sujet « du diffé- rend qu'il avoit avec lui touchant les lieux de Duminhac, de Pouzols, Las Ignes de Saint-Geneys et Cusse, et ce par l’entre- mise de P. Bastarnel, maréchal du seigneur de Bourbon et connétable en Auvergne, qui donna aux partis comme juges ou arbitres, messire Pierre d’Aurat, chanoine de Brioude, Dalmas de Dore et Bernard Bechet chevalier, avec charge de vider le différend par le conseil des seigneurs Guillaume de Chalencon et Guillaume de Baffie, ce qu'ils firent ainsi qu'il appert du traité étant de la dite année 1233. « Et de l'avis des mêmes seigneurs de Chalencon et de Baffle, il pacifia autre différend qu'il avoit avec Pierre, seigneur de Seneuil, en l’année 1236. « Et du même Pierre de Seneuil et de Ode son fils, ce vi- comte, en l’année 1245, pour le prix de quatre mil cinq cents sols de la monnaie du Puy, acheta tous les hommes, maisons et terres que ses vendeurs avoient au lieu de Saint-Vincent, de la Val Emblavès jusques au ruisseau du Cros, jusques au ruisseau de Larcenac et jusques au chemin par lequel on va de la Voûte à Vourey et jusques au lieu ou fossé appelé le Riou de la Grosse et jusques aux limites faisant la séparation des lieux et terroirs de Saint-Vincent et de Chalignac, appert de la vente, sous la côte Abraham Lvu. « Étant survenue une petite guerre entre lui et les seigneurs Randon de Châteauneuf et Guigo Meschini seigneur du Tour- nel, (1) du pays de Gévaudan, touchant la baronnie de Geissac (1) Guigue Meschin de Châteauneuf-Randon, marié à Vierne de Vallergues le 18 mars 1239, était fils de Odilon Guérin de Châteauneuf-Randon et de Margue- rite du Tournel, héritière de la baronnie de ce nom. (De Burdin, Documents sur le Gévaudan,t. U, p. 312.) DOCUMENTS SUR LA MAISON DE POLIGNAC 43 « dont ces seigneurs prétendoient la moitié leur appartenir par «le moyen de la succession de Guillaumette de Ceissac, leur aïeule, en laquelle guerre le sieur Odilon fils du seigneur du « Tournel avoit été fait prisonnier et payé rançon à notre vi- « comte, il laissa à décider cette querelle par Bernard de Mon- « tagut évêque du Puy. et Armand de Peyre prévot de l’église « Notre-Dame , arbitres nommés par les parties, ainsi qu’il « appert de leur sentence arbitrale de l'an 1243.» De son mariage avec Alix de Traynel, de l’ancienne maison de Traynel (1) en Champagne, Ponce V eut un fils Armand III qui épousa Béatrice de Mercœur, fille de Béraud de Mercæur, et une fille Agnès, marié en 1245 à Héracle de Montlaur. Ce vicomte de Polignac « pour couronner toutes ces belles « actions d’une fin encore plus belle et glorieuse, après avoir « marié sa fille unique, recommandé et donné en garde son « fils aussi unique à messire Armand de Polignac, abbé de « Saint-Pierre-la-Tour, son frère, depuis évêque du Puy (2), « confirmé les donations faites aux religieux de Viaye par ses « prédécesseurs et icelles augmentées par contrat de l'an 1248, « au mois de juillet, à l'exemple et imitation de ses prédéces- « seurs, il se croisa pour la conquête de la T'erre-Sainte avec le « roy Saint-Louis en l’année 1248, et pour subvenir aux frais « d'un si grand et long voyage il vendit au Chapitre de l'Eglise « de Notre-Dame du Puy le droit qu'il prenoit sur la monnoiïe « qui se fabriquoit dans la ville du Puy pour le prix de vingt « mil sols viennoiïis, auquel voyage il finit glorieusement ses « jours ainsi que la plupart des autres seigneurs françois. » Cet acte de vente que nous donnons ci-après est conservé comme, l'acte d'hommage de 1213, au t. IT de la Collection du Langque- doc. mn en (4) La maison de Travnel portait : bandé d'argent et de queules de six pièces, au chef d'argent chargé d'une roue de gueules, soutenue d'or. (Chabron.) (2) Evôque du Puy de 1251 à 1257. 44 MÉMOIRES Acte de la vente faite par Ponce, vicomte de Polignac, au Chapitre du Puy, de ses droits sur la monnaie de cette ville. Notum sit universis presentibus et fut uris, quod nos Pontius vicecomes Podemniaci, pro nobis et heredibus aliisque succes- soribus nostris in perpetuum, vendimus absque omni conditione et revocatione, et titulo pure et perfecte venditionis tradimus, vel quasi, vobis G. decano et capitulo Aniciensi, et tibi Pontio de Glavenatio thesaurario ejusdem ecclesie presenti, ementi, consentienti et recipienti, procuratori ad hoc ab ipso capitula constituto specialiter, nomine et ad opus dicti capituli hanc ven- ditionem tractanti, quinque denarios Podienses, quos percipimus seu percipere debemus, et in posterum percepturi erimus in qualibet libra Podiensis monetæ seu Podiensium, quandocumque contigerit monetam Podiensem seu Podiensium novam cudi seu fabricari in civitate vel episcopatu Podiensi, et totum illud quod babemus et percipimus, seu percipere debemus, vel in poste- rum percepturi sumus in moneta Podiensi, seu in officio cu- dendi ac fabricandi monetam Podiensem, et omnes redditus, fructus, proventus et obventiones, et omnia jura actionesque reales, personales et mixtas, et etiam feuda usatica, jura homa- gia etc. quæ habemus, percipimus, vel in posterum habituri, seu percepturi eramus cum Bertrando Monedier, Artaudo Truc et heredibus quondam Roberti Bertrandi, et quibuseumque aliis feudariis seu vassallis, ratione vel occasione dicte monete in ci- vitate Anicii vel extra, et quidquid juris percipiebamus, habeba- mus, vel quocumque modo nunc habemus, vel in futurum pos- sumus habere in dicta moneta Podiensi, usu, fabrica, aliisque pertinentiis, et in omnibus ad dictam monetam pertinentibus etc. — Acta sunt hec in capitulo Aniciensi die Mercurii ante Pentecosten, anno Domini McexLvui, presentibus L. sancti Evo- di et sancti Petri de Turre, et B. Segureti abbatibus, Ber- DOCUMENTS SUR LA MAISON DE POLIGNAC 45 trando de Ceïssac, Mauritio de S'° Bonito, Pontio d’Allegre, N. Truc, Heracleo d’Arlenc etc. — Ad majorem autem firmita- tem predictorum, nos B. episcopus, et Pontius vicecomes, et Ar- mandus de Solemniaco supradicti, sigillis nostris hanc cartam fecimus sigillari. Nore. — De la monnoie qui se battoit au coin des vicomtes de Polignac, on tire une preuve authentique du contrat de mariage d'une fille de cette maison, Anne de Polignac, avec Heracle de Montlaur {1}, de l'an 4245. (A suivre.) A. JACOTIN. (1) Héracle 11 de Montlaur, frère de Guy, évèque de Valence, était fils de Héracle FI, seigneur de Montiaur et d'Aubenas et de Marguerite d'Auvergne. De son mariage avec Anne ou Agnès de Polignac naquirent trois enfants : 1° Pons 1V seigneur de Montlaur, d'Aubenas, Saint-Laurent, Ussel, Prades. Saint-Privat. Il fit hommage, en 1292, à Guillaume Durant, évêque de Mende, pour Montauroux. Vers 1260, il épousa Alissende, fille de Béraud de Mercœur et de Béatrix de Bourbon; 2° Héracle ; 3° Guillaume, devenu chanoine de Notre-Dame du Puy. (Collection du Languedoc, t. TT, Fe 356 et sq.) DOCUMENTS ET NOTES SUR LE VELAY a —_— C'est une noble figure que celle de Philippe de Lévis, IV° du nom, chevalier, conseiller et chambellan du roi Charles VII, baron de Roche-en-Régnier, de Saint-Haon en Velay, co-seigneur de Pradelles, seigneur d’Annonay et La Voute en Vivarais, de Vil- lars en Dauphiné, de Vauvert ou Posquières et autres places en Languedoc. Ce généreux patriote se voua corps et biens à la cause du régent, c'est-à-dire à la cause nationale, et dans cette noire tempête de 1410 à 1430, qui vit les meilleurs douter de la France mutilée et saignante, au milieu des lâchetés et des apostasies, alors que les plus fiers courages s’affaissaient et que les vieilles races elles-mêmes imprimaient à leur écu la barre de la trahi- son, lui, serein, inébranlable, ne broncha pas un seul jour et ne sut marchander ni son sang ni son or à la couronne chancelante du roi légitime. Dans notre Etude sur les Bourquignons en Velay, que les Tableites achèvent en ce moment, nous avons fait de no- tre mieux pour entourer d'un juste relief les hauts faits, les glo- rieux services de ce vaillant personnage. Nous rencontrons encore aujourd'hui Philippe de Lévis à propos de deux diplô- mes émanés de Charles VII en 1424 et 1425. Ces deux pièces, la première surtout, ont une importance rela- tive : elles permettent de préciser certains détails sur la visite faite par Charles VIT à la ville du Puy en décembre 1424 et jan- DOCUMENTS ET NOTES SUR LE VELAY 47 vier 4425. Médicis, I, pp. 245 et 246, Oddo de Gissey, édit. de 164%, pp. 469 et 470, racontent, d'une manière bien concise pour notre curiosité, le second voyage accompli dans nos montagnes par le roi errant et malheureux, Charles VII était encore le 6 décembre 1424 à Montferrand en Auvergne, car ce jour-là il confirma les privilèges des habitants de cette ville /Ordon- nances des Rois de France, t. XIV, p. 224), De Montferrand, iltira vers notre contrée, et, le 14 décembre, il était en vue du Puy, L'évêque Guillaume de Chalencon, l'élite des seigneurs vellaves, les consuls aniciens : François de Bonas, Jehan de Mer- cœur, Pierre Davignon, Jehan Salamon, Jehan Bellaut et Jehan Pagès, vinrent à la rencontre de l’illustre voyageur jusqu’à l'O- ratoire du Collet. Les consuls présentèrent au souverain les clefs de la ville, mais le roi les leur rendit en disant : « Gardez-les vous-mêmes pour moi. » Le soir, Charles VII et la reine, Marie d'Anjou, prirent gîte au château d'Espalv, où Guillaume de Cha- lencon leur offrit ainsi qu’à leur cortége une large hospitalité. Le roi et la reine vinrent souvent à la cathédrale pour y faire leurs dévotions. Un jour entre autres, le seigneur de Montlaur({) offrit à diner à la reine « et à son train » dans la maison du Doyenné. Il paraît que la « gendarmerie » du roi, ses gen- tilshommes, archers et serviteurs, en prirent à leur aise avec les habitants du Puy et se livrèrent à des jeux de prince, cher- chant noise au pauvre monde, faisant « grant dommaige » en Pouzarot, dans les rues de Vienne et de Saint-Jacques, dans les ouvroirs, moulins ou couvents, et jusque dans les villages de la banlieue. (1) Il s'agit probablement de l'un des héros du siége du Puy en 1419, de Louis, seigneur de Montlaur, Aubenas et Montpezat, fils de Guy HI, seigneur de Montlaur et de Josserande d'Apchier, Il contracta une première alliance en 1399 avec Margucrile de Polignac et se remaria avec Ysabeau de Chalencon. Îl testa en 1446. Ses enfants furent : 1° Armand de Montlaur, institué par son grand-père maternel Armand de Poliynac, en 1416, héritier de tous les biens de la vicomté, marié en 1423 à N. d'Apchier, mort sans postérité; 2° Jeanne, mariée en 1425 à Hugues de Maubec ; 3° Anne mariée à Charles de Poitiers, Scigneur de Saint-Vallier, A8 MÉMOIRES Le roi assista aux premières délibérations des Etats généraux convoqués à Espaly. Il écouta le cahier des doléances et répondit favorablement à plusieurs griefs formulés en langue romane (1). Le 6 janvier 1425, il était encore à Espaly : il quitta cette rési- dence pour aller coucher à Allègre ; le 28 janvier, il se trouvait à Toulouse. Charles VII traversait alors une passe douloureuse et sa couronne ne tenait qu'à un fil. Ce prince était néanmoins le représentant du principe monarchique, l’image de la patrie en deuil, et, malgré sa détresse, il put réunir sur notre roc d'Espaly une cour véritable. Les nombreux députés des Etats généraux con- tribuèrent à donner à l’entourage royal un éclat et une solennité que notre ville admira fort. Parmi les députés accourus au Puy, on remarquait Arnauld de Mirepoix, évêque de Lombez, Roger d'Espagne, chevalier, le comte d'Astarac, Gérard Faydit, évêque de Montauban avec les consuls de sa ville et son chapitre, Jean Azémar, abbé de Grandselve, le seigneur de Montbrun, les vi- comtes de Conserans, de Carmaing et de Villemur, les seigneurs de Terride, de Mauléon et de Lantar, Arnaud Roger de Com- minges, l’abbé et les consuls de Gaillac en Albigeoïs, etc. Deux titres nous apprennent les noms des principaux person- nages qui formèrent le cortège de Charles VII à Espaly, sans parler de la noblesse vellave dont malheureusement nos chro- niques n'ont pas conservé la liste. Les principaux seigneurs du Languedoc ayant été convoqués à Espaly pour renouveler leur hommage (Dom Vaissette, édit. Du Mège, t. VIII, p. 26, et d’a- près lui, Arnaud, t. Ï, p. 248), l’assistance féodale dût être fort nombreuse. Pour nous en tenir aux personnages, dont la pré- sence est officiellement connue, nous ne relèverons que ceux qualifiés et dénommés dans les actes suivants : des lettres patentes, du 16 décembre 1424, datées d’Espaly et qui portent immunité de droits en faveur de l’abbaye de Saint-Antoine de (H) Pour les Etats généraux d'Espaly, voir surtout Dom Vaissette, &dil. Du Mège, t. VIII, pp. 29 et 443, Vallet de Viriville, Aistoire de Charles VII t I, p. 410, et l'Histoire des Etats gén#raux de M. Picot, t. I, passim. DOCUMENTS ET NOTES SUR LE VELAY 49 Vienne {Ordonnances des Rois de France, t. XIX, p. 264), rela- lent parmi les membres du conseil du roi : « Le grand-mais- tre d’hostel, le sire de Mirande, Budes, Morchesne ». L'hom- mage ci-dessous, du 24 décembre 1424, cite au nombre des conseillers présents : le prévôt de Paris et le président de Pro- vence. Nous trouvons donc à la suite du roi et pendant son séjour à Espaly : 1° Tanneguy ou Tanguy Duchatel, prévôt de Paris avant 1414, lequel sauva le dauphin Charles dans la grande sédition pari- sienne du 29 mai 1418, devinten juillet suivant maréchal des guerres de ce prince et combattit l'Anglais et le Bourguignon avec une rare énergie. Cet homme éminent eût laissé dans l’histoire le plus beau souvenir s’il n'avait machiné avec Guil- laume Bataille, Jesn Louvet et quelques autres, le meurtre de Jean-sans-Peur à Montereau. Pendant la majeure partie du règne de Charles VIT, Tanneguy Duchatel ne cessa de rendre, dans la paix et dans la guerre, les plus signalés services au roi dont il avait l'intime confiance. 2° Jean Louvet, komme de pelite condition, se trouvait, en 1415, lieutenant du juge mage et président des Aides et des Comptes en Provence, lorsque le dauphin Charles, récemment fiancé à Marie d'Anjou, voyageant avec son beau-père, Louis IT, roi de Sicile, duc d’Anjou et comte de Provence, fit rencon- tre du magistrat à Nimes et le retint à son service. Jean Lou- vet fut l’un des instigateurset peut-être le principal acteur du drame de Montereau. Il ne cessa de siéger dans le conseil du roi jusqu'en 1457 : intelligence ouverte, mais âme basse et cupide, il fut l’un des mauvais génies de Charles VII. 3° Louis de Bourbon, comte de Vendôme et de Castres, grand chambellan de France en 1408, créé souverain maitre d'hôtel du roi par lettres données à Paris le 15 novembre 14142, fait prison- nier à la bataille d’Azincourt et revenu d'Angleterre en 1422, après une évasion miraculeuse, fut rétabli, en 1425, dans sa charge de grand-maitre, et, dès le 7 octobre de cette année, onle 50 MÉMOIRES voit dans certains actes qualifié de ce titre. Il mourut le 214 décembre 1446. (Sur Jean Louvet et Tanneguy Duchatel voir l'Histoire de Charles VII de Vallet de Viriville, passim, et sur Louisde Bourbon, l’Histoire généalogique du P. Anselme, t. I, 322, ett. VIII, 346.) Pour les conseillers Budes ou Budé et Morchesne, c'étaient probablement des gens de robe ou d’affaires, dont nous n'avons pu rétablir la personnalité. Nous penchons à croire que le sire de Mirande n’est autre que Louvet, seigneur de Thays, de Sa- linière et de Mirandol. Le copiste a pu mal orthographier le nom de cette dernière seigneurie. | Hommage rendu au roi Charles VII, par le seigneur de Roche-en-Régrier. Espaly, 24 décembre 1424. Charles par la grace de Dieu, roy de France, a noz amez et féaulx gens de nos comptes et trésoriers, et à noz seneschal, procureur et receveur or- dinaire de Beaucaire, ou à leurs lieutenans ou commis, salut et dilection. Scavoir vous faisons que nostre ame et féal chevalier, conseillier et cham- bellain, le sire de Roche, nous a cejourdhuy fait les foy et hominaige que tenus nous estoit de faire, pour raison des baronnies, chastellenies, terres et seigneuries de Annonay, Posquières dit Vauvert et ville de Margarites, assises en ladicte séneschaucee, tenues de nous nuement, à cause de nostre conté de Thoulouze, ausquelz foy et hominaige nous l'avons receu, sauf nostre droict et l’autruy. Si vous mandons et à chascun de vous, si comme à luÿ appartendra, que pour cause dudit hominaige non fait, vous ne faites ou donnez, ñe souffrez estre fait ou donné aucun empeschement audit sire de Roche, aincoys se lesdictes terres ou seigneuries, ou aucune d'icelles sont ou estoient pour ce prinses ou mises en nostre main, mectez les ou faictes mectre sans délay à plaine délivrance, pourveu que ledit site de Ro- che baille par escript, dedans temps deu, son dénombrement et adveu, et qu'il face ct paie les autres drois et devoirs, saucuns en sont pour ce deus. DOCUMENTS ET NOTES SUR LE VELAY 91 Donné à Ispaly-lez-le-Puy, le xx jour de Décembre, l'an de grace mil cecc vint et quatre et de nostre règne le tiers. Seellé de nostre seel or- dinère en l'absence du grant. Par le roy, vous le prévost de Paris, le président de Prouvence et autres presens. — Budé. | (Arch. nat. P. 1402!, n° 1239.) Il Lettres de souffrance accordées par Charles VII au seigneur de Roche-en-Régnier. Espaly, 28 décembre 1424 (1). Charles, par la grace de Dieu, roy de France, a nos amez et feaulx gens de nos comptes et aux séneschaulx de Beaucaire et de Carcassonne, Rouer- gue et Agenès, ct a nos trésoriers, receveurs, procureurs et autres officiers esdictes séneschaussées ou a leurs lieutenans, salut et dilection. Oye l'um- ble supplication de nostre amé et féal conscillier et chambellan le sire de Roche, contenant que il nous a nouvellement faiz les fois et hommaiges qu'il nous estoit tenu faire à cause de ses chasteaulx, chastellenies, terres et seigneuries de Annonay, Posquières dit Vauvert, Marguerites, Grolhet, Pebegon, Misecle, Sénegaux (Seneujols ? Vabres, La Case, Chasteauneuf, Bonafo4, La Bastide de Montfort, Castenet, Saint Cerny, Caygnac, Gaytie, Trevas, le chastel de La Fos, et de sa part et portion de Saint-Cerny si- tues et assis esdictes séneschaussées, mais il ne nous en pourroit ne (1) Ceux qui étudient consciencieusement l'histoire et ne se contentent point des redites stériles, savent seuls combien il est difticile d'arriver à la vérité sur les faits et les dates. Ainsi les Pièces fugilives du marquis d'Aubais jouissent d'un grand renom d'exactitude, et cependant, lorsque l'on peut vérifier les dires de cet ouvrage, on y rencontre à chaque pas les erreurs les plus graves. Au t. I; 52 MÉMOIRES sauroit de présent bailler par escript les dénombrements ou adveux, obstant ce que lesdictes terres sont en divers pais et contrées et ont de grans mem- bres et vassaulx qui encore ne luy ont baillé par escript ce qu'ils en tien- nent, si comme il dit, requérant sur ce nostre provision. Nous considéré ce que dit est, et autres causes à ce nous mouvans, à iceluy suppliant avons donné et octroyé, donnons et octroyons de grace espécial par ces présentes terme, respit et souffrance de nous bailler par escript lesdiz denombre- mens ou adveux jusques à un an à compter de la date de ces présentes. Si vous mandons et enjoignons à chascun de vous si comme à luy apparten- dra que ledict suppliant vous faites, souffrez et laissez joir et user plaine- ment et paisiblement de nostre présente grace, respit et souffrance, ledit an durant, sans cependant luy faire, donner, ou souffrir estre faict ou donné p. 94, des Jlinéraires des rois de France,le marquis d'Aubais trace, comme suit, les divers déplacements de Charles VII dans les années 1422, 1423 et 1424. 1422 : * 16 novembre, à Mehun-sur-Yèvre. 24 janvier, à Bourges; 26 mars, à Bourges; 18 août, à Selles en Berrv; Août, au bourg de Lochès ; 4 novembre à Tours ; Décembre, au chäteuu de Chinon. 1121 : 16 janvier à Bourges ; | 16 mars, à Selles en Berry ; 13 avril, à Bourges: 22 août, au chûteau de Loches; 21 octobre, à Bourges; Décembre, à Poitiers; 7 décembre, à Issoire: 29 décembre, à Espally en Velay. Il y a dans ces étapes royales bien des lacunes ot des erreurs. Pour nous en tenir à ce qui nous concerne, nous remarquons pour l'année 1424 que le 1*" dé- cembre de cette année, Charles VII était à Montferrandet non à Poitiers et que dès le 14 décembre il se trouvait à Espaly. Nous faisons ces remarques en pas- sant et pour signaler encore unc fois aux chercheurs le péril des ouvrages im- primés et l'indispensable nécessité de recourir aux sources. DOCUMENTS ET NOTES SUR LE VELAY 33 aucun arrest ou empeschement en sesdictes terres, chasteaulx et seigneu- ries, ne en aucunes d'icelles ; aincoys se donné ou mis y estoit, mectez le ou faictes mectre sans délay a plaine délivrance, nonobstans quelzconques ordonnances, mandemens ou défenses à ce contraires, pourveu toutesvoies que iceluy suppliant ait fait et paié ou face et paie les autres droiz et devoirs à nous pour ce deuz, Donné à Ispaly (1) le xxvin jour de Décembre l'an de grace mil cecc vint et quatre et de nostre règne le tiers. Par le roy à la relacion du conseil. À Morchesne. (Arch. nal. P. 1398*, n° 728.) III Rodrigue de Villandrando. (Norte) Voici un nom bien oublié et jadis célèbre en nos parages, nom sinistre, grandi par la terreur, dramatisé par la muse po- pulaire, empreint d’un fantastique prestige. Ce nom rappelle un terrible personnage, qui du Nord au Sud fit trembler la France et appesantit sa lourde main sur notre pauvre Velay. Ilconvient de s'arrêter un peu devant cette figure : elle en vaut la peine, puisqu'elle caractérise une époque. Ici l’histoire frise le roman, la réalité tourne à la légende. Il faut se souvenir qu’on est en plein désarroi, au plus épais de l'anarchie et de la dé- Solation publiques, pour croire à ces aventures de cape et d'épée où Rodrigue joua un rôle et quel rôle! Ce batailleur infatigable devint au xv° siècle le cauchemar des imaginations françaises. (1; Le nom du lieu est en blanc dans notre copie, mais c'est évidemment Es- Paly, puisque le 6 janvier 1425 au moins, Charles VII se trouvait encore dans ce Château, l" sénir, 1S78. 9 4 MÉMOIRES « Cet homme estoit si meschant et cruel, dit le P. Bonaven- ture de Saint-Amable (qui raconte dans les Annales du Limousin le passage du chef des routiers à Limoges en 1436), que son nom est tourné en proverbe dans la Gascogne, et, pour signifier un homme brutal et cruel on l'appelle meschant Rodrigue. » Cette lugubre notoriété a laissé sa trace dans la grande Complainte où les Hélas du pauvre commun en France, chant funèbre arraché aux angoisses des vilains dolents et meurtris : Hélas, sans plus vous dire hélas, Comment peuvent penser créatures Qui bien advizent noz figures Et ont sens et entendement, Et nous voyent nudz par les rues Aux gelées et aux froidures, Nostre povre vie quérant ? Car nous n'avons plus rien vaillant Comme aucuns veullent langaiger. Jlz s'en sont très-mal informez : Car s'ilz pensoient bien en Aodiques, Et Escorois, et leurs complisses, Et ès vvers qui sont passez, Et autres voves fort oblicques Dont tous estatz nous sont relicques, Comme chacun nous a plusmé, Ilz seroient bien héréticques, Sc ilz pensoient bien en leurs nices Que il nous fust riens demourè. Les exploits de Rodrigue avaient imprimé à la terreur des foules une telle secousse qu’une légende se forma vite autour de ce nom retentissant en France, dans les Castilles et jusqu'en Allemagne. Hernando del Pugar (1), le Brantome espagnol, et Don Joseph Pellizer (2) font du grand aventurier un paladin du (ti Hernando del Pusar a fait la biographie de Rodrigue, au titre 7 de son livre intitulé : Ularos Farones de Caslilla, in-8, Alcala de Henares, 1526. (2\ Informe del origen, antiguedad, calidad y succesion de la excelentissima casa de Sarmiento de Villemayor, por D. Joseph Pelliser, in-4°, 1663. Cet ou- vrage est l'histoire généalogique de la maison de Sarmiento. DOCUMENTS ET NOTES SUR LE VELAY 99 temps d’Artus et de ia Table-Ronde. En Velay et en Gévaudan, les contes de l’âtre, les histoires des chaumines propagèrent sur le hardi flibustier mainte histoire fabuleuse. Au dire de l'/n- ventaire des Archives du Chapitre de Mende, dressé en 1650, « Rodigon estoit natif d’un vilaige ruiné, aux appartenances de Badaroux qui s’appeloic le Masel Rosegos. En l'an 1418 (1435 ?), le clergé du diocèse (de Mende) contribua 300 mou- tons d'or pour aider à chasser certains gens d'armes appelés Lous Roteyrols qui ravageaient le pays, desquels le bastard de Bourbon et Rodigon, hardi et insigne voleur, estoint les chefs. Et despuis ce temps la on appèle Roteyrols les gentilshommes incommodés et que le proverbe du vulgaire dit encore : Mes- chant comme Rodigon. Voiès le département de ladicte somme qui faict mention de ce-dessus à la xvu' liasse, sous Cotte F. Ar- chifs, Il (1). » Ainsi l’on trouve en Gévaudan et en Limousin la même re- nommée lugubre et les mêmes dictons populaires sur Rodrigue. Le merveilleux s’en mêla aussi dans nos parages : nous verrons qu'un manuscrit attribue au chef castillan un trépas bien pré- maturé vers 1422 après le pillage de l’église d’Aurec. Grâce aux recherches de l’érudition moderne, grâce surtout à l'excellente notice insérée par M. Quicherat dansla Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, t. 1°, deuxième série, 1845, pp. 119 et sg., il est per- mis de reconstituer les lignes principales de cette carrière ora- geuse et de faire sur Rodrigue un peu d'histoire authentique. Dans un village de la province de Burgos appelé Villa-An- drando ou Villandrando, ctait établie, vers 1200, une famille dite de Lopez et qui ajoutait à son nom patronymique, probablement par apanage, le titre de son petit bourg. Don André Lopez sui- vit la reine Blanche en France, s'arrêta en Guienne et acquit, près de Bazas, une seigneurie dans un lieu appelé aujourd'hui encore Villandraut. Une fille ou petite-fille de Don André porta (1) Ces titres n'existent plus dans les Archives départementales de la Lozère. — Lettre de M. Ferdinand André. 56 MÉMOIRES le manoir de Villandraut dans la maison de Goth, d'où sortit le pape Clément V, le proscripteur des Templiers. On a de justes raisons de croire que la mère de Clément V était une Villan- drando. La branche des Villandrando, restée en Espagne, exerça de père en fils la charge de corrégidor de Valladolid. Lorsque les Francais allèrent en Castille sous la conduite de Du Guesclin, Don Garcia Guttierez de Villandrando perdit son office à cause de son attachement à la cause de Henri de Transtamarre, mais il le recouvra par suite de ses bonnes relations avec certains ca- pitaines français et entre autres Pierre de Vilaines, l’un des héros de Froissart, le même qui, après avoir obtenu pour ré- compense de ses services la grandesse d’Espagne et le comté de Ribadeo en Gallice, vendit son fief et du prix qu'il en avait tiré acheta dans son pays natal le royaume d’Yvetot. Don Guttierez épousa la sœur de Pierre de Vilaines et en eut deux fils : l’âîné, Don Ruys Garcia, devenu corrégidor après son père, le cadet, Don Pedro, mort jeune et déjà veuf de Dona Aldoniça Diaz de Cor- ral. Des deux fils de Don Pedro, l'aîné, Rodrigue, est celui qui de- vait faire tant de bruit en Espagne et en France. Ces antécédents de famille expliquent dans une certaine mesure l'existence du grand chef de compagnie. Ses ancêtres paternels et maternels avaient cherché fortune, d'Espagne en France et de France en Espagne : lorsqu'il eut atteint l’âge de l’action, pauvre, orphelin, il obéit aux instincts de sa race, gagna les Pyrénées et se fit soldat de fortune. Rodrigue débuta sous les ordres d'Amaury de Sévérac, gen- tilhomme du Rouergue, aux gages du parti d’Armagnac. La bonne mine de Rodrigue, sa force herculéenne, un cou- rage à toute épreuve le mirent bientôt hors de pair parmi cette horde d'aventuriers qui formaient le cortège d'Amaury de Sévérac, et guerroyèrent dans le Midi jusqu'en 1418. En 1421, Rodrigue faisait encore partie de la même bande, mais il en fut chassé par la jalousie de ses compagnons et leva bannière pour son propre compte. Il eut bientôt à sa disposition une foule de DOCUMENTS ET NOTES SUR LE VELAY 1 coupe-jarrets, truands et ribauds, gens de sac et de corde, détrousseurs sans merci, larrons sans vergogne, mais partisans intrépides. Il vint à lui d'abord cent hommes, puis cinq cents, puis mille. Rodrigue avait jeté son dévolu sur la cause natio- nale et resta fidèle à Charles VII, mais il combattait en volon- taire, dédaignait toute hiérarchie, brisait sans cesse avec la dis- cipline et les ordres supérieurs, et pillait tout village et n'importe quelle ville à sa portée. C'était alors la coutume : chaque ca- pitaine, armagnac ou bourguignon, louait pour un temps ses services, se joignait à tel ou tel parti, allait en avant au gré de son caprice ou de son intérêt, et surtout faisait main basse dans ses alentours, tombant sur les amis comme sur les ennemis avec une impartialité dérisoire ou plutôt une indifférence brutale. En 1423, Rodrigue, de concert aÿec l'amiral de France, Louis de Culant assiégeait la place forte de Cufvy en Nivernais. Il reçut, en 1428, ses premières lettres patentes du roi et conduisit ses routiers en Languedoc contre André de Ribes, qui fut défait, pris et pendu. Suivant une tradition locale, confirmée par les chroniqueurs de l'époque (1), Rodrigue campait en 1430 dans les montagnes du Velay avec une armée véritable et deux de seslieute- nants, les nommés Valette et Thuron (2). Sur la prière de Char- les VIT et moyennant finance, il consentit à rejoindre en Dauphiné les chefs de l’armée royale, Raoul de Gaucourt, gouverneur du Dauphiné, et Imbert de Groslée, sénéchal de Lyon, pour com- battre le prince d'Orange. C’est Rodrigue qui gagna en réalité la bataille d’Anthon (19 juin 1430), et tous les historiens recon- naissent la bravoure et surtout la science stratégique qu'il dé- ploya en cette journée décisive pour les armes du roi. Jean Salazar, principal acolvte de Rodrigue, Valette et Rodrigue HN Quicherat, bc. cit., Histoire de Charles VIT, par Vallet de Viriville, t IT, p.299. — Sur la bataille d'Anthon, voir les chroniqueurs du temps, Monstrelet, Saint-Rémy, Jean Chartier et surtout Quicherat et Vallet de Virivalle, Loc. cit. (2) On trouve aussi un certain Andrelin prrmi les stides intimes de Rodrigue. Audrelin était peut-être un surnom de Valette ou de Thuron. 58 MÉMOIRES lui-même se signalèrent par maintes prouesses, maïs après la victoire le naturel reprit le dessus. « Homme de malicieux engin, dit la Chronique Martinienne, f 276 v°, Rodrigue exploita merveilleusement en la défense sans y oublier son prouffit » et tira, pour sa part, un butin et des rançons énormes. Le roi le récompensa par le don du château de Pusignan (mars 1431) : au début de la campagne, il l'avait fait son valet d’écurie. Charles VII avait des principes d'ordre et de gouvernement; c'est lui qui inaugura les armées régulières : son instinct royal Jui inspirait de vives répugnances pour Rodrigue et ses pareils. Qu’était après tout Rodrigue, sinon un mercenaire qui vendait son dévouement, servait qui le pavait et ajoutait aux bénéfices de la solde les exactions, les violences, les razzias sur lesquelles un pouvoir débile en était réduit à fermer les yeux? La rovauté, encore mal affermie, tolérait en gémissant ses dangereux défen- seurs. Du reste, elle pouvait bien peu en ces crises suprêmes contre les hordes sans drapeau et sans fover, qui faisaient de la guerre leur seule industrie. Les routiers étaient, pour la plupart, de nationalité étrangère, italiens, écossais, tudesques: soldats de hasard, aventuriers comospolites, voués au dernier enchérisseur, ils poursuivaient uniquement la proie et le lucre et formaient une véritable /nternationale. Ce qui caractérise bien les désordres de cette lugubre époque, c’est la défiance de la population, à l'é- gard de l'autorité légitime.Quand Rodrigue arrivait dans une pro- vince, les villes ne songeaient guère à recourir aux représentants du roi : elles traitaient seules avec le capitaine et obtenaient son éloignement par des sacrifices pécuniaires plus ou moins lourds. C'est ainsi que les États d'Auvergne, réunis à Montferrand en janvier 4432, votèrent des fonds pour acquitter le prix auquel Rodrigue, alors à Montpensier, avait fixé sa retraite. Le sénéchal, Jean de Langeac, assisté d’un banquier de Clermont, Girault Crespai, débattit avec Rodrigue le chiffre du patis ou contribution de guerre. Les consuls d'Ambert furent pris d'une telle panique qu'ils dérobèrent à Antoine de Saillans, bailli d'Allègre, logé dans DOCUMENTS ET NOTES SUR LE VELAY 59 leur ville, un cheval pour l'offrir à leur redoutable visiteur (1). En cette même année 1432, Rodrigue se préparait à gagner le Velay et le Gévaudan, pour de là parcourir le Languedoc, mais son lieutenant Valette, envoyé en éclaireur, se fit prendre entre Nîmes et Mende par le comte de Foix et fut pendu sans miséricorde. Rodrigue renonça à son expédition de Languedoc et s'en vint dans le nord rejoindre l’armée rovale. Là encore, il rendit d'éminents services et, le 10 août 1432, près de Lagny- sur-Marne, il battit le duc de Bedfort en personne, mais, comme de juste, après l’action, il revint à ses pratiques habituelles et conduisit ses gens en Touraine où ils commirent de cruels ravages. En ce moment, Rodrigue comptait de puissance à puis- sance avec les souverains en decà comme au delà des Pyrénées. Le roi d'Aragon, Alphonse-le-Magnanime, lui restitua, vers oc- tobre 1432, le comté de Ribadeo qu'avait possédé son grand-oncle maternel, Pierre de Vilaines, et, le 24 mai. 1433, il obtenait avec la main de Marguerite, bâtarde de Jean, duc de Bourbon, la sei- gneurie d’Ussel en Bourbonnais. Pendant que Rodrigue vaquait à ses affaires de ménage, sa troupe avait passé la Loire et tenait ses retranchements habituels dans le Velay et le Gévaudan (2). 1) {tem seront tenuz iles receveurs) de paier la somme de 11° livres tournois qui ont esté ordonnez à mons. le seneschal d'Auvergne, pour et en récompensa- cion des fraiz et despenses, qu’il luy a convenu faire en deux voiages qu'il a esté, par l'ordonnance de Messeigneurs, par devers Rodigo de Villandrado, capitaine de certaines gens d'armes et de traict, pour traictier avec ny que lui ne les siens ne passassent parmy ledit pays, et n'y feissent dommaige; esquelz voiages mondit seigneur le seneschal a vacqué par l’espace de trois mois ou environ. , . A Anthoine de Saillans, escuier, bailly d'Alegre, pour ung cheval qui fut prins de luy à Ambert et donné audit Rodigo, luy et les siens estaus oudit lieu d'Am- bert logiés, afin qu'il eust ledit païs pour recommandé ct qu'il n’eust cause d'y faire dommaige : LX. 1. tournois. À Giraut Crespai, marchant de Clermont, en récompensacion de certains voiiges qu'il a faiz par l'ordonnance de Messeirneurs dudit païs, en la compai- #nie de mondit s° le séneschal et autrement, par devers le dessusdit Rodigo, affin de trouver appoinctement avec lus, pour qu'ilz vidissent du pays, etc., six vins livres tournois {Ertlrails de l'ordonnance dressée pour la répartition des deniers votés par les Elals de Haute rt Basse-Auvergne, réunis à Montferrand en janvier 1132, Cabinet des Titres à la Bibl. nat.) (?) Quicherat, loc. cit. 60 MÉMOIRES Une grande querel.e s'étant élevée dans le Languedoc entre les deux familles rivales de Foix et d'Armagnac, Rodrigue mit cette brouille à profit. Il avait pensé d’abord à rançonner le Ve- lay où des luttes très-vives avaient lieu entre le clergé et la no- blesse du pays, mais le sénéchal de Beaucaire, Jean de Villa, commis par ordonnance du roi, de juillet 4432, vint au Puy dans le mois d'août suivant et pacifia les différends. Rodrigue se re- tourna de suite contre le Languedoc : ses bandes débouchèrent de toutes les vallées à la fois, par Alais, par Anduze, par Saint- Ambroix, par Ganges et le Chevylard, et, après avoir exercé de mars à octobre 1433 d’horribles excès dans le Midi, s’en revin- rent, chargées de butin, reprendre leurs quartiers d'hiver en Rouergue et en Auvergne (1). En 1434, Rodrigue fit campagne en Bourgogne et en Beaujolais, côte-à-côte avec le duc de Bour- bon, son beau-frère, et causa au duc Philippe-le-Bon de cuisants soucis : dans le mois de décembre de cette année, Rodrigue se trouvait dans le pays vellave avec huit cents routiers (2). Après le traité d'Arras (octobre 1435), on le rencontre aux environs de Mende où il fut rejoint par la compagnie récemment formée des Ecorcheurs. Le Gévaudan obtint la retraite des routiers moyen- nant la rançon de 22,000 moutons d'or. C'est évidemment à cette date de 1435 quil faut placer l'expulsion des Roteyrols, que l'In- ventaire du Chapitre de Mende, plus haut cité, fait à tort remon- ter à l'an 1418 3). De 1436 à 1437, Rodrigue conduisit ses troupes dans le Li- mousin et jusqu'aux environs d'Orléans, puis redescendit en Albigeoiïs : il était alors au faîte de sa puissance et comptait dans ses rangs dix mille hommes, prétendent Hernando del Pugar et les autres écrivains espagnols, huit mille seulement au dire de notre chroniqueur Jean Chartier. Le héraut Berry dit en termes moins topiques « qu'il avoit la plus grande compagnie de tous (4) Quicherat, Loc. cit. (à Dom Vaissette, édit. D: Mège, 1. VII, p. 22. (3) Quicherat, loc. cit. DOCUMENTS ET NOTES SUR LE VELAY 61 les capitaines de France ». En 1437, Rodrigue foulait le Bour- bonnais et allait fondre sur l'Anjou, lorsque le roi Charles VIT, ému par le cri des peuples et remis en humeur de roi par l'af- fermissement de sa couronne, déclara par un édit Rodrigue de Villandrando banni de son royaume : défendant à toute per- sonne, et nommément aux princes du sang. de lui accorder ja- mais aide, protection ni confort, donnant en outre permission au premier venu de courir sus aux routiers, s'ils se montraient sur le territoire et de les tuer comme bêtes nuisibles (1). Cette dis- grâce fut passagère. En 1438, Rodrigue, avec le titre de conseil- ler et chambellan du roi, menait en Guienne une expédition con- tre les Anglais. Il opérait avec Poton de Saintrailles et d'autres capitaines envoyés par le roi de Castille, Jean 11, lequel avait conclu un traité avec la France et prêtait son aide sur les burds des Pyrénées à l'œuvre française de la rédemption nationale. Un titre, écrit en langue romane, atteste la contribution des Etats particuliers du Gévaudan aux dépenses nécessitées par l'entrée en campagne de Rodrigue. Ce titre émane de Bertrand Tevys- sier, consul de Saugues, et en voici le texte : « Sapchan tut que hieu, Bertrant Teysier, cossol de Salque, confesse aver aqut et recebut de Jehan Chaste, reccbedor de dyosesse de Mende de la somma de dos milia motos donastz a Rodigo, conte de Ribadieu, la somma de tres motos d'aur, per aver estat a Marehol, a la sieta de la equoctacion de ladita tallia. De laquala somma de üj mo- los ie me tene per conten et pagat, et ne quite lodit recebedor. En testimoin d'ayso, hieu ey senhat aquesta quitansa de mon senhetmanual, lo primier jorn de may, l'an M. cocc xxxviw. Ber- tran Teysier (2). (Mss. Gaignicres, vol. 647 intitulé : Titres ori- ginaux en gascon. Bibl. nat.) (1) Quicherat, loc. cit., d'après la Chronique du héraut Berry. (2) Lorsque nous laissions entrevoir dans les Tablettes, VI, 321, que Rodrigue avait extorqué de l'argent aux c nsuls de Saugues, nous n'avions pas sous Îles veux le texte de la quittance du 1° mai 1138. Il faut revenir sur notre apprécia- tion. Les consuls de Saugues payèrent une somme très régulièrement volée par les Etats particuliers du Gévaudan au profit d'un service public et ofliciel. 62 MÉMOIRES Rodrigue de Villandrando combattait bien pour la couronne de France, et, en dépit de toutes les nausées qu'excitent les satur- nales de ses tristes compagnons, il faut retenirles services consi- dérables rendus par lui à la bonne cause, mais il est juste aussi de laisser à son passif les débordements de son existence mili- taire. Les routiers pesaient non moiïns lourdement aux popula- tions frémissantes que l’envahisseur lui-même:; ils étaient partout accueillis comme des fléaux : l’on ne trouve nulle trace dans nos historiens d’un souvenir sympathique qui ait béni leur passage. Partout, au contraire, la désolation et la terreur. Pendant la cam- pagne de 1438 et de 1439, que Dom Vaissette raconte assez en détail (4) et sur laquelle nous n’avons pas à insister, le Toulousain, l’'Agénois et l’Albigeoïs, eurent particulièrement à souffrir de la lutte fort confuse où s’escrimèrent à l'envi Jean de Bonnay, sé- néchal de Toulouse, les bâtards de Béarn et d’Armagnac, Poton de Saintrailles, et surtout Rodrigue et son lieutenant Salazar. Cette expédition, dirigée officiellement contre les Anglais, avait fini par dégénérer en guerre civile, en excès de tout genre de la part des routiers, et vers 1438 le cri des populations s'élevait si amer, si poignant, que le roi envoya son propre fils, le futur Louis XI, afin de pacifier le Languedoc et surtout de le débar- rasser de Rodrigue. Le dauphin Louis assoupit toutes choses avec sa finesse précoce, démêla un écheveau fort embrouillé, louvoya dans ce choc de compétitions féodales, et aboutit en défi- nitive au retour de Saintrailles près du roi et au départ de Rodri- gue pour l'Espagne (2). Il est certains instruments que les pou- voirs éliminent lorsqu'ils ne peuvent les briser. L’exode de (1) Dom Vaissette, édit. Du Mèce, t. VITE, pp. 59 et «q. (2) Les pauvres Etats du Gévaudan firent les frais de ces accords : ils se réunirent à Mende en juin 1439 rt accordèrent quinze cents écus au Dauphin, pour don de joveux avènement dans la province, mille écus aux gens d'armes de feu le bâtard de Bourbon, l'âme damnéte de Rodrigue dans les dernières guerres, et autant à Poton de Saintrailles. (Quicherat, loc. cit.: Dom Vaissette, “dit, Du Mège,t. VIIL, pp. 64 et 462. DOCUMENTS ET NOTES SUR LE VELAY 63 Rodrigue et de ses compagnons eut lieu en juin 1439 : cette bande ne devait plus revoir la France. | Rodrigue gravit les Pyrénées avec trois mille combattants (1) au dire des historiens espagnols Çurita et Mariana : il laissait chez nous son ami et fidèle compagnon Jean de Salazar, lequel se mit de suite aux gages de Charles VIT, se montra serviteur intègre de ce prince durant la Praquerte, fut disgracié en 1444, reprit du service à l'avénement de Louis XI (2) et mourut à Troyes, le 12 novembre 1479, chevalier, conseiller et chambel- lan du roi, capitaine de cent lances de son ordonnance, seigneur de Montaignes, Saint-Just, Marcilly, Las, Lauzac et Issoudun. Jean de Salazar fut enterré dans la cathédrale de Sens, dont l’un de ses fils fut archevêque {Cabinet des titres à la Bibl. nat.). Pour Rodrigue, ilne nous appartient plus depuis le mois de juin 1439. Ses faits et gestes dans son pays natal révèlent un homme d'épée et de conseil, mûri par l’âge, fortifié par les épreuves. Maréchal du prince des Asturies, il n’hésita point à combattre . cet héritier présomptif, révolté contre son père, le roi Jean II, et prit une grande part aux luttes intestines qui troublèrent les Castilles. Il devint le conseiller intime de Jean II et garda à ce malheureux souverain une fidélité inviolable. Les historiens espagnols et le poète portugais, Garcia de Rezende, dans sa Chronica dos valerosos e insignes feitos del rey D. Jodo II, de gloriosa memoria, ne tarissent point sur les éloges du comte de Ribadeo. Il faut reconnaître que Rodrigue avait cessé d'être le capitaine d'aventures, l'homme des lippées franches, le forban (t) C'est le chiffre donné par Fernan Perez de Guzman, Corontica del rey D. Juan 11, p. 396, par QÇurita, Annales de Aragon, XIV, 58, ct Mariana, His- loire d'Espagne, lib. XXI, c. xiv. (2) La Chronique scandaleuse, ad annuim 1465. parle de l'admiration des Pari- s'ens, empressés à se mettre aux fenêtres lorsqu'à la tête de ses Espagnols che- vauchait Salazar « monté sur un beau coursier à une moult belle houssure, toute couverte de tranchoirs d'argent, dessus chacun desquels y avoit une grosse campane d'argent doré. Et tout devant ladite compagnée alloit la trom- petts dudit Sallesart, monté sur un cheval grison », 64 MÉMOIRES de grand’route, etqu'il se conduisit à l'égard de son prince en conseiller loyal, en gentilhomme fidèle. Son biographe, Her- nando del Pugar, nous apprend qu'il s'achemina par la prière, le jeûne, les bonnes œuvres et la contrition à l'éternité, dans la- quelle il s'endormit à l’âge de soixante-dix ans. D'après l'épo- que présumée de sa naissance, sa mort advint dans les premit- res années du règne de Henri IV de Castille (1). Après avoir perdu en Espagne sa première femme, Marguerite de Bourbon, le comte de Ribadeo s'était remarié, n'ayant aucun hoir légitime, avec Dona Béatrix de Zuniga, fille du seigneur de Monterey. De cette seconde union il eut un fils, Pierre de Villandrando, comte de Ribadeo, mort sans alliance, et une fille Dona Marina de Villandrando, dont le fils, Don Diego Gomez de Sarmiento de Villamayor, recueillit l'héritage de son grand-père (2). Tel fut l’homme, qui a laissé en France et surtout dans ce Languedoc « qu'il avait chevauché de long et de travers (3) » un souvenir exécré, dont les échos vivent encore en nos régions. En somme, Rodrigue ne fut ni meilleur ni pire que son entou- rage. Il fut de son époque et en refléta les mœurs étrangement faciles. A les voir de bien près, les plus braves capitaines de Charles VIT, La Hire, Sévérac, Saintrailles, infligèrent au pau- vre peuple les mêmes outrages et montrèrent une avidité non moins tenace. Si les campagnes et les villes avisèrent spéciale- ment au milieu de la tourbe de leurs oppresseurs le castillan Rodrigue, cette déplorable notoriété est due sans doute au grand nombre de gens d'armes attirés sous les enseignes du capitaine par sa réputation de bravoure et son incontestable ca- pacité militaire. Ne jugeons point de tels hommes avec les idées actuelles, Certes, ce serait un stupide sacrilège que d'établir (1) Henri IV monta sur le trône de Castille le 21 juillet 1454. ‘)) Quicherat, loc. cit. (3) Expressions d'une quittance donnée le G avril 1137, par Jean de Caraman, seigneur de Noailles, on vertu de la délibération des Etats de Langucdoc, «du mois de novembre 1436, relative à Rodrigue (Cabinet des Titres, Bibl. nat.). DOCUMENTS ET NOTES SUR LE VELAY 65 la moindre comparaison entre Jeanne-d’Arc et son contempo- rain Rodrigue. Si le routier s’aventura trop souvent dans les voies sanglantes, dans les sentiers impurs, il n'en est pas moins vrai qu'avec son épée vénale il concourut à l’œuvre de libé- ration et de reconstruction, sanctifiée par le martyre de l’hé- roine. Il ne faut pas oublier non plus que, voué dès la première heure à Charles VII, le castillan, si dur, si cruel aux chaumes et aux manoirs de France, ignora toujours la versatilité des merce- naires et ne connut point la félonie des désertions (1). Le savant auteur, qui nous fournit les meilleurs traits de cette notice, M. Quicherat, raconte le retour de Rodrigue en 1437 vers les Cévennes et les montagnes vellaves, cette seconde patrie où chaque hiver le retrouvait comme un conquérant ramené dans ses Etats par la saison rigoureuse. « Qui pourrait dire, s’écrie (1) M. le comte de Soultrait a donné dans l'édition Chantelauze, de La Mure, t. II, p. 148 à la note, le sceau de Rodrigue, d'après un dessin à la plume de ja collection Gaignières. Paillot décrit de la manière suivante les armoiries de la famille de Villandrando : D'argent, au croissant lourné échiquelé d'or el de sable de trois traits, écartelé d'or, à trois fasces d'azur, à la bordure d'azur chargée de huit châteaux d'or. Le sceau de la collection Gaignières donne les véritables armes de Rodrigue : Les premier et quatrième quartiers sont fascés et c'est un croissant versé qui figure au second et troisième quartiers. Le timbre a pour cimier un vol. La légende circulaire porte : Rodrigo de Villa-Andradu, comte de Ribadeu. A la mème note du mème volume, l'éditeur de La Mure transcrit les deux quittances que voici : 1° « Rodrigo de Villandr'ado, escuier, confesse avoir recu de Macé Héron, « trésorier des guerres et de M. le régent le royaume, dauphin de Viennois, la « somme de 320 livres sur les gages de moy et 19 autres écuyers de ma chambre « et compaignie à l'encontre des Anglois, en la compaignie de M. Amaulry de « Sévéral, mareschal de France, et sous le gouvernement de mondit sieur le « régent, le dernier aoust 1421. 2e « Nous Rodrigo de Villandrado, conte de Ribadeo et seigneur d'Ussel, « confessons avoir receu des cappitols et habilans de la ville et cilé de Thoulouse « 2000 escus d'or de Thoulouse, par la main de Jehan de la Croix, marchant « demeurant en ladite ville, pour certaine composition faile pour nous faire « desloger des villes et lieux de la sénéchaussée dudit lieu de Thoulouse et autre- « ment. Le 21 avril 1139. Rodrigo de Villa Andrado. » Le sceau de Rodrigue, décrit ci-dessus, est dessiné à la plume, au bas de cette dernière quittance. 66 MÉMOIRES M. Quicherat, les marches, les engagements, les escalades dont furent témoins, pendant tant d'années, ces lieux impraticables, où les frimas multipliaient les obstacles ? Tant d'actions éclatan- tes, dont la tradition conservait le souvenir dans les camps, l'histoire, faute d’un Froissart, ne les a pas recueillies. » Et nous aussi, nous déplorons que notre Froissart vellave, l’honnète Médicis, n'ait soufflé mot sur les diverses excursions de Rodri- gue en nos parages. Nous en sommes réduit sur ce point aux données un peu vagues de l’histoire générale. Il est certain que le célèbre routier dressa maintes fois sa tente dans nos régions et fit sentir à nos pères son rude voisinage. La tradition raconte qu'il choisissait de préférence pour ces haltes rapides les environs de Bas ou les contrées du Gévaudan. Comme le théâtre principal des excursions de Rodrigue était ke Midi, il dut souvent occuper les défilés de nos montagnes et s'assu- rer ainsi des positions excellentes qui étaient la clef du Lan- guedoc. Au rebours de la plupart des hommes de guerre de son temps, Rodrigue connaissait l'importance de la stratégie, et les passes du Velay et du Gévaudan offraient un terrain trop pro- pice aux surprises, aux embuscades et aux escarmouches pour échapper au coup d'œil d’un condottière de cette trempe. Cepen- dant l'histoire ne peut déterminer avec certitude la présence de Rodrigue au pays vellave que dans trois ou quatre circonstances : 1° En 1430, il campait chez nous avec Andrelin et Valette. Le fait est vérifié par des documents irrécusables. « Rodrigue de Villan- drando, écrit Dom Vaissette, édit. Du Mège, t. VITE, p. #4, à la tête d’un corps de routiers, courut le Velay et le Gévaudan au mois de juin et de juillet et commit partout une infinité de désor- dres.» Arnaud, t. I, p. 250, place la même expédition de Rodri- gue aux mois de juin et juillet 4430 ; 2° Lors de la campagne de Rodrigue en Auvergne en 1432, le Velay dut sentir le contre-coup de cette irruption soudaine; 3° On peut en dire autant de la campagne de Gévaudan de 1435 ; &® Nous avons des notions un peu plus précises sur le passage de DOCUMENTS ET NOTES SUR LE VELAY 67 Rodrigue en Forez. Ce passage a laissé dans l’histoire et la légende une trace bien curieuse. « Quelques mémoires du pays portent aussi, dit La Mure en son fistoire des ducs de Bourbon, édit., Chantelauze, t. Il, pp. 447 et sq., qu’en ce temps-là un certain seigneur espagnol, nommé Roderiguo de Villandras, étant entré avec un faste impie dans l’église d’Aurec qui est sur l’extré- mité du Velay, près de ce pays, et ayant sacrilégement attaché son cheval à l’image en relief de saint Pierre qui étoit sur l’autel, ce cheval devint si furieux que ledit de Villandras s'opiniatrant de le monter, il le transporta par force dans le fleuve de Loire ou il se noya. Et les paysans de Cornillon en Forez ayant péché et trouvé son corps auprès dudit lieu, et s'étant saisis du cheval qui s’étoit échappé, en signe et mémoire de cet événement qui fait voir la vengeance que Dieu tire des impies, ils attachèrent la bochette de cuivre doré du mors de bride de ce cheval à la porte de leur église, ainsi qu’on l'y voit encore aujourd’hui. » La Mure emprunta ce récit aux mémoires manuscrits d'Antoine Du Ver- dier, seigneur de Valprivas, qui, suivant une tradition conservée à Aurec, rattachait le fait à l'année 1422. Les mûmes mémoires d'Antoine Du Verdier semblent avoir inspiré le passage suivant d'un manuscrit du xvur° siècle : « La tradition d’Aurec apprend que certain capitaine, nommé Rodrigo de Villandraut, v vint, il y a environ 400 ans, pour piller ce lieu et l'église, dans laquelle élant entré avec sa troupe, il passa la bride de son cheval dans ka main d’une statue de saint Pierre, qui était sur l'autel dédié à ce saint, et que dans ce moment, par punition divine, ce ca- pitaine devint enragé et étant remonté sur son cheval qui fut aussi rendu furicux, ils allèrent se précipiter dans la Loire où ils se noyèrent. Son corps s'étant arrêté sur le territoire de Saint-Paul-en-Cornillon, il y fut inhumé, mais la grêle y étant tombée trois jours de suite après, le peuple jugea que ce cada- vre leur attirait ce malheur, ce qui le porta à le déterrer et le rejeter dans la rivière; joint à cela qu'on avait vu quantité de corbeaux sur sa sépulture dans le cimetière de Saint-Paul. Ü fut fait alors audit Aurec, en mémoire de l'action et de la 68 MÉMOIRES mort dudit Villandraut, une hymne qu'on chante pendant la procession du jour de la fête de saint Pierre eton posa une des bossettes de la bride du cheval de Villandrandaut sur une des portes de l’église dudit Aurec, qui y est encore. « Voici cette hymne : Jubilet vallis aurea Pelro illæsa patrono, Potestate ætherea Adepta summo throno. Quondam Auriacus capla À Rodrigaut turvissimo, Dum violatur ecclesiu, Furit morbo gravissimo. Privalur vita repente, Ad sanctum Paulum vehitur, Corvo mullo sociante Cadaver terræ traditur. Paulenses hunc arripiunt Christi crucis inimicum, Et ad Ligerim deferunt Ve polluat Dei lemplum. Pavel turba sodaliun Suo percusso ductore, Tinet pastorem ovium Quem agressa est temere. O Claviger sanclissime, Hoslem repellas longius, Te precamur piissime, Pacenigue dones prolinus ! Petre paslor piissime, Qui regnas in cœlestibus, EL tu, Paule sanclissime, Orate pro fidelibus ! Laus, decus cl imperium Patri, Nato, Paraclito! Sit cœlesle palalium Nobis pasloris merilo! dinen » DOCUMENTS ET NOTES SUR LE VELAY : 69 Cette poésie naïve, ce chant d'église aux rimes sonores, célè- bre, il n’est pas besoin de le dire, un trépas imaginaire, entouré d'accessoires merveilleux, mais le fonds du récit n’est point d'invention pure. La tradition a conservé, en le transformant, le souvenir d'un fait certain : le passage de Rodrigue à Aurec. l'est présumable, dit avec raison le savant éditeur de La Mure, Histoire des ducs de Bourbon, t. 11, p. 147, à la note, « que Ro- drigue ou l’un de ses capitaines, ayant traversé Aurec, aura dû commettre un sacrilège dans l'église du lieu, et que la pieuse imagination des habitants aura inventé, pour la satisfaction de la justice céleste, la légende de cetle fin tragique. »… Antoine Du Verdier plaçait vers 1422 l'événement d'Aurec. Cette date est forcément inexacte. A cette époque Rodrigue venait de quitter la compagnie de Sévérac et commençait à peine la levée de sa bande. Il vaut mieux, ce semble, et d’après une tra- dition locale, adopter la date de 1434. Il est certain qu'en cette année Rodrigue apatisait nos régions vellaves. Dom Vaissette édit. Du Mège, t. VIII, p. 52, et après lui notre Arnaud, t. I, p. 252, disent formellement qu’en décembre 1434 Rodrigue, à la tête de huit cents routiers, désolait notre pays. = En dehors des quatre époques ci-dessus relatées, on ne trouve Sur le passage de Rodrigue en Velay que des traditions confuses. Notre recueil n’est point œuvre d'imagination, mais de recher- che méthodique. Il faut nous contenter des résultats acquis, renoncer aux hypothèses et convier les curieux à compléter, par de nouvelles trouvailles, notre modeste étude. Le rôle de Rodrigue de Villandrando en nos montagnes est un thème bien séduisant pour les fureteurs d'histoire locale. fre séniE, 187$. (0 70 MÉMOIRES IV Lettre de Jean de La Loëre (1), secrétaire audiencier du grand conseil au chancelier de Morvilliers, sur les troubles du Velay, pendant la Ligue du Bien public. {lt nai 1465. Mon très honnore et douhté seigneur, je me recommande très humble- ment à vostre bonne grace. Et vous plaise savoir que j'ay receu deux lettres de vous, dont très humblement vous mercie. J’avoye monstrées les premières pour ce qu elles estoient bonnes et bien honnestes, et para- vant que je les receusse avoit esté pourveu aux offices dont escripmes par icellee, Et au regard des derrenières je les receu hier par le Picart qui estoit venu le jour devant, et avant que aye riens sceu des matières la responce a voz lettres avoit jà este faicte par le roy, et ainsi n'ay diligenté en riens. Maistre Adam Fumée (2?) est sur les champs en armee ct av ouvertes voz lettres sans luy et puis les ay monstrées à maistre An- thoine (3), qui est deca et a este bien recueilly par le roy et l'embesogne. Je croy qu'il vous escript au regard des matières de par deca. Le fait du roy prospère, Dieu mercey, et fait compter que monseigneur de Nemoux sera devers luy dedans 11 jours et ainsi lui a fait savoir, et vient Monsei- gnour d'Armignac. Pour ce que ceulx de Bourges n'ont voulu fère ou- verture par sommacion qui leur ait este faicte, et doubtant trop demorer devant, il a délibéré de faire une rèze en gourbonnois, pour mectre le pais de sa main et joindre a Jluv son armée du Dauphiné et de Savoie et ‘t) C'est Jean de La Loëre, déjà secrétaire audivarier sous Charles VIT, qui contre-signa la lettre du 28 février 1155, relative au Pariage, et que nous avons publiée aux Tablettes, IV, 361. — Voir sur le rôle de Jean de Bourbon, pendant la Ligue du bien public, Médicis, E, 257 et sq. — On sait que lFévèque vint ensuite à résipiscence et entra même très-avant «ans les bonnes gräces de Louis XI. ?) Médecin du feu roi Charles VIT et maitre des requètes ordinaires de l'hô- tel du roi Louis XI. (3) Antoine Erlant, conseiller du roi, général de la justice des aides depuis le 3 juin 1161. DOCUMENTS ET NOTES SUR LE VELAY 71 les nobles de Gévaudan, Velay et Viverois, qui sont une bonne et forte bende {1}. Et ce faict a bien entencion que ceulx de Bourges parleront plus doulcement. Au commencement a esté prins d'assault £aint-Amant sur les habitans et x lances et xL archiers qui sont tous prisonniers et en dangier de vies, mais je croy que les cappitaines leur avaient asscuré la vie et est-on sur cela. Le roy part de cv à deux heures, tirant à Chätcau- Millent {2} qui a fait ouverture et de la vra devant Héricon (3; où Montlu- con : Dieu le conduise! C'est moult grant pitié du povre peuple, qui ne povoit mais du debat , que maudit soit-il qui en est cause! Depuis Mchun- sur-Evre {#) jusques à Tours et Angers est seur; aussy le roy tient Charioz (5) qui est à 1111 lieues de Bourges, Issouldun, Chasteau-Neulx (6), Montrond qui est rendue par composicion et est la plus forte place qui soit de cy a Paris, ct Jacquelin Trousseau (73) tient Dun-le-Roy (8) et Xain- coins {9) et d'autre part est Aubigny (10), Sancerre ct autres places et ainsi est Bourges environné. Au regard de ce que escripvez que Crèvecuer et autres s’en sont alez, et que on craint à soy mectre soubz M. de Nevers, toujours a l'on bien doubté que ainsi seroit. Mons. le Mareschal {11} est de ceste heure par delà, qui viendra bien a point et aussi vous aidera fort Mons. de Torcy {12}, mais le roy lui avoit donne povoir pour aler en Cham- paigne et il n'en a point escript au roy. Je croy que on escrijt à vous et lui de toutes choses bien au long. Madame de Nevers (43), fille de M. de (1) Ce passage de la lettre indique bien qu'en 1163, comme dans tous les orages in- térieurs des xrv et xv siècles, le Velay s'était divisé en deux partis, l'un pour les révoltés, l'autre pour le gouvernement lésral, c'est-à-dire l'ordre et la monarchie. (?) Château-Meillant, arrondissement de Saint-Amand {Gher'. (3) Hérisson, près Montluçon. (1) Mehun-sur-Yèvre, près Bourges. (5) Charost, près Bourges. (6) Chäteauneut-sur-Cher, (7) Jacques ou Jacquelin Trousseau, écuver, conseiller et premier maitre d'hôtel du roi. (8) Dun-le-Roi, près Saint-Amant (Cher) (9) Sancoins, près Bourges. (10) Aubigny, ville, près Sancerre. (11) Joachim Rouault, seigneur de Gamaches et de Boismenart, maréchal de l'rance. 1% Jean d'Estoutcville, scigneur de Torcy, conseiller et chambilan du roi, grand-maitre des arbalétriers de France sous Charles VIT. 3) Marie d'Albret, veuve de Charles do Bourzozsue, comte de Nevers. 7> | MÉMOIRES Lebret, est icy, elle estait dedans Montrond, et lui a le roi fait grant chière, et vous dy bien que Montrond est üng grant esbaïssement pour les ennemis du roi, car c'est le principal boulovart de Bourges de ce costé. Je vous avoye des hier escript; mais le clerc du receveur général qui devait bailler mes lettres au chevaucheur, les a portées à chasteau-Millan, où tout le monde s’en va présentement à la file. Je prie Nostre Scigncur qu'il vous doint très bonne vie et longue. Escript à’ Linières, le x1 jour de may — le tout vostre très humble serviteur, La Loëre. Il me semble que à présent ne devez requérir vostre venue par deca et pour plusieurs bonnes causes. Au dos : À mon très honnoré et doubté scigncur, monscigneur de Morvilliers, chancellier de France. (Fonds Dupuy, Bibl. nat., vol. 590, (° 2), 7" V Lettre de Pierre Gruel, président à mortier au parlement de Greno- ble au roi Louis XI, sur la révolte de l'évêque Jean de Bourbon et du vicomte de Polignac. 11 septembre 1163. Sire, je me recomande très humblement à vostre bonne grace, tant que faire le puis. Et vous plaise scavoir que, incontinent que fu venu au Daulphiné, vous envoiay Chaffroy, nepveu de vostre feu confesseur, le- quel m'aviès mandé à Romme ct avoit veu ce que j'avoie fait, et lui Laillay ung varlet pour doubte des passages. Portoit tout ce que j'avoie besoigné bien sur tout, excepté la matière d'Avignon, et portoit aussi les lectres, que le Pape et le cardinal de Rouen (1} vous escripvoient, avec des (1) Guillaume d'Éstouteville, archevèque de Rouen et cardinal, en résidence à Rome, où il passa la plus grande partie de sa vie. DOCUMENTS ET NOTES SUR LE VELAY 13 Agnus Dei que le Pape vous envoioit et à la reyne. Ne scay s'il est encores arrive par devers vous. Sire, je suis venu à Vienne pour aider à conduire le fil: du duc de Millan (1), lequel a passé le Rosne par déliberacion faitte et est alé ès- places de Maleval, Virieu et autres de monseigneur de Bourbon, qui sont devant Rossillon sur le rivage du Rosne, pource car les trèves que le baillv de Lvon (2?) avoit prinses avecques le païs de Beaujoulois durent encores, et dejà sont prinsses deux places, c'est assavoir ledit Virieu, qui est très forte place, et Chavenay, en quoy j'ay esté. Les autres d'environ seront tost princes après estre arrivée l'artillerie de Lyon, puis iront besoigner à Charlieu et ès environs, out avés ordonné qu'ilz soient, Et pendent la trève pourront courir jusques auprès du Puy et remettre en vostre obéissance plusieurs places de Velaic, qui se sont retornées Bourbonnoiïises par Île moien de l'évesque du Puy {3}, du viconte de Pollignac (4) ct de plusieurs autres seigneurs que l'on dit estre de celle part, et qui desjà vouloient entrer en Languedoc, qui ne les destorneroit; qui pourroit estre grand dommage et assoupement de voz deniers. Ses huyt ou dix jours ilz seront bien festiés, et depuis la trève rompue, iront là out aves ordonné. | Sire, ce pais de Dauphiné est esmeu pour le retornement qu'ont fait ses seigneurs de Velaic et aussi pource que tout le païs de Provence est en ar- mes. Et l'on en doubte, pour ce qu'ilz ont monseigneur de Calabre (5) comme leur Dieu; combien que avons nouvelles que l’armée du roy Fer- rande {6) par mer a couru la costière de Provence. Les places des montai- gues de ce païs ne sont point fournies d'artillerie ne de vivres; ce seroit expédient de fournir Briancon, Serre et Exilles, aussi pour tenir seur le passage de Romme, car ce sont les clefz des montaignes et des passages. S'il est de vostre bon plaisir de me bailler la garde de Serre, je le feray (1) Galéas-Maris Sforce, fils ainé du duc de Milan. Son père l'avait envoyé au secours de Louis XI avec une compagnie de gens d'armes italiens, qui tinrent en respect Les pays riverains du Rhône et de la Saône. (2) Francois Royer. (3) Jean de Bourbon, bätard de Jean 1°, duc de Bourhonnais, était engagé par des alliances de famille dans le parti des seigneurs. (4) Guillaume Armand If, vicomte de Polignac. Il fut assiéyé peu de Lemps après dans son chäleau, fuit prisonnier et la forteresse fut conlisquée par ordro de Louis XI. (5) Jean d'Anjou, tils du roi René, duc de Calabre et de Lorraine. (6) Ferdinand It", roi de Naples ct de Sicile. 74 MÉMOIRES fournir d'artillerie, vivres et gens, car il n'y a rien. Je ne le dv pas pour avoir la revenue, car ne vouldroie rien avoir d'Arnault de Salines, ne d'au- tre vostre serviteur, ains lo veulx faire du mien pour tenir seurre la place et le pays, car ay delibére d’amploier tout ce que j'ay en ce que verray estre à faire. Pleust à Dieu, sire, qu’il fust de vostre bonne grace vous ser- vir de moy auprès de vostre personne, car u'avés homme de mon estat qui ait plus grant désir de vous loijaument servir, et encores me sans de ma personne pour le povoir faire. Sire, je suis venu en ceste ville de Lyon avec maistre Jehan de Ven- tes(1} pour scavoir le fait de maistre Jaques de Canlais /?}, et veu sa res. ponse faite és mains du courrier, me samble que ledit Canlais estoit double et vouloit estre bien de toutes partz, Pour la souspecon ledit de Can- lais sera mené en la tour de Saincte-Columbe à Vienne, et la sera seue la vérité au long, et depuis se fera justice à Lyon selon le cas, ainsi que com- mandés. Aussi suis venu icy pour avoir des harnois, combien que j'eu aie fait apporter de Millan, pour ce que j'ay plus de gens; car je suis pour em- ploier tout quant que j'ay et ma personne et engager l'arme pour vous ser- vir, et prie à Dieu que par sa grace vous doint bonna vie et longue et bonne puissance de résister à la voulenté de voz ennemis, et les punir selon jus- tice, et accomplissement de voz très haulx et très nobles désirs, Escript à Lyon, le xu11 jour de septembre, Le vostre très humble et, très obéissant subget et serviteur, Pierre Gnuüer. Au dos : Auroy, mon souverain seigneur. — Et d'une autre main : Me l'ierre Gruel, du xt de septembre xucccLxv. (Fonds Dupuy. — Bibh, nat.,t. 596, fol, 3.) (1) Jean de Ventes, conseiller du roi, fréquemment cmplové à ses affaires. (2) Jacques de Canlers, secrétaire d'u roi, contrôleur de son argent'rie ot soup- couné d'avoir correspondu avec ses ennemis. C'est Jean de Ventes qui le fit ar- rêter et instruisit son procès, ainsi que le prouve une lettre dudit de Ventes (Fonds Gaignières, Bibl. nat., vol. 375, fol. 4.). DOCUMENTS ET NOTES SUR LE VELAY 75 VI Lettre écrite du Puy par Jean Vourier à l'évêque Jean de Bourbon. Pénultième de janvier ? Très révérend père en Dieu et mon très honnoré et redoubté seigneur, tant et très humblement que fère le puis, me recommande à vostre très ré- vérende paternité et bonne grace. Plaise vous, mon trés redoubté seigneur, que, en l’absence de Mons. Le Maistre, j'ay esté ainsi que ledict Maistre m'avoit dict en la compagnie de Mons. Dumons, lequel estoit commis par Mons. le Visconte et ausey avec le procureur du roy et ung des consulz de vostre cité du Puy, par commission de Mons. le séneschal donnée au lieu- tenant du baillif de Vellay, Mons. de Guarde {1} sur le faict de la restrinc- tion des sergents rovaulx qui estoient en excessif nombre au possible jus- ques au nombre de xxxu. Et ce avons mis au roolle lequel signé par nous tous avons envové à Mons. le séneschal de Beaucaire, lequel iceluy veu a signé ledict roolle et l'a renvoyé par deca à celle fin de le faire publier in forma debila. Or, est il vray, mon très honnoré seigneur, que depuis monsieur le juge- mage de Nismes et un des secrétaires de mondict seigneur le séneschal sont venus par deca pour faire publier lallicte restrinction desdicts sergents. Et en cecy, mon très honnoré seigneur, a esté procédé par ledict juge nobis....... qu'il a esté conclud veu et considéré qu'il v a deux ordon- nances précédantes, l’une qui dit qu'il ne doit y avoir que xxx, l’autre et dernière dit jusques au nombre de xx....... pource que Mons. Dumons et moy contredisions au nombre de xxx11 et le lieutenant du baillif, Giraud, ne voloit point consentir au nombre de xx, a esté dit et déclaré par lediet juge qu’il y avoit le nombre de xxxu, inclus ceux de monseizneur le séenes- chal. 1) Jean de la Gardette était bailli du Velay et prévôt de l'hôtel du roi en 1456 et 1458. C'est peut-ètre de lui qu'il est ici question. 76 MÉMOIRES Vray est-il qu’en ceste déclaration a esté réservé du consentement du lieutenant du baillif et de nous que en tout et pour tout l'on demouret en cecy au regard du nombre de xxxit ou xx à vostre bon advis, delibéracion et ordonnance, quant seriés de part de ca et de monseigneur le séneschal. Ores est il vray, que en suyvant ceste délibéracion ledit juge-mage ena fait la déclaration et publication au siège de la court du roy et fait inhibi- tion que nul sur grans peines n’aÿe à ovrir à autres soy portans pour sergens, forz que à ceulx qui ont esté nommez par les commissaires et signés par mondict seigneur le séneschal. De laquelle publication et dé- claration aucuns des sergents cassés se sont portés pour appellans. Ne scay si relevarrent, toutesfois, Monseigneur, s’il vous plaist sur [a matière de cest apel et de y obvier et nous en manderés vostre bon advis. Je vous envoye par le présent pourteur tout le double de la procédure qui a esté faicte sur la matière desditz sergens, lequel verrès ou ferais veoir, s’il est vostre plaisir, par iceulx qui bon vous semblera. Au surplus, mon très honnoré seigneur, ledit juge-mage a procédé bien et notablement à la re- formation, nous toujours appelés et présens et les consulz de la ville et autres conseilliers de vostre cité de la court du roy et tous, que s'estoient commis par cy-devant en ladite court, et tiellement y a procédé en en- suivant les ordonnances royales, aucunes que la chose publique vauldra mieux perpétuellement maiz qu’il s'entretiegne a l'onneur de Dieu et de justice et au soulagement du pouvre peuple. Pareillement, mon très honouré seisueur, il a procédé avecques nous et le conseillier de vostre dicte cité a la réparation des graves abuz qu'ilz se sont faitz par cy devant à la court commune par les officiers d'icelie, et toujours en ensuivant les ordonnances anciennes, ct mesmement sur le faict des inventaires, qui se faisoient contra disposiliorcs juris et volunla- lem leslalorum, où se faisoient de grandes pilheries, extorcions et choses malfètes par les lesdicts officiers, notaires et sergens d'icelle court com- mune, sans toutesfois que le roy ne vous en eussies jamais un seul denier de proulit. Ledict juge à tout avec bon conseillier, nobis semper presenlibus, mi bonne forme et tout au so'agement du pouvre peuple procédé. Vray cst-il, mon très honouré seigneur que... laniquam clamores dicle curic commilis, pour ce que il touche aucunement le demayne du roy et de vous ledict juge n'y a point volu toucher en manière du monde, usque ad adventum vestrum el habila per prius vestra bona volunlale el dehberacione. Mon très honouré seigneur, par ma foy, à la vérité, ledict juge et Vende, DOCUMENTS ET NOTES SUR LE VELAY 11 secrétaire de mondict seigneur le séneschal se sont portés si très hon- nestement pour l’onneur de vostre très révérande paternité et de Monsieur le seneschal que mon... l'on na porroit faite et mesmement au regret de tous vos pouvres subjetz. Mon très-honouré seigneur, pendant ce que on besoignoit sur lesdiz ser- gens et réformation de la court du roy et commune, les officiers de Nismes ont envoyé en ceste ville le double d’aucunes lettres du roy à Mons. le juge-mage, par lesquelles estoit mandé à Mons. le séneschal qu'il feist faire crieret publier par toutes les... et marchés de sa juridication à son de trompe sur paine et grant proulit a lui a appliquer, que toute personne aiant monnoyes estrangères d'or ou d'argent d'autre cours que du sien... manière d'eulx en desfare et dessaisir dans trois movs prochains venans, desquelles lettres vous en envorve le double, affin qu'il vous plaise de advi- ser et y donner le remède convenable et prouffictable au pouvre peuple. Mon trés-honouré seigneur, ladicte lettre vue et mise en tout le conseillier de ladicte ville où nous avons esté toujours présens, a été advisé par l'opi- nion de tout le conseillier que l'on provast audit juge-magv, que veu ct considéré que si ladicte criée et proclamation se faisoit, que le pouvre peu- ple seroit tout destruit et désolé, qu'il se voulsit desporter de feir ladicto publication jusques à ce que l’on eust informé sur le tout vostre très-réve- rande paternité afin qu'il fust vostre bon plaisir de en faire un proufit et sa- lagement dudict pouvie peuple. Mon très-honouré seigneur, pour les causes précédentes et dessus escrip- tes, nous envoyons expressément tant le pays que la ville maïstre Guil- laume d'Arleimpère, lequel avons informé de toute la procédure qui a esté faicte sur la réformation de la court du roy et commune et des officiers d'ycelle, lequel vous dira plus amplement ce qui seroit très bon, par lequel s'ilest vostre plaisir, ce que devons faire sur le tout nous manderes vostre bon advis. Au surplus, mon très honoure seigneur, pource que nous avons recongneu et veu par expérience que ledict juge-mage, ensemble le secrétaire Vende ont procédé en toute ceste matière bien et justement et sans nulle variation, s'il semble à tous messieurs les conseilliers, que veu et considéré que sans vostre conseil et delibérarion l’on ne les povoit récompenser, que à tout le moyns l'on les devait des'ivrer de l'ostelerie, qu'a estre espérant, mon très honouré seigneur, que cella vous auriés agréable et quand series venu de part deca vous les recompenseres sr bon vous semble de leurs preuves et tra- vaulx. Maiz je prie à Nostre Seigneur lequel vous veuilhe donner santé et 18 MÉMOIRES longue vie. Escript au Puy le pénultième jour de janvier. Mon très honouré seigneur, je vous envoye tout le double des articles de ce que a fait ledict juge sur la reformation desdits officiers d’icelle court, — Le tout vostre très humble et très obéissant serviteur, F. Vourien. Suscriplion. À très révérend père en Dieu et mon très honnoré et très redoubté seigneur, inonseigneur du Puy, comte de Vellay, abbé de Cluny et lieutenant du roy au Pays de Langue d'Oc. (Arch. nat., P. 1362, 1014 : VII Singulier usage du Chapitre du Puy L'histoire du Chapitre de notre cathédrale provoque, depuis quelque temps, les recherches des curieux : pour notre part, il n’est guère de sujet qui nous intéresse davantage dans l’ensem- ble de nos vieilles institutions. Nous croyons avoir démontré que le Chapitre était à l'origine et resta longtemps une véritable congrégation de moines, vivant en commun, soumis à la règle du cloître, et astreints aux devoirs de l’observance cénobitique. Les textes les plus lointains et notamment une publication trop peu remarquée, le Cérémonial de l'Eglise du Puy, que M. l'abbé Payrard a donné aux lecteurs des Tablettes, confirment notre thèsè. On voit, par exemple, dans la Vre de Guy d’Anjou, la con- grégation des chanoines promettre, en 993, de contribuer aux besoins du nouveau couvent de Saint-Pierre-le-Monestier sur sa part des offrandes de lautel et sur sa manse commune... Ca- nonicoriun vero congreqauo, ul partem sempiternæ remuneralio- nis a Deo accipiant, pro ejus rogatu promuserunt, se talem secu- ritatem pro stabilitate hujus predicti monasterii post mortem DOCUMENTS ET NOTES SUR LE VELAY 79 ipsius Guidonis episcopi a futuris episcopis ipsius loci petere, ac pro hoc consuetudine ac lege teneri laudaverunt, qualem pro sua parte altaris et communia (1)... A ce texte on pourrait en ajouter bien d’autres qui ne laissent aucun doute sur le caractère pu- rement régulier des premiers chanoïines. La question nous sem- ble résolue. Nous sommes heureux de voir un érudit de la valeur de M. Paul Leblanc se ranger à notre avis. Dans un article fort bien fait, suivant son habitude, et inséré dans la Haute-Loire du 18 avril 1878, M. Paul Leblanc, à propos de l’un des derniers titulaires du sescalat, M. Alexandre-Marie Bienvenu, a fourni une notice très-intéressante sur l'office de sescal ou sénéchal. Le sescal, aux temps de la primitive observance, s’adonnait aux soins intérieurs de la conventualité ; mais, à l'époque restée en- core inconnue de la sécularisation du Chapitre, ses fonctions devinrent purement honorifiques comme celles de panetier et de célérier. « Le doyen du chapitre, ajoute M. Paul Leblanc, avait la collation, nomination et provision du sescalat. Le sescal pre- nait possession de son office avec les mèmes formalités, à peu de chose près, que celles prescrites pour les canonicats, mais il ne payait pour droit de chape qu'une somme de 60 livres au lieu de celle de 1420 livres fixée pour droit de chape des chanoi- nes. — Choisi ordinairement parmi ces derniers, sans que cela fût d'obligation, cet officier portait au chœur, l'été, la même au- musse, l'hiver, le même habit que les titulaires des canonicats ; comme eux, il avait sa place à l’une des hautes stalles du chœur où l'on chantait les heures canoniales, mais lorsqu'il n’était pas chanoïne, il n'avait pas voix délibérative aux assemblées capi- tulaires,. « Le sescalat avait une prébende particulière dont le revenu, au moment de la Révolution, consistait en vingt-cinq cartons de froment à prendre dans les greniers du Chapitre, en une rente en directe sur plusieurs vignes, situées au terroir de (1) Voir Ducange, Ve Communia. 80 MÉMOIRES Paracol, du rapport de deux cent cinquante à trois cents la- gènes, ou de cinq à six cents pots de vin, eten une rente de 12 livres payée par le trésorier. « Voici les noms de quelques-uns des titulaires du sescalat : « 1344 : Guigon de Glavenus. — 1439 : Jean Dumas. — 1494 : Gabriel d’Alzon (de Alzonio). — 1589 : Jean Malègue, qui, en cette année, fit renouveler le terrier du sescalat. — 1611 : N.... Charroas. — 1669 : N... Delorme. — 1730-1746 Gabriel Bergonhon. — 1758-1780 : N.….. de Glavenas. — 1780- 1783 : Alexandre-Marie Bienvenu. — 1783 : N... Reynaud, dé- cédé un mois après sa prise de possession. — 1783-1787 : Louis- Thomas Marcon, mort en 1787. — 1788 : Pierre Montagne, d'abord curé de l’église du Saint-Esprit de la ville du Puy, prieur de Saint-Julien-du-Pinet en 1760, chanoine de N.-D. en 1764, pourvu du sescalat le 28 mars 1788 par M. de Pina, doyen du Chapitre, prit possession le 5 avril suivant, prêta serment à la Constitution en octobre 1792, mais sv rétracta, fut empri- sonné à Sainte-Cluire, puis au Séminaire où il mourut le 44 mai 1794. » Cet office de sescal, qui rappelle l'existence régulière des chanoïnes du premier âge, nous remet aussi en mémoire une coutume bizarre, dont la naissance doit remonter à la même époque de la conventualité. Cette coutume est relatée dans la lettre suivante adressée au célèbre abbé Lebœuf, chanoine et sous-chantre de l’église d'Auxerre. Je cherchois dans les Mercures de 1735 une pièce fugitive qui m'avoit frappé et je tombai par hazard sur votre lettre insérée dans le Mercure de mav, p. 896. Je la relus avec le même gout, que la première fois que javois eu le plaisir de la lire. La bienveillance, dont vous m'honorez depuis longtemps, me fait espérer que vous voudrez hien me permettre, Monsieur, d'ajouter à tout ce que vous avez puisé dans l'antiquité pour l'explication du mot Prisio, un récit de la capture ou prise de nos chanoi- nes, qui est encore en usage dans l'église du Pur. On n'en seait point l'origine et je n'en ai rien trouvé dans les archives de la cathédrale, ni DOCUMENTS ET NOTES SUR LE VELAY 81 dans celles des collégiales de la ville et du diocèse, dont j'ai parcouru les titres et les anciens documens avec toute l'exactitude possible. Voici, Monsieur, ce qui se pratique dans la Cathéirale depuis un temps immémorial, Le dimanche de Paques, et les six jours suivans, si quel- qu’un est absent des Matines, dès qu'on a entonné le premier psaume, quelques chanoines ct choriers se détachent du chœur avec deux clergeons, dont l'un porte la croix processionale, et l’autre le bénitier. Ils vont deux à deux et en silence à la maison du chanoine absent, ct ils y entrent le plus secrètement qu'ils peuvent, de crainte qu'il ne s'éveille et ne s'éclipse. Dès qu'ils sont entrés dans la chambre, le plus ancien donne de l'eau bénite au chanoine, quoiqu'il soit encore au lit, et on chante l'antienne : Hazc dies quam fecil Dominus, etc. Après cette cérémonie, ces messieurs, plus modestes que ceux dont vous faites mention dans votre lettre, don- nent au chanoine le temps de s’habiller, et le conduisent ensuite à l’église processionnellement et en silence. Si la maison du chanoine est éloignée de la Cathédrale et hors du cloitre, il est en manteau long; sinon il porte le surplis, l’aumusse et la lingarelle. Le chanoine paresseux en est quitte pour un déjeuner qu'il est obligé de donner à ceux qui lui ont fait l’hon- neur d'assister à sa toilette, mais il s'y en glisse quelques uns de ceux qui sont restés à Matines. Les plus habiles donnent à dejeuner avant qu'on les conduise à l'église : le déjeuner en est plus leste et il y a moins de con- vives, Si on trouve le chanoine hors de sa maison, quand même il serait en chemin pour aller au ch«ur, il est également aspersé et obligé à l'a- mende du déjeuner. On assure que les officiers et les conseilliers de la sénéchaussée du Puy étoient sujets à une pareil!e amende, et qu on alloit les chercher en procession, lorsqu'ils ne se trouvoient pas au commencement de Matines. Plusieurs anciens, dignes de foi, m'ont assuré l'avoir vu et même d’avoir assisté au déjeuner, On croit pair tradition que cette cérémo- nie n'a été établie que pour exciter les ecclésiastiques ec les laïques à être plus assidus à l'office divin au temps le plus solennel de toute l'année. Je vous prie, Monsieur, de me faire part de vos réflexions sur cet ancien usage. Je lis avec avidité touies les découvertes dont vous faites part au public. Si vous en faites quelqu'une sur le mot de lingarelle, dont je me suis servi ci-dessus, je vous prie aussi de m'en vouloir faire part. Q'est une espèce de scapulaire d'un pied en quarré, qui est de petit gris, doublé de satin rouge pour les chanoines et de bleu ou de violet pour les autres, C'est une espèce de cairasse de la mème fourrure que l’aumusse, et on prétend que c'est en mémoire de ce que Aimard de Monteil, évêque du Puy, fut 82 MÉMOIRES le premier à embrasser la Croisade, au concile de Clermont, avec quelques uns de ses chanoines, On voit encore à la Cathédrale, dans le chœur de Saint-André, la statue équestre de ce prélat, armé de fer de pied en cap, avec le casque en tète, la cuirasse et les autres ornemens militaires. Les chanoines et tous les clercs de la Cathédrale portent cette lingarelle depuis les complies de Samedi Saint inclusivement jusques au vendredi suivant. Après la Prime ils la quittent, excepté les dignités, les officiers du chapitre cathédral, et ceux de l’Université de Saint-Mayol, comme sont les sacristains, les gardes d'autel, etc., et les dix enfans de chœur, qui portent cette lingarelle jusqu'au premier jour de may, qu’ils la quittent après la Prime. Les chanoines la portent avec l'aumusse doublée de rouge et per- sonne ne peut entrer au chcæur sans la lingarelle, quand on est obligé de la porter. J'ai donné mes conjectures sur le mot de lingareile à feu dom Nicolas Toustain, bénédictin de Saint-Maur, qui avoit fait non seulement un re- cueil considérable de divers mots pour augmenter la nouvelle édition du Glossaire de M. Du Cange, mais encore qui avoit appris diverses langues, mème l'hibernoise, qui est très difficile, pour découvrir l'origine et l'ety- mologie de ces mots barbares, Je ne scai, Monsieur, si dans cette nouvelle édition que vous citez avec eloge, et que je n'ai pu encore voir, on aura fait usage de mes conjectures sur la lingarelle, et de l'explication de plus de mille mots qui étoient inconnus au docte Du Cange et que j'avois don- nes à D. Toustain. Cette lingarelle a quelque rapport au caperon que portent les novices capucins, conformément à la règle de saint Francois que les bons religieux tachent de pratiquer à la lettre. Concedant eis pannos probalionis, videlicet duas tlunicas sine capulio et cingulum el brachas cel caparoncm usque ad cingulum..... Cap. ?. Les Cordeliers, au lieu de caperon, portent une petite pièce d'etofe cousue à la mosette ou capuce, qu'on nomme la lan- guelle, ce qui a quelque rapport au mot de lingarelle ou petite langue, I] n'y a point ici de Récollets ni de Penitens du Tiers-Ordre de saint Francois; s'il y en a dans votre voisinage, vous pourrez voir la forme de leur cape- ron. Celui des Capucins ressemble au chaperon que les gens de robe portent lorsqu'ils sont en habit de deuil, et qu'il portoicent autrefois autour de la tête, de même que les docteurs et gradues. Je suis avec, etc. Du Puy en Velay, le ..…. {Mercure de France de l'année 1736, p. 2611 et sq.) DOCUMENTS ET NOTES SUR LE VELAY 83 Quel était ce correspondant de l'abbé Lebœuf? On l’ignore, mais peut-être n’est ce point trop s'avancer que d'attribuer cette petite dissertation à M. Bellidentis, seigneur de Bains, premier consul du Puy en 1730, député la même année aux Etats du Languedoc, membre en cette qualité de la commission envoyée à Versailles pour porter au roi le cahier des doléances, et qui, dans ce voyage officiel, eut l'honneur de se rencontrer avec Dom Vaissette auquel il adressa en 1743 la lettre reproduite par les Tablettes (voir I" Année, pp. 383 et 384, et I[° Année, p. 104). Nous savons que M. de Bains était un amateur très-friand d'archéologie et qu’il s'occupait beaucoup d'histoire vellave. Quelque soit l’auteur de la lettre qu'on vient de lire, elle mérite d'être retenue, sauf des réserves très-naturelles sur quelques- unes de ses interprétations. En ce qui concerne l'ornement spécial de nos grands chanoines, la Ængarelle, on peut recourir à ce mot dans le Dictionnaire de Trévour et consulter aussi notre Vote sur À dnémar de Monteil (Tablettes, T, 405), mais l’ori-. gine du singulier réveillon donné à nos chanoiïines dans l’Octave de Pâques offre des difficultés plus sérieuses. Les éditeurs de 1734 du Glossaire de Du Cange, V° Prisio. essavent bien une explication, mais ils finissent par rester courts et aboutissent en définitive à ceci :’ Aæc dvinando. Nous avons cherché dans les divers traités sur les coutumes du moyen âge si nous ne trouvc- rions point quelques pratiques analogues à celle que nous re- levons en ce moment. Le grave auteur du Aationale divinorum officiorum, Guillaume Durandi, évêque de Mende, qui écrivit sa compilation liturgique vers 1285, parle bien d'un usage à peu près semblable dans l’église de Nevers, mais 1l se contente le rapporter le fait sans commentaires (1). Faute de mieux, nous en sommes réduit aux réflexions suggérées à l'abbé Lebœuf par les statuts synodaux de l'Eglise de Nevers. Le savant abbé publia ces réflexions dans le Mercure de France de 1735, pp. 896 (1) Voir également sur ce point l'Histoire de l'Eglise d'Auvergne par le comte de Résie, Clermont-Ferrand, 1855, t. III, pp. 443 et 444. 84 | MÉMOIRES à 902, et c'est de là que prit texte notre compatriote pour insérer dans le même recueil sa lettre de 1736. « Vous me demandez, écrivait l'abbé Lebœuf, si j’approuve la conjecture des auteurs de la nouvelle édition du Glossaire à la lettre P au mot Prisio, touchant le sens d’un article de sta- tuts de l’église de Nevers (T. IV des Anecd. de D. Martène, col. 1070) : « Inhibemus ctiam sub cadem pœna (excommunicatiorus) ne prisiones clericorum, canonicorum, seu servientium 1psorum, quas inter Pascha ct Pentecosten aliqui vestrum usu detestabili quandoque factunt, de cetero faciatis…. » Les auteurs de l'édition du Glossatre croyent qu’il s’agit là d’une capture qu'on faisoit des ecclésiastiques en public, et que les ecclésiastiques de Nevers se rachetoient par le moyen d’une certaine somme... Je crois pou- voir en donner l'explication par un canon du concile de Nantes postérieur de près de deux cents ans. Voicy ce que dit le canon : « In crastino Paschæ clerici ecclesiarum et ali ad domos adjacen- tes et ahas accedunt, cameras intrant, jacentes in lectis caprunt et nudos ducunt per vicos et plateas, et ad ipsas ecclesias non sine magno clamore et super altare et alibi aquam Super ipsos projt- cunt…. Insuper quidaon ali, tam clerici quan lai, pruma die Mai de mane ad domos aliorum accedunt et caprunt, et coqunt per captionem vestium seu aliorum bonorum et se redimere opor- tet. (Concile de Nantes de 1431. — Id. d'Angers de 1448)... Je ne scay si je pourrois deviner pour quelle raison on en usoit ainsi, et cela entre Pasques et Pentecoste.. Je croys que l’usage pourroit venir de la frayeur que les arbres et les vignes ne fus- sent endommagés par la gelée. Les iaïques obligeoient les prè- tres de se lever et de faire des proccssions et des prières ma- tutinales....… Les payens romains avoient la procession des Robigailles vers le 25 avril... Dans quelques endroits, on jetoit l’image du saint patron dans la rivière, parce que les vignes avaient gelé... Consultez le voluine du P. Martène, cité au com- mencement de cette lettre, et page 733, vous verrez qu'on menace des sentences de l'officialité ceux qui profanoïent pour les rai- sons que je vous ai dites les images des saints... Tout cela a, DOCUMENTS ET NOTES SUR LE VELAY 85 prouve que la crainte des malheurs temporels portoit à com- mettre bien des extravagances semblables. On étoit ennemy des. ecclésiastiques dormeurs par des raisons d'intérêt. On s’en pre- noit à eux lorsque, après Pasques ne venant pas à Matines les vignes geloient, et afin que pas un n'y manquât, on prenoit ceux qu'on trouvoit dans leurs lits et on s’en saisissoit. Telles étoient selon moy les prises de Nevers que les statuts réprouvent, peut- être seulement comme attentatoires à la-juridiction ecclésiasti- que. » Le docte abbé Lebœuf a-t-il visé juste dans ses explications ? Peut-être, et, si l’on réfléchit à toutes les excentricités produites au moyen âge par les superstitions populaires, on ne trouvera pas trop étrange l’origine assignée aux captures des chanoines de Nevers et du Puy. De nos jours ne voit-on pas encore les /az- zsaront de Naples accabler d'invectives leur saint Janvier si le miracle traditionnel arrive trop lentement? En tout cas les fa- céties, du reste fort innocentes de nos anciens chanoines, sont bien dans la note de nos aïeux goguenards. On riait jadis et de bon cœur même au Chapitre, sans scandale pour le prochain et sans trop de dommage pour la victime. Nous rions si peu aujourd'hui, qu’un écho des vieilles gaietés gauloises ragaillardit et fait du bien. {A suivre.) Ch. Rocuer. Pre sie, 1878. ü LES CHEMINS DE FER DE LA HAUTE-LOIRE Délibération et vœux de la Commission municipale du Puy, approu- vés par le Conseil municipal dans sa séance du 28 février 1878. Présidence de M. le docteur MOREL, maire, chevalier de la Légion d'houneur. L'an 1878, le 16 février, la commission nommée par le conseil municipal, s'est réunie à l'Hôtel de ville « pour s'occuper, aux termes de la lettre de convocation de M. le Maire, de défendre les intérêts de notre département, au point de vue des lignes fer- rées qui sont en projet ». Sont présents : M. Coumes, ingénieur en chef des ponts et chaussées en retraite; MM. les conseillers municipaux, Chappuis, Chaurant, Gratuze, Rouillard; M. Aymard, archiviste de la Haute-Loire, président du Comité départemental de l'exposition universelle. M. le Maire ouvre la séance en invitant la commission à nom- mer un secrétaire-rapporteur et un vice-secrétaire. MM. Avy- mard et Rouillard sont désignés pour remplir ces fonctions. M. le Président expose que, sur le rapport de M. de Frevcinet, ministre des Travaux publics, M. le Président de la République a rendu un décret, en date du 2 janvier dernier, qui a pour ob- jet de compléter le réseau national des chemins de fer et d'opé- LES CHEMINS DE FER DE LA HAUTE-LOIRE 87 rer le classement des lignes d'intérêt général ct d'intérêt local, suivant un ordre de priorité pour chacune de ces deux catégories de chemins. D’autres décrets ont institué des commissions supé- rieures auprès des ministères des travaux publics et de la guerre, lesquelles auront à coordonner tous les éléments d’une sorte de vaste enquête aux différents points de vue technique et stratégi- que, ainsi que sous le rapport des intérêts des populations des- servies par les chemins de fer. Ce grand travail, dont personne ne méconnait l’urgence, devra être terminé prochainement. Déjà six commissions régionales techniques composées d'ingénieurs, ont tracé les principales li- gnes à construire ; et le tableau des voies projetées a été commu- niqué au ministère de la guerre, chargé de l’examiner en vue de la défense nationale. A cet effet une commission spéciale fonc- tionne en ce moment ; et bientôt, un conseil supérieur procè- dera à l'étude des vœux émis par les municipalités. On évalue approximativement à 17,000 kilomètres le trajet des voies à construire et à trois millards environ le chiffre des dépenses. 9,000 kilomètres seront proposés comme lignes nou- velles ou bien empruntées à des voies d’intérêt local ; le surplus comprendra celles votées en 1875 et qui ne sont pas concédées, ainsi que certaines lignes déterminèes par des lois antérieures. Dans ces circonstances exceptionnelles qui impliquent l'accom- plissement plus ou moins rapide d'une œuvre considérable et définitive, notre commission municipale n'a pas seulement à provoquer l'attention de l'Etat sur les lignes qui concernent le département, et en particulier la ville chef-lieu ; elle devra également, à l'exemple des précédentes commissions locales de 1853 et 1862, faire toutes les démarches nécessaires au suc- cès des résolutions du Conseil, qui, dans ce but, lui a conféré une sorte de mandat de permanence. : M. le Maire ajoute que les municipalités de notre région se sont préoccupées de la désignation des lignes ferrées qui les intéres- sent,et nous ne tarderons pas, sans doute, à recevoir des copies de leurs vœux, qu’elles ont spontanément offert de transmettre à 88 MÉMOIRES l'un de nous. Le premier, M. Aurenche, maire d'Aubenas et con- seiller général, s’est empressé d'envoyer un numéro du journal le Réveil de l'Ardèche, contenant une délibération du conseil muni- cipal de cette ville, en date du 30 janvier, ainsi qu’une copie du procès-verbal d’une réunion de la Chambre de commerce de cette ville, documents qui concernent la création d'une voie ferrée du Puy à Aubenas, de facon à constituer, au moyen de tous des tronçons précédemment construits, un chemin de fer continu, et l’un des plus directs de Paris à Nîmes et à Marseille. M. le Président donne ensuite la parole à M. Aymard qui, après avoir produit un dossier de nombreuses pièces manuscrites ou imprimées et de cartes et plans relatifs à nos voies ferrées, déploie une carte officielle des chemins de fer français exploi- tés ou en construction ou bien concédés éventuellement. Dans le réseau des lignes qui y sont tracées soit en traits pleins, soit en‘tirets et pointillés, sont figurées les voies sui- vantes qui intéressent la Haute-Loire : 1° Chemin de fer de Lyon à Bordeaux, nommé jadis Grand- Central; il est exploité dans notre département; 2 Chemin de fer d’Alais par la vallée de l'Allier, qui se déta- che de la précédente ligne à la station dite de Saint-Gcoryes- d'Aurac. Celui-ci est également en exploitation; 3° Chemin de fer de Lyon à Toulouse. Il existe deux la- cunes non encore concédées et dont nous aurons à parler, l’une entre les villes du Puy et de Mende, et l’autre, beaucoup moindre entre Carmiaux et Rodez; : 4° Série de tronçons qui, après la construction des deux lacunes entre Ambert et le Puy, et de cette ville à Aubenas, constituera, comme l'a dit le Conseil municipal d'Aubenas, une ligne directe de Paris à Marseille ; 5° Série de sections suivant une ligne presque droite, corres- pondant à peu près au 45° degré de latitude, et qui, pour for- mer un chemin de fer continu de Bordeaux à Grenoble, n'aurait plus qu’à relier les deux villes du Puy et d'Annonay, au moyen d’une dernière section du Puy à Dunières, par Yssingeaux ; LES CHEMINS DE FER DE LA HAUTE-LOIRE 89 6° Enfin, chemin de fer d'intérêt général décrété de Firmin à Annonay, par Dunières. La commission, après avoir approfondi les questions qui se rattachent à'ces différentes voies, eu égard aux nécessités de la défense nationale, aux productions agricoles et industrielles des régions desservies, aux courants commerciaux, ainsi qu’à l’im- portance des centres de population, a donné son approbation au mémoire suivant, pour être soumis au conseil municipal à titre de projet de délibération (1). Le conseil, ayant pris connaissance, avec un vif intérêt, des rapports de M. de Freycinet, ministre des travaux publics et des décrets de M. le Président de la République, insérés au Journal officiel, et relatifs au classement de toutes les lignes du réseau national des chemins de fer et à leur achèvement ; Émet le vœu que les conceptions élevées et libérales qui ont inspiré ce grand projet, reçoivent une application prochaine. Le conseil exprime aussi l'espoir, que dans le classement des lignes d'intérêt général, soient comprises toutes celles qui vont être désignées et qui, traversant le département de la Haute-Loire, ont réellement pour objet principal de relier entre elles, au double rapport commercial et stratégique et d'une frontière à l’autre de la France, d'importantes cités telles que Paris, Nimes et Marseille, Lyon et Toulouse, Lyon et Bor- eaux, Bordeaux et Grenoble, etc. Il n'est pas douteux surtout qu’en ce qui concerne la défense nationale, nous offrirons là un exemple des efforts à faire en l'rance pour atteindre la hauteur de l'Allemagne dont le système des lignes de fer est si bien combiné pour la guerre (2); nous en avons eu la preuve en 1870 où, contrairement aux mesures prises par nos ennemis, ainsi que l’a dit avec tant de raison (1) C'est ce projet qui a été approuvé par le conseil municipal, dans sa séance du ?8 février. (2) Voyez un article de la Gazelte d'Augsbourg récemment reproduit dans le journal la France et dans la Haute-Loire, n° du 14 février 1578. 90 MÉMOIRES M. de Freycinet, /La querre en province pendant le siège de Parts) « l'expérience a démontré l'insuffisance de nos moyens de transport et la nécessité de l'établissement de chemins de fer stratégiques ». Les centres de population intermédiaires aux grandes villes qui viennent d'être nommées, apporteront, sans aucun doute, aux mêmes voies des éléments de trafic de plus en plus notables à mesure que ces voies entreront dans la période normale d’ex- ploitation. Les profits en seront certainement très-lucratifs, comme ils l'ont été à l'égard du Grand-Central, après que les deux sections de ce chemin dans notre pays eurent été soudées l'une à l’autre, ainsi qu’à d’autres lignes. Mais il est à peine nécessaire de produire cette considération de lucre. En faisant appel à l'Etat et aux sacrifices qu'il aura à s'imposer, on peut sûrement invoquer ici l'autorité de l’émi- nent ingénieur, M. le sénateur Krantz, au sujet « de l’accrois- « sement d'activité et de richesses que les voies ferrées dévelop- « pent dans le pays et sur lequel l'Etat prélève sa part. Voilà, « ajoute-t-il, où il faut chercher leur véritable utilité économi- « que etc. » (1). Sous le rapport de la priorité d'exécution des lignes d'intérêt général dans la Haute-Loire, le conseil propose de les classer dans l’ordre suivant : 1° Chemin de fer du Puy à Mende. — Cette partie de la grande ligne de Lyon à Toulouse ayant été soumise à une en- quête favorable du 20 juin au 4° août 1877, dans les deux dé- (1) M. Krantz. Observalions au sujet des chemins de fer d'intérél général et d'intérél local. Paris, 1875, page 15. Depuis la rédaction du présent rapport, M. de Freycinet,.dans son discours prononcé à la chambre des députés le 11 mars 1878, a éloquemment exprimé la même pensée : « J'avoue, a-t-il dit, que « j'ai été étonné quand j'ai entendu dire qu'il fallait apprécier les chemins de fer « à leur valeur commerciale. Est-ce qu'un chemin de fer ne vaut que ce qu'il « rapporte à celui qui l'exploite? non, son véritable produit pour le public, pour « la communauté, c'est l'économie qu'il p>rmet au pays de réaliser pour ses « transports, la défense du territoire et tons les moyens de civilisation que les € chemins apportent avec eux... » LES CHEMINS DE FER DE LA HAUTE-LOIRE 94 partements de la Haute-Loire et de la Lozère, n'atteud plus, pour être décrétée, que la déclaration d'utilité publique. Cette enquête n’a provoqué que quelques réclamations de détail con- cernant le tracé particulièrement aux abords des villes de Pra- delles et du Puy, et qui mériteront d’être examinées lors des projets définitifs (1). La voie emprunte une très-réelle importance à sa direction qui est celle de la route nationale n° 88, direction tellement ancienne que les plus vieux documents de nos archives lui donnent cons- : tamment la qualification significative d’estrade ou grand chemin. Au delà même du moyen âge la science ne peut préciser son an- tique origine que nous sommes portés à considérer comme préhistorique. L'achévement de toute la ligne est, en outre, unanimement sollicité par les départements qu'elle traverse de Lyon à Tou- Jouse ; ils l’obtiendront, sans nul doute, car il n’y a plus à décré- ter que deux lacunes, entre le Puy et Mende et entre Car- maux et Rodez. La voie ferrée s’assimilera donc, en leur imprimant un nouvel essor, les mêmes relations commerciales, les mêmes facilités de défense du territoire dans les Cévennes et sur ces monts du Velay et du Gévaudan qui, suivant un axiome stratégique, sont « comme une citadelle dont le Rhône serait l’avant-fossé (2) ». Par son raccordement à la ligne de l'Allier vers Langogne, elle établira des communications entre le département du Gard et les grandes cités manufacturières de Saint-Etienne et de Lyon, et, au delà, jusqu'à Besançon et à la frontière de l’est ; d'autre (1) Nous devons insister principalement au sujet des graves considérations pro- duites par la Chiambre des arts et manufactures du Puy, pour que le chemin de fer vienne aboutir à la gare de cette ville, au lieu de se détacher de celui de Saint-Etienne au Puy vers Montredon, à qu2lque distance de notre ville. (2) Histoire de J. César, L, IT, guerre des Gaules, introduction, 1866, p. 16. x .… À l'est, où les invasions sont à craindre, on dirait que la nature non con- tente de l'avoir (la Gaule) défendue par le Rhin et les Alpes, s'est plu à la re- trancher derrière trois groupes de montagnes intérieures : 1° les Vosyes; 2° le Jura; 3° les monts du Forez, les monts d'Auvergne et les Cévennes ». Idem, p. 15. 92 MÉMOIRES part, elle remplacera, au moyen de cette même ligne de l'Allier et de la section entre Langogne et le Puy, l'antique estrade de- venue route nationale, n° 406, de Nîmes à Moulins. 2° Chemin de fer du Puy à Aubenas par les vallées de la Loire et de l'Ardèche. — Le classement de cette ligne s'adapte aussi bien aux conditions économiques de notre époque et au régime des voies ferrées qu'à toutes les convenances des temps anté- rieurs. En effet, elle se dirigera du Puy à Aubenas suivant le plus court trajet possible, parallèlement à toute la partie de la route nationale n° 102, comprise entre ces deux villes. Celle-ci avait elle-même remplacé une antique et principale voie qui, d’après le témoignage de Strabon, invoqué par Amédée Thierry et M. Henri Martin, existait déjà au commencement du premier siècle (environ l’an 30) « établie entre la côte de la Méditer- « ranée et la haute Loire, en traversant les Cévennes, route la « plus fréquentée de toutes, etc. (4). » C'est pourquoi elle a reçu, dans les siècles postérieurs, les désignations de grande estraude, de chemin ferré et chemin royal. Les deux villes du Puy et d'Aubenas qui entretiennent ainsi d'immémoriales relations de commerce, demandent avec instance, depuis longtemps, la création d’une ligne de fer qui puisse desservir directement, comme par le passé, une assez vaste région du midi, de Marseille à Aubenas et de cette ville au Puy, d'où elle conduira, comme il sera dit plus loin, à Paris par Ambert et Saint-Germain-des-Fossés (2). [LU Strabon : Géographie. Traduction du grec en francais par Laporte du Theil, 1809, livre 1v. tome IT, p. 365; — Amédée Thierry : Histoire des Gaulois, 1528. tome IT,p. 153. — M. Henri Martin: /Jistoire de France, 1860, tome I, p. 90, en note. — M. Avmard : Anrienne roule ou eslrade, etc. Annales de la Soa- ciété académique du Puy, tome XXIX, 1869, p. G08. (2) Notre commission locale des chemins de fer, avait elle-mème soulevé, il y a vingt-quatre ans, la question du chemin de fer du nord au sud de la l'rauce par le Puy et Aubenas, lequel était appelé à croiser au Puy celui du Grand-Centralde Lyon à Bordenux. Nous citions à ce sujet le concours sympa- thique de la villo d'Aubenas, manifesté par l'envoi d'un projet de tracé. (Voyez le LES CHEMINS DE FER DE LA NAUTE-LOIRE 93 MM. les ingénieurs de l'Ardèche et de la Haute-Loire, confor- mément aux désirs des conseils généraux, ont fait depuis long- temps des études de ce chemin de fer. L’exécution de la ligne par les vallées de la Loire et de l'Ardèche ne présente pas de sérieu- ses difficultés, ainsi que l'avait constaté un projet conçu par un éminent ingénieur, M. Combier, d’Aubenas, aujourd'hui ingé- nieur en chef du contrôle au ministère des travaux publics et membre de l’une des commissions techniques supérieures. Les avantages de cette voie importante ne furent pas moins vaillamment établis, en 1861, auprès du Conseil général des ponts et chaussées et, en 1862, auprès du Conseil d'Etat, par une délégation de la ville du Puy chargée de défendre les intérêts de notre département dans la question du chemin de fer d’A- lais (1). Des considérations qu'il est inutile de rappeler, rendirent alors ces démarches infructueuses. Mais, fondées sur des droits traditionnels, elles n'ont point prescrit et, récemment encore, au mois d'août 1877, lors de l'enquête sur le projet de chemin de fer de Lyon à Toulouse au sujet de la section du Puy à Mende, la commission départementale instituée à cet effet, exprimait le vœu « qu’en amont de la station de Solignac, il y eût sur la « ligne du Puy à Langogne un raccordement ultérieur d’une voie « ferrée qui,se prolongeant jusqu’à Prades et Aubenas, donnerait « amplement satisfaction à un certain nombre de communes, « ainsi qu'à la ville du Puy qui, depuis longtemps, réclame Land mémoire : Chemin de fer Grand-Centrai, section de Lempdes à Saint-Etienne par le Puy, M. Aymard, rapporteur de la commission locale, 185%, p. 14.) — La délégation de la ville du Puy auprès du gouvernement fit valoir la même puissanta considération auprès du chef de FEtat. (1) Voyez les deux mémoires imprimés : Observations des délégués de la ville du Puy à MM. les membres du Conseil général des ponts el chaussées. 19 décembre 1861; au nom des déligués,; M. Vinay secrétaire, — Conseil d'Elal, seclion des travaux publics; chemin de fer de Brioude à Alais. Notes à l'appui du tracé par la vallée de la Loire, 9 mars 1862. Les membres de la commission munici- pale signés : Préat, de Brive, Balme (Louis), Vibert, Calemard de La Fayette, Aymard, Vinay secrétaire. 94 MÉMOIRES « des communications directes avec l'Ardèche par la vallée de « la Loire ». De leur côté, le conseil municipal et la Chambre de com- merce d'Aubenas, dès la première nouvelle de la haute initia- tive de M. le Ministre des travaux publics pour l'achèvement du réseau national, c'est-à-dire le 30 janvier dernier, énonçaient aussi l'espoir que « grâce aux circonstances exceptionellement « favorables à l'établissement du chemin de fer du Puy à Aube- « nas par les bassins de la Loire et de l'Ardèche, cette nou- « velle voie ferrée serait comprise dans le réseau d'intérêt gé- « néral. » | Comme témoignage de l'importance qu’Aubenas attache au classement de la ligne, les deux délibérations insistent fortc- ment pour qu'elle ait la priorité sur tous les autres chemins de fer de l'Ardèche. « En effet, y est-il dit, la grande ligne de Paris « à Marseille sera abrégée par l'établissement de cette voie pas- « sant par Saint-Germain-des-Fossés, Ambert, le Puy et Aube- « nas ». Répétons aussi, avec le conseil municipal d’Aubenas que, stra- tégiquement, la voie offre « de grands avantages pour la défense nationale », puisqu'elle est suffisamment distante de la vallée du Rhône et protégée par les hautes cimes du Mezenc, du Mé- gal et par les autres grands monts du même massif. En vain objecterait-on que le chemin de fer de l'Allier peut remplir un but pareil. Mais ne sait-on pas que ce chemin à une seule voie, établi dans des conditions très-difficiles, serait, à lui seul, bien insuffisant pour des transports de troupes et du matériel de gucrre ? (1) Sous le rapport du transit, le chemin de fer d'Aubenas don- nera satisfaction à de nombreuses relations commerciales ali- mentées par les différentes lignes les unes convergeant au Puy, d’autres rayonnant dans le midi, principalement celle qui devra 4) Voyez la nole supplémentaire à la fin du présont rapport. LES CHEMINS DE FER DE LA HAUTE-LOIRE 95 former le prolongement de la nôtre, d'Aubenus à Marseille, par Je chemin de fer de la rive droite du Rhône, avec bifurcation à Aubenas vers Privas et Lavoulte. A cet égard, on évalue en moyenne à plus de 80,000 tonnes le tonnage annuel qui pro- vient en grande partie de Marseille, arrivant au Puy par les routes de l'Ardèche, sans compter le mouvement des voyageurs dont l’extension est toujours en rapport avec le transport pro- gressif des marchandises. | Quant au trafic local, on peut prévoir qu'il sera assez large- ment rémunérateur, d'après la productivité agricole de l’assez vaste région que la Loire et l'Ardèche sillonnent et qui com- prend des chefs-lieux de communes et même de cantons et un certain nombre de villages. Mentionnons en particulier des ex- ploitations de forêts, en partie domaniales ; l'élevage et le négoce des bestiaux qui constituent dans ce pays une source de ri- chesse. Des filons métallifères pourront être mis en valeur dans la vallée de la Loire où le fleuve et ses affluents fourniront, en outre, des forces hydrauliques considérables pour des usines nouvelles qu'y fera naître la voie ferrée et que favorisera le très-bon marché de la main d'œuvre, l’une des causes princi- pales qui a contribué au grand développement de la fabrication des dentelles dans notre pays et en a fait la manufacture de ce genre la plus considérable qui existe au monde. Dans tous les cas, cette industrie des dentelles, dans la Haute- Loire et la haute Ardèche, entretient sur tous les points de la même région un mouvement continuel que, sans aucun doute, la voie ferrée aura pour effet de favoriser. Dans l'Ardèche, le chemin de fer sera aussi très-avantageux sous tous les rapports agricole et industriel. La viticulture, la sériciculture, la production des marrons et châtaignes, celle des fruits de tous genres lui fourniront un contingent d’abondants transports. « Les stations hydrominérales de Vals et de Neyrac « déjà fréquentées par un nombre considérable de malades, « attireront un mouvement de voyageurs, et l'on peut être « certain que dans un avenir assez rapproché, on verra ces éta- 96 MÉMOIRES « blissements décupler d'importance. » Malades, touristes et savants avides de distractions, de récréations ou d'études scien- tifiques, y viendront de plus en plus nombreux admirer les sites très-pittoresques et accidentés, et les imposants vestiges d’anti- ques embrasements volcaniques qu'ont rendus célèbres les écrits d'illustres géologues. Citons également « les anthracites de Prades et de Jaujac « dont la puissance remarquable permettrait une très-large « exploitation si leurs produits pouvaient être facilement trans- « portés... Les minerais de fer des environs d’Aubenas... les « carrières de pierres de taille et de marbre, les chaux hydrauli- « ques, etc. ». On a compté, en 1861, « dans la vallée de l'Ardèche « ou aux environs d'Aubenas cent soixante-deux moulinages « et douze filatures de soie » (1), auxquelles il faut ajouter d’au- tres manufactures telles que papeterie, etc., toutes non loin d’Aubenas, ville que l'on sait être aussi un centre très-impor- tant du négoce des soies et à laquelle est réservé, sous tous les rapports, un brillant avenir. Ajoutons que la longueur de la voie à décider est réduite aujourd’hui par deux tronçons dont un déjà concédé est en cours d'exécution, d'Aubenas à Prades, et l’autre, du Puy à So- lignac et même au-delà vers le Brignon, sera emprunté à la ligne du Puy à Langogne. Ainsi amoindrie d'environ une trentaine de kilomètres, la partie à construire jusqu’à Prades ne saurait être bien notable ni pour la longueur du trajet ni pour la dépense. À la vérité, il serait question, nous a-t-on dit, d’un autre tracé qui, sacrifiant la brièveté de parcours et l’intérêt de nos (1) Le document intéressant, auquel nous empruntons l'énoncé de ces éléments nombreux de tratie, est le Procès-verbal des délibérations de la commission d'en- quéle de l'Ardiche pour le chemin de fer de Brioude à Alais. Secrètaire : M. Mo- lines. Privas, 1861. Nous devons, entre autres communications obligrantes, le don de cette pièce imprimée à M. Francisque André, archiviste de la préfecture de l'Ardèche. LES CHEMINS DE FER DE LA HAUTE-LOIRE 97 populations, réaliserait peut-être quelque économie de dépense.La ligne du Puy à Aubenas, au lieu de suivre la plus courte direc- tion par la Loire, emprunterait la section du Puy à Langogne et de là elle conduirait, par une voie nouvelle, à Prades et Aubenas. Si l'on jette les yeux sur une carte, on voit bien vite la défectuosité d'un tel chemin formé par la jonction de deux branches sous un angle presque droit. C'est une sorte de grand arc dont le tracé par la Loire est évidemment la corde. Or, en présence de l'intérêt capital de la défense nationale, n'est-il pas d'absolue nécessité d'abréger les distances? C'est là, sans contre- dit, une considération de premier ordre qui milite suffisamment en faveur de la ligne de la Loire, sans que nous ayons à réclamer, encore une fois, cette ligne pour les nombreux bourgs et villages échelonnés aux abords de la Loire et de l'Ardèche, aussi bien que dans l'intérêt du commerce et des voyageurs. Que l'Etat veuille donc reconnaître cette ligne d'intérêt géné- ral, et nous verrons enfin accomplis les vœux souvent formulés depuis vingt-quatre ans par la Société d'agriculture du Puy, le Conseil général du département et notre Conseil municipal. 3° Chemin de fer de Bordeaux à Grenoble, section du Puy à Dunières. — Cette ligne, bien qu'elle ne paraisse pas avoir reçu jusqu’à ce jour une semblable désignation, n'existe pas moins presque à l’état de fait accompli par suite d’une heureuse coïncidence de différentes sections de chemins de fer, toutes presque parallèles au 45° degré de latitude qui correspond aux trois villes de Bordeaux, du Puy et de Grenoble. D’une part, la ligne est faite, ou en construction, ou bien décrétée, de Bordeaux au Puy, par Bergerac, Aurillac, Arvant, etc., sauf qu’il ne serait pas absolument impossible d’abréger encore son parcours au moyen d’un embranchement allant droit de Murat à la station de Saint Georges-d’Aurac (1), d'autre (1) Nous n'ignorons pas que dans cette direction on rencontrerait quelques difficultés topographiques. Mais peut-on assigner une limite aux ressourres de la science et de l'art? Ajoutous que ce raccuurcissement serait également avantageux au chemin de 98 MÉMOIRES part, cette même ligne est exploitée d'Annonay à Grenoble. On n’a donc plus, pour la constituer en ligne continue, qu'à relier le Puy par Yssingeaux avec Annonay. Or, un chemin de fer d'intérêt général de Firminy à Annonay déjà décrété et, à ce titre, figuré en pointillé sur la carte officielle des chemins de fer, après avoir suivi une direction nord-sud, s'infléchit sensi- blement à l’est vers la station de Dunières pour conduire à la ville d'Annonay. Cette dernière partie de la ligne fournit ainsi un appoint assez notable à celle que nous signalons, c'est-à-dire au grand chemin de fer transversal de Bordeaux à Grenoble. Il resterait ainsi à décider le classement sollicité avec raison par Yssingeaux, — chef-lieu d’un arrondissement intéressant au triple rapport des productions agricoles, industrielles et minéra- les, — d'un tronçon conduisant du Puy à cette ville et de là à la station de Dunières. C’est à titre d'intérêt local que cette section est demandée. Mais il n’est pas douteux qu’en considération de l'importance de toute la ligne, l'Etat ne fera aucune difficulté de la classer d'intérêt général, d'autant plus qu'elle remplacera la route nationale n° 105 du Puy à Annonay par Yssingeaux, ainsi que l’ancienne route nationale n° 103 (ou estrade) du Puy au Rhône par Saint-Agrève. Cette importance de la voie revêt, en effet, un caractère stra- tégique de premier ordre, à cause des deux villes principales si- tuées aux extrémités de la ligne : Bordeaux, qui peut être abondamment ravitaillé au moyen de transports sur mer, et expédier de tous les points des bassins de la Gironde et de la Garonne, des secours de troupes et de matériel de guerre au travers de nos régions inexpugnables; Grenoble, grande ville confinant la frontière d'Italie, qui communique elle-même par chemin de fer au-delà des Alpes avec Turin et la haute Italie (1). fer de Bordeaux à Lyon par le Puy, dont nous sommes en possession; et, quelles que soient les lignes plus ou mvins parallèles que les nécessités de la détense nationale amèneront à élablir, la nôtre sera toujours la moins lonuue. (1) E'intérèl capital de ce chemin de fer, sous le rapport militaire, impose évidemment l'obligation d'en abréger le parcours. Nous avons déjà sollicité LES CHEMINS DE FER DE LA HAUTE-LOIRE 99 Ajoutons que la même voie sera, au besoin, une ligne de se- cours pour Saint-Etienne et Lyon. Son parcours est à une dis- tance de ces villes convenablement stratégique. Elle conduira également à Clermont, siége du quartier général de notre 13° région militaire, par la bifurcation d’Arvant. Dans ces con- ditions, il semble inutile de faire valoir aussi les avantages in- contestables qui, sous le double rapport du trafic et des voya- geurs, résulteront de l’achèvement de ce chemin de fer. 4° Chemin de fer d'Ambert au Puy. — A première vue, l'éta- blissement d’un chemin de fer d'Ambert au Puy peut sembler d’un ordre secondaire, si l’on ne considère que l'intérêt de ces deux villes. Mais si l’on examine la carte du réseau des voies ferrées, on est frappé de l'importance de cette section d’après son parcours en prolongement de la grande artère qui, de Paris à Saint-Germain-des-Fossés, à Vichy, Thiers et Ambert, a été construite ou décidée par sections successives, comme si on eût eu l'intention de la conduire au Puy, d’où par une concordance de directions, sa continuation, facile entre cette ville et Aube- nas, s’identifie ensuite avec certains tronçons existants ou pro- jetés jusqu'au littoral méditerranéen. [l n’est pas douteux que l'Etat se préoccupe des compléments d'une ligne qui est appelée à jouer un rôle prépondérant dans le système national des railways. En effet, notre Conseil génc- ral, dans sa dernière session, a été informé par M. le Préfet que M. le Ministre des travaux publics a disposé d’un crédit pour l'étude préliminaire d’un tracé entre Ambert et le Puy. Nous savons aussi que, d'après le vœu du Conseil, deux reconnais- sances comparatives viennent d'être envoyées au ministère, sans qu'il soit encore possible de prévoir auquel des projets on l'examen d'une ligne de raccordement entre Murat et la station de Saint-Geor- ges-d'Aurac; il serait facile également, à l'égard de la lacune du Puy à Yssin- geaux, d'indiquer une courte et très-rationnelle direction entre ces deux villes, sans emprunter les circuits du chemin de fer du Puy à Retournac d'où l'on aurait à conduire un embranchement sur Yssingeuux, trop longs déve- loppements qui sont contraires aux principes des voivs stratégiques. 100 MÉMOIRES donnera la préférence. C'est là, d’ailleurs, une question d’art qu’il ne nous appartient pas d'aborder. MM. les ingénieurs de la commission supérieure sud-est la résoudront beaucoup mieux que nous ne le ferions nous-mêmes. Quelle que soit sa direction, la voie desservira une assez vaste zône de la Haute-Loire, parallèlement à la route nationale n° 106 qui, dans la pensée du gouvernement, a toujours eu pour objectif de relier, par la ligne la plus courte, le nord au sud de la France. En outre, celle-ci, sauf quelques rectifications mo- dernes, n'était autre que l’un de nos antiques grands chemins, peut-être préhistoriques, dont la ville du Puy — successivement oppidum gaulois, emporium ou grand marché, colonie romaine et capitale du Velay — avait été, depuis très-longtemps, un centre principal de rayonnement. Le chemin de fer satisfera donc aux mêmes besoins écono- miques que ces routes, avec cette différence que les progrès de la civilisation et les nécessités militaires assureront à la voie ferrée un plus grand courant de marchandises et des transports de guerre plus considérables qu’à aucune autre époque. On peut se faire une idée du mouvement de transit qu’à mesure de son achèvement, la ligne tout entière recevra dans son long parcours du nord au sud de la France. Mais ce qu'on ne saurait trop répéter, c’est son utilité sous le rapport de la défense nationale, car elle desservira sept à huit régions de corps d'armée en établissant une communication directe de l'Océan à la Méditerranée (1). La voie déjà favorisée dans la majeure partie de son trajet par sa position médiane, presque à égale distance des frontières de l'Est et de l'Ouest, sera surtout protégée dans la Haute-Loire contre des entreprises hostiles par un triple rempart de hau- teurs dont deux, presque parallèles, séparent dans le sens lon- gitudinal, les vallées du Rhône et de la Loire et celles de la M Vovez la Carte cantonale de la France présentant les régions el subdivi- sions de corps d'armée: publiée par le dépot de la guerre, V877. LES CHEMINS DE FER DE LA HAUTE-LOIRE 101 Loire et de l'Allier, etl’autre forme comme une barrière transver- sale entre le vaste bassin du Velay et celui du Forez; sans omettre, comme moyens de défense, bien d’autres massifs de la Loire, du Puy-de-Dôme, du Cantal et de la Lozère. Au cas également d'une des ces guerres stratégiques aux- quelles il a été déjà fait allusion, quel secours ne lui prêterait pas la topographie si accentuée de la région, où, comme Napo- léon le disait un jour à l’île d’Elbe, il lui eût été possible, au delà de la Loire, de savourer à son aise la guerre des monta- gnes (1)! N’était-ce pas aussi en prévision d’une semblable éven- tualité que, lors de la deuxième Restauration, quand le sol de la France était couvert de douze cent mille soldats ennemis, la ville du Puy et les plateaux dominés par nos deux chaînes longi- tudinales des monts et encaissant la vallée de la Loire, furent fortement occupés par de nombreux détachements autri- chiens (2)? Il n'est peut-être pas sans utilité d'évoquer aussi les doulou- reux souvenirs de la guerre de 1870, au sujet de laquelle un dé- cret du gouvernement prescrivant la formation de camps re- tranchés ou stratégiques, amena le préfet de la Haute-Loire, M. Lefort, à constater que ce département offrirait, sous ce rap- port, de remarquables éléments de défense (3). Enfin, il semble (1) M. de Vaulabelle. Jfistoire des deux Restaurations, 1860, tome II, p. 201. (2) Anc. route ou estrade du Puy au Forez, aux Annales de la Soc. acad. du Puy.t. XXIX, 1869, p. 640. Les détachements autrichiens ne furent pas seulement cantonnés au Puy; ils occupèrent aussi diverses communes en deçà de l'Allier, suivant trois lignes principales : la première de Monistrol à Pradelles par Yssingeaux, Montfaucon, Tence, le Monastier ; la deuxième d'Allègre à Arlanc et Viverols par Monlet, Saint-Paulien, Craponne et la Chaise-Dieu; la troisième sur la rive droite de l'Allier à Paulhaguet, Lamothe et Auzon. (3) Décret du 25 septembre 1871, inséré au fecucil des actes administratifs de la Haute-Loire. Ayant été consulté par M. le Préfet sur la question qui faisait l'objet de ce décret, l'auteur du présent rapport dut se borner à l'exposé des anciens faits de guerre dans notre pays. 11 fut établi qu'à différentes époques, remontant même jusqu'aux temps des Romains et des (xaulois, un certain nombhie l'e série, 1878. 5 102 MÉMOIRES que c'était principalement au massif du plateau central que M. Louis Blanc faisait allusion, lorsqu'à la séance mémorable de l'assemblée nationale du 1° mars 1871, relative à la ratification du traité de paix, il proposait de prolonger la lutte, disant, après un exposé des ressources militaires : « Nous avons encore pour servir de refuge, de protection, les montagnes, l'Océan, la Médi- terranée, la flotte. » H est remarquable, en outre, que notre contrée montagneuse, si l’on en croit des connaisseurs, serait favorable, non-seulement aux combinaisons militaires de stratégie, mais aussi aux guerres tactiques, telles que tendent à les modifier surtout les fusils à tir rapide, joints à l'établissement des chemins de fer. « Ces « guerres, en effet, seront toujours diversifiées par ce qu’on « pourrait appeler la guerre stratégique, à laquelle les monta- « gnes continueront à fournir des expédients les plus imprévus « et les plus redoutables (1) ». Les considérations d'ordre supérieur qui viennent d'être dé- veloppées à l’occasion de la ligne de Paris à Marseille par Am- bert, le Puy et Aubenas, ne s'appliquent pas moins aux trois autres grandes voies ou artères de Lyon à Bordeaux, de Lyon à Toulouse et de Bordeaux à Grenoble. Celles-ci seront aussi d’une utilité considérable par leur croisement au chef-lieu de notre département où elles appelleront, dans sa véritable sphère d'activité, le mouvement industriel et la vie commerciale et cen- _traliseront, comme en une place forte, des moyens puissants de défense ou, du moins, d'appui militaire. L'exploitation de ces voies sera facilitée incessamment par les gisements houillers qui sont situés non loin de cette ville, sur trois des lignes de rayonnement, à Firminy, Langeac et Bras- de lieux qui commandaient surtout les voies de communication, avaient été fortifits en vue d’hostilités étrangères. Toutefois les notions assez nombreuses de l'histoire attestèrent que jamais nos montagnes n'avaient subi pleinement les désastres des grandes invasions. (1) M. A. Vernier. La taclique et le tir rapide. Journal le Temps, n° du 12 fe- vrier 1878. LES CHEMINS DE FER DE LA HAUTE-LOIRE 103 sac et à Prades, c’est-à-dire à l’est, à l'ouest et au sud. Quant aux éléments de trafic que fournira ce même centre commercial, l’un des plus notables du groupe immense de montagnes qui s'é- lèvent vers le milieu de la France, leur énumération dans le rapport de la Commission locale des chemins de fer de 1853 (1), a surabondamment démontré l'importance du mouvement des marchandises en importations, exportations et transits. Il suffira de rappeler, d’après le même écrit, comme une preuve de la prospérité manufacturière et agricole du pays, le chiffre de la population spécifique de la Haute-Loire. Probablement plus élevé encore aujourd’hui par suite des per- fectionnements agricoles, ce chiffre avait été fixé en 1852, dans l'Annuaire du bureau des longitudes, à 61 habitants $5 par kilo- mètre carré ; d’où il résultait que la population du département était « à peu près égale à celle de la Gironde et de l'Hérault et plus dense que celle de trente-neuf départements, parmi lesquels on compte ceux d’Indre-et-Loire, du Loiret, de la Nièvre, de la Côte-d'Or, de l'Allier, etc. » C’est là, sans contredit, un signe certain de prospérité d’au- tant plus remarquable que la Haute-Loire exporte une assez grande quantité de ses denrées en céréales, légumes, bestiaux, etc. La production agricole tend même à s’accroître par une in- cessante plus-value de terrains due principalement aux amélio- rations de la grande et de la petite viabilité. En aucun autre dé- partement, ce bienfait n’est plus fortement ressenti, puisque des rapports officiels ont cité le nôtre en première ligne parmi ceux où le syndicat est le plus en faveur. On a ainsi l'assurance que l'agriculture y recevra une nouvelle et puissante impulsion par l'exécution de la loi déjà votée au Sénat sur le syndicat obliga- toire appliqué aux chemins ruraux. Que sera-ce encore lorsque les voies ferrées, en même temps qu’elles faciliteront le transport des produits de nos campagnes, auront pour effet de stimuler (1) Annales de la Soc. acad. du Puy, tom. XXVII, p. 239. 104 MÉMOIRES l'activité industrielle du pays? Certaines manufactures y sont déjà nombreuses, ainsi qu'il avait été dit dans le rapport précité. L'Exposition universelle a permis aussi de le constater par les adhésions nombreuses parvenues au Comité départemental, mais à la suite desquelles les frais d'installation mis à la charge des exposants, et ayant amené des démissions, nous ont privé, en partie, d’une importante exhibition. Sous ce rapport, la progression sera très-frappante, si l'on parvient àutiliser une partie des forces hydrauliques considérables que peuvent fournir nos cours d’eau de la Loire et de l’Allier et tous leurs affluents. Elles sont telles que, d’après un mémoire sur les intérêts du centre de la France publié en 1842 par M. Lamothe, ancien conseiller général de la Haute-Loire, notre département recèlerait « autant de forces hydrauliques que celles dont toute l'Angleterre disposait, en 1842, tant en forces de va- peur qu’en forces d’eau ». Les entreprises manufacturières ne seront pas, seules, sus- ceptibles d'attirer dans notre pays des spéculateurs et capitalis- tes; des ingénieurs y viendront explorer des gisements mé- tallifères dont on trouve des affleurements dans nos profondes et sinueuses vallées. Les géologues qui ont ouvert la voie de ces investigations, pourront signaler également bien des maté- riaux que l’art des constructeurs sait déjà s'approprier. Une di- versité d'affaires, un attrait de curiosité amèneront dans nos montagnes excursionistes, savants et désireux d'étudier les œuvres de la nature, dans leurs plus imposantes manifesta- tions, et les monuments artistiques de notre histoire, ainsi que de contempler ces sites variés et pittoresques, ces horizons peu connus qui ont fait dire à Georges Sand dans Le marquis de Villemer : « Ce n’est pas la Suisse, c'est moins terrible; ce n'est pas l'Italie, c'est plus beau, etc. » Le réseau des voies de fer que la Haute-Loire devra à un heureux concours de conditions topographiques, profitera dans une semblable mesure à tous les départements qui, entourant le nôtre, constituent ensemble, au sud, le plateau ccutral. En LES CHEMINS DE FER DE LA HAUTE-LOIRE 105 dehors de ces départements, il profitera plus grandement en- core à toute une région du sud de la France, pour laquelle, en 1853, notre Commission locale sollicitait l’attention de l'Etat, « immense polygone, disait-elle, complètement déshérité, » dans lequel, depuis lors, des voies ferrées ont été partiellement ouvertes. Reliées entre elles par divers tronçons qu'il reste à exécuter, elles ne tarderont pas à établir, suivant nos prévisions, « les com- munications les plus directes entre le nord de la France, Mar- seille et l'Algérie d’une part; et de l’autre entre le nord, l’est et le centre et Nîmes, Montpellier, Cette, Toulouse, Narbonne, Perpignan et l'Espagne », sans compter la magnifique artère transversale, qui, dans un avenir prochain, conduira rapidement de Bordeaux à Grenoble et vers Turin et la haute Italie. L'importance même de ces lignes fait ressortir la nécessité de les .maintenir absolument à l'abri de toute invasion; c'est ainsi que le puissant intérêt de la défense nationale s’unit aux con- venances si favorables de la topographie et des trajets les plus directs, pour recommander aux sollicitudes de l'Etat, le rayon- nement de ces voies au cœur des monts Cévennes qui, les couvrant contre des entreprises hostiles, les conduisent à la plupart des principales villes de France et vers toutes nos frontiè- res. | Ces diverses considérations font donc espérer que l'achève- ment projeté du réseau national des lignes d'intérêt général comprendra les quatre raccordements déjà indiqués, savoir : 1° Du Puy à Mende; 2° du Puy à Aubenas par la vallée de la Loire ; 3° du Puy à Dunières par Yssingeaux; 4° d'Ambert au Puy. 106 MÉMOIRES NOTE SUPPLEMENTAIRE {er juin 1878. Il n'entrait pas dans le cadre du présent rapport de discuter certaines raisons financières qu'on a produites, maintes fois, con- tre les projets de chemin de fer en pays de montagnes. Les avan- tages multiples que nous avons fait ressortir compensent très- bien les frais d'établissement de ces lignes. L'expérience l’a déjà démontré au moins pour la plupart de celles exécutées dans les conditions ordinaires. On ne nie pas qu’en de très-rares circons- tances, il y en a qui sont plus dispendieuses. Tel est, par exem- ple, le chemin de fer de Brioude à Alais par l'Allier, qui parait avoir atteint le chiffre maximum du coût kilométrique. Mais ne sait-on pas que son tracé, ayant été malheureusement préféré à celui plus direct et plus économique par le Puy et la vallée de la Loire, semble avoir été choisi, contrairement aux convenances topographiques, comme si on eût cherché à plaisir les difficul- tés les plus insurmontables? Sur ce point l'enquête parlementaire des chemins de fer a jus- üfié toutes les prévisions que la délégation de la ville du Puy, en 1861-1862, avait consignées dans ses mémoires. Nous en trou- vons le témoignage dans les observations de M. le Président du conseil d'administration de la Compagnie P.-L.-M, au sujet de cette voie de fer, classée, seule, par la compagnie dans un groupe distinct de trois autres, « à cause de toutes les difficultés qu'a « présentées son exécution et des dépenses énormes auxquelles LES CHEMINS DE FER DE LA HAUTE-LOIRE 107 CS elle a donné lieu (1). Cette ligne, a ajouté M. Vuitry, n’a pas une grande utilité commerciale; elle est impraticable pour les « grands trafics... Nous avons voulu faire passer des marchan- « dises venant du midi, par cette ligne : cela nous a été, sinon « impossible, du moins très-difficiie. C’est un très-mauvais ou- « til... À raison des conditions dans lesquelles cette ligne est « construite, il vaut mieux faire, je ne sais combien de kilomè- «tres de plus et en prenant une ligne à pentes faibles ». Le respect de la vérité, qui nous invite à reproduire une ap- préciation en apparence peu favorable à nos pays, ne nous im- pose pas moins l'obligation de protester contre l'induction erro- née que M. Vuitry a tirée d’un fait absolument exceptionnel. Ce n'est point là, en effet, comme le suppose M. Vuitry, « un spéci- « men des dépenses qu'’entraineront certains chemins de fer « projetés dans la Haute-Loire, la Lozère, l'Ardèche, etc. si l’on « ne renonce pas à les exécuter ». Les renseignements que nous avons pu recueillir relativement à nos quatre lignes de raccordement permettent d'affirmer qu'au- cune d'elles n'exigera les dépenses extraordinaires du chemin de fer de l'Allier. Le gouvernement est déjà rassuré à cet égard, non-seulement par le chiffre des frais d'établissement de notre ligne du Puy à Saint-Georges-d’'Aurac, classée par la Compa- gnie, comme bien moins onéreuse, dans son troisième groupe, mais encore par les études auxquelles ont donné lieu, à diverses reprises, les tronçons des chemins de fer que nous sollicitons. On voudra bien admettre également que l'expérience acquise dans la construction de la ligne de Saint-Gcorges-d'Aurac, a dû suggérer des combinaisons encore moins dispendieuses, en con- seillant d'établir ces voies, soit sur nos longs plateaux, comme seront le chemin de fer du Puy à Langogne — dont le coût kilométrique n’est que d'environ 263,000 fr. — et celui du Puy CS (1) Enquite parlementaire sur le régime des chemin de fers d'intérét général: — déposilions des représentants des rompaynies des chemins de fer. Journal ofliciel, n° du 18 mai 1878, p. 2173. 108 MÉMOIRES à Ambert, soit dans des vallées suffisamment ouvertes et à pentes régulièrement ordonnées, comme sont celle de la Loire pour la ligne du Puy à Aubenas, et l’une de celle qu'il serait facile de signaler entre le Puy et Yssingeaux; ceci soit dit en ce qui concerne le choix des tracés, sans préjuger la question d'art qui, nous ne saurions trop le dire, ne peut être décidée que par MM. les ingénieurs. AYMARD, Président de la Sociélé des amis des sciences, de l'industrie et des arts de la Haute-Loire, etc. STATUTS ET ORDONNANCES DE LA MAISON CONSULAIRE DU PUY EN 1667 L'histoire de l’organisation municipale dans le Velay est tou- jours, malgré les travaux de chercheurs consciencieux (1), entourée d’une certaine obscurité, et son origine n'est point connue d’une manière exacte. Il est certain, toutefois, que notre ville, où l'administration romaine avait laissé de si pro- fonds souvenirs (2), dut, parmi les villes du Midi, réclamer une des premières ses franchises communales et se donner une constitution pleinement libre. Le premier titre qui fasse mention des consuls du Puy, est l'acte connu sous le nom de traité de Vernon (3), et par lequel Philippe-Auguste, au mois de mars 1218, ratifia l'accord passé entre l’évêque Robert de Mehun et les habitants de la ville du Puy, à la suite d’une longue et sanglante insurrection dont mal- heureusement nos annales ne nous ont laissé qu’une trace bien (1) Voir l'Essui sur l'histoire municipale du Puy, par M. E. Vissaguet /Anna- les de la Sociélé d'agriculture, t. XXII, p. 454) et l'/nventaire des titres el privi- lèges de la maison consulaire du Puy, par M. Aymard /Jd.,t. XV, p. 601). (2) Augustin Thierry, dans ses remarquables Lettres sur l'histoire de France, explique parfaitement l'influence que l'empire romain eut sur l'affrunchissement des communes. « Au lieu des noms de curie et de décurion, tombès en désuétude, les communes du Midi adoptèrent celui de consul, qui rappelait encore de grands souvenirs. » /Lellres sur l'hisloire de France, éd. Garnier, p. 211. (3) Le texte de ce traité se trouve dans Baluze, WMiscellanea, lib, VIT, p. 336- 339. 110 MÉMOIRES fugitive. Cependant il y a tout lieu de croire que l'établissement consulaire pour notre ville est antérieur à cet acte qui en prouve l'existence, et la raison sur laquelle on peut fonder cette opi- nion, c'est que, bien certainement comme partout ailleurs, les bourgeois, avant de faire confirmer leurs institutions, furent obligés de lutter pendant longtemps contre les prérogatives féo- dales de l’évêque. Car, bien que les évêques se soient montrés, dit A. Thierry, amis des libertés bourgeoises, il n’en fut pas de même au Puy, où l'évêque, qui dominait en maître, fut presque toujours opposé à l'institution du consulat, qui détruisait une partie de son autorité. Dès 1239, en effet, les hostilités repren- nent « inter clericos et laycos civitatis Anicii (4) », sous l’épisco- pat de Bernard II de Montaigu, et ne se terminent qu'après deux années d’une guerre acharnée. Enfin en 1277 et au mois d'avril, à la suite du meurtre de Guillaume de Rochebaron, cet homme, dit Médicis, « de maulvaise conversacion, ebeté et char- nel », le consulat du Puy fut supprimé par un arrêté du Parle- ment de Paris (2), ce qui occasionna « grant amertume aux poures habitans ». Il est inutile d'entrer dans les détails du rétablissement du eon- sulat par Philippe de Valois, en 13#3,et de parler de la résistance que les évêques opposèrent au pouvoir royal et que la bulle du pape Clément VIT (3) ne calma que pour un instant ; l’histoire de ces péripéties dépasserait le cadre de ce modeste travail, dans le- quel j'ai eu seulement l'intention de donner quelques renseigne- ments sur l'administration de notre ville au xvir° siècle. Je passe donc sous silence les nombreux procès qui, de 4364 à 1440, divisèrent les consuls et les évêques, pour arriver immé- diatement au titre important qui fait l'objet de cette étude. Cette pièce est intitulée : « Sommaire des statuts et ordonnances de la MA) Chroniques de Médicis, 1, p. 210. (2) Inventaire des Archives de l'Empire. Actes du Parlement, par L. Delisle, Pa- ris, 1803. (3) Tableltes historiques, 1. VIT, p. 539 et sg. STATUTS ET ORDONNANCES DE LA MAISON CONSULAIRE 441 Maison Consulatire de la ville, et cité du Puy, » (4) et règle suc- cessivement la nomination des consuls, des chefs de métiers et des conseillers. C’est un parchemin de format gr. in-8, à deux colonnes, imprimé « Au Puy, par À. et P. Delagarde, impri- meurs ordinaires de Monseigneur l'Evesque et de la ville, 1667. » C'est l’un des plus anciens documents connus sur le mode d’é- lection de nos consuls. Il est antérieur de seize ans à un arrêt du Conseil d'Etat, daté du 18 octobre 1685, qui traitait la même question (2). | Nous le reproduisons ci-contre : (1) Cette pièce sur le consulat qui a été gén“reusement offerte à la Société par uotre confrère M. L. Paul, juge au tribunal civil, oflicier d'académie, sera déposée soit dans les archives de la Mairie, soit dans les collections du Musée de la ville du Puy. (2) Cet arrêt, qui prouve l'immixtion de l'autorité royale dans l'administration de notre consulat, a été publié dans le t. XI {p. 216) des Annales de la Société d'agriculture. Ne faut-il pas déduire de cette suprême intervention un amoin- drissement de nos franchises communales, puisqu'auparavant les consuls arré- aient eux-mèmes leurs statuts et règlements? 112 MÉMOIRES SOMMAIRE DES STATVTS ET ORDONNAN- CES DE LA MAISON CONSULAIRE DE LA VILLE, ET CITÉ DU PUY. Refaits par honnorables Hommes, Noble Iean de Fillere(r), Efcuyer, Seigneur du Cheylon, & autres Places, Maïftre Guillaume Obrier, Procureur en la Senefchaucée du Puy, Sieur de Boifroyer, Maiftre Iacques Gire, Notaire Royal du Nombre Reduit, Sieurs Matthieu Paul, Mar- chand Drappier, lacques Sabatier, & Chriftophle Fran- cois, Marchands, Confuls l'Année 1667 (2). QVANT AVX CONSVLS. Ÿ ERONT nommez par les vingt-quatre Chefs de Meftiers, CY, & les fix Confuls, & prins au fort des Pommettes au %s Ÿ:) temps & lieux accouftumez(3), auec les ceremonies & € inftitutions portées par les anciens Statuts & Ordon- nances de ladite Maifon Coniulaire. SERONT écris & enroollez pour eftre Confuls gens de tous Eftats, chäcun en fon lieu & degré felon la nature & condition de fa perfonne, & aufli de la Maifon dont il fera, preud’hommes bien famez & renommez, difcrets & fuffifans à ce faire, ayans Heritages & Cheuances en la prefente Ville, & y tenans propre domicile, contribuables tant pour induftrie, que pour leurs Biens & Heritages és Tailles & fubfides de ladite Ville, & non autre- ment; Et qu'ils ne foient chargez, attaints, conuaincus, ou fufpenétionnez d’aucun crime ou blafme deteftable & infame, & qu'ils ne foient obftinez à demeurer excommuniez. STATUTS ET ORDONNANCES DE LA MAISON CONSULAIRE 4113 PovrronT eftre creez Confuls des Parens des precedents, excepté le Fils & Freres, pour la neceflité qu'on pourroit auoir de trouuer gens de qualité requife & fuffifante, pour eftre enrool- lez; Que ne pourront eftre derechef creez Confulz que quatre années ne foient paflées. Av premier degré defdits Confuls feront nommez & prins deux Clercseftans Doéteurs ou du moins Licentiez, & non autre- ment, vn Bourgeois & vn Marchand qu’aye efté deux fois Con- ful : Et au cas ne fe pourroit tronuer deux Clercs ou Bourgeois, ledit premier Roolle fera accomply de Marchands ou Notaires qu'’ayent efté deux fois Confuls. Av fecond degré auec trois Marchands fera enroollé vn No- taire qu’aye efté autresfois Conful. Av tiers & au quart auec autres trois Marchands fera enroollé vn Notaire felon fa qualité & merite; & fi en aucun defdits Roolles ou degrez aucun Notaire ne demeure Conful ; Av cinquiéme degré mettront & enroolleront quatre Notaires qui n'ayent iamais plus efté Confuls, afin qu’vn Notaire de- meure. | Er aduenant qu'en aucun des premiers degrez feroit demeuré vn Notaire és Roolles fubfequens, n'en fera enroollé aucun, parce que n’y aura châque année qu'vn Notaire Conful. Av fixiéme degré f:ront enroollez autres perfonnages qui n'auront efté oncques Confuls. NE pourront eftre choifis ne eflüs Confuls en vne mefme année deux qui foient de lignage & affinité, jufques au tiers degré exclufiuement. LES CHEFS DE MESTIERS. Es Chefs des Meftiers feront nommez & prefentez par les L Bailles defdits Meftiers au temps & lieux accouftumez, feront de la qualité, prefteront le ferment, & vacqueront en leur charge tout ainfi que par ladite Ordonnance de Reglement eft porté. 114 MÉMOIRES LES CONSEILLERS. ERONT nommez par les Confuls & Chefs des Meftiers, en la qualité, nombre, forme & maniere par la sufdite Ordon- nance portées, prefteront le ferment, & vacqueront en leur charge comme eft aufli porté par la fufdite Ordonnance. Quant aux autres officiers de ladite Maifon Confulaire, les Capitaine, Scyndic, Greffier, Panctier, & autres officiers, feront nommez & eflûs par lefdits Confuls, & à leur difcretion, entre les mains defquels prefteront le ferment & feront leur charge, ainfi qu’eft porté par les anciennes Ordonnances de ladite Maïfon. Quant aux Auditeurs des Comptes, feront choifis quatre notables per- fonnages, ayans efté autresfois Confuls ou Confeillers, par les vingt-quatre Chefs des Meftiers, & autres douze notables per- fonnages, autres toutesfois que Confeillers, & procederont ainfi que par ladite Ordonnance eit porté. Lefdits Auditeurs ne feront parens linagiers ne affins (4) des Confuls defquels feront Auditeurs des Comptes : Et auili ne pourront iceux Auditeurs eftre creez Confuls l’année prochaine fuiuant leur audition, afin que la redition de leur Compte fe fafle à la verité, toute faueur ceffant. Lefdits Auditeurs procedans à l'audition des Comptes qui leur feront commis, appelleront les Confuls & leur Rece- ueur pour deffendre leurfdits Comptes, & ne admettront aucune {omme ordinaire que le payement ne foit bien verifié par acquit & confeffion de partie, ou autrement legitimement : Et touchant l'extraordinaire, ne admettront aucune fomme qui ne foit paf- sée par Confeil bien & deuëment, felon lefdites Ordonnances & Statuts de ladite Maifon Confulaire, & que leur apparoifle de payement ; Et fi audit Compte trouuent aucunes reftes deuës par lefdits Confuls, afin qu'elles ne foient perduës à ladite Commu- nauté, feront tenus en faire mention exprefle à la fin de l’arreft & diffinition dudit Compte, & pareillement l’inthimer dans STATUTS ET ORDONNANCES DE LA MAISON CONSULAIRE 1145 huiét jours apres aufdits nouueaux Confuls, afin d'en faire la diligence de les recouurer. Fes Pr Fest 2e ot est Por 269 POSE Te nt PE dent STATVTS GENERAVX vevn Officier du Roy (ny les Officiers du Sieur Euefque, & Sieur À vicomte de Polignac) ne pourront eftre eflûs, ne appellez en aucun autre Office Confulaire. Aucuns officiers formez d’aucuns Seigneurs ayans Procez auec la Ville, ne auffi autres personnes femblablement ayans Procez auec ladite Ville, ne aucun Notaire, ne autres tenant Ferme en avcve des Cours Royalle, Commune, des Appeaux (5), Official, ne autres qu’il n’aye premier renoncé à ladite Ferme & Office s’il luy appartient. Aucun ne pourra auoir deux offices en ladite Maïfon Confulaire en vne année, afin que les honneurs foient à pluficurs. Aucun ne fera Officier de ladite Maifon Confulaire, s'il n'eft vrav domiciliant, pavant indultrie & poflefloire, ayant Maifon en ladite Ville, & outre ce qu'il foit bien fairé & renommé, & fans reproche d’infamie. Aucun ne pourra retourner en mefme Office que quatre années ne foient paflées, excepté les Confeillers, qui pourront cftre appellez pour la feconde année, ainfi qu’eft porté par ledit Reglement. Quand on fera affemblé en Confeil, que le faiét que l’on traictera touchera quelqu’vn des Afliftans audit Confeil, les autres le feront vuider dehors, afin que l’on puilfe traicter toutes chofes au deuoir fans aucun fupport, ou faueur. Que toutes chofes deliberées au Confeil feront tenuës fecrettes, & les Afliftans y doiuent cftre liez par ferment. L'ordre des Chefs des Mefliers, Clercs & Bourgeois alternatifs. duocats & Bour- À geois. Procureurs, Drap- piers (6). Notaires. Merciers. Apothicaires (7. Orfévres. Tœllatiers & Ferra- tiers. La Saunerie. Potiers & Fondeurs. Hoftcliers & Tauer- niers. Sabatiers, Coiratiers, & Corrieurs. Blanchers 18\& Pelle- tiers. Bonnetiers (9) & Chappeliers. Boulangers & Paiti- ciers. Sainéturiers (10). Marefchaux & Cote- liers. Chirurgiens & Bar- biers. Celliers & Bafñtiers. Tondeurs & Coutu- riers (11). Bouchers briers. . Matlons & Charpen- tiers. Laboureurs (12,. Tifierans. & Cha- 116 MÉMOIRES NOTES (1) Jean de Fillère appartenait à une ancienne famille de notre province dont les preuves de noblesse remontent à la fin du xv‘ siècle (Arch. dép. Registres des Insinuations, B. 33, p. 93). Parmi ses ancêtres, les uns furent consuls de notre ville, d'autres occupèrent de hautes fonctions à la Séné- chaussée. Son père Marcellin de Fillère, seigneur du Charrouil, Bornette, le Brignon, docteur en droit et avocat au parlement de Paris, avait été pourvu de l'office de lieutenant-général à la Sénéchaussée du Puy, le 22 juillet 1638. Lui-même fut nommé d'abord président juge-mage, puis consul en 1667, et enfin succéda en 1679 à son père dans les fonctions de lieutenant-général à la Sénéchaussée. Il mourut à Paris en décembre 1693, après s'être marié deux fois. De son premier mariage avec Françoise de Genestet naquirent deux filles, dont la cadette épousa le sieur des Roys. Il cut de son second mariage, con- tracté le 16 octobre 1692 avec Claudine de Flachat d'Apinac, veuve de Charles de Bronac, une autre fille nommée Angélique qui épousa, par contrat du 22 décembre 1711, Gabriel du Peloux, seigneur de Saint-Romain, fils do Annet du Peloux et de Colombe de Clavières. L'un de ses frères consanguins, Charles de Fillère, continua la descendance de cette maison qui se fondit, le 15 août 1758, dans celle de la Faige de Ribes, par le mariage de Marguerite Henriette de Fillère, fille de Charles Maurice, baron du Charrouil et de Anne d'Apchier, avec Charles de la Faige de Ribes, chevalier scigneur de Freycinet, fils de défunt haut et puissant seigneur Pierre Jean de la Faige de Ribes, seigneur de Gizac et autres places et de Marguerite Dupré de Châteauneuf. (Arch. départementales.) (2) Voici d'après un tableau commémoratif de Jean François, conservé dans l'église du collège, les armoiries des six consuls de l'année 1667 : Fillère, d'or à trois pins de sinople; Obrier, d'azur au sautoir d'or, au chef d'azur chargé de trois roses au naturel; Gire, d'azur au bouquet au naturel, accompagné de deux éloiles d'or ; Paul, de gueules au pal d'or, au chef d'azur, chargé de trois écoiles d'or; Sabatier, d'azur au trois petits paniers d'or ? et 1, au croissant d'argent en abime; François, d'or au cœur de gueules, au chef d'azur chargé de deux éloiles d'or. (3) Les élections consulaires avaient lieu le 25 novembre de chaque annte. (4) Alliés. (5) Les Appeaux volages étaient une justice particulière qui enlevait la cause aux juges ordinaires, pour la porter devant le bailli royal. (Dictionnaire des ins!ilulions de la France, par Chérucl, t. I, p. 27.) (5) Les drappiers du Puy, portaient, d'après l'Armorial de 1696 : « d'azur à ue Notre-Dame d'or, soutenue d'un croissant d'argent, et ayant un dragon d” sable sous ses picde. » (Tabl. hist. t. VI, p. 101) STATUTS ET ORDONNANCES DE LA MAISON CONSULAIRE 117 (D Les Apothicaires de la ville du Puy avaient pour armes : « de vair, à un chevron lozangé d'or et d'azur. » /Tabl. hist., t. VI, p. 106.) (8) M. Littré, dans son Dictionnaire de la langue française, définit les blan- chers « des tanneurs de petit cuir. » (9) Les armes des bonnetiers étaient « d'azur à une paire de cizeaux d'argent, surmontée d'un chardon de même. « /Tabl. hist., t. VI, p. 107.) (10) Les « saincturiers » ou mieux ceinturiers se subdivisaient en cein{uriers d'élain, qui ornaient de clous d'étain les ceintures de cuir, et ceinturiers cor- royeurs. ( Dict. de Cheruel, loc. cit., t, I, p. 236.) (11) Les couturiers étaient, d'après le livre de la Taille de Paris sous Philippe- le-Bel, des ouvriers en couture. (12) Médicis, dans sa nomenclature + des caps de mestiers qui doibvent eslire messeigneurs les consuls de la ville du Puy >», (t. IT, p. 280), ne mentionne point les laboureurs. | A. JACOTIN. l'e sbnuir, 1878. J Digitized by Google PROCEÈS-VERBAUX Digitized by Google PROCÉS-VERBAUX LL PL PPS PPPS LE PPLSLLIPS APRLIIIBE LP PPPPPSIISE SP EXTRAIT DES PROCES-VERBAUX DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ DES AMIS DES SCIENCES, DE L’INDUSTRIE ET DES ARTS DE LA HAUTE-LOIRE SÉANCE DU 24 FÉVRIER 1878. Depuis longtemps, un grand nombre de nos concitoyens appelaient de leurs vœux la création d'un foyer scientifique et littéraire ouvert à tous et animé par un esprit de large et cordiale hospitalité. Quelques personnes, amies dévouées des sciences, de l’industrie, des lettres, de l’histoire, des arts, de la littérature, s’entendirent et provoquèrent une réunion à l'Hôtel- de-Ville, dans le but d'organiser définitivement une nouvelle Societe. Plus de soixante personnes répondirent à l'appel qui leur avait été en- voyé par les soins du Comité organisateur et sous la présidence de M. le Maire de la ville du Puy, assisté de MM. Aymard et Alix, dovens d'âge, as- sesseurs, et de MM. Jacotin et Gazanion, secrétaires, procédèrent à la cons- titution de la Société. Après les paroles de bienvenue adressées par M. le D' Morel aux person- nes présentes ; après l'improvisation de M. Aymard, qui, sur la demande 122 PROCÈS-VERBAUX de M. le Maire, expose en quelques mots l'objet de la nouvelle Société, il est procédé à la nomination d'un bureau provisoire. Le scrutin donne les résultats sujvants : Président.,.,.. M, Avmann. M. E. Vissaguer, avocat. M. le Docteur More. M. À. Jacorin. M. L. GRATUZE, avocat. Trésorier. ...... M. L. Mauras. notaire. Vice-présidents.., Secrélaires ..... Le bureau constitué, M. Aymard remercie en quelques mots l'assemblée de l'avoir choisi pour Président. « Pendant cinquante ans, dit-il en termi- « nant, je me suis voué à la science ; tout ce qui me reste de force vitale, « je le consacrerai au bien at au développement de la nouvelle aciété, qui « a bien voulu me désigner comme son Président. » La discussion s'engage ensuite sur le point de savoir quel titre sera donné à la Société en formation. Après plusieurs propositions le titre de Sociélé des amis des sciences, de l'industrie et des arts de la Haute-Loire, est définitivement adopté. L'un des Secrélaires, A. JAcoTIx. SÉANCE DU 26 FÉVRIER 1878. RS Se Présioence ne M. Avuarn Après la lecture du procès-verbal, M. A. Jacotin communique à l'as. semblée un projet de règlement. Certains articles soulèvent quelques obser. vations à la suite desquelles diverses modifications sont introduites dans ledit projet. | DES SÉANCES 123 Au sujet de l'article 21, la Société décide que ses membres seront appe- lés à concourir pour les prix qui seront distribués, chaque année, comme encouragement aux sciences, à l'histoire, à la littérature, aux beaux- arts, etc. | L'un des Secrétaires, L. GRATUZE. SÉANCE DU 44 MARS 1878. PRÉSIDENCE DE M. Avmann. M. L. Gratuze, sur l'invitation de M. le Président, donne lecture de l'arrêté de M. le Préfet, autorisant la constitution et approuvant les statuts de la Société des amis des sciences, de l'industrie et des arts de la Haule- Loire. M. Aymard charge notre confrère M. P. Gervais, chef du cabinet de M. le Préfet, d'être l'interprète de la reconnaissance de la Société, auprès du premier fonctionnaire de notre département. M. le Président donne ensuite la parole à M. Gougeon, pour lire une pièce de vers, que la naissance de la nouvelle Société a inspirée à notre jeune confrère. Cette poésie, inter- rompue à plusieurs reprises par d’unanimes applaudissements, impres- sionne vivement l'assemblée qui décide de la faire imprimer dans ses Mé- moires. M. Gougeon s'exprime en ces termes : Messieurs, À votre saint amour de la vieille patrie, Au culte du Travail qui fait l'homme si grand, À la fraternité des Arts, de l'Industrie, Au progrès, qui toujours s'avance en conquérant, 124 PROCÈS-VERBAUX Vous venez aujourd'hui rendre un illustre hommage. Permettez que ma voix s'ose élever ici, Non pour vous haranguer en un pompeux langage, Mais pour crier : « Vivat! » et vous dire : « Merci! » Jo n'ai point le talent qu'il me faudrait, pour faire L'éloge anticipé de vos futurs travaux, À les encourager je serais téméraire, Mais je veux leur offrir en tribut mes bravos. LI Bravo donc à tous ceux à qui vint la pensée D'associer ainsi, dans un but généreux, L'ardente activité, jusqu'ici dispersée, D'hommes qui pour le bien pourront s'aider entre eux! Car nous allons, Messieurs, entreprendre une tâche Qui, sans efforts cominuns, ne se peut accomplir : « Tirer la Vérité de l'ombre qui la cache « Et devant tous les yeux l'amener à jaillir. » Nous ne chercherons point à devenir célèbres, Chacun prendra son rang, et, modeste soldat, Au préjugé tenace, à l'erreur, aux ténèbres, Livrera corps à corps un incessant combat. Je sais qu'à ces labeurs plus d'un fort se harasse, Mais nous nous prèlerons un mutuel secours, Et puise, quand la raison au cœur sert de cuirasse, Sans hésiter ni craindre, on peut marcher toujours. A l'œuvre, travailleurs, il ne faut pas attendre, Aux entrailles du sol arrachez leurs trésors. Quoique d'autres aient pris, il reste encore à prendre, Allez, la mine est riche et vous êtes aux hords. Vous, des àges anciens recueillez Ia mémoire, Faites, en vos écrits, vivre les temps passés ; Dans leurs débris épars, vous qui lisez leur gloire, Cherchez, cherchez toujours, vous nous enrichissez. Médecins, de nos maux les causes inconnues Offrent ample matière à votre noble ardeur; Chimistes, ravivez le feu sous vos cornues; Astronomes, des cieux sondez la profondeur. DES SÉANCES 125 Merci d'être avec nous, industrie et commerce Double gage de paix et de prospérité ; Par vous des nations l'influence s'exerce, Car vous tes leur force et leur virilité. Notre pays vous doit, ot c'est bien quelque chose, D'être en fort grande estime auprès de la beauté; Le voile de guipure ajoute au teint de rose Un charme incontestable autant qu'incontesté. Vous accueillerez bien, Messieurs, la Poésie ? Laissez-moi l'espérer, et si, dans vos loisirs, D'entendre quelques chants il vous prend fantaisie, Elle s'honorera de combler vos désirs. Tout le monde a d'ailleurs sa place, ils sont si vastes Les champs de la Science et du Savoir humain, Et l'émulation aux cœurs enthousiastes Des succès glorieux y montre le chemin! Cette voie est la vôtre : acceptez-en l'augure, Car l’astre du Velay jette un rayon nouveau. Salut aux champions dont la victoire est sûre, Salut à vous, Messieurs, salut, honneur, bravo! L'ordre du jour appelle ensuite l'élection des membres du bureau définitif et du conseil d'administration. A la suite d'un scrutin, sont proclamés : Président...... M. Avyuann, archiviste départemental. M. E. VissaGuer, avocat. M. le docteur Morez %, maire de la ville du Puy. | M. À. JacoriN, membre de plusieurs sociétés savantes. | M. L. GRaTuze, avocat. M. L. Maunas, notaire, , M. À. Aux, propriétaire. Vice-présidents. | Secrélaires..... Trésoriers ..... Membres du conseil d'adminisiralion. M. CHABANKNES, avoué, M. E. Boxxer, adjoint à la Mairie. M. BéciBex X, inspecteur honoraire. M. LA8coMBE, conservateur de la bibliothèque. M. T. Braun, conseiller général. 126 | PROCÈS-VERBAUX M. le Président attire l'attention de la Société sur un remarquable fusain exposé par notre confrère, M. Vincent-Daniel, Sur la demande de M. le Président, M. Moullade promet de faire un résumé pratique, à la portée de tous les agriculteurs, des travaux qu'il a publiés sur la cachexie aqueuse des moutons, dans le journal la Haule- Loire, et qui ont si vivement intéressé tous ceux qui en ont pris con- naissance. À ce propos, M. Chauvin, directeur de l'école normale, désirerait qu'une photographie, représentant le distome de la cachexie, soit jointe à ce résumé, ainsi que cela a été fait pour le doryphora, ce fléau de la pomme de terre. M. le D' Morel donne lecture d'une lettre de M. Gire, vétérinaire, qui constate la décroissance notable de cette maladie, dans l'arrondissement du Puy. M. A. Jacotin communique une lettre de M. le sous-préfet de Brioude qui signale des découvertes archéologiques effectuées dans cette localite. Outre de nombreux ossements, les fouilles ont mis au jour des cercueils en pierre, des carreaux émaillés, des chapiteaux et des fragments de colonnes. M. H. Mosnier rend compte, en ces termes, de précédentes fouilles qui avaient été faites à Brioude, et annonce à l'assemblée que de nouvelles vont être commencées, grâce à la générosité du gouvernement : MESSIEURS, Les travaux faits récemment à Brioude, pour l'établissement d’une halle au blé, ayant amené la découverte de sépultures en pierre et autres objets anciens et ayant permis de penser que des fouilles, conduites plus profondément dans le sol, amèneraient des découvertes archéologiques plus importantes, M. le ‘Préfet de la Haute-Loire a bien voulu demander à M. le Ministre de l'instruction publique et des beaux-arts un crédit destiné à ces fouilles. M. le Ministre ayant généreusement mis à la disposition de M. le Préfet une somme de 300 fr., les recherches ont immé- diatement commencé. Les terrains sur lesquels ces fouilles sont faites avoisinent l'église Saint-Julien. Ils étaient jadis occupés, en partant de l'aspect sud, par l'hôtel du Doyen du Chapitre, aujourd'hui DES SÉANCES : 197 propriété communale louée par un cercle ; par l'église Notre-Dame et les dépendances du Doyenné, le cimetière de l'église précitée ; le tout limité au nord par le cimetière et le cloître de l'église Saint-Julien. Au mois de février 1837, l'hiver étant très-rigoureux, le maire de Brioude, pour donner du travail aux ouvriers nécessiteux, fit voter par son conseil municipal une somme de 300 fr., destinée à l'ouverture d’un atelier de charité. Cet atelier, dont la direction avait été conflée à M. Paul Le Blanc, fut installé sur les terrains autrefois occupés par le cimetière de l'église Saint-Julien. Les explorations durèrent du 23 février au 3 mars. À ce moment le temps devint si beau, que l'on fut obligé d'interrompre les travaux au moment même où la découverte des couches inférieures aurait probablement amené de curieuses exhumations. Nous empruntons aux notes mises à notre disposition par M. Paul Le Blanc les détails suivants sur ces fouilles aujourd’hui à peu près oubliées. Ils ne sont qu'une analyse succincte de ces notes et ne comprennent qu'une partie des observations qui y sont consignées. Le première journée amena l'ouverture du caveau de l'église de la Magdeleine, où se trouvait une grande quantité d'ossements. Les ouvriers rejetèrent hors des tranchées de nombreux fragments de briques à rebords d'uno pâte grossière et quelques restes de poterie en gaube blanche. Les bords d'une tombe en pierre furent également mis à nu. Le lendemain, on enleva cette tombe qui était en brèche volcanique de la Chomette. Le squelette avait les bras croisés sur la poitrine. Aucun objet ne se trouvait auprès de lui. Au-dessous de cette tombe en fut exhumée une autre en grès de Beaumont, recouverte de trois dalles d'inégale grandeur. Commo dans la précédente, les bras du squelette étaient croisés sur ja poitrine. Rien ne se voyait auprès du corps. Cette tombe offrait celte particularité que dans le fond avait été ouverte une rigolo conduisant à un trou pour l'écoulement des eaux. Tout auprès fut découverte une troisième tombe en brèche de la Chomette. Dans celle-ci, au côté gauche du corps, à la hauteur des hanches, furent trouvés les débris d’un vase rempli de char- bon. Comme la tombe avait déjà été ouverte, des débris de ce vase sc trouvaient répandus au dehors. 128 PROCÈS-VERBAUX Au milieu de ces tombes furent trouvés de nombreux corps, dans leur position primitive, sans aucune trace de cercueils. Un seul de ces corps avait été placé dans une bière en bois, ainsi que le démontraient des clous d’une forme différente de ceux de nos jours. Il avait dû être plié dans un suaire, comme le prouvaient des épingles en cuivre ayant dû servir à l'attacher. Le 25 février, furent encore exhumées d'autres tombes, qui n'offraient rien de particulier ayant déjà été vidées. De nombreux fragments de poterie à vernis vert furent retirés ainsi que d'autres vases en terre noire, des sébiles en bois. On découvrit, en outre, de nombreuses sépultures formées par des parements de pierre sans ciment, recouverts, vers la tête, d'une simple dalle. Le 28, on exhuma aussi un grand nombre de tombes offrant cette particularité que la place de la tête était creusée de façon à em- boîter cette partie des corps. Un certain nombre de ces corps inhu- més sans bière étaient couchés sur un lit de sable et avaient à leur côté gauche du charbon de bois. Ces ossements étaient très- altérés et tombaicnt en poussière au moindre coniact. Quelques-unes des tombes présentaient cette particularité que l'on y rencontrait des coquilles d'escargots de notre pays. Toutes avaient déjà été bouleversées et plusieurs d'entre elles coupées par le milieu afin de permettre le placement d’autres tombes. Elles avaient, presque toutes, perdu leur couvercle. Le plupart des tombes les plus basses étaient en trachyte de Sar- coui près le Puy-de-Dôme ou en tuf trachytique du mont de Che- vade, entre Murat et Dienne. La dernière sépulture visitée à 2 mètres 15 centimètres du sol était creusée de 20 centimêtres dans le terrain primitif, le corps reposait sur un véritable lit de charbon. A la tête, était une co- quille marine. La tête reposait sur une pierre plate. Le corps était protégé par quelques cailloux fort irrégulièrement rangés et orienté du nord au sud. Ces fouilles produisirent, en outre, une infinité de fragments de poterie et autres menus objets qui furent transportés à la mairie où plusieurs existent encore. Telles furent les principales découvertes opérées, il y a 21 ans, sur une parlie des terrains dont l'exploration a été de nouveau entre- prise le mois dernier. DES SÉANCES 129 La lecture du travail de M. Aymard sur les faits de guerre et de straté- gie, est renvoyée à la prochaine séance, fixée au jeudi 4 avril. L'un des Secrétaires, A. JACOTIN. SÉANCE EXTRAORDINAIRE DU 21 MARS 1878. PRÉSIDENCE DE M. Aynanp. Conformément à l’avis du Conseil d'administration, M. le President con- voqua la Société pour lui faire part de diverses questions urgentes. M. À. Jacotin communique à la Société les propositions relatives au Musee, aux publications périodiques, à l'achat de divers registres, au frac- tionnement de la Société en sections, etc., qui les approuve sansdiscussion. M. P. Gervais donne ensuite lecture du rapport suivant sur la demande de reconnaissance de la Société, comme établissement d'utilité publique. MESSIEURS, Notre honorable président m’a fait l'honneur de me charger d'exposer devant vous quelques considérations générales, touchant la reconnaissance de notre Société par le gouvernement, comme établissement d'utilité publique. Les établissements d'utilité publique sont les institutions privées, qui, en raison des services qu'elles rendent, obtiennent du gouver- nement une consécration en quelque sorte solennelle, qui leur donne la qualité de personne civile. Cette qualité, vous le savez, Messieurs, est précieuse à plus 130 PROCÈS-VERBAUX d'un btre : elle investit les insthitulions, auxquelles elle est confé- rée, des droits civils exercés par les citoyens : les droits de pos- séder, de vendre, d'acquérir, d’ester en justice. Encore, à la vé- rité, faudra-t-il, dans certains cas, l'autorisation de l'autorité supérieure pour user de ces droits, mais ils n’en constituent pas moins un des traits les plus saillants du caractère de personne civile. Lorsqu'une demande est formée pour la reconnaissance d'un établissement d'utilité publique, les statuts doivent être adressés à M. le Ministre de l'intérieur, par l'intermédiaire du préfet; le Con- seil d'Etat est appelé à donner son avis sur ces statuts. Le gouvernement fait alors procéder à une enquête sur le but de la Société, et sur ses moyens de l’atteindre : il faut en ce cas deux conditions essentielles : d’abord que la Société soit en fonctions, ensuite qu'elle justifie de ressources suffisantes pour pouvoir pour- suivre son but, sans craindre des embarras. Ici, Messieurs, se présente une légère difficulté, sur laquelle j'ose appeler toute votre attention. Il faut le reconnaître, a priori, que notre Société ne remplit, pour le moment, la seconde de ces conditions que d’une façon. insuffi- sante. Même toutes nos cotisalions une fois versées, nos ressources seront loin d'être considérables, et de présenter ces garan- Lies, dont je vous parlais tout-à-l'heure, et que le gouvernement exige à bon droit, — sinon toujours dans l'application, au moins en principe, — des sociétés qui demandent à être reconnues d'utilité publique. D'autre part, j'ai cru comprendre que notre Société pouvait es- pérer un secours de la générosité du Conseil général, dont quel- ques membres, et des plus marquants, sont à notre têle. Ce secours serait l'appoint qui nous est nécessaire, je erois, pour que notre demande ait des chances d'aboutir. Je suis donc porté à croire, Messieurs, qu'il est de l'intérêt de notre Société d'attendre que le Conseil général ait terminé sa ses- sion du mois d'avril prochain, pour faire auprès du gouvernement les démarches nécessaires à la réalisation de notre projet. J'ai dit plus haut, Messieurs, que le Gouvernement recherchait également le but de la Société. DES SÉANCES 131 Il ne saurait en être autrement, et cette disposition n'a rien qui puisse nous étonner. Notre but, à nous, a été tout au long défini et développé dans nos statuts. Néanmoins, Messieurs, le bruit a couru — je l’ai entendu dire, — que notre Société était une Société politique, ou que tout au moins la politique était appelée à y jouer un rôle. Messieurs, ces allégations sont fausses; et, je n'hésite pas à le déclarer, si elles étaient fondées, je n'aurais point l'honneur d'être parmi vous. Non, Messieurs, je l’affirme hautement — certain que je suis en ceci l'interprète do vos sentiments, à tous, — la politique n’a été pour rien dans les mobiles qui nous ont déterminé à constituer cette Société, et, pour ce qui regarde l'avenir, respectueux observateurs de l'art. 2 du règlement, nous saurons la bannir, d'une manière absolue, de nos discussions et de nos actes. Notre but est plus élevé, si j'ose le dire : il tend à répandre Île goût des sciences, de l'industrie et des arts, comme à développer les connaissances spéciales qui se rattachent à ces matières ; à élever, si c'est possible, par le levier puissant de lémulation, Île niveau intellectuel de ce pays; il tend enfin, Messieurs, à nous donner à nous-mêmes les saines et douces satisfactions de l'étude, du travail, et surtout du sentiment qu'en agissant ainsi, nous serons peut-être utiles, dans la limite de nos faibles forces, au développement de la prospérité générale. Ce n'est qu'ainsi du reste, Messieurs, ce n’est qu'en restant dans les strictes limites de ce programme, que nous pourrons conquérir l'appui du gouvernement, et, comme première consé- quence de cet appui, l’amener à décerner à notre Société le titre d'établissement d'utilité publique. M. le Président lit ensuite un extrait de son travail sur les faits de guerre et de stratégie, travail que l'assemblée décide de faire paraitre, dans un des plus prochains numéros des Mémoires de la Société, L'un des Secrétaires, À. JAcOMN. 132 PROCÈS--VERBAUX SÉANCE DU 4 AVRIL 1878. Présinence De M. AYnano. Au début de la séance, M. le Président fait connaitre à l'assemblee, qu'un de ses membres est heureux d'offrir à ses confrères une assez grande quantité d'une pomme de terre précoce, dite early-rose. M. Boyer, le géné- reux donateur, fournit de précieux renseignements sur la culture de cette pomme de terre et sur les résultats qu'il a obtenus. Originaire d'Amérique, l'early-rose fut introduite par la Société d'agri- culture qui était alors présidée par M. Aymard. Plantés dans un terrain bien fumé, sept tubercules produisirent en un an un double décalitre, qui, confié à la terre, l'année suivante, c'est-à-dire en 1877, donna un ren- dement de trente doubles décalitres. M. Boyer ajoute que cette pomme de terre est très-précoce, excellente et très-abondante et que, plantée depuis deux mois, elle donne des fruits assez forts pour qu'on puisse les cueillir et les consommer; On aura soin cependant de ne point arracher le pied, mais on devra seulement gratter la terre et choisir les fruits les plus gros. M. le Président remercie notre confrère de ce don et fait remarquer que cet acte est d'un bon augure pour l'avenir ; car il ne doute pas que tous les sociétaires ne se fassent un devoir de distribuer les produits de leur cul- ture, qui ne seraient pas suffisamment répandus. M. le Président annonce ensuite la constitution définitive de la seclion d'agriculture de la Société, section qui, sous le nom de Comice agricole, est destinée à rendre les plus grands services à notre pays. Le ministre de l'a- griculture a déjà, sur la recommandation des autorités de notre departa- ment, accordé une subvention de 1000 francs pour le concours de la Pas- sion, au Comice agricole. M. le Président fournit ensuite quelques renseignements sur les produits agricoles et industriels de notre département, qui doivent figurer à l'Expo- DES SÉANCES 133 sition universelle. Il est heureux de constater que nos fabricants de dentel- les pourront prendre part, sans avoir rien à payer pour les frais d'installa- tion, à cette grande lutte de la paix, du travail et du progrès. L'hôpital général, qui doit aussi figurer pour ses lainages à l'Exposition, a été exempté de toutes les charges d'installation. M. le Président qui a pris connaissance des différents articles de lainages et de draperies qui seront envoyés à Paris, vante beaucoup ces produits habilement facturés, qui, grâce à la savante direction de notre confrère M. Berry, peuvent concourir avec ceux d'Elbœuf et autres draps en renom. M. Chälons, sur la demande de M. le Président, fait connaitre qu'il vient de créer une fabrique de velours de soie dont le siége principal est à Bonneville, commune d'’Aiguilhe. Plus de vingt métiers fonctionnent à présent et offrent aux ouvrières habiles un gain assuré de 1 fr. 50 cent. par jour. Cette communication attire à notre confrère les vives félicitations de M. le Président, auxquelles s’associe l'assemblée entière. M. le Tellier lit ensuite la pièce de vers suivante qui est unanimement applaudie : LE CANAL DE SUEZ ET L’EXPOSITION. Dieu ne mit au génie humain d'autres limites Que les confins de l'univers : De tout temps des esprits nommés cosmopolites Entrainés par de là les mers Se sont fait un honneur de vaincre la nature, Nou pour servir leur vanité, Pour briller, mais jaloux d'une gloire plus pure, Du bonheur de l'humanité. Colomb qui découvrit le nouveau monde à l'autre Et mourut pauvre, abandonné, Gama qui, d’une idée aussi, devint l'apôtre Mort dans l'Inde roi couronné, Avaient bravé les vents: et l'étendue immense Des mers ne les fit pas pâlir ; Des tempètes le cap prit le nom d'Espérance Pour les vaisseaux de l'avenir. Le Cap! combien de nefs ont sillonné ses plages Depuis l'heure où l'houreux Gama Découvrit le chemin conduisant aux parases le SÉRIE, 138. L1) 434 PROCÈS-VERBAUX Des disciples du Dieu Brahma ! Combien de pavillons aux couleurs éclatantes Ont flotté sur leurs plus hauts mâts. Protégeant les trésors des régions ardentes Et de la zone des frimas. Les bâtiments français passant près des Açores Cinglaient vers le rocher maudit, Sainte-Hélène voyait nos drapeaux tricolores Saluer, et tout était dit. Le temps, de cette route, a fait enfin justice. Entendez-vous ce grand concert Vers l'Inde proclamant pour ligne directrice Le canal de Suez ouvert. Ce siècle glorieux a vu surgir un homme De labeur, de sens et d'action; L'Egypte vous dira de quel nom on le nomme : Il est de notre nation. Rien n'a pu l'arrèter : ni l'argent, ni l'envie, Ni les niveaux des grandes mers, Ni les sables mouvants; il a voué su vie Au mélange des lacs amers. Maintenant le canal, cette œuvre sans pareille Donne un sûr et facile accès A nos vaisseaux partis du vieux port do Marseille Engagés sur le luc français, La Méditerranée aux eaux resplendissantes Qui baigne Toulon et Alger Et porte nos trésors, loin du cap des tourmentes, Vite à Suez et sans danger. Dix ans sont écoulés ! l'entreprise féconde Fit appel à des monceaux d'or; Les petits et les grands du Royaume du monde Ont voulu lui donner essor, Le succès couronna tant d'efforts magnanimes En harmonie avec nos progrès. De l’Europe debout les peuples unanimes Du canal tiennent les arrêts. Qu'importe le canon qui tonne à la mer Noire Sur les restes des Osmanlis ? Le croissant peut encore aux fastes de l'histoire Pâlir comme les fleurs de lis; DES SÉANCES 135 L'Europe est là qui veille attentive, inquiète, Pour assurer le grand chemin Le Cosaque du Don n'aura jamais sa tête Où Sésostris eut son destin. L'Allemagne se tait, mais l'Autriche est émue ; Sur Brindisi Rome a les yeux: L'Angleterre a grondé ,; sa flotte se remuc Vers le Bosphore radieux. Et la France plaintive en ses maux se recueille En cet instant où tous sont prêts, Où nulle main ne peut tracer sur une feuille Ce qui sortirait d'un congrès. La France fait des vœux pour une paix propice Au rendez-vous des nations, Afin qu'au grand soleil son œuvre s'accomplisse Et qu'elle entasse des millions. Que la terre et les mers de l'un à l'autre pôle Unissent leur part de grandeur: Enfants de co pays, apportez votre obol:, À ce faisceau réparateur. M. le Présidont fait la communication suivante sur la decouverte d'objets préhistoriques en bronze, trouvés dans la Lozère et dans la Haute-Loire : J'ai l'honneur de signaler à l'attention de la Société, deux trou- vailles d'objets préhistoriques en bronze. L'une a été faite dans la Lozère, l'autre dans la Haute-Loire, deux départements qui, géographiquement, font partie de la région supérieure du plateau central, avec ceux du Cantal, du Puy-de-Dôme, de la Loire et de l'Ardèche. On sait que la science n'est pas encore parvenue à établir l'existence de grandes circonscriptions politiques ou de nations, pour les temps antérieurs à l’histoire. On y supplée en créant des divisions territoriales basées sur la configuration géné- rale du sol, de façon à rendre compte des traits distinctifs que présentent, dans ces sortes d'assez vastes districts, certaines affini- tés anthropologiques et les témoignages de l’archéologie. Notre circonscription régionale m'a paru rationnelle et, après l'avoir adoptée dans le classement des collections du Musée, j'ai 136 PROCÈS-VERBAUX eu Ja satisfaction de la voir approuver par la plupart des savants explorateurs des départements limitrophes de la Haute-Loire. C'est pourquoi ils ont bien voulu fournir à notre Musée les élé- ments de tablettes spéciales pour chacun des six départements répondant plus ou moins à des subdivisions probablement pré-. historiques qui, connues à l'époque gauloise sous le nom de pagt, sont outre le pays des Velaves (Velay), ceux des Arvernes (Auvergne), des Ségusiaves (Forez), des Helviens (Vivarais) ct des Gabales (Gévaudan). La Lozère, ancien pays des Gabales, cat représentée sur une de ces tablettes de notre région, par une intéressante collection d'un certain nombre de pièces que j'ai fait mouler, grâce aux obligeantes communications de MM. André archiviste et l'abbé Boissonade. Ces Messieurs nous font connaitre incessamment toutes les trouvailles dont ils enrichissent le Musée de Mende. M. André vient encore de nous envoyer de grands anneaux ou bracelets de bronze dont je soumets à l'assemblée deux moulages. Les anneaux qui sont minces, fermés et d'un dia- mètre de 5 et de 6 centimètres, s'ils sont des bracelets, n'ont pro- bablement servi qu'à orner des bras d'enfants ou de jeunes filles. Leur comparaison avec des objets similaires observés principale- ment dansles palafitles de la Suisse, de l’âge du bronze, permettent de Ies attribuer à la même période préhistorique. M. André nous écrit que ceux-ci ont été découverts dans « la commune de Loubies, dans le bassin d’une source minérale comblé et sur lequel on avait roulé un bloc énorme de rocher. C'est en faisant sauter ce roc et en creusant le bassin qu'on a trouvé un assez grand nombre de ces anneaux, » dont quelques-uns ont pu être recueillis pour le Musée de Mende. Il n'est pas invraisembla- ble de supposer qu'à l'instar d’une foule d’ex-voto qu'on extrait “souvent d’antiques réceptacles de sources minérales ou d'autres fontaines jadis très-vénérées, ces objels aient été également des offrandes au génie de cette source sacrée. La deuxième trouvaille dont 1l me reste à entretenir la société, a élé faite, au mois de février dernier, dans la commune de Brives près le Puy, non loin de l'ancienne maison conventuelle de Doue el de Ja propriété dite de Montagnar. U s'agit d'une lame de couteau et d'un bracelet en bronze que M. G. Marcel, boucher, déterra à la profondeur d'environ un mètre, en creusant les fondalions d’un DES SÉANCES 137 mur de clôture latérale vers le bas de sa vigne. Le possesseur qui n'a pas pu nous céder ces objets, a bien voulu néanmoins autori- ser à en faire les moulages qui sont mis sous les yeux de la Société. La lame de couteau, par sa forme et sa dimension, ressemble à deux ustensiles de ce genre qui sont au Musée et proviennent, ainsi que d’autres pièces de notre collection, de la station palaffi- tique de Mæringen, dans le lac de Bienne en Suisse, station qui a été classée à la fin de l’âge du bronze ou au commencement de l'âge du fer. C'est une lame à un seul tranchant, longue de 12 centi- mètres, large de 2 centimètres à la base, légèrement arrondie à la pointe. Elle fait corps avec un appendice assez étroit ou âme qui servait à la fixer à un manche de bois, d'os $u de corne. Cette pièce offre une particularité instructive dans un ornement gravé au dos de la lame : il consiste en cinq rangées de huit traits parallè- les, lesquels sont séparés à égales distances par deux traits croisés en X. C'est un système de décor qui n'est pas rare, principalement pour les bracelets de l’âge du bronze, et dont notre collection locale offre des exemples. J'ajoute que cette variété de couteau diffère de toules celles découvertes jusqu'à ce jour dans notre dé- partement. Le bracelet est assez épais, ovale, d'un diamètre de 7 et de 5 centimètres et sans aucun ornement., Les deux bouts vont en s'amincissant, comme les plus anciens bracelets de bronze. C'est, du reste, un type qui a dû persister longtemps dans le pays, quoiqu'il soil le premier de ce genre que nous y ayons recueilli jusqu'à ce jour. Il ne serait pas impossible que ces deux abjets, la lame et le bracelet qui ont été trouvés — avec quelques menus débris d'une poterie paraissant avoir été façonnée à la main, — sous des blocs de rochers, aient été entraînés par quelque déhâcle d'eau, des parties supérieures de la colline où l’on m'a signalé des vestiges de très-anciennes excavations ou grottes. Après cette communication, qui intéresse vivement l'assemblée, MM. À. Jacotin et Lascombe lisent des extraits de travaux historiques destinés à être publiés dans les Mémoires de la Societe. L'un des Secrétaires, J,. GRATUZE. 138 PROCÈS-VERBAUX SÉANCE DU 2 MAI 1878 Présidence DE M. AvyMano. À l'ouverture de la séance, M. le Président annonce qu'une partie des allocations demandées par lui au Conseil général en faveur de la Société ont été accordées, et que dorénavant, grâce à la sollicitude du premier corps électif de notre département, la Société a devent elle un avenir de prospérité. M. le Président fait ensuite part du projet de M. Bardoux, ministre de l'Instruction publique, qui proposait, dans une réunion des Socittés savantes à la Sorbonne, d'organiser un congrès scientifique international, pour le mois d'août 1878. M. Aymard exprime le désir que, si le projet de M. Bardoux est mis à exécution, MM. les membres de la Siciété préparent des travaux pour ce congrès, de manière À y occuper dignement une place. M. le Président rapelle qu'en juin 1878, doit avoir lieu, à Paris, un concours général de bestiaux. « [l est d'usage, dit M. Aymar], de dési- gner pour ces concours des délégués, afin de prouver aux éleveurs qu'on s'intéresse à leurs progrès. » M. le Président se propose comme délégué et demande qu'un des membres de la Société veuille bien s'adjoindre à lui. M. Couderchet, vice -présilent du Comice agricole du Puy, annonce qu'il ira ä ce concours avec dix-sept bêtes et que, sur ses instances, la Compagnie du chemin de fer P.-L.-M. a concédé de grands avantages aux exposants. En effet, jusqu'à ce jour, los exposants de hbestiaux des con- cours régionaux, étaient admis à la faveur da demi-tarif; mais ils étaient ohliges de payer, au départ, la totalité des frais de transport de leurs bestiaux et se trouvaient ainsi exonérés de la totalité au retour. Il en résultait un grave inconvénient, car si les exposants perdaient ou vendaient des bes- tiaux en route, ils ne profitaient pas de la totalité du demi-tarif. La Com- pagnie du chemin de fer, sur la demande de M. Couderchet, s'est déci- déc à ne prélever que le demi-tarif, pour l'aller et le retour. DES SÉANCES 139 N devait aussi y avoir un avantage à transporter des bestiaux en wagon ; la dépense de chacune des bêtes ainsi réunies en wagon 8e trouvait moindre, que si les exposants avaient à payer par tête. C'est encore ce que notre honorable confrère a obtenu. Grâce aussi à ses démarches, un conducteur pour deux wagons a été mis gratuitement à la disposition des exposants. M. Couierchet, en réponse à une question de M. L. Paul, dit que tous les exposants ont été prévenus de ces mesures du chemin de fer à leur égard. M. le D' Langlois résume en quelques mots ses travaux sur la présence du phyllorera, dans des vignes de la Haute-Loire. « Au mois de février dernier, dit-il, quelques agriculteurs de la commune de Beauzac me signalèrent une maladie de la vigne, dont ils ne pouvaient s'expliquer la cause, Comme président de la commission départementale du phylloxera, je me transportai sur les lieux et fis arracher quelques ceps dans les endroits les plus attaqués. Soumis à l'examen minutieux de notre confrère M. Moullade, il fut constaté que le fléau de la vigne avait fait son apparition dans nos parages, mais que, grâce à la froide température de notre pays, le phyllorera avait été obligé, pour s'y sous- traire, de s'enfouir à d’assez grandes profondeurs dans le sol, cé qui l'avait empêché de se propager rapidement. D'après la différence de climat, nous sommes en effet en retard d'un mois sur le midi de la France, et l'ani- mal, à cause de la précocité de l'hiver dans notre département, ne pourra pas reproduire sa génération hyménoptère, si dangereuse pour nos viticulteurs. » Avant cette découverte, M. Faure-Pomier, président du Comice agricole de Brioude et membre non résidant de notre Société, avait écrit à M. le D" Langlois pour le prévenir que, malgré de minutieuses recherches, il n'avait pu découvrir aucune trace du phyllorera dans l'arron- dissement de Brioude. Sur la demande de M. le Président, notre confrère M. le D' Langlois, four- nit quelques explications sur les mœurs et la propagation du phyllorera. Cet animal, qui commence son travail au mois d'avril, s'attache aux radicelles de la vigne, qu'il dévore et fait bientôt succomber. Pendant cinq ou six générations, il est susceptible de reproduire sans la fécondation du mâle. Tous les vingt jours il pond et, vingt jours après, les animaux qu'il procrée peuvent, à leur tour, engendrer une nouvelle génération. Cette facilité de reproduction explique les ravages qu'il peut occasionner. Les sujets qui résistent aux froids de l'hiver, se transforment, pour la plu- part, au mois de septembre suivant, et prennent la forme d’une sorte de 140 PROCÈS®VERBAUX petit cousin. Sous ce nouvel aspect, le phylloxera est bien plus redoutable, car, emporté par le vent, il peut se propager à des distances considérables. Dans cet état d'insecte hyménoptère, ils sont alors composés de femelles et de mäles ; ces derniers meurent aussitôt après la fécondation, car ils ne sont point pourvus d'organes digestifs. La femelle pond quatre ou cinq œufs sur la vigne ou sur les échalas. Au printemps, ces œufs éclosent et recommencent une nouvelle génération. M. le Dr Langlois termine son intéressante communication, en émet- tant le vœu que les viticulteurs de nos contrées, et principalement ceux de Brioude, emploient des moyens énergiques pour combattre l'envahis - seur. On s'est servi, dans le Puy-de-Dôme, de sulfure de carbone qui, injecté par les appareils puissants de la Compagnie du chemin de fer de P.-L.-M., a produit les meilleurs résultats. I] serait tiès-important d'u- tiliser les expériences de nos voisins et d'employer le sulfure de carbone pour nos vignes de la Haute-Loire, lorsque le phylloxera les attaquera. M. le Président remercie M. le D' Langlois des renseignements qu'il vient de donner sur le phyllorera, et le prie de signaler à la Société cet animal, toutes les fois que sa présence aura été démontrée dans notre région. Notre confrère promet d'accéder au désir de M. le Président. Suivant l'ordre du jour, M, le Président fait passer sous les yeux de l'Assemblée deux tableaux représentant l'insecte doryphora. À ces tableaux qui émanent du ministère de l'Instruction publique et que M. Nicolas, directeur de la ferme-école a bien voulu communiquer, est jointe une no- tice explicative sur les mœurs de ce coléoptère. La Société, sur la propo- sition d'un membre, émet le vœu que ces caries soient répandues dans tout notre département, afin d'attirer l'attention des agriculteurs de la Haute-Loire, sur ce destructeur de la pomme de terre (1). Notre confrère, M. T. Braud, qu'une indisposition a empèché d'assister à la séance, s'excuse par lettre de son absence forcée et invite les membres de la Société, à visiter les produits de nos fabricants de dentelles qui doi- vent figurer à l'Exposition universelle et qui sont déposés dans une des salles de la mairie. « Votre visite, dit l'honorable Président de la chambre (1) Nous apprenons au dernier moment, que M. le Ministre de l'agriculture et du commerce, vient d'ordonner de placarder, dans toutes les gares de chemins de fer et dans les mairies, ces planches représentant le doryphora ou colorado, sous les aspects d'œufs, de larves, de nymphes et d'insectes accomplis. Nous une siurions trop féliciter l'administration de l'agriculture de cette vigilante déter- mination. DES SÉANCES 141 syndicale des dentelles, attestera l'intérêt que vous portez à notre princi- pale industrie et récompensera nos fabricants des efforts qu'ils ont faits et des sacrifices qu'ils se sont imposés pour relever ce commerce, et ramener ainsi dans notre pays le bien-être et la fortune. » La Société décide d’acce- der au désir manifesté dans la lettre si aimable de M. T. Braud, et se propose, aussitôt la séance terminée, d'examiner avec soin l'exposition de dentelles, et de charger un de ses membres de faire un rapport détaillé sur cette visite. M. le Président fait part à l'assemblée des demandes formulées par le Conseil municipal du Puy. à l'effet d'obtenir le classement, à titre d'inté- rêt général, de quatre grandes voies ferrées qui doivent traverser notre départeïnent et lui donner, par conséquent, une grande importance à tous les points de vue. Ces voies qui ne sont après tout que des raccordements de lignes déjà construites, ainsi que cela sera démontré dans un rapport inséré dans nos mémoires et qui a été rédigé à la prière de M. le Maire et sur la demande de notre Conseil municipal, comprennent : 1° Le chemin de fer du Puy à Langogne; 2° — à Aubenas par la vallée de la Loire ; 3° — à Dunières par Yssingeaux. 4° _ à Ambert. M. le Président annonce qu'il a été question, à la Chambre des députés, de voter une somme de 500,000 francs, pour l'envoi, à l'Exposition uni- verselle, de délégations ouvrières. Bien que la question n'ait pas été encore résolue, il importe toutefois de s’en occuper immédiatement, pour qu'au moment donné, la Société ait pris les mesures nécessaires, afin d'as- surer pour notre departement une part de la somme précitée, M. Gougeon a la parole pour lire une étude sur l'ouvrage d'un de nos compatriotes, M. Rabanvy-Beauregard, ouvrage qui traite des questions d'esthétique de l’art. « Le livre qui nous occupe, dit notre confrère, est intitulé : L'art de la peiniure, poëme, traduclion libre el en vers du latin de Charles-Alphonse du Fresnoy, avec des noles critiques et lilléraires, par M. A. Rabany-Beauregard. Il a été édité à Clermont et date de 1810. Après une courte dédicace adressée au jurisconsulte Jeudy Dumonteir, il débute par une intéressante préface où, indiquant les raisons qui l’amenèrent à entreprendre cet ouvrage, le traducteur cite avec à-propos les jugements favorables portés sur du Fresnoy pir les critiques les plus autorisés et fait de lui une courte biographie. « Né à Paris en 1611, Charles-Alphonse du Fresnoy fut poussé par une 112 PROCÈS-VERBAUX heureuse vocation vers les études artistiques. Poète autant que peintre, Horace et le Titien furent les deux modèles dont s’inspira son génie et dont ses œuvres portent l'empreinte. Il mourut à Villers-le-Bel en 1665. On réprocherait à son poëme d’être écrit en latin s’il n'avait su en rendre la lecture attrayante par un remarquable talent de versification, une pro- fondeur de vus et une justesse d'esprit qui lui ont à bon droit conquis des enthousiastes. « Ses contemporains goùtaient beaucoup cet ouvrage auquel Boileau fit de nombreux emprunts et que l’abbé de Montville compare à l’art poétique d'Horace. Il en parut en 1673 une méchante traduction d'un M. Rogers de Pi- les, recherchée, dit Brunet (1), à cause des figures de Sebastien le Clerc. Une autre fut donnée à Paris, en 1789, par le peintre Renou. De beauéoup la meilleure, celle qui nous occupe, œuvre de Rabany-Beauregard, est digne à la fois de l'auteur et du sujet. Entre autres qualités, son exactitude la rend surtout recommandable. » M. Gougeon donne ensuite l'analvse sommaire de L'art de la peinture, qui se divise en trois parties traitant successivement de fa peinture, du dessin et enfin de la chromatique ou coloris. Puis, passant à l'ensemble de l'ouvrage, il résume ses appréciations sur cette œuvre remarquable « qui a le mérite fort rare en ces sortes d'ouvrages, de pouvoir ètre lue sans fati- gue d'un bout à l'autre. » En terminant, notre confrère, esquisse en quelques mots la biographie de Rabany-Beauregard. Né à Brioude le 25 mars 1765, Antoine Rabanvy- Beauregard embrassa de bonne heure la carrière des lettres. Après avoir été professeur d'histoire à l'Ecole centrale du Puy-de-Dôme, il devint chef d'institution à Evaux, département de la Creuse (2), et mourut à Brioude, sa ville natale, le 22 octobre 1843. On a de lui plusieurs ouvrages dont voici l'intitulé par ordre de dates : * | 1° La veillée des fêles de Vénus, traduction en prose et en vers du Pervigt- lium Veneris, 1792, in-8°, et in-12, 1813; 2° Le mariage de Mars et d'Astrée, divertissement allégorique sur le retour de la Paix. Riom, an IX (1813), broch. in-8° de 16 pages; 3° Tableau de la ci-devant province d'Auvergne, ouvrage écrit en collabo- ration avec M. Gault de Saint-Germain, Clermont, 1802, broch. in-8° de 26 pages ; (1) Manuel du libraire, t. IT, col. 861. (2) Biographie nouvelle des contemporains, par Arnault et Jonv, t. XVIF, p. 190. DES SÉANCES 143 4° L'art de la peinture, traduit de du Fresnoy, Clermont, 1810, in-8o, et in-8, 1822; 5° La sensibilité, poëme en quatre chants, 1813,in-18; 6° Promenarie à Royat, poëme, Clermont, broch. in-8v de 16 pages; {e même, édition cofrigée et augmentée, Clermont, 1823, broch. in-8o de 32 pages. M. Rocher donne ensuite lecture d’une étude sur la Ligue en Velay, ac- compagnée de plusieurs documents inédits sur nos guerres religieuses. Notre honorable confrère recommande à l'attention des chercheurs les titres relatifs à l'évèque Antoine de Senectère, la figure, dit-il, la plus noble et la plus at- trayante de cette terrible epoque. Il déduit les raisons de haute morale et d'ardent patriotisme qui dictèrent à l’évêque son changement d'attitude et de ligueur implacable, en firent un modéré, le chef des politiques en nos parages. L'assemblée décide l'impression de cette étude. À ce propos, M. le président mentionne des lettres adressées au baron de Saini-Vidal, gouverneur du Gévaudan (1562-1589), citées dans le t. V, p.596, de la Revue des Sociétés savantes des départements.Il émet le vœu qu’une demande soit adressée à M. le Ministre de l’Instruction publiqué, pour que ces lettres qui pourraient jeter un jour nouveau sur la vie du Grand ligueur soient communiquées à la Société, L'Assemblée se rallie unanimement au désir de M. le President, M. Rocher fait part, d’après le Journal des Débats et le Journal off- ciel, d’une séance de l’Académie des Inscriptions et Belles-lettres du 17 avril 4878, où la Bible de Théodulfe a vivement intéressé la docte assem- blée. Mgr l'évèque du Puy a eu l'idée très-heureuse d'envoyer à l'Exposi- tion le précieux manuscrit dont est si justement fier le trésor de notre Ca- thédrale, et M. Léopold Delisle a présenté à ses confrères de l’Institut ce magnifique monument de la calligraphie carlovingienne. Le journal La Haute-Loire, dans ses numéros des 25 et 27 avril, a reproduit avec d'inté- ressants commentaires les explications de M. Léopold Delisle (1). (1) Voici, d'après le Journal officiel, la communication faite par M. Léopold De- lisle, à l’Académie des inscriptions et belles-lettres, sur la bible de Théodulfe : M. Léopold Delisle communique une note sur uno bible appartenant au tré- sor de la cathédrale du Puy. Le manuscrit, dit M. Delisle, que j'ai l'honneur de mettre sous les yeux de mes confrères, m'a été communiqué par M. A. de Barthélemy, à qui Mgr l'évèque du Puy l'a confié pour le déposer dans une des vitrines de l'Exposition, que notre 144 PROCÈS -VERBAUX Il est fâcheux que M. Delisle ait passé sous silence la belle dissertation que feu M. Philippe Hedde a consacrée au manuscrit de Théodulfe dans les Annales de la Sociéié d'agriculture de 1831-1838, et l'étude que M. Aymard a faite sur le même sujet dans l’Album d'archéologie religieuse. M. Delisle a fait de très-précieux rapprochements entre notre exemplaire et un manuscrit identique qui sort du mème atelier, dirigé au commencement du 1xe siècle confrère, M. Adrien de Longpérier, prépare avec tant de soin et de dévouement. C'est l'un des plus précieux monuments qui nous soient parvenus du siècle de Char- lemagne. Ce volume renferme les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, suivis de quatre opuscules : {° la Chronographie de Saint-Isidore; 2° l'Explication des Noms Hébraïques de Saint-Eucher : 3° la Clé de Méliton, 4° le miroir de Saint-Augustin. En tête sont deux préfaces, l’une en vers, l'autre en prose, rap- pelant la succession ct le sujet des différentes parties de l'Ecriture. A la fin, une seconde pièce de vers explique l'utilité, au point de vue de la chronologie, de l'onomastique et de la symbolique des quatre opuscules précités. Les premiers vers de ce morceau annoncent que Théodulfe a fait exécuter cette œuvre pour l'amour de l'auteur de la loi sainte. Thévodulfe occupa le siège d'Orléans de 788 jusqu'en 821 ou onviron. C'est un maznitique spécimen de la calligraphie carlovingienne. Nulle part ail- leurs M. Delisle n'a vu de plus remarquables exemples de régularité ct de finesse d'écriture. Il n'y a point à proprement parler de peintures, mais l'emploi qu'on y fuit de l'or et de l'argent sur des fonds pourprés, l'élégance des inscriptions en grandes lettres enclavées, la pureté et la variété des encadrements de plu- sieurs pages ct des médaillons suffisent pour constituer une très-belle décoration. Une tradition locale voudrait que Théodulfe, après avoir fait exécuter cette bi- ble, l'eùt offerte à Notre-Dame du Puy. De cette croyance on ne trouve point de trace avant le xvn° siècle. On se demande d'ailleurs, si telle était la des- tination spéciale que l'évêque d'Orléans donna à ce manuscrit, comment il ne s'en trouve aucune mention dans les préfaces et dans l'épilogue. Il parait certain que la Bible était déjà au Puy en 1511; cela résulte d'une inscription grecque, qui est au folio 314, et nomme Pierre Rostan, chanoine de l'église du Puy. La Bible du Puy, très-précieuse en elle-même, prend un nouvel intérèt quand on la compare à un manuscrit similaire conservé à la Bibliothèque nationale, et que M. Delisie met également sous les veux de ses confrères. Dans les deux vo- lumes mêmes préfaces, mème épilogue, même ordre des livres saints, des quatre opuscules, mêmes feuillets pourprés réservés aux mèmes passages, même sys- tème de titres courants en petites onciales, même procédé pour l'application de l'or et de l'argent, mème paginalion, mème réglure. Evidemment, ils sont sortis du mème atelier que Théodulfe dirigeait, vers le commencement du 1x° siè- cle et qu'il avait établi soit près de la cathédrale d'Orléans, soit dans son abbaye de Saint-Benoist-sur-Loire. Le manuscrit de la Bibliothèque nationale élait encore au xvint siècle dans les collections de la famille de Mesmes : DES SÉANCES 145 par Theodulfe, soit près de la cathédrale d'Orléans, soit dans son abbaye de Saint-Benoit-sur-Loire : on sait que la Bibliothèque nationale possède deux bibles de Théodulfe, l'une complète et en parfait état de conservation, l'autre incomplète ét provenant de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Les trois volumes, le nôtre et ceux de la Bibliothèque nationale, ont été burinés par la mème main, et M. Delisle a fait ressortir de la comparaison c'est dans l'hôtel de cette famille que Jérôme de Vignier l'examina pour y copier le Miroir de Saint-Augustin; c'est là que le consulta le P. Sirmond, là aussi que l'admirèrent les Bénédictins de la congrégation de Saint-Maur. On ignore com- ment il était arrivé là, comment il en e», raconte cet épisode de la guerre des Albigoois : « Au mesme tlans autres grandes forces s'assemblerent devers le Pui, sous la « conduile de l'Evesque du Pui, qui avec ses gens vint à Causade et au bourg « S. Antonin dont il receut grande somme de deniers pour les epargner et passer « outre. De quoi il fut blamé de plusieurs à cause de son avarice. » (Histoire des Albigeois. Genève, 1595, in-8, p. 110.) 228 | MÉMOIRES trées étrangères pour servir sous l’étendard de l'Eglise (1). Un grand nombre de laïques, d'adolescents et de vieillards étaient accourus un simple bourdon à la main, afin d’attester leur foi et de mériter les indulgences pontificales. Cette armée tumul- tueuse partit de Lyon vers la fin juin, suivit la rive gauche du Rhône, traversa le Comtat Venaissin, fit une halte de quelques jours à Montpellier, et, le 21 juillet, campait aux portes de Béziers. Le comte de Toulouse, Raymond VI, qui avait conquis le pardon du pape par l’humiliante pénitence de Saint-Gilles (18 juin), se trouvait au nombre des assiégeants, sous les ordres du généra- lissime Arnaud, abbé de Citeaux, et venait à contre-cœur prêter main-forte aux ennemis de son neveu, le vicomte Roger Tren- cavel. Guillaume de Tudèle, dans sa Cansos de la Crozada, fait le dénombrement des divers peuples, réunis devant Béziers... « L'host (des croisés) fut merveilleusement grand, par ma foi. Il « (s'y trouvait vingt mille cavaliers armés de toutes pièces, et « plus de deux cent mille tant vilains que paysans; et je ne « compte ni les bourgeois ni les clercs. De près, de loin toute « l'Auvergne (y est venue); (il y a là de la gent) de Bourgogne, « de France et de Limousin, il y en a du monde entier. (Il y a « des Allemands, des Theois, des Poitevins, des Gascons, des « Rouergats, des Saintongeoïs (2)... » Il se trouvait donc dans l’armée principale, qui attendait devant Béziers l’arrivée des renforts, un grand nombre de nos compatriotes, car nos pères étaient connus alors en Occitanie sous la dénomination générique d’Alvernhas, maïs la véritable (1) Histoire des comtes de Toulouse, par Moline de Saint-Yon, Paris, t. IT, pp. 140 ot sq. (2) La ost fo meravilhosa e grans, si m'ajut fes: xx. melia cavaliers armatz de lotas res E plus de .cc. melia que vilas que pages; En cels no comti pas ni clergues ni borzes. Tota la gens d’Alvernhe, e de lonh e de pres, De Bergonha e de Fransa e de Lemozines; De tot le mon n'i ac: Alamans e Ties, Peitavis e Gascos, Roergas, Centonges.….. BERTRAND DE CHALANCON 229 armée vellave ne vint qu'en second lieu, après la première poussée de la croisade. Suivant le commun récit du poëte et du chroniqueur, Bertrand de Chalancon réunit dans sa ville épisco- pale ou tout au moins dans son diocèse un corps d'expédition très-considérable. Ces troupes prirent à travers le Rouergue, et cette route s'explique par les conditions spéciales du comté de Rodez. Guillaume, le dernier comte, avait fait son héritier Guy d'Auvergne, et ce dernier, à son tour, avait cédé ses droits au comte de Toulouse. Guy d'Auvergne et Raymond de Tou- louse se trouvant l'un et l’autre dans les rangs des croisés, le Rouergue offrait à l’armée vellave une série d'étapes commodes et sûres (1). Du Rouergue les soldats vellaves tirèrent d’abord .vers le Languedoc, près de Casser dans le Toulousain, et atteignirent ensuite le bourg de Caussade en Quercy. L'évêque ne fit point le siège de Caussade et de Saint-Antonin : ces deux places du Quercy se rachetèrent par une forte rançon, ce qui déplut fort aux chefs de la croisade et mérita au prélat une verte mercu- riale. De Saint-Antonin l’armée vellave déboucha en Agénois et fit sa jonction avec l’autre corps de Guy d'Auvergne, près de Chasseneuil. C’est après cette jonction que survinrent la pani- que et le désastre de Villemur. De Chasseneuil, les deux corps réunis s’en vinrent à Béziers. Ils prirent part l’un et l'autre à ce terrible assaut du 22 juillet 1209, à ce massacre &’hérétiques, qui est une des hontes et des douleurs de notre histoire (2). À partir du sac de Béziers les noms des Vellaves et de l'évé- que Bertrand disparaissent des chroniques et se noïient dans le flot des envahisseurs. On ne retrouve Bertrand de Chalancon qu’en 1211. En cette année, le roi Philippe-Auguste, qui connaissait le Puy pour y être venu en pèlerinage (1188), (1) Histoire de la maison d'Auvergne, de Baluze, t. I, p. 79. — Eludes historiques sur le Rouergue, par le baron de Gaujal. Paris, 1859, t. If, p. 88. — D. Vaissette, édition du Mège, t. V, col. 109. (2) Arnaud a suivi le même itinéraire, d'après D. Vaissotte. Voir le t. L* d'Arnaud, pp. 151 et 145. 230 MÉMOIRES obtint de l’évêque et du chapitre un subside de guerre qui se monta à la somme de 250 marcs d'argent (1). Au dire de nos auteurs, ce fut en récompense de ce service que, l’année sui- vante, Philippe-Auguste donna à l'évêque le château d’Arzon et l'en fit mettre en jouissance réelle par l’un de ses principaux officiers, ce connétable qui n’était point Matthieu de Montmo- rency, comme on le répète à tort, mais bien Dreux de Mello, lequel conserva cette dignité jusqu'au 3 mars 1218 (2). Il existe, croyons-nous, des motifs plus sérieux à cette libéralité royale. Et tout d’abord le concours énergique apporté par l'évêque à l’œuvre du pape Innocent III dut être pour beaucoup dans le souvenir reconnaissant du monarque, engagé lui aussi par sa foi et surtout par sa politique dans la terrible querelle des Albi- geois. D'autre part, Philippe-Auguste obéissait en cette circons- tance aux traditions de sa race. Depuis 1196 et avant il s’effor- çcait d'étendre la monarchie française en decà de la Loire, dans ces belles contrées aquitaniques qui furent de bonne heure e constant objectif de la dynastie capélienne. En l’année 1196, Phi- lippe-Auguste avait conquis une partie de l'Auvergne et c'estau cours de cette guerre que le dauphin Robert lança au roi Richard Cœur-de-Lion ce cartel que M. l'abbé Payrard a cité dans ses Noëls de Cordat (3) : (1) Discours historiques d'Oddo de Gissey, édit. de 1614, p. 363. (2) Gallia Christiana, Eccl. Aniciensis, t. II, col. 708, ct /listoire généalogique du P. Anselme t. VI, pp. 57 et 58... M. Douët d'Arcy (Collection de Sceaux, Paris, Plon, 1867, t. II, p. 450), à vérifié la charte de juin 1212 par laquelle Bertrand de Chalancon reconnait avoir reçu de Philippe-Auguste, en accroissement de sa régale, le château d'Arzon. Ce diplôme se trouve aux Archives nalionales J. 338. n° 1, et il porte appendu un sceau ogival de 65 millimètres, lequel représente un évéque debout, vu de face, mitré, tenant sa crosse à droile, et un livre à gau- che: tunique, dalmalique, étole, chasuble et pallium, avec cette l'gende : + SIGILLÜUM BERTRA ....NICIENSIS EPISCOPI. Le contre-sceau porte : une colombe, avec cette légende : + CVSTOS SECRETI. {3, Recueil de Noëls Vellares, le Puy, 1876, Introduction, pp. xix et xx. BERTRAND DE CHALANCON 231 Reis, pus vos de mi chanlalz, , T'robal avelz chantador, Anc no fuy voslre juralz É connoïissi ma folor. Qu'ieu no soi reis coronal: Ni hom de lan gran ricor ; Pero Dieus m'a fag tan bon Qu'entr'el Puey et Albusson Puesc remaner entr'els mieus, Qu'ieu no soi sers ni juzieus (1). Même en 1211, la couronne n'avait qu'un pouvoir assez prétaire, une haute suzeraineté sur notre province. Dans son Histoire du Monastère de Viaye, M. Rocher s'occupe de cette guerre de 1196, et démontre qu'à celte époque le véritable comte de Velay, le seigneur effectif, n'était autre que le dauphin d'Auvergne. Chose bizarre et qui accuse bien l'instabilité de ces N époques anarchiques ! notre province, soumise à toutes les versatilités de son suzerain immédiat, le dauphin d'Auvergne, releva comme lui, vers la fin du xn° siècle, à titre transitoire il est vrai, de la mouvance anglaise (2). Philippe-Auguste, esprit net et volonté robuste, ne pouvait s'accommoder de cette instabilité administrative, qui ne laissait à son autorité, en nos (1) « O roi, puisque vous chantez de moi, vous avez trouvé un chanteur. « Si jamais je vous fis un serment, c'était folie de ma part. Je ne suis point « monarque couronné, ni homme de si grande richesse que vous; mais, gräce « à Dieu, je puis tenir ferme avec les miens entre le Puy et Aubusson et je « ne suis ni serf ni juif. x Pour cette campagne de 1196, qui intéresse de si près notre pays, il faut lire le t. 1v, pp. 80, el sq. édit. de 1860, de l'Histoire de la conquéle de l'Angleterre par les Normands, d'Augustin Thierry. Dans son Hisloire de Viaye, M. Rocher donne des détails très-curieux sur cette même campagne de 1196. /Le Monastère de Sainte-Marie de Viaye. Le Puy, Marchessou, 1878, pp. 70 ct suiv.). (2) M. Rocher, à l'appui de cette féauté changeante el mobile de notre pro- vince, cite la présence au Puv, en 1223, d'un certain Gérald, chorier et chancelier du roi d'Angleterre. (Voir la f/aute-Loire du 28 août 1877.) 232 MÉMOIRES parages, qu'une assiette presque nominale. Ce roi, dont le re- gard visait sans cesse ces pays de la langue d'oc, que son fils allait bientôt annexer à la couronne, devait donc naturellement chercher des alliés, des créatures en pays vellave. Il tenait surtout à l'amitié de l'évêque, et, en octroyant au prélat le châ- teau d’Arzon, Philippe renforçait en Velay le prestige du pouvoir royal par une munificence peu coûteuse à son trésor. Cette investiture du château d'Arzon acquiert, par conséquent, une haute portée, et Philippe-Auguste sut mettre à profit cet usage de sa prérogative pour s'assurer en 1214 un candidat de son choix à la chaire de Saint-Vosy. À partir de 14212, l’histoire ne cite du vicomte Ponce IV et de l’évêque Bertrand que l'hommage, resté célèbre en nos annales. Au cours de l’effroyable campagne où s’abîima dans le midi la fleur gracieuse et fragile de la civilisation romane, le vicomte revint au manoir paternel, plein de cette foi vigou- reuse et sombre qui animait les compagnons de saint Domini- que. Son père, Héracle, après avoir consterné le diocèse du Puy et ses alentours, notamment la ville de Brioude, par sa farouche bravoure et ses exactions implacables, avait édifié sa famille et même ses victimes par l'éclat de sa pénitence. Ponce IV prit, Jui aussi, le froc et ensevelit le reste de ses jours dans un cou- vent de l'ordre de Cîteaux. On ignore la date de sa mort. La disposition qui avait accompagné son hommage, c’est-à-dire l'institution de l’église du Puy comme son héritière, au cas où il décéderait sans hoirs légitimes, tomba d'elle-même par l’avé- nement à la vicomté d’un fils qui porta le nom de Ponce V. Quant à l’évêque Bertrand de Chalancon, il ne survécut guère à l'hommage de 1213 : d'après le Gallia Christiana, il mourut le 21 décembre de cette année. Ses funérailles se célébrèrent par de grandes querelles et un véritables schisme de l’église du Puy. Certains chanoines élurent Brocard de Rochebaron et d’autres Robert de Mehun (1). Brocard de Ro- (1) Gall. Chuistiana, Ecel. Aniciensis, 1. IT, col. 710 et 753. BERTRAND DE CHALANCON 233 chebaron était abbé de Saint-Pierre-Latour au moins depuis 1206. En février 1212, il octroya à l’aumônier, aux Donats et Donudes de l'hôpital du Puy, en échange d’une somme de 13 livres 10 sols podienses et à charge, en faveur de son abbaye, _ d'un cens annuel de 2 sols 6 deniers, les maisons qu'avait déjà données au même établissement l’aumônier Pierre Truans (1). Brocard appartenait à cette famille forézienne, dont les puînés, à partir du x1° siècle, vinrent fréquemment remplir de leur turbulence les stalles du grand chapitre et les sièges de nos magistratures urbaines (2). Robert de Mehun se trou- vait aussi bien apparenté, car dans la charte confirmative de la donation du château d’Arzon, en 1214, le roi Philippe-Auguste le traite de fidèle ami et très-cher cousin... Notum sit quod (1) Tabletles, 111, 87. (2) Cette famille énergique et prolifique des Rochebaron essaima de bonne heure dans les provinces voisines de la ruche féodale de Bas. Ses membres se tirent partout remarquer par leur tenace ambition, leur bravoure et leur humeur incommode. Les Rochebaron apparaissent dans mainte querelle de notre ville, Le goût du pouvoir, les instincts tyranniques, une véritable capacité militaire et civile constituent, pendant des siècles, autant de signes distinctifs de cette race. Notre ville eut des Rochebaron comme chanoines, comme baillis et mème comme administrateurs du bien des pauvres. La sûrie B. des Archives de l'Hôtel-Dieu contient les actes suivants : N° 211. — 1357. — Nouvelle assence passée par le maître de l'hôpital, Pierre de Rochebaron, cherier de l'église du Puy, en faveur de Jean Michel, dit Comte, de Pranlavy, d'un champ et d'un pré en Lachalm del Py, à la censive accoutumée. N° 527. — 1358. — Nouvelle assence passée par le maître de l'hôpital, Pierre de Rochebaron, chanoine, en faveur de Giraud Limozin, de Hugues Boudasse et de Jacques Cortil, de deux pièces {duas pecias sive campos) de terre pouvant recevoir pour semence deux cesticrs et demi ou émine de blé, au lieu de Ramourouscle, moyennant le cens annuel d'un ccsticr scigle et d'une émine d'avoine. No 56. -- 1560. — Nouvelle assence donnée pur Pierre de Rochebaron, chanoine, administrateur de l'hôpital, à Pierre Malacher, meunier du fnoulin des Cottes, sur la rivière de Dolezon, au prix de deux sexterées de froment, mesure du Puy. N° 576. — 1190. — Petite liasse contenant injonction de la part de Messire de Chalancon, seigneur de Rochebaron, à ses sujets d'avoir à reconnaitre les pauvres de l'hôpital pour leurs seigneurs lerriens, IT° SÉRIE, 1879. 6 234 MÉMOIRES nos Philippus, rex Francorum, donumus carissimo consanguinrco et fideli nostro Roberto Aniciensis ecclesiæ cleclo, cjusque suc- cessoribus in cadem ccclesia substituendis in perpetuum, castrum _ de Chalancon, castrum de Rochebaron, castrum de Chapteuil, castrum de Glavenas cum pertinentiis corum (1)... Le roi tenait donc pour Robert de Mehun, qu’il connaissait sans doute et dont il espérait faire un docile instrument de ses desseins politiques sur le Velay et le Languedoc. Il tenait même beau- coup à ce candidat, puisqu'il lui donne dans cette charte con- firmative de 1214 le château patrimonial de son compétiteur, en lui laissant le soin de s’en rendre maître, comme il avisera..…… Sicut ea de jure poterit acquirere...…. On vit alors deux évêques pour le même siège. Brocard fit tête à l'orage et soutint ses droits : il fut même reconnu par certains monastères comme le seul élu légitime. La charte 156 du Cartulaire de Chamalitres le cite officiellement sous son titre de pasteur de l’église du Puy. Ab Incarnatione ipsius Christi anno mccxim, Phi- hppo rege in Gallia regnante prospere et domino Brocardo Rochabaronis sancte Anaciensis ecclesie presidente electo.. Le pape Innocent III trancha la querelle en accordant la confirma- tion à Robert de Mehun. Brocard mourut le 4 février 1215. Son heureux rival ne jouit pas longtemps de sa victoire. Le 21 dé- cembre 1419, près de Saint-Germain-Laprade, 1l tombait sous le poignard d'une bande de sicaires à la tête desquels se trouvait Bertrand de Gares. | Quel mobile arma les assassins? Robert de Cares avait été, dit-on, excommunié par l'évêque. Cette raison n’explique rien, car pourquoi Robert de Mehun avait-il lancé les foudres ecclé- siastiques contre le gentilhomme? Telle est la vraie question. Dansles Tablettes, VIII, 456 et suiv., M. Rocher signale à juste titre Kimportance, inaperçue jusqu'à ce jour, de l'élection de Brocard, élection brisée par le roi et le pape. Derrière Brocard se trouvaient un certain nombre de chanoines et une portion tl1) Bail. Chrislians, Brel. Arnciensis, LU, col, 709. BERTRAND DE CHALANCON 2359 notable de l'aristocratie vellave. Les seigneurs, amis et parents des Rochebaron, ne voulurent point se dédire et soutinrent leur candidat : la couronne, à son tour, prit énergiquement parti pour Robert de Mehun, ainsi que l’atteste l'investiture de 1244. C'en est assez, avec les mœurs du temps et les intérêts locaux engagés dans un pareil conflit, pour croire à une lutte sérieuse, à une guerre dont le frère Théodore (1) fait pressentir la violence. On peut donc sc demander avec M. Rocher si la si- nistre aventure de 1219 n'est point le contre-coup d'une injure récente, la revanche des Rochebaron de leur défaite de 1213? Il faut interroger à cet égard un document que nos historiens ci- tent sans l’approfondir. C’est la bulle fulminée à Viterbe le 27 juillet 1220 et par laquelle le pape Honoré IIT notifie aux deux évêques de Viviers et de Saint-Paul-Trois-Châteaux les condi- tions mises à la pénitence publique de Robert de Cares et de ses complices. Piaculare flagitium, quod Bertrandus do Cares et ejus complices commi- serunt, bonæ memoriæ Aniciensem episcopum crudeliter occidendo, flere libet potius quam referre, ipsa immanitate flagitii verba profundis interci- dente suspiriis, et lacrymas invitis etiam oculis exprimente. Quem enim non movyeat, quisve siccis oculis recitet, virum nobilitate spectabilem, dignitate insignem, meritis vitæ laudabilem, dominum a vassallis, pium ab impiis, patrem a filiis pro tuenda ecclesiæ sibi commissic justitia interemp- tum ? Licet autem multi adversus Deum et adversus Christum ejus conve- nerint, dictus tamen Bertrandus universorum et singulorum nequitiam supergressus, solus, cum ordinatum fuisset, ut dicitur, ne quis ipsum epis- copum tangeret, in eum sacrilegas manus extendere, ac armatus inermem, mansuetum crudelis, patrem filius occidere non expavit. Tanti ergo facinoris atrocitate permoti, eumdem Bertrandum, et cjusin tanta inipietate consortes, qui ad nostram presentlam accesserunt, longo tempore sustinuimus ante forces palatii nostri excubare discalceatos et nu- dos, aures et oculos ‘ab eorum ejulatibus et lacrymis avertendo, ut et ipsi per difficultatem hujus enormitatem flagitii sui plenius intelligerent, et alii (1) Histoire de l'Eylise angéiique, p. 273. 236 MÉMOIRES quoque, quibus illorum culpa fuit in scandalum, de ipsorum confusione non solum exemplum sed etiam solatium reportarent. Porro ipsis aures nostras clamoribus indefessis sine cessatione pulsantibus, tandem attendentes non sanis sed male habentibus esse opus medico, secundum evangelicam verita- tem, ne illos, ulteriori difficultate adhibita, desperationis barathrum absor- beret, eorumdem se ad satisfactionem omnimodam offerentium recipi, feci- mus juramenta, et eisdem beneficio absolutionis impenso, talem injungi pœnitentiam sub debito præstiti juramenti, quod videlicet omnes, qui con- venerunt ad insidias contra ipsum episcopum nec tamen præsciverunt eum debere interimi, nec ejus interitum procurarunt, sine dilatione resigna.unt Aniciensi ecclesiæ, si quis eorum in feudum tenet aliquid ab eadem, nec illud unquam de cætero repetent, nec ea de causa inquietabunt ipsam eccle- siam, nec inde movebunt ei aliquam quæstionem. Ad hæc in civitate Po- diensi si secure poterunt, unam facient quadragesimam, ostiatim induti saccis vel ciliciis, ac detonsis capitibus mendicantes, in pane et aqua bis in hebdomada jejunando. Quod si forte secure non poterunt esse in civitate predicta, secundum prænotatum modum unam faciant quadragesimam in aliqua de civitatibus convicinis, qua peracta, in prafata civitate Podiensi, vel alia ultra mare transibunt in Terræ Sanctie servitio per biennium mora- turi, ac omnes sextas ferias jejunaturi in pane et aqua toto tempore vitæ suæ, nisi eos evidens infirmitas excusaverit, vel solemnitas Nativitatis Do- minicæ occurrerit eo die. Prædictus vero Bertrandus, cujus est detcstabilior culpa, resignato se- cuudum quod supradictum est feudo, si quod ab ecclesia ipsa tenet ac deposito cingulo militari, contra Christianum nunquam de cœtero arma feret. Tres quadragesimas in civitate Podii, si securus poterit ibi esse, alioquin in aliis vicinioribus faciet indutus sacco, aspersus cinere, tons0 capite, discalceatus et ostiatim mendicans, ac pane solo et aqua contentus tribus diebus qualibet septimana. Insuper per tres quadragesimas supra- dictas omni die dominica toti clero et populo civitatis in qua faciet qua- dragesimas, nudum se ofleret cum virgis, quas in manu deferet, ad ver- berandum, His peractis, ultra mare transibit per septennium ‘moraturus ibidem in servitio Terræ sanctæ, ac in suo reditu Apostolico se conspectui presentabit cum litteris Patriarchæ ac aliarum authenticarum personarum, quæ in partibus illis temporibus temporce illo erunt, continentibus qualiter ibi per septennium fuerit conversatus. Toto tempore vitæ suæ duas in anno faciet quadragesimas et sextas ferias ac solemnes vigilias in pane ct aqua, nisi certa corporis infirmitas præpediat vel vccurrat Dominicæ Nati- BERTRAND DE CHALANCON 237 vitatis solemnitas, jejunabit, À communione quoque corporis et sanguinis Domini abstinebit septennio, nisi fuerit in mortis articulo constitutus. Si vero post tres quadragesimas predicto modo peractas ad Carthusiensem vel Cistercensiem ordinem transire legitime poterit et transierit, erit a supra- dicta pœnitentia excusatus, Ideoque fraternitati vestræ per apostolica scripta mandamus, quatenus eos ad agendam pœænitentiam suprascriptam monitione præmissa per censuram ecclesiasticam, appellatione remota, si necesse fuerit, compellatis. Datum apud Urbem veterem, 1v Id. Jul. Pon- tif. nostri anno 1v. (Annales ecclesiastici de Raynaldi, édition Theiner, Bar-le-Duc, 1870, t. XX, pp. 430 et 431.) Cette bulle vraiment touchante respire la mansuétude; elle témoigne de l’immense scandale produit dans le monde chrétien par un meurtre sacrilège, mais on voudrait y voir un peu plus de précision sur le vrai mobile de l'attentat. A coup sûr, Ber- trand de Cares n'était point un malfaiteur vulgaire. Il s'était érigé en vengeur de sa caste. Son crime était avant tout politique. Le pape lui reproche, à lui vassal, d’avoir immolé son suzerain et il prescrit au coupable ainsi qu'à ses complices de remplir en- vers le siège du Puy les devoirs féodaux. Ce n’est point à un vil assassin qu'on interdit de ceindre dorénavant l'épée et qu’on ordonne d'aller reconquérir en Palestine le pardon de l'Eglise. Robert de Mehun était venu chez nous dans une heure som- bre. Il avait à tenir tête, dans sa ville, à la commune naissante et à lutter contre les barons de la campagne. De ces deux enne- mis, les barons étaient le plus à craindre. Ils étaient mieux armés, mieux disciplinés ; leurs rancunes portaient plus loin. Ils avaient vu l’un des leurs, un fils de noble race, apparenté avec toute la seigneurie vellave, contraint de céder sa mitre à un étranger, un inconnu, presque un intrus. L'oubli des injures n’est point le lot des aristocraties. Derrière Bertrand de Gares se cachaient évidemment de hautes influences locales et des per- sonnalités considérables. Beaucoup d’épiscopats orageux de no- tre diocèse se sont inaugurés par ces conflits électoraux dent la violence déteignait sur l'existence entière du candidat pré- féré. Il y avait dans la violation ou le mépris du suffrage du 238 MÉMOIRES chapitre, des germes de discordes intarissables. Guillaume de la Roue, lui aussi, porta la peine de l’acte arbitraire auquel il de- vait son triomphe sur l'élu du chapitre : Simon, trésorier de Tours. Ce début porta malheur à Guillaume de la Roue, de même que Robert de Mehun se ressentit jusqu'à la fin du schisme qui avait signalé son avènement. M. Rocher pourrait bien avoir visé juste lorsqu'il dévoile un lien mystérieux entre la mort tra- gique de Robert de Mehun et la haine de la famille de Roche- baron. A. JACOTIN. UNE PÉNITENCE PUBLIQUE EN GÉVAUDAN 1378 « L'usage des pénitences publiques, dit Chéruel (1), a existé très-longtemps dans l'Eglise. On les imposait d'ordinaire pour les crimes commis avec scandale. Cette institution, dont le principe était juste et vrai, et le but moral et saint, agissait avec force sur l’imôgination des peuples. Chacun, témoin des austérités que les coupables enduraient également, soit qu'ils fussent de la condition la plus élevée ou de la plus humble, restait frappé de la puissance de l'Eglise et saisi de crainte pour ses arrêts. » Une pièce extraite des archives de la Lozère ayant pour titre : « Sentence où se voit une pénitence publique d’un ser- gent du baron, de Salques pour avoir dans Saugues osté une épée à un sergent du seigneur evesque », démontre que ces chà- timents ecclésiastiques, réservés en apparence aux grands cri- minels, s’appliquaient aussi aux auteurs de délits commis au détriment des hauts dignitaires de l'Eglise ou de leurs servi- teurs. L'analyse succincte de ce document vient à l’appui de celte thèse. En 1377, Pierre Roget, akas Peyrard, sergent du dauphin d'Auvergne, comte de Clermont et seigneur de Mercœur et de Saugues, désarma sur la place publique de cette ville Jean Charrère, sergent de l'évêque de Mende, et lui enleva son épée. (1) Diclionnaire historique des institutions, mœurs el coutumes de la Franre, 3° édition, pages 968 et 969. 240 MÉMOIRES Assez insignifiant au premier abord, cet acte empruntait à la qualité de l'offensé un caractère d'extrême gravité à une époque surtout où s'attaquer à un serviteur de l'Eglise constituait pres- que un crime de haute trahison. Le malheureux sergent en- courut pour ce fait l’excommunication, peine terrible alors dont nous rappellerons en peu de mots les principales const- quences. L'excommunié, banni de la société et de l'assemblée des fidèles, ne pouvait boire et manger avec ses semblables. Il n'était permis de l’approcher ni à ses domestiques, ni à sa femme, ni à ses enfants. Tout emploi lui était interdit, ainsi que la faculté d’ester en jugement et d’user de ses droits. Un édit de saint Louis, daté de 1228, obligeait les excommuniés de solliciter leur pardon des évêques et de satisfaire à l'Eglise, dans le délai d'un an, sous peine d'y être contraints par la saisie de leurs biens et l’emprisonnement de leurs personnes (1). Le dernier jour de mai 1378, dans l’église de Saint-Médard de Saugues, en présence d’un notaire public et de plusieurs témoins, on vit le sergent du dauphin d'Auvergne s’agenouiller devant Jean Fournier, délégué par l'official de Mende, et le supplier de lever l’'excommunication qui pesait sur sa tête. Touché de ses prières et de son repentir, Pons de Coudoulous, prêtre et trésorier de l’église de Béziers, sur l’ordre de l'official, leva la sentence excommunicative, en infligeant toutelois à Pierre Roget, en réparation de sa faute, la pénitence sui- vante. . Sans armes, sans chaussures, nu-pieds et dépouillé d’une partie de ses vêtements, Pierre Roget, tenant à la main un cierge allumé du poids de trois livres, se rendit dans la cathé- drale de Mende et resta debout durant la célébration de la grand'messe devant l’autel de Saint-Privat sur lequel il déposa son flambeau après la communion en disant à haute et intel- ligible voix en présence de tout le peuple : « Moi, Pierre Roget, j'accomplis cette pénitence parce que, contrairement à la justice Voir le Dictionnaire de Trévoux, au mot excommunication. UNE PÉNITENCE PUBLIQUE EN GÉVAUDAN 2441 et au devoir, j'ai désarmé à Saugues Jean Charrère, sergent de mon seigneur évêque de Mende. » Ce n'est pas tout. Le coupable fut obligé de subir encore le même châtiment dans l’église de Saugues et, par cette double humiliation, il apprit, à ses dépens, combien :il était témé- raire de s'attaquer à l'Eglise et de porter la main sur l’un de ses serviteurs. Incarnationis dominice anno ejusdem millesimo trescentesimo septuage- simo octavo et die sexta mensis junii, illustrissimo principe domino Karolo, dei gratia rege Francorum regnante, et reverendo in Xristo patre domino et domino Poncio, Dei gracia Mimatensi episcopo et comite Gua- ballitani existente, noverint universi et singuli presentes pariter et faturi quod existens Mimati coram venerabili et circumspecto viro domino Johanne Fornerii, licenciato in legibus, vicegerente venerabilis et cir- cumspecti viri domini Blanchi Duriane, prioris sancti Baudilii, prope Nemausim, officialis Mimatensis, Petrus Rogerii, alias Pevrart, habitator et serviens loci de Salgue pro domino comite Dalphini, Mimatensis dioce- sis, dixit et exposuit dicto domino vicegerenti quod, anno preterito, idem Petrus, male consulius, et indebite ac injuste, et de facto, in dicto loco de Salgue, abstulit Johanni Charrerie, loci de Crosanciis, servienti domini nostri Mimatensis episcopi, quemdam ensem quem portabat idem Johannes, serviens dicti domini episcopi, in dicto loco de Salguc : et post modum idem Petrus recognoscens se quod male fecerat et dictum ensem abstulerat dicto servienti domini nostri Mimatensis episcopi in loco de Salgue, inde- bite et injuste. E..e...…. (4) inveniret dictum Johannem Charrerie, ser- vientem dicti domini episcopi in dicto loco de Salgue, Idem Petrus accessit ad ecclesiam parrochialem beati Medardi de Salgue, et ibidem in presentia plurium personarum, petiit si ibidem erat aliquis pro domino Mimatensi “episcopo : et ibidem tunc presens discretus vir dominus Johannes Bajuli, bacallarius in decretis, curatus dicte ecclesie de Salgue, dixit et respondit quod ipse erat ibi pro dicto domino nostro Mimatensi episcopo; et tunc idem Petrus tradidit et restituit dicto curato, presenti et stipulanti nomine dicti domini episcopi, dictum ensem quem abstulerat dicto Johanni Charrerie ; (1) Mot effacé par l'usure du parchemin. 249 MÉMOIRES quem ensem dictus curatus habuit et recepit nomina dicti domini episcopi, prout lacius dixit contineri in quodam publico instrumento per magistrum Johannem Mascot, notarium, scripto et signato, quod ibidem exhibuit et produxit ad informandum dictum dominum vicegerentem domini officialis de restitutione dicti ensis ; cujus quidem instrumenti tenor talis est. « In Dei nomine, amen; noverint universi et singuli hoc instrumentum publi- cum inspecturi et audituri quod, anno Domini millesimo trescentesimo septuagesimo octavo, et die ultima mensis madii, inclito principe domino nostro Karolo, Dei gracia rege Francorum regnante, et reverendo in Christo patre et domino nostro Poncio, miseratione divina Mima- tensi episcopo comiteque Guaballitani presidente, existens personaliter in ecclesia beati Medardi de Salgue, in presentia mei notarii publici et testium subscriptorum, Petrus Rogeti, alias Pevradi, loci de Sal- gue, Mimatensis dyocesis, serviens nobilis ct potentis viri domini comitis Claromontis Dalphini Arvernie, dominique terre Mercorii, et dicti loci de Salgue, dicens et pctens si est aliquis homo in dicta ecclesia beati Me- dardi de Salgue, pro reverendo in Xhristo patre domino Poncio, Mima- tensi episcopo, cui quidem servienti respondit et dixit discretus vir domi- nus Johannes Bajuli, bacallarius in decretis et curatus dicte ecclesie beati Medardi de Salgue, dicens et asserens quod ipse erat ibi pro reverendo in Christo patre domino Poncio, Mimatensi episcopo, et dictus Petrus Rogeti eo tunc dixit et confessus fuit ibidem quod, ipse Petrus Rogeti, tanquam serviens dicti domini comitis, injuste abstulit in dicto loco de Salgue, in platea publica, unum ensem Johanni Charrerie, loci de Crosanciis, ser- vienti dicti domini episcopi, et quia ipsum Johannem Charrerie servientem dicti domini Mimatensis episcopi personaliter invenire non possit, ipsum ensem injuste eidem servienti amotum dicto domino Johanni Bajuli, cu- rato dicte ecclesie Salguiaci, pro dicto domino Mimatensi episcopo stipu- lanti et recipienti, restituit et tradidit, quem ensem dictus dominus Johan- nes Bajuli, curatus Salguiaci, pro reverendo in Xhristo patre domino Poncio, Mimatensi episcopo, accepit et recepit; de quibus dictus dominus Johan- nes Bajuli petiit fieri per me notarium infrascriptum publicum instru- mentum. Acta fuerunt hec Salguiaci, in dicta ecclesia beati Medardi de Salgue, testibus presentibus magistro Johanne Jacobi, notario, Jaqueto Pererii, Guillelmo Armandi et pluribus aliis, et me Johanne Mascoti de Salgue, clerico, auctoritate episcopali in Guaballitano notario publico, qui de predictis notam recepi et ex inde hoc instrumentum publicum scripsi et signo meo solito signavi. » Quo instrumento exhibito et producto, idem UNE PÉNITENCE PUBLIQUE EN GÉVAUDAN 243 : Petrus petiit et supplicavit misericorditer, uno genu flexo, coram dicto domino vicegerenti, se absolvi et absolutionis benefficium sibi concedi a sententia excommunicationis quam idem Petrus incurrerat et que lata extiterat contra ipsum, ob premissa oflerens et promittens se velle stare mandatis ecclesie et curie dicti domini officialis ; et dictus dominus vice- gerens viso et prolecto instrumento supradicto, actendens quod ecclesia non claudit gremium redeunti, volens misericorditer agere cum dicto Petro presenti et absolutionis henefficium petenti et promittenti stare mandatis ecclesie, comisit venerabili viro domino Poncio de Codolos, preshitero, thesaurario Biteriensi presenti ibidem quod absolvat dictum Petrum a sentenciis excommunicationis quas incurrit et latis contra ipsum ob premissa; qui quidem dominus Poncius de Codolos, de mandato dicti domini vicegerentis, incontinenti ibidem absolvit dictum Petrum a sentenciis supradictis. Quibus peractis, incontinenti, dictus dominus vice- gerens dicti domini oflicialis voluit et injunxit ac precepit dicto Petro, pro penitencia salutari, quod idem Petrus, incontinenti, agat et faciat pe- nitenciam que sequitur; videlicet quod incontinenti, ipse Petrus usque ad tunicam suam spoliatus, absque zona, capucio, caligis et socularibus pedibus nudis, moveat de platea Mimatensi, de hospicio Hugonis Pelhi- cerii, dicendu hec verba : quod idem Petrus dictam penitenciam facit pro eo quia indebite et injuste abstulit quendam ensem Johanni Charrerie, ser- vienti domini nostri Mimatensis episcopi in loco de &algue, cum uno entorticio ponderis trium librarum accenso, et, modo predicto, cum dicto entorticio in manu portando, in tunica absque capucio zona, caligis et socu- laribus, ut dictum est, accedat ad ecclesiam cathedralem Mimatensem, et ibidem stet coram altare beati Privati, dum missa major ibidem celebrabitur, donec comunio sumpta erit per presbiterum celebrantem, et, facta commu- nione, dictum entorticium offerat ibidem in dicto altari beati Privati, dicendo ibidem, alta voce, in presentia presbiterorum et clericorum chori ecclesie cathedralis Mimatensis et aliorum ibidem presentium, quod idem Petrus dictam penitentiam facit pro quia, indebite et injuste, abstulit quemdam ensem, in loco de Salgue, Johanni Charrerie, servienti dicti domini nostri Mimatensis episcopi. Item injunxit eodem Petro, pro penitencia, quod, die dominica proxima, idem Petrus, in ecclesia parochiali de Salgue, dum missa major celebrabitur, stet coram altare dicte ecclesie, absque capucio, tenens unam candelam ceream ponderis unius libre in manu accensam, quousque missa fuerit finita, et, missa finita, dictam candelam ibidem offerat in ecclesia predicta, dicendo, quod penitenciam idem Petrus facit pro eo quia abstu- 244 MÉMOIRES lit quemdam ensem in loco de Salgue Johani Charrerie, servienti domini nostri Mimatensis cpiscopi, indebite et injuste. Quiquidem Petrus facere promisit dictam penitenciam sibi per dictum dominum vicegerentem, modo predicto injunctam. De quibus omnibus venerabilis vir dominus Durantus Servientis, procurator dicti domini nostri Mimatensis episcopi, ibidem pre- sens, petiit sibi fieri publicum instrumentum. Acta fuerunt hec Mimati, ante portam curie temporalis Mimatensis, ibidem dicto domino vicegerenti pro tribunali sedente, testibus presentibus venerabilibus viris domino Pon- cio de Codolos predicto, domino Guillelmo Golaberti, thesaurario dicti do- mini episcopi, magistris Benedicto Golaberti, baccallario in legibus, Bene- dicto Masas, Bertrando Cortini, Petro Cobe, Fulcone Fulci, Petro Conhde, Petro Ferri, Petro Traverserii, Johanne Juliani, Benedicto Duranti, Guil- lelmo de Crosatio, Johanne Bajuli, notario et pluribus aliis, et me nota- rio infra scripto. Et post predicta die, post aliquod intervallum, dum missa major in ecclesia cathedrali Mimatensi celebrabatur, idem Petrus Rogeti movit de loco ante portam hospicii Hugonis Pelhicerii de Mimata, in tu- nica, absque zona, absque capucio et pedibus nudis, tenens unum entorti- cium in manu accensum, et dicens in presencia totius populi verba sibi in- junctam per dictum dominum vicemgerentem videlicet quod idem Petrus facit dictam penitenciam pro e0 quia, indebite et injuste, abstulit Johanni Charrerie, servienti domini nostri Mimatensis episcopi, quemdam ensem, in loco de Salgue, transiens per plateam publicam Mimatensem et subtus porticum episcopalem per carreriam rectam versus eclesiam, in presen- cia plurium personarum ante et juxta portam cortine episcopalis Mimaten- sis existentium et predictam videncium intravit in ecclesia cathedrali Mi- matensi predicta et accessit coram altare beati Privati in quo major missa celebrabatur, et ibidem coram altare, dictus Petrus stetit per modum su- pradictum, donec communio fuit sumpta per cappellano celebrante dictam missam, et, facta communione, dictus Petrus obtulit in altari dictum en- torticium et illud ibidem dimisit et dixit alta voce audientibus et audire vo- lentibus presbiteris et clericis in coro dicte ecclesie existentibus et aliis personis cireumcirca existentibus, quod ipse Petrus faciebat et fecerat dic- tam penitenciam pro eo quia ut serviens Joci de Salgue abstulerat Johanni Charrerie, servienti domini episcopi, quemdam ensem in loco de Salgue, indebite et injuste. Et de predictis omnibus dictus procurator dicti domini nostri Mimatensis episcopi, petiit sibi fieri publicum instrumentum. Acta fuerunt hec adictionibus et post citra Mimati videlicet singula supra expres- sata in singularibus locis, prout supra est expressatum, testibus pre*entibus UNE PÉNITENCE PUBLIQUE EN GÉVAUDAN 245 venerabilibus viris dominis Guillelmo Bachalar, sacrista, Aldeberto de Pe tra, domino de Mauracastro, Bertrando de Miromonte, Astorgio de Charbo- neriis, Johanne de Colenco, Raimundo Puelli, canonicis, Johanne Vitalis, Johanne Farssati, Andrea Chabrerii, Benedicto las vaissas, ebdomadariis, Johanni Raubilheriüi, Hugone Regordi, Johanne Balmas, Stephano Fornerii, Duranto de Branosco, Johanne Beraldi, seniore, presbiteris et corariis ec- clesie cathedralis Mimatensis, et pluribus aliis, et me Poncio Valduni, notario publico in civitate et dyocesi Mimatensi autoritate episcopali et cu- rie dicti domini officialis qui io predictis omnibus et singulis presens inter- fui et ea in notam rece:i; de qua quidem nota exo Petrus Traverserii, cle- ricus juratus et substitutus dicti magistri Poncii, notarii supradicti, hoc presens et publicum instrumentum de sui mandato hic extraxi fideliter et grossavi. Ego vero Poncius Valduni, notarius supradictus, facta diligenti collatione de predictis, hic me subscripsi, et in testimonium premissorum hic apposui signum meum. (Original sur parchemin muni du signum. Archives de la Losère. Fonds de l'évéché de Mende, série G. 941. Document communiqué par M. André, archivisle à Mende.) A. LASCOMBE. SOUMISSION DE LA VILLE DE SAUGUES A HENRI IV La publication dans le premier fascicule de ces Hémoures d'une lettre adressée, le 11 juin 1586, par les consuls de Saugues aux États du Gévaudan, nous a fait connaître les misères et les souffrances de celte cité, à l'époque des gucrres civiles ct reli- gicuses. Villes et campagnes maudissaient tour à tour catholi- ques et protestants dont les bandes féroces couvraient le pays de sang ct de ruines. On était las de la gucrre et les populations surmences demandaient la paix à cor et à cri. Après une série de lamentables événements dont nous ne pouvons tracer ici le tableau, cette paix si désirée fut enfin conclue. Saugues fit sa soumision à Henri IV en l'année 159%, et donna procura- tion à quelques-uns de ses notables citovens de prêter au Béarnais serment de fidélité et obtissance, ainsi que cela résulte de la pièce suivante. L'an mil cinq cens quatre vingtz et quatorze et le vingt quatricsme jour du moys de septembre, apprès midi, en la ville de Salgues, diocèze de Mende, dans la maison de ville et suyvant le deliberatoyre d'icelle, par devant les notaires royaulx soubzsignes et tesmoingz apprès nommes, ont esté prézans : honorable homme Pierre Mevronenc, merchant, consul de ladicte ville, lequel de son bon gié a fet ct constitué ses procureurs spéciaux et généraulx discretz hommes ct saiges Benoit Bonhomme, bourgeois, maitres Hugnes Montet, juge de la Rodde, premier et second nm SOUMISSION DE LA VILLE DE SAUGUES A HENRI IV 247 consulz, Médard Julien, notaire royal du nombre réduit et secrétaire, et sire Claude Chantal, merchant de ladicte ville de Salgues, présans et acceptant et chascung d’eulx pour et au nom de ladicte ville, se prezanter par devant monseigneur de osseux, gouverneur et seneschal, pour le Roy, au présent pays de Gevouldan, ses licutenentz et chescun d'eulx déclérer à sa grandeur iceulx habitans estre bons et fidèles serviteurs du Roy, voloir vivre et morir pour son service, luy prester l’obeyssance qui est requize, ne s'en séparer aulcunement, et à ces {ins prester le screment cn tel cas requis en l'ame du constituant, comme il a fet prézantement, au nom que dessus, pardevant nous dictz notaires, et supplier sa dicte grandeur, en considération de ce que ladicte ville, parroïisse et mandement d'icelle, a payé les tailles au scigneur d'Apchier, comme cy-devant gouverneur da party de l'Union, soubz l'authorité de Monseigneur le duc de Joyeuze, et selon les articles de la trefve gencra'le de la province de LangucJoc, accordée entre Monseigneur le conestable et ledict seigneur de Joyeuze, soyt son bon pluisir avoir pour agréable les payementz qu'ilz en ont fet, descharger et exempter ladicte ville, parroysse et mandement, des impozitions et talhes courans, pour le prezant, et que les recepveurs et comis da Roy exigent en ce pais sans avoir csgard a ce qu'a este paye audict seigneur d'Apchier, et aultrement y pourvoir, comme sa grandeur advisera, pour le sulaigement et repos du pouvre peuple, qui est si oppressé et foulé, qu’il n'a moven d'y subvenir. Neantmoingtz, pour la conservation de lalicte ville à sa dite majesté et soubz l'authorité dudict sieur de Fosseux, gouverneur, accorder, esdictz constituant et suppliars, Îles soldatz nécessaires, commandes par lesdictz consulz, et octroyer telles sommes de deniers pour les réparations de leur ville que ledict seigneur jugera estre de besoing; ei généralement faire toutes les supplications, réquizitions ct serementz requis, comme s'il: en personne extoient pre- sentz, sans avoir aultre mandement plus spécial que ces présentes. Pro- mettant avoir agréable, ferme ct estable tout ce que par cesdictz procu- reurs sera fet ct ne les deiadvouer ny revocquer ains du tout les relefver par leur foy et serement sur ce présté sur les saintz evangilles de Dicu ; soubz l'obligation et yppotèque de tous les biens de ladicte ville, et, à faulte de ce faire, payer tous despens, interestz et domaiges que pour l'advenir conviendra souffrir, renoncant à toutes exceptions et défances contraires à cvs prezantes. Et pour ce faire et teair a voulu estres cons- traint par toutes court: du prézant rovaulme, esquelles ce sont soubzmis, et de tout a requis acte et instrument aux notaires rovaulx soubzignes,. 218 MÉMOIRES Octroyé ès prézances d’honorables hommes M° Pierre Lobevrie, docteur, procureur d'office pour Mr le duc de Mercœur; dom Jehan Auzerand, prieur cloustrier ; M° Pierre Pichot, praticien; M° Anthoyne Enjalvin. notaire ordinere soubz signés avec lesdictz procureurs; Jehan Astorc, char- deur; Reymond Blanquet; Vidal Pratlong, dict Sainct-Just; Picrre Doumesan , tailheur, dudict Salgues, quy n'ont sceu signer, ny ledict Meyronnenc, constituant, et de nous Jacques Langlade et Jehan Chabanel, notaires reiaulx dudict Salgues soubzsignés. Ont signé : Dom AuzERaAND. — LanGLaADE. — LOBERI£. — BONHOMME. — Monter. — ENJALvIN. — PicHoT. — CHABANEL, — CHANTAL, — JULIEX. (Archives de la Losére. Série C. 1803. Document communiqué par M. André, archivisle à Mende.) A. LASCOMBE. LETTRES DE BOURGEOISIE ACCORDÉES A DES HABITANTS DE LA VILLE DU PUY AUX XVIIe ET XVIII SIÈCLES Les érudits qui s'appliquent à réunir les matériaux de l’his- toire locale, n'ont encore publié aucun acte d'admission dans la bourgeoisie. C’est, en outre, un genre de documents très-rares, peut-être même inédits en France, si l’on en juge par le silence, non-seulement du savant M. Chéruel dans son Dictionnaire historique des institutions, mœurs et coutumes de la France, maïs encore de tous les auteurs des encyclopédies les plus récentes, entre autres celle de M. E. Grégoire, éditée en 1877. Ces ouvrages. cependant, qui résument les grands tra- vaux historiques accomplis de nos jours, consacrent des arti- cles plus ou moins étendus à tout ce qui concerne les commu- nes, le tiers-état et la bourgeoisie. On y trouve énoncés également toutes sortes d'actes de l'autorité souveraine ct du pouvoir judiciaire qui intéressent la vice publique, y compris divers titres civiques ou honorifiques, à l'exclusion absolue des Lettres de bourgeoisie (1). Telles sont les lettres d'anoblisse- ment, apostoliques, de cachet, de change, closes, de créance, d'état, de jussion, de maîtrise, de marque, de patentes, de réha- bilitation, de rémission, royaux et de sûreté. (1) C'est ainsi que sont désignées, dans les pièces publiées à la fin de ce travail, des sentences judiciaires qui conféraient les droits de bourgcoisie. JI° sËRIE, 1879. 7 250 MÉMOIRES Il y avait donc là une regrettable lacune, au moins dans le recueil déjà nombreux des documents relatifs à l’histoire de notre pays. L'un de nos confrères, M. Louis Balme, l’a signalée à notre Société des amis des sciences ; et, désireux d'ouvrir une voie nouvelle de recherches instructives, il a compulsé les archives de sa famille qui lui ont fourni deux sentences d’admis- sion dans la bourgoisie du Puy, l'une du 12 février 1699, l'autre du 31 mars 1703. Notre Société, dans une de ses séances, entendit avec inté- rêt cette lecture, ainsi que les indications données par notre confrère, principalement à l'égard de la procédure suivie pour l'obtention de ces sortes de diplômes. L'utilité de ces documents fut ainsi constatée, non-seulement au point de vue du régime municipal de notre ville, mais pro- bablement aussi pour l’histoire générale. Toutefois, avant de les publier, notre comité administratif jugea qu’un appel pouvait être fait à d’autres érudits afin de compléter, s’il était possible, par des titres analogues, l'historique de la question, Deux de nos confrères, MM. Edouard Lobeyrac et Lascombe, répondant à notre désir, voulurent bien nous donner com- munication de semblables documents aux dates des 11 février 1699, 18 juillet 1701 et 20 novembre 1726. La première de ces pièces qui concerne un descendant, de même nom, du chroni- queur Etienne Mége, étant de même date que l’une de celles déjà recueillies, pourra être publite ultérieurement avec d'au- tres qui viennent de nous être annoncées. Nous reproduisons à la suite des pièces que nous devions déjà à l'heureuse initiative de M. Balme, celles appartenant à M. Lascombe, lesquelles, un peu différentes pour certains détails, sont au nombre de trois, dont deux lettres de bourgeoisie sur parchemin. Quelques explications préalables ont paru nécessaires au comité, à la demande duquel nous avons dû souscrire, sans nous dissimuler leur insuffisance, à raison du trop petit nom- bre d'éléments d'informations recueillis sur cet inléressant su- jet. —_—_— LÉTTRES DE BOURGEOISIE 251 IT Tous les historiens s'accordent à reconnaître que la quali- fication de bourgeois, burgensis, dérivée du mot germanique burg (ville close ou fortifiée), a eu, dans le cours des temps, différentes acceptions. Il serait trop long de les toutes définir. Il suffit de rappeler que cette expression, généralement em- ployée dans un sens plus ou moins large, n'a pas toujours été appliquée seulement à une classe restreinte de citoyens, telle que la précisent nos documents. Sans décider la question de savoir si cette dernière institution n'aurait pas existé à des époques plus ou moins reculées, citons l'opinion des auteurs sur la bourgeoisie du moyen âge : « Dans l'origine, dit l’un d'eux, un bourgeois était un chef de famille appelé à participer aux droits, aux devoirs et aux charges du bourg dans lequel il avait son domicile. Tout habitant ou résidant n'était pas bourgeois, Il fallait, de plus, être en possession des privilèges utiles ou onéreux du bourg. Aussi y avait-il ancien- nement, pour les actes officiels de la commune, pour les publi- cations à son de trompe, une formule qui portait : les bourgeois, nanants et artisans. Le bourgeois était maître des droits civils et politiques réglés par la constitution de la commune. Le ma- nant n'avait que la résidence; l'artisan n'était que de passage. « Je ne vois pas de différence entre le bourgeois de notre vieille constitution municipale et le citoyen des républiques anciennes, si ce n’est que le bourgeois était en même temps su- jet d’une grande monarchie. « On comprend que, dans une telle organisation sociale, avec des institutions municipales si larges, les bourgeois durent occuper une grande place dans l'Etat. Ils tenaient presque toute l'administration proprement dite; ils géraient les affaires des communes, veillaient sur leurs privilèges, protégeaient leur re- pos et leur liberté: Ils avaient une part considérable dans l'ac- 202 MÉMOIRES tion des provinces constituées librement, et qu’on a appelées plus tard Pays d'états; car ils étaient dans les états en nombre égal aux deux ordres réunis du clergé et de la noblesse. Dans la province du Languedoc, l’évêque ou le baron qui se présentait à l'assemblée après la messe du Saint-Esprit n'était pas reçu; le bourgeois ou membre du tiers perdait seulement son indem- nité pour toutes les séances auxquelles il n'avait pas assisté : il était toujours admis (1). » C'est pourquoi Augustin Thierry a pu dire : ‘ Pendant des siècles le nom de bourgeois ne fut pas seulement un titre d'honneur ; il entraînait à la fois l’idée de franchise communale cet de participation à la souveraineté. » « Au commencement du xvir° siècle, le mot de bourgeois, qui, dans le changement des institutions et des mœurs, avait perdu de son sens général et primitif, prenait déjà une acception plus restreinte. Un bourgeois était alors, dans le langage or- dinaire, un roturier vivant de son revenu ou de l'exercice d'une profession libérale (2). » Notre confrère M. Ernest Vissaguet, aujourd'hui sénateur et vice-président de la Société, dans son Essai sur l’histoire munici- pale du Puy (3), définit en ces termes la bourgeoisie de notre ville au xvu siècle : « On voit, dit-il, qu’au Puy, la noblesse et la bourgeoisie étaient à peu près placées sur le même rang ; on sait que, dans cette province, les bourgeois avaient toujours pu acquérir des terres nobles ; aussi ces deux classes de la société furent souvent guidées par les mêmes intérêts, et les règlements municipaux de notre ville sont une preuve évidente que la noblesse n’atta- chait pas moins de prix que la bourgeoisie à la conservation de ces charges consulaires qu'elle fut fréquemment appelée à rem- (1) M. Moreau, Encyclopédie du xix° siècle. Paris, 1816; aux mots bourgeois, bourgeoisie. (2) M. Moreau; den, aux mots bourgeois, bourgevisie. (3) Annales de la Sucièlé académique du Puy, tome XXII, 1859, page 292. LETTRES DE BOURCGEOISIE 253 plir. Malheureusement on voit aussi, par ces mêmes statuts, en combien de fragments était divisée la bourgeoisie elle-même. C'est ainsi qu'on voit distinguer avec soin les marchands des bourgeois et, par cette dernière qualification, on entend désigner ceux des membres de la classe moyenne qui ne s’adonnent à aucun travail lucratif et trouvent dans leur fortune le moyen de vivre avec bienséance. » M. Mandet conclut dans ses Récits du moyen dge (1862), an cha- pitre sur la bourgeoisie dans le Velay : « Les privilèges des villes ont formé le droit des bourgeois et ont donné l'origine aux bourgeoisies. Mais peu à peu tout se transforme, et Îles bourgeois qui d’abord étaient tous les habitants du bourg ou de la ville, sont enfin une portion déterminée d’urbains (1). » La bourgeoisie, considérée dans un sens général, était donc, sans nul doute, la collectivité des citoyens d'à peu près toute condition, jouissant des immunités municipales et armés pour leur défense. C'était le cas de la cité du Puy qui se glorifiait, à (1) M. Mandet fait connaître les particularités suivantes qui se rapportent à l'une des anciennes phases de la bourgeoisie : « Le souverain, dit-il, dans le but de se fortifier contre les féodaux, suppléa au domicile réel par un domicile fictif. Les bourgevoisies furent étendues hors de l'enceinte des villes ct, par un singulier effort d'autorité, on put devenir bourgeois du roi sans cesser de demeurer sur les terres d'un seigneur particulier. L'on fut ainsi soustrait, quant à la personne, à la juridiction féodale. De là naquirent les distinctions de bourgeois du roi, autrement appelés du dehors ou forains, et de francs-bour- geois ou du dedans. Ceux-ci devaient avoir un domicile continu dans la ville, étaient agrégés à son corps de bourgeoisie, et partageaient ses chars: :3 comme ses privilèges; ceux-là prèlaient serment de fidélité immédiate au roi, mais ils n'étaient point obligés à une résidence fixe ; seulement, ils avaient soin de se faire inscrire sur les registres de la ville et lui payaient un droit annuel, droit dont étaient affranchis les bourgeois urbains, d'où leur vint leur nom de francs-bourgeois. « Dans le Velay, les bourgeois du roi était astreints, pour suppléer au domicile réel, à acheter une maison au Puy, et devaient y habiter trois jours de suite chaque année, à la Noël, à Pâques, à la Pentecôte et à la Toussaint. Toutefois ils pouvaient se faire exempter de cette obligation en payant annucllement au souverain un marc d'argent. . Les chartes indiquent le Puy comme résidence fictive pour la bour- geoisie royale dans le Velay. » 254 : MÉMOIRES bon droit, de 8es coutumes communales évidemment très-an- ciennes et, dès le xur1° siècle, imitées, comme les meilleures, en bien des localités, notamment de la Marche, de l'Auvergne, du Forez, etc. (1). (1) Les archives communales de Chénérailles (Chanalelhas, la Marche, Marchia Lemovicina, aujourd'hui Creuse, arrondissement d'Aubusson) possèdent une charte qui, communiquée par M. Louis Duval, archiviste, vient d'être publiée sous le numéro 89, pl. xxxvau, et page 171 du texte, dans le magnifique ouvrage, le Musée des archives déparlementales, — recueil de fac-simile héliographiques de documents tirés des archives des préfeclures, mairies et hospices. Paris, Im- primerie nationale, 1878 (album qui a figuré à l'Exposition universelle do 1878). Hugues de Lusignan ide Lesinga), comte de la Marche ct d'Augoulème, à la date de février 1266, y réglant les coutumes, droits et franchises de la com- muno de Chénérailles, déclare les avoir empruntés, entro autres villes, à notre cité Qu Puy, en ces termes : bos usalges e bonas cosdumpnes, las melhors que hom poiria trobar a ops de Borzes, a Montpeslier, o al Poy, o a Salvanhec, 0 en autras bonas vilas, c'est-à-dire, bons usages et bonnes coulumes, les meilleures que l'on trouverail à l'usage des bourgeois à Montpellier, Le Puy, Salvagnac et autres bonnes villes. Chabrol (Coutumes locales de La Haule et Basse-Auvergne, tome IV, page 93) re- late une charte d'affranchissement du x: siècle, accordée par les seigneurs de la Tour à la ville de Besse, près d'fssoire. Les franchises de ce bourg y sont dési- gnécs, avec la mention du Puy, à peu près dans les mêmes termes que dans la charte de Chéntrailles. M. de Chantelauze (Essai sur l'administration du Forez au moyen dge, aux preu- ves de l'Hist. des comtes de Forez, t. I, p. 163 et 161), croit aussi que les privi- lèges donnés, en 1224, à la ville de Saint-Bonnet-le-Châlcuu par son seigneur Robert, avaient été inspirés par les coutumes des bonnes villes de Montpellier et du Puv. Voyez aussi ce que nous avions dit à ce sujet dans notre mémoire sur l'An- cienne roule ou eslrade du Puy au Forez, aux Annales de ia Société académique du Puy, tome XXIX, 1868, p. 618. Jl est intéressant de remarquer qu'à défaut de renseignements complets sur les coutumes communales du Puy au xin° siècle, on pourra juger de leur contexte, à quelques égards, par celles de Chéntrailles, de Besse, etc., qui en offrent comme le reflet. | Ajoutons que les chartes de la Marche, de l'Auvergne, etc., lesquels prennont pour type cells de notre commune, dans lo cours du xt siècle, constituent pour nos annales un renseignement précieux. En effet, depuis l'accord de vernon en 1218, véritable ratification d'un passé déjà ancien, jusques à l'arrèt d'abolition de 1277, nous ne possédons aucun texte sur la nature et les privilè- ges du consulat du Puy. La composition de 1218 ne désigne pas encoro des consuls, et cn 1277 nous trouvons le consulat du Puy muni d'un organisme LETTRES DE BOURGEOISIE 255 Mais, dans cette excellente « république », ainsi que nos vieux chroniqueurs se plaisent à l'appeler, l'élite de ses notabilités bourgeoises, telle que nous la révèlent des textes du xvr au xvi° siècle, constituait une sorte d’aristocratie qui, entre autres. prérogatives qu'il serait curieux de rechercher, avait concurrem- ment avec la noblesse, le premier rang dans les honneurs publics. Cette classe particulière de bourgeois, restreinte à un petit nombre de citoyens, sortis, à ce qu'il semble, presque tous du négoce, ne saurait nous étonner dans un état social où, de temps immémorial, le système des catégories prévalait par l’an- tique et traditionnel régime des corporations. Quant à son ori- gine, plus lointaine peut-être qu’on serait porté à le croire, pourrait-elle remonter jusqu'au temps où les corporations elles-mêmes avaient eu leur commencement, en d’autres ter- mes, ces bourgeois, sorte de patriciens, auraient-ils eu pour ancêtres politiques les curiales ou les honorati de la Gaule ro- maine (1)? À cette question qu'obscurcit la pénurie des textes du complet. Entre ces deux dates de 1218 ct do 1277, il s'ost évidomment accompli un grand fait, c'est-à-dire la constitution officielle de notre consulat qui consacra en les complétant, d’antérieuros et bonnes coutumes. Nous iuclinons à croire que ce grave événement se produisit vers 1229, lors de la réunion du Languedoc, et par conséquent du Velay à la couronne de France. (1) Nous croyons avoir suflisamment démontré, dans nos précédentes études sur les origines de la ville du Puy, que notre cité, placée dans l'une de nos plus riches vallées et favorisée pour son important négoce, par sa situation au point de rayonnement de plusieurs voies antiques (eslrades), après avoir été très-probable- ment le siège de l'oppidum principal des vellavns, était devenue, par suite du transfert du chef-lieu gallo-romain à Revession (aujourd'hui Saint-Paulien), une ville colonie, dont nous pensons avoir retrouvé sur une de nos incriptions le nom gaulois Adidon (mont-adi aujourd'hui mont-ani) dans celui de son génie tutélaire, personnification divine, suivant l'usage, du lieu lui-même. Outre beaucoup d'antiquités très-diverses que nos fouilles ont surtout mises au jour et qui, pour la plupart, éveillent l'idée de beaux monuments, des inscrip- tions signalent plusieurs des magistratures afférentes aux villes d'une impor- tance supérieure : le duumvirat, le flaminat, un haut sacerdoce exprimé par la qualification gauloise gutvater. Elles mentionnent également un adlecteur des forges ou des mnines de fer, un oflicier des corporations d'ouvriers el d'entrepre- 256 MÉMOIRES moyen âge, on ne peut faire qu'une réponse hypothétique. Un fait est certain pour nous, c'est que, l’origine de l'institu- tion étant encore inconnue, le champ reste libre aux conjectu- res, car nos documents interdisent l'opinion tendant à la dater seulement du xvin° siècle. Îl faut croire, en effet, que cette classe de bourgeois était, depuis plus ou moins de temps, en plein exercice de ses droits, lorsque, en 1533, à la mémorable entrée du roi François [°° au Puy, elle parada séparément dans le cortège de tous les corps de profession où, dit le chroniqueur neurs de charpente, et comme suprème témoignage, un préfel de la colonie, PRAEFECTUS COLON(iüe). Voici encore une épigraphe, en partie inédite, dont nous avons successivement réuni au Musée trois morceaux sans désespérer de retrouver leurs complé- ments. Bien qu'il soit encore difficile d'en donner le sens complet, on voit que dans l'énumération des titres d'un personnage, — évidemment un honoralus, — le lapicide rappelait que ce haut dignitaire avait été appelé à toutes les char- ges et à tous ks honneurs (omnibus oneribus ou officiis et honoribus functus 1... Figure re Figure 2. RL «+: . CILTICA.......FILIVS 0,53 : ETHONORIBYSF VNCT VSI : SYVMC : FABRORVMTIGNARIORV : ADFEC NA LS des dos eu eee Del 2 ete ete een à Fig. r. En deux morceaux, brisés à la face postérieure ; — Fig. 2. Marge au bord de à la 3e ligne, li et le B conjoints; marge au bord de l’ins- l'inscription à gauche déno- ° cription à gauche dénotant le commencement des lignes. tant le commencement des li- gnes. L'épaisseur de cette pierre cest très-forte : 12 18:. Le trou de louve qui est à la face supérieure fait voir que l’ins- cription devait être placée à une certaine hauteur du monument. Cette inscription provient probablement d'un monument funéraire dont une fouille fit découvrir une partie des fondations dans la propriété do M. Cheval- lier-Balme, aujourd'hui de M. Marchessou, à Saint-Marcel près le Puy. Divers débris d'architecture trouvés au même lieu, démontrent que lo monument était d'une véritable importance. LETTRES DE BOURGEOISIE 2517 Médicis : « Messeigneurs les bourgeois de la dite ville, fort bien en ordre, faisaient pennader et bondir leur chevaulx parmy leur troupe » (1). Ailleurs Médicis, vers 1544, dans une statistique des profes- sions, compte au Puy « huic£ maisons de bourgeois de bonne ancienneté » qu’il a grand soin de distinguer des quatre à cinq cents gens d'église, des vingt cinq estudes environ d’advocats, canonistes et légistes, docteurs, etc., des soixante botiques de mar- chans drappiers, des quatre-vingts de notaires, des quarante de merciers, des quinze de médecins et appothicaires, des mille deux cents environ d'autres artisans de tous estats, sans comp- ter les gens de justice, les maîtres des escoles, etc. (2). On citerait, d'après nos chroniqueurs, bien des cérémonies publiques dans lesquelles l’ordre des préséances, lorsqu'il était observé, attribuait aux mêmes bourgeois une des places d’hon- neur. On le vit notamment en 1551 aux pompeuses obsèques d'Anne de Beaufort-Canillac, vicomtesse de Polignac, à l’occa- sion desquelles certains rangs avaient été réglés d'avance. Pour abréger, il suffira de citer les lignes suivantes du récit de Médi- cis : « Après venoient messeigneurs les six consuls. après venoit monsieur le cappitaine mage de la ville... après venoient messieurs les nobles et bourgeois; après venoïient messieurs les advocats, messieurs les marchands, notaires et autre nombre de gens de bon estat » (3). | (1) Médicis, De Podio, tome I, p. 341. (2) Médicis, De Podie, t. II, p. 258. (3) Idem, 1. F, p. 444. — Ce passage de Médicis où les bourgeois semblent être assimilés aux nobles, comme peut-être dans la statistique de 154%, peut rappeler que ces nobles ou pseudo-nobles étaient d'origine bourgeoise ou roturière. On a vu précédemment ce qui a été dit de notre province, par M. Vissaguet, où « les bourgeois avaient toujours pu acquérir des terres nobles ». Notre savant confrère, M. Rocher, dans son Pouillé du diocèse du Puy, à propos de Saint-Pal- de-Murs (Tablettes hist. du Velay, tome VII, p. 306, etc., 1877), nous paraît aussi avoir profondément étudié et résolu cette question à l'aide des textes et particu- lièrement des ordonnances royales. Il faut observer néanmoins que cette sorte de noblesse était plus ou moins problématique. L'ordonnance de Blois, de 1579, est formelle ; elle déclare « que les roturiers et non-nobles, achetant fiefs nobles, ne seront pour ce anoblis... de quelque revenu que soient les fiefs par eux acquis. » 258 MÉMOIRES Le rang hiérarchique de la même caste dé bourgeoisie revêt un cachet encore plus officiel dans les élections consulaires, dont nous ne décrirons pas l’ingénieux mécanisme, tel au moins qu'il était encore en pleine vigueur au xvn° siècle, avant la création des maires perpétuels en titre d'office. Rappelons seu- lement que le suffrage est universel et à deux degrés sans compter un troisième degré laissé au sort, dit « des pommet- tes », c'est-à-dire que la collectivité des citoyens, suivant l’anti- que usage de la colonie romaine, est partagé en corporations, lesquelles désignent « des chefs de métier » électeurs nom- mant, eux-mêmes, quatre candidats pour-chacune des places des six consuls et dont l'élu est proclamé par le sort. Or, c’est également, en première ligne qu'à tous ces degrés électoraux, nos bourgeois sont désignés, soit avec les avocats, soit avec les gentilshommes et « les clers étant docteurs » (1). Enfin on juge également de l'importance qu'alors on attribuait à cette classe de bourgeois par le fait que deux d'entre eux étaient admis, de droit, au bureau de l'Hôtel-Dieu (l’une des plus anciennes maisons hospitalières de France), composé, saus la présidence de l'évêque, de onze membres (2). C’est ainsi qu’on s'explique l’ambition bien naturelle d'être agrégé au corps des bourgeois, ambition que manifestaient les familles notables. On en voit la preuve par une des requêtes ci-après (page 262) dans laquelle « le suppliant », pour motiver sa demande d'admission, déclare que « son frère, qui est juge royal en la cour commune de la ville du Puy, et ses autres pa- rents, qui sont tous des bourgcoiïs anciens, l'ont obligé de quitter négoce depuis l’année 1699. Suivant la coutume de l’aristocra- (1) Voyez les Statuts et règlements de la maison consulaire du Puy cités pour 1642, par M. E. Vissaguet. Annales, tome XXII, 1859, p. 292; — les Séaluts de 1667, communiqués par notre confrère M. L. Paul, juge, à la Société des amis des sciences et publiés aux Mémoires de cette Société, 1878, t. I, page 115; — Le Règlement consulaire de 1683. Extrait du registre du Conseil d'Elal; Annales 1841-1812, p. 220. ( M. E. Vissaguet. Essai sur l'hisloire municipale du Puy. Annales. tome XXII, 1859, p. 297. LETTRES DE BOURGEOISIE 259 tie patricienno en certaines cités, notre bourgeoisie avait son livre d'or dit « le livre des bourgeois » (1) que les élections obligeaient de consulter à chaque renouvellement des magistrats consulaires. Mais à quelles conditions et suivant quelle procé- dure obtenait-on d’y être inscrit ? C’est ce que nous appren- nent les titres dont nous avons maintenant à donner les textes fournis par nos deux confrères, MM. Balme et Lascombe. III Il s’agit, comme il a été dit, de pièces concédant le droit de bourgeoisie, d’une part, des 12 février 1699 et 31 mars 1703, et, d'autre part, des 18 juillet 4704 et 20 novembre 1726. La première (page 261), qui est une sentence du sénéchal du Puy sur parchemin (2), accorde la qualité de bourgeoïs au postulant sieur Antoine Balme qui déclare avoir satisfait à deux condi- tions : 4° de renoncer au négoce; 2° de justifier, par la situation de sa fortune, d’une certaine aisance. La deuxième aussi sur parchemin (page 263), postérieure de quatre ans, est un arrêt du parlement de Toulouse, autorisant le même Antoine Balme, en vertu d’un édit du roi Louis XIV, de décembre 1701, à reprendre l'exercice de son commerce de tannerie en gros, sans dérogation à sa qualité de bourgeois. Le troisième acte (parchemin) est encore une ordonnance du sénéchal en faveur du sieur Jacques Berard qu'il admet aux hon- neurs, privilèges, etc., attribués à l’état de bourgeois, à la charge par lui de n’y déroger et de prêter le serment requis. Les deux dernières pièces, l’une et l’autre du 20 novembre 1726, dont une sur parchemin (p.264, etc.), concernent la conces- sion de bourgeoisie faite aussi par sentence du juge-mage ausicur Jean-Joseph Berard, fils du précédent feu Jacques Berard, à la (1) Voyez les pièces ci-après, page 262. (2) Chacun des diplomes est accompagné de pièces de procédure sur papier que nous publions également. 260 MÉMOIRES charge par lui de n'y déroger et de bien observer les ordonnan- ces royaux et arrêts de réglement. On remarquera que l’édit du roi Louis XIV, de décembre 1701, n'était alors plus en vigueur, puisque le postulant, dans sa requête, se défend avec soin d’avoir eu part au commerce d’épicerie exercé par sa mère, témoignant que, sous ce rapport, il entend ne pas déroger à la qualité de bourgeois. Quant à la procédure relative aux deux actes de 1699 et de 1726, les postulants présentent une requête au sénéchal ; elle est transmise au procureur du roi qui l’approuve. Après quoi le sénéchal rend une sentence d'admission, laquelle est signifiée au secrétaire greffier de la maison consulaire. Pour le diplôme de 1703, il y a requête au parlement de Toulouse, approbation du procureur général, décision favorable de la cour et signification aux consuls du Puy (1). Voici la teneur de ces différents actes, et d'abord de ceux relatifs au sieur Antoine Balme. A Monsieur le sénéchal du Puy ou vostre lieutenant. Supplie humblement sieur Antoine Balme, fils à sieur Claude Balme, bourgeois de la présente ville, et vous représente que depuis l'espace de vingt deux ans qu'il a quitté la compagnie de feu son père, décédé en l'année mil six cens hui- tante un, il avait travailhé dans le négoce de marchand tanneur de cette ville, dans lequel négoce il a été assez heureux que de gaigner des sommes assez considérables et acquis des biens fonds qui portent plus de mille livres de revenu. C'est pourquoy, désirant vivre bourgeois, demande qu'il vous plaise vouloir l'agréger à la professe de bourgeois. Ce faisant ordonner qu'il jouira des mesmes honneurs et prerogatives que la professe (1) A l'égard de cette procédure auprès du parlement, il convient d'en donner le motif tel que l'a justement fait remarquer notre confrère M. Balme, lors de la communication de ces pièces à la Société : « Les longues gucrres du règne de Louis XIV avaient considérablement porté atteinte à la prospérité commerciale de la France. Le souverain voulut la rétablir en permettant anx bourgeois de faire le commerce. Un édit de 1701 leur cn donna l'autorisation, et aux par- lements appartint de l'appliquer. C'est pourquoi Antoine Balme, usant do ce nouveau droit, présenta requête au parlement de Toulouse. » LETTRES DE BOURGEOISIE 261 de bourgeois jouit en la présente ville et que feu son père en avait joui pendant longues années, et ferez bien, déclarant le suppliant ne vouloir fere aucun négoce a l’advenir et ferez bien. Signé : À. Bazue. Soit monstré au procureur du roy ce dixieme jour du mois de fevrier 1699. Signé : FerReBeur, lieutenant du sénéchal. Le procureur du roy, Veu la présente requeste respondue par le sieur de Ferrebeuf, lieutenant principal, d'une ordonnance de lui monstré à nous du 10 du courant, Nous disons n'empécher que le sieur Balme ne soit'receu et admis au nombre des bourgeois de la présente ville et qu'il ne jouisse des honneurs, privilèges et prééminences attachés à la bourgeoisie, à la charge par le sieur Balme de vivre doresnavant en la dite qualité de bourgeois, de n’y point desroger par aucun commerce, n y autrement, et de prester serment en tel cas requis et accoustumé. Délibéré au Puy, le onsième fevrier mil six cent quatre vingts dix neuf. Signé : CGHaBanacy, procureur du roy. Entre sieur Antoine Balme fils à feu sieur Claude Balme, bourgeois de la présente ville du Puy, suppliant par requeste et demandeur aux fins d'ycelle, et à ce qu'attendu quil a cessé de faire aucun commerce et de tenir bou- tique, se voyant et estant de vivre de ses propres revenus qui vont à la somme de mil livres et de professer la bourgeoisie, et attendu sa décla- ration de ne vouloir faire à l'avenir aucun commerce, ordonner quil jouira des droits et privilètes de bourgeoisie et de mesme et tout ainsy que les autres bourgeois de cette ville jouissent ensemble des honneurs et prérogatives à eux accordés, et pour cet ellet qu'il sera inscrit dans le registre tenu par la dite bourgeoisie de.cette ville. Veu la dite requeste présentée par le dit sieur Balme répondue d’une ordonnance de soit monstré au procureur du Roy en cette cour en datte du 40e du présent mois, signée par le sieur Ferrebeuf, lieutenant principal, conclusions ensuite baillées par M. Chabanacy, procureur du Roy, par les quelles il dit n'empêcher que le dit sieur Balme ne soit receu et admis au nombre des bourgeois de la présente ville et qu'il ne jouisse des honneurs, privilèges et prééminences attachées à la bourgeoisie, à la charge par luy de vivre dores en avant en la dite qualité de bourgeois, de n'y point 262 MÉMOIRES déroger par aucun commerce ny autrement et de prester le serment en tal oas requis et accoutumé. : Nous, ayant égard à la dite requeste et ationdu le consentement presté par le procureur du Roy en cette cour, avons recu et agrégé, recevons et agrégeons le dit sieur Balme au nombre des bourgeois de la présente ville du Puy pour par luy jouir des mesmes droits, privilèges, prérogatives, prééminences et avantages que les autres bourgeois de la dite ville jouissent, à la charge par luy, conformément à ses offres, de vivre bour- geoisement et sans déroger en aucune manière à la dite qualite, et à ces fins avons ordonne qu'il sera inscrit dans le livre des bourgeois de cette ville; faisons inhibition et deffenses à toute sorte de personnes de luy donner aucun trouble ny empêchemant en la possession et jouissance de la dite qualité de bourgeois à peine de cinq cens livres d'amande, ayant le dit sieur Balme fait les soumissions en tel cas requises et accoutumées : Donné au Puy le douzième jour du mois de fevrier mil six cent quatre vingts dix neuf. | Signé : Fennepeur, licutenant principal. À nos Seigneurs de Parlement. Supplie humblement Antoine Balme, bourgeois de la ville du Puy, di- sant qu'après le décès de Claude Balme son père, bourgeois de la mesme ville, il a fait travailler dans sa maison à la tannerie et négoce en cuirs, ce quy luy a donné un proflit considerable dans l'espace de vingt années qu'il l'a pratiqué, tellement que le frère du suppliant qui est juge royal en la cour commune en la ville du Puy et ses autres parens, qui sont tous des bourgeois anciens, l'ont oblige de quitter négoce depuis l’année 1699, au quel temps il présenta une requeste devant le sénéchal de la ditte ville pour demander d’estre agrégé à la profession de bourgeois pour jouir des honneurs dont les autres bourgeois jouissent, et de mesme que son père en avoit joui pendant sa vie avec declaration qu'il ne vouloit point faire aucun négoce, sous la quelle requeste et sur les conclusions de M. Chaba- nacv, substitut de M. le Procureur général, le dit sénéchal accorda au sup- pliant des lettres de bourgeoisie le douzième fevrier 1699 ; du privilège des- quelles il a joui jusques à present mais du depuis le Roy par son esdit du mois de décembre 1701, ayant déclaré non seulement que les nobles ne dérogeront point en négociant en gros, mais encore que lés marchants qui LETTRES DE BOURGEOISIE 263 font leur négoce en gros seront éleus aux charges de maire, échevins, capitouls et premiers consuls concurrement avec les advocats, médecins et autres principaux bourgeois des villes du royaume, nonobstant tous . statuts, réglements et usages contraires aux quels il est expressement dé- rogé par ce mesme edit; le suppliant desirant reprendre et continuer son négoce en gros pour le bien ot advantage de sa famille qui se trouvo aug- mentée depuis qu'il la quitté, il voudroit demander, veu la requeste par luy presentée au sénéchal du Puy avec les conclusions du substitut de M. le Procureur général et les lettres de bourgeoisie a luy accordées, en- semble l'édit de Sa Majesté du dit mois de décembre 1701, Île tout y atta- ché. Qu'il plaise à vos graces nos Seigneurs permettre au suppliant de continuer son négoce en gros sans déroger a la qualité de bourgeoïs de la ditte ville du Puy conformément à ledit de Sa Majesté, ce faisant, confirmer ces lettres de bourgeoisie a luy octroyées par le dit sénéchal le douzieme fevrier 1699 et le maintenir en la ditte qualité de bourgeois, aux honneurs, privilèges et préminences dont jouissent les autres bourgeois de la ditte ville et ferez bien. Signé : BATAILLE. Le Procureur général du Roy, veu la présente requeste et pièces y atla- chées, n'empéche les fins de ladite requeste. A Toulouze au parquet le vingt uniesme mars 1703. Signé : H. Masuven Davuisanr. Sur la requeste de soit montré au procureur général du Roy presentée par Antuine Balme, bourgeois de la ville du Puy, ce seizieme de ce mois, à ce que pour les causes y contenues, ñ plaise à la cour luy permettre de continuer son négoce en gros, sans déroger a la qualité de bourgeois de la ditte ville du Puy conformément à l'édit de Sa Ma- jesté du mois de décembre mil sept cent un. Ce faisant, confirmer les lettres de bourgeoisie a lui octroyées par le séneschal de la dicte ville, le douzième fevrier mil six cent quatre vingt dix neuf, et le maintenir en la dicte qua- lité de bourgeois aux honneurs, privilèges et préeminences dont jouissent les autres bourgeois de la dicte ville, et veu la dicte requeste, édit et déclara tion du roy du mois de décembre mil sept cent un, lettres de bourgeoisie ac- cordées au dit suppliant par le séneschal du Puy le dousième fevrier mil six cent quatre vingts dix neuf avec la requeste presentée par le dit Balme devant le dit sencschal, Ensemble le diré et conclusions du Pro: 264 MÉMOIRES cureur général du roy mises au pied de la susditte requeste de soit mon- tré, La Cour faisant droit sur la ditte requeste, a permis et permet au dit Balme de continuer son négoce.en gros sans qu'a raison de ce, il déroge à la qualité de bourgeois de la ville du Puy, à la charge de faire inscrire son nom au lieu et en la forme portée par l'Édit de Sa Majesté du mois de décembre mil sept cent un, ce faisant ordonne la cour que conformément à ses lettres de bourgeoisie de la dite ville, il jouira des honneurs et privi- lèges portés par icelles. Prononce à Tolose en parlement le trente un mars mil sept cent trois. Col'ationne. Signe : Besson. Etat des frais : M. de Chalain, rap'.. 12! Signifiée aux consuls du Pur. Pour la peau........ 37° 61 Signé : Boxxer, huissier. Pour la minute...... 9 Controllé au Puy, le 17 février 1701 Controlle............ 3: 34 et recu six sols. Signé : Movczixsat. Les trois pièces suivantes concernent, la première, Jacques Berard, à la date du 18 juillet 4701, les autres, son fils Jean- Joseph Berard, du 20 novembre 1726. Francois Alphonse de Clermont, chevallier comte de Chaste le Rossilhes et autres places, senechal du Puy Vellay et ressort. Au premier huissier ou sergent requis veu la requeste présentée par sieur Jacques Berard, fils à feu sieur Gabriel Berard, notaire royal de la présente ville, tendant à ce qu'il soi receu en la charge de bourgeois et en celte qualité jouir des hon- peurs, privilèges et prérogatives attribués audit droit de bourgeoisie, l'or- donnance mise au piel de ladite requeste, le soit monstré au procureur du Roy, du quatorziesme du present mois de juillet, par Monsieur Ferrebœuf, lieutenant principal de cette cour, conclusions dudit procureur du Roy, du seiziesme du present mois de juillet. Nous, pourvoyant sur ladite requeste, avons receu ledit sieur Jacques Berard audit estat de bourgeois de laditte ville du Puy et ordonné qu'il jouira à l'advenir des honneurs, privilèges, preséances et autres droits prérogatives attribues audit estat bourgeois, à la charge par lui de ne faire desrogcance audit estat de bourgeois et de prester le serment en tel cas requis et accoustumeé ; et ledit sieur Be- rard a presté le serment. Fennesœur, lieutenant principal, signe au d'ctum. Donné au Puy le dix huitiesme jour du mois de juillet mil sept cent un. De l'ordonnance (mot illisible). — Signe : Ouuion, greflier, LETTRES DE BOURGEO!SIE 265 L'an mil sept cent un et le vingtiesme jour du mois de éécembre, par moi André Machabert, huissier audiencier au sénéchal et juge présidial du Puy y habitant soubsigné à lu requeste de sieur Jacques Berard bour- geois qui a esleu son domicile dans sa maison d'habitation en la présente ville. Le présent appointement cy dernier attaché par lui obtenu de la dite cour de senéchal le 18 juillet dernier a esté intimé et signifié audit Pierre Besset notaire royal et secrétaire de la maison consulaire de ladite ville en son domicile en ladite ville, parlant à sa personne et bailhé coppie afin qu'il ne l'ignore dudit appointement et present exploict contenant prestation de serment. Signé : À MacHavEenT huissier. Controlé au Puy le 23 décembre 1701; receu six sols. Signé : GALLIMARD. A. Monsieur le Senechal du Puy ou votre licutenant, Supplie humblemeut sicur Jean Joseph Berard et vous represente que feu sicur Jacques Berard son père auroit de vous des lettres de bourgeoisie en cette ville sous la datte du dixhuitieme juillet mil sept cens un, du pri- vilege desquelles il auroit jouy jusques à sa mort, rt comme le suppliant fut delaissé pupil et sous la tutelle de demoiselle Marie Richard sa mère laquelle depuis a fait un commerce d’épicerie où le suppliant n'a jamais eu part, quoiqu'il ait toujours habité avec sadite mère et désirant le sup- pliant jouir du mème privilège qu'il vous avoit plu accorder à son père et vivre bourgcoisement des biens qu'il a plu à Dicu de lui donner, il de- mande qu'il vous plaise, veu les lettres de son père cv attachées, luy ac- corder pareilles lettres de bourgeoisie pour jouir sa vie durant des droits et privilèges y attachés et ferez bien. Signé : Anpré. — Veu la présente requeste, suit monstré au procureur du roy ce 20 novembre 1726. — Signé : Baizcann-DEscoupraux, juge mage. Le procureur du Rov, Veu la requeste presentée par sieur Jean Joseph Berard tendant aux fins y contenues, répondue par le sicur Baillard Descombeaux juge mage d'une ordonnance de soit monstré à nous de ce jourd'hui, les lettres de bourgeoisie accordées au feu père du suppliant du 18 juillet 4701, Le tout examiné, Ile sËRIE, 1879. 8 266 | MÉMOIRES Nous disons que le dit sieur Jean Joseph Berard doit être receu ct ins- tallé au nombre des bourgeois de cette ville pour par lui jouir doresnavant des droits et attributs attachés à la bourgeoisie, à la charge par lui de vivre doresnavant en bourgeois sans faire aucun commerce et de prester le ser- ment en tel cas requis et accoustumé au Puy ce vingtième novembre mil sept cens vingt six. Signé : CHasanacy, procureur du roy. Veu notre ordonnance de soit montré de ce jourd'huy ensemble les con- clusions du procureur du roy avec les actes attachés à la dite requeste avons receu le dit sieur Jean Joseph Berard au dit état de bourgeoisie de la dite ville du Puy et ordonné qu'il jouira à l'advenir des honneurs, pri- viléges, preséances et autres droits prérogatives attribués audit état de bourgeoisie à la charge par lui de vivre bourgeoisement et de ne pas faire dérogeance au dit état et à la charge de prèter le serment en tel cas requis et lequel serment le dit sieur Berard a à l'instant prêté suivant la forme ordinaire dout lui avons donné acte et ordonné à notre greffier de lui expédier ses lettres de bourgeoisie. Au Puy ce 20° novembre mil sept cens vingt six. Signé : Baizcann-DEscomBEaux, juge mage. — Taxe à nous six livres. Jean Baillard-Descombaux, conseiller du roy, lieutenant général et juge-mage en la cour de senechaussée et siége présidial de la dicte ville, au premier huissier ou sergent requis. Entre sieur Jean Joseph Berard habitant de la presente ville suppliant par requeste tendant à ce qu'il lui soit accorde des lettres de bourgeoisie attendu qu'il a toujours vécu bour- geois, ce faisant, qu'il jouira des droits, honneurs, priviléges qui sont at- tribués aux bourgeois la dite requeste répondue par le sieur Descombeaux juge mage d'un soit montré au procureur du roy ensemble les conclusions du dit sieur procureur du roy portant que le dit sieur Berard sera receu en l'estat et mis au rang des bourgeois, dattées de ce jourd'huy ; le tout exa- miné nous avons receu et agrégé, recevons’ ct agrégons le dit sicur Berard au nombre des bourgeois de cette ville, ce faisant qu'il jouira des honneurs, rang, séances, droits, privilèges et prérogatives attribués à la dite charge de bourgeoisie faisant inhibition et défenses à tous qu'il appartiendra de lui donner aucun trouble ni empèchement à peine de cent livres d'amende, et autres arbitraires, à la charge par le dit sieur Berard de ne déroger à la dite qualité de bourgeois et de bien ob munivimus. Mgvnonxexc D. M., Ficnoz, Donox. Nous avons ensuite fait mettre lesdits ossemens de Saint-Scutaire, evè- que du Puy, dans une chàsse de bois de sculpture, dorée de tous les côtés; doublée en dedans d’une étoffe de soye. Après avoir béni ladite châsse, ” ayant réservé le crâne que nous avons mis dans un buste de bois argenté de figure d'un évèque à demy-corps dont nous avons scellé l'ouverture du 280 MÉMOIRES sceau de nos arines, nous avons aussi remis le marbre, dont son inscrip- tion servoit d'authentique, avec notre verbal de la vérification desdits osse- mens, et ensemble une copie du verbal des médecins et chirurgiens, conte- nant le dénombrement des ossemens qu’on a trouvés dans la susdite caisse, signé de leur main. Nous avons fait fermer ladite caisse par le haut et tra- verser la couverture par une verge de fer passée dans deux boucles que nous avons fait arrêter par une clavette aussi de fer, et nous avons fait ap- poser sur le tout le sceau de nos armes. Ensuite nous avons fait procéder à la visite et vérification ces ossemens qui ont été trouvés et tirés de la concavité du tombeau du côté de l'épitre par nos grands-vicaires, nous les avons trouvés en assez grande quantité et sans aucune authentique qui put faire foy du nom et de la qualité des saints dont ils composoient les corps, nous avons ordonné aux sieurs Meyron- nenc, médecin, et Filhol et Doron, chirurgiens, d'en faire la vérification et de séparer, autant qu'ils le pourroient, les ossemens qui pourroient con- venir à chaque corps, à quoy ils ont travaillé sur le champ, en notre présence et des sieurs duyen, prévot, dignités, chanoines et autres commis- saires qui étoient autour de la table. Après que lesdits médecins et chirur- giens ont formé les squelettes par la présentation et jonction des membres qui pouvoient convenir à chaque corps, au moins quant aux parties prin- cipales, ils ont dressé le rapport des ossemens qu'ils nous ont présente, et nous l'ont remis signe de leur main, dont voicy la teneur : Eadem die et anno quibus supra, videlicet 26* mensis februarii 1712, horis pa- riter serolinis, inventa et educta fuere ex latere cpistolæ ejusdem altaris, quam plurima alia ossa quæ a reverendissimo et illustrissimo domino episcopo Aui- ciensi nobis jam dictis Meyronnenc, Filhol et Doron exhibita sunt, et illa sepa- ratim in scheleton reduximus, numeravimus et nominavimus coram eodem domino episcopo et supradictis commissariis; scilicet, caput in integrum cum maxillis, totas costas et vertebras, scapulas, claviculas, humeros, cubitos et ra- dios, ossa ischion, femora, tibias et fibulas, ossa manuum et pedum, et demum omnia Ossa à pede usque ad calvariam ; sed quod mirabile et notatu disnum, post tot siecula invenimus duo femora vel femorum ossa cum rotulis suis adhuc pelle ligata: qua de causa Dominus rever. episcopus nuncupavit omnia hæc osse in scheleton reducta, ossa sancli Benigni ultimi horum sanctorum epis- coporum hujusce urbis præsulis,. Item aliud invenimus caput cum suis maxillis et deutibus præter duo, costus et vertebras ad numerum, claviculas et scapulas, partem cartilaginis, xiphoi- des, humeros, radios et cubitos, ossa coccygis, femora duo cum rotulis, tibias, caleanea et quam plurima tam manuum quam pedum ossa ac phalanges, qu® LES CHASSES DE SAINT-VOSY 281 omnia ossa sub nomine sancti Suacrii episcopi illust. et rev. Claudius de la Ro- che Aymon, Anicii episcopus, colenda proposuit. Pariter iavenimus aliud caput cum maxillis et dentibus aliquot, et omnia alia ossa corporis humani, scilicet, vertebras, claviculas, costas, humeros, radios et cubitos, ossa ‘coccygis, femora, libias et fibulas, calcanea, ac demum omnia, ex- ceptis rotulis et ossibus tam carpi quam metacarpi, tarsi quam metatarsi, et maxillam inferiorem separalam quam calvariæ aptavimus ; quæ hæc omnia ossa coram rever. episcopo in scheleton reducta fuerunt, et ab ipso domino episcopo ossa sancti Aurelii nominata fuere. Demum supra eamdem tabulam coram rever. episcopo et commissariis supra- dictis numeravimus et nominavimus ossa quæ subsequuntur, scilicet, caput hu- mani corporis cum maxillis et dentibus præter quatuor, vertebras viginti quatuor, totidem costas, claviculas duo et tot scapulas, ossa duo humerorum, cubiti et ulnæ, ex quolibet brachio ossa duo, femora duo cum rotulis, ischiou, portionem cartilaginis et xiphoides, tibias et fibulas, calcanea cum quam pluri- mis ossibus phalanges dictis, tam ex utroque pede quam ex utraque manu ; quæ ossa prædictus illust. ac rever. Anicii episcopus nomine sancti Hermentarii episcopi insignivit et a fidelibus honoranda proposuit. Ossa vero superius enumerata et appellata, ex quibus quatuor sanctorum episcoporum corpora eflinxinus, nempe SS. Benigni, Suacrii, Aurelii et Her- mentarii, ut nobis apparet, esse hominum magnæ staturæ enunciamus in solemne præmissorum testimonium hoc diploma aliena manu scriptum chirographo nostro munivimus Anicii Velaunorum, die 26° mensis februarii, anno reparatæ salutis 1712, M&YRroNNENC, D. M., Fizuoz, Doro. Et d'autant que nous n'avons trouvé aucune authentique qui put nous certifier du nom et de la qualité des saints dont ils composent le corps, nous avons conféré avec les sieurs doyen, prevot, dignités, chanoines de notre cathédrale et nos grands-vicaires et promoteur, sur ce que nous de- vions faire de ces ossemens. Après avoir pris leur avis, attendu que c'est une tradition immémoriale que cette église collégiale de Saint-Vosy est la dépo- sitaire non seulement des corps de Saint-Vosy, premier évêque du Puy, de Saint-Scutaire, son successeur, dont nous trouvämes hier les corps sépa- rément avec leur authentique, mais encore que cette même église, possède lcs corps de S' Suacre, St Hermentaire, St Aurèle et St Bénigne, tous évè- ques de ce même siège, comme il paroit par les anciens bréviaires ct pro- pres des saints de ce diocèse, qui ont êté imprimés depuis ; faisant attention aux images des six saints évèques du Puy, comme nous avons rapporté dans notre verbal, sur le rebord dudit autel, qui contenoit que cette pierre renfermoit les corps des six saints évêques peints sur le devant Ile sème, 1879. 9 282 MÉMOIRES de l'autel, et aux trois vers qui étoient écrits sur le rebord dudit autel, qui contenoient que cette pierre renfermoit les corps desdits saints evêques du Puy, comme nous l'avons rapporté dans notre verbal de la première séance, et que d’ailleurs c'étoit une ancienne pratiqué de l'Église univer- selle de renfermer les reliques des saints dans les autels sur lesquels on offroit le saint sacrilice ; le tout mürement considéré et examiné, nous avons ordonné que les quatre corps saints seroient mis dans quatre châsses différentes pour étre exposés à la piété et à la vénération des fidèles, sous les noms et invocation de 8. Hermentaire, S. Suacre, S. Aurèle et S. Be- nigne, et qu'on pourroit les porter dans les processions solennelles, avec les autres reliques de la même église (1). Nous avons ensuite enfermé chaque corps des saints dans une châsse particulière et travaillée en sculpture dorée de tous les côtes, doublée cn dedans d'une étoffe de soye que nous avons bénite, ayant séparé et réservé les quatre chefs que nous ayons mis dans quatre bustes de bois argentés, de figure d’évèque à mi-corps, dont nous avons scellé l'ouverture du sceau de nos armes. De plus, nous avons mis dans chaque chässe un verbal de l'élévation que nous avons faite de de ces reliques et du nom des saints sous lequel elles seroient honorées, avec une copie du rapport du médecin et chirurgiens pour le nom ct nom- bre de ces ossemens qui seroient contenus dans chaque chässe ; ayant remis l'original du rapport des médecin et chirurgiens signé de leur main dans la chässe de Saint-Vosy, nous avons fait fermer chacune de ces quatre chässes par le haut ct traverser la couverture par une verge de fer passant dans deux boucles que nous avons aussi fait arrêter par une clavette aussi de fer, et nous avons fait apposer sur le tout le sceau de nos armes. Et d'autant que outre les quatre corps saints qui ont été formés des osse- mens que nous avons tirés de la susdite concavité du tombeau, et que nous avons enfermés dans quatre chässes, il restoit encore plusieurs ossemens que l’on avoit trouvés séparés des autres, nous avons fait remettre tous ces ossemens dans la mème concavité du tombeau, d'où nous les avions tirés, pour y être enfermés jusqu'à ce que nous ayons quelque preuve authentique pour connoitre le nom du saint dont ils composent le corps, ou que Dieu ayt fait connoitre par quelque autre moyen sa volonté. (1) Ces chässes qui avaient été déposées dans la chapelle souterraine de l'église de Saint-Vosy, furent ouvertes le 3 juillet 1791, sous l'épiscopat de M: Galard de Terraube, qui en fit reürer un o3 de chaque saint pour ctre placé ensemble, dans un reliquaire, 8 la Cathédrale. (M. Aymard, Annales de la Suciélé d'agriculture, t. XXIX, p. 560.) LES CHASSES DE SAINT-VOSŸ 283 Dont, et de tout ce que dessus, avons dressé notre procès-verbal, que nous avons fait triple; dont l’un a été remis dans la chäâsse de Saint-Vosv, le second dans nos archives, et le troisième aux archives de l’église collé- giale et paroissiale de Saint-Vosy. Nous avons requis MM. les doyen, pré- vot, dignités, chanoïnes de notre cathédrale, MM. le lieutenant de roy, consuls, personnes nobles et qualifiées, et plusieurs autres assistans due- ment appelés de vouloir attester et signer avec nous. + CLauDe, évêque du Puy ; pe Bear, doyen ; GENESTET, prévot ; Ginan- DIN, vicaire-général; BaRneT, vicaire-général; P£eyrerT, abbé de Saint- Pierre-la-Tour ; de Roquercan, fordoyen; P£rriN, chanoine; Dp'EsrTiva, lieutenant de roy ; Conpes, 1° consul; André Nozcnac, 2° consul; Voruac, D'Acraix; de Mourauss de Saint-Germain; Genesrer de Séncujol, etc. Par monscigneur, Treveys, secrétaire. Collationné sur l'original gardé aux Archives de l'église collégiale de Saint-Vosy, par nous soussigné, RosenT, chanoine syndic, garde des Ar- chives, RovErT. Nous Francois da BÉniNauen, évèque et seigneur du Puy, comte de Ve- hay, suffragant immédiat du saint siège, etc., certifions à tous ceux qu'il appartiendra que ledit sieur Rogsent est chanoine syndic de ladite église et que foy doit être ajoustée au présent écrit. En foy de quoy nous avons signé et fait sontresigner par notre secrétaire, et apposer le sceau de nos armes. Donné à Paris en notre hôtel, ce 1°" octobre 1735. + François, évêque du Puy. Par ordre de Monseigneur : Rocuer. (Bibl. nat. Ass. Collection du Languedoc, t. XXXIX, fes 304 et sq.) À. JACOTIN. NOTICE SUR LE MORE DE LA FAYE Le More de La Faye (Louis Christophe) naquit à Tence-en- Velay, en 1759 ou 1760. Les registres baptismaux de cette pa- roisse n'existant pas pour cette période, il nous est impossible de donner la date exacte de cette naissance. Il semble que son nom patronymique ait été Le Moro et non Le More ainsi que l'indique l'acte de naissance suivant de son père : « Louis-Antoine Le Moro, fils légitime à autre Antoine, sieur de La Faye, avocat en parlement, châtelain et juge alternatif de la ville de Tence et à demoiselle Marguerite Le More mariés, est né le 21 et a été baptisé le 22 septembre 1729 : le parrain, sieur Louis Le Moro, la marraine, demoiselle Jeanne Le More, de Tence soussignés. » Ce qui aurait donné lieu à cette confusion de noms est d’abord leur ressemblance ; en second lieu, la présence, à cette époque, à Tence d’une famille Le More; enfin, l'alliance de la famille Le Moro avec la famille Le More. D'abord avocat en parlement, juge-bailli de Tence, avant 1789, Le Moro de la Faye, fut l’un des commissaires désignés pour la rédaction des cahiers du Tiers-Etat de la Sénéchaussé du Puy, et devint administrateur du département de la Haute-Loire, en 1790. En l’an Il, il fut incarcéré et ne dut la liberté qu'au 9 ther- midor. Il remplit successivement les fonctions de président du tribunal civil d'Yssingeaux et de membre du tribunal civil séant au Puy. NOTICE SUR LE MORE DE LA FAYŸYE 285 Il fut en prairial an V, nommé par les électeurs du départe- ment de la Haute-Loire, juge au tribunal de Cassation (1). Le Moro et Truchard du Molin sont les deux seuls magistrats que dans le passé notre département aït eu l'honneur de fournir à la. Cour suprême. Il est actuellement représenté auprès d'elle, par M. le conseiller Alexandre de Lagrevol. " Du tribunal de cassation Le Moro passa, vers 1805, en qua- lité de conseiller à la Cour d'appel de Riom. Il devint enfin pré- sident du tribunal civil d'Yssingeaux. Par le sénatus-consulte des 9 et 10 août 1810, Le Moro de La Faye fut nommé député de la Haute-Loire, au corps-légis- latif. Il fut membre du Conseil général de notre département depuis la création de cette assemblée en l'an VIII, jusqu’en 1811. Il mourut à Paris le 10 novembre 1814, à l’âge de cinquante quatre ans, officier de la légion d’honneur (2). (1) D’après la constitution votée par l'Assemblée Constituante, en 1790 tous les départements de la France devaient concourir successivement par moitié à l'élection des membres de ce tribunal. Cette élection se faisait dans les mois d'avril et de mai par les électeurs dé- partementaux. Les membres du tribunal n'étaient élus que pour quatre ans, mais pouvaient ètre réélus. Pour ètre éligible, il fallait avoir trente ans et avoir exercé pendant dix ans les fonctions de juge dans une cour supérieure, un présidial, une sénéchaussée ou avoir rempli les fonctions d'homme de loi. Les juges non gradués des anciens tribunaux d'exception n'étaient pas éligibles. Il devait aussi être pourvu à la nomination d'un juge suppléant. La Haute-Loire faisait partie de la deuxième série des départements désignés par le sort pour pourvoir au recrutement des membres du tribunal de Cassa- tion, (2) Extrait des registres de l'élat-civil de la ville de Paris : N° 151, registres 2, 12084. Le maire du quatrième arrondissement, officier de la Légion d’honneur, du 10 novembre 1814 à midi, acte de décès de Le Moro de Lafaye, président du tribunal de première instance d’Yssingeaux, département de la Haute-Loire, offi- cier de la Légion d'honneur et membre de la Chambre des députés décédé ce 286 MÉMOIRES De son mariage avec mademoiseile Tavernier, Le Moro laissait deux filles M”° de Villeneuve et M°° de La Fayolle de Mars, dont un des petits-fils, M. René de Mars, ancien magistrat est aujourd'hui maire de Tence et conseiller-général pour ce can- ton, à | Henry Mosnier. jourd'hui à six heures du matin, âgé de cinquante quatre ans, né à Tence, susdit département, y domicilié et logé à Paris, rue Baillif, n° 2, quartier de la banque de France, veuf de (on ignore les prénoms et nom). Premier témoin, Jo- seph-Bultazar Bonnet de Treiches, Agé de cinquante quatre ans, membre de la Chambre des députés, rue de Richelieu n° 87 deuxième témoin, Jean Baptiste Louis Serpeille, àgé de quaranto six ans, vicaire à Saint-[ouis-en-l'ile, quai d'Orléans, n°8, amis, lesquels, après lecture faite ont signé. Délivré le présent extrait conforme au registre, par nous, maire «dudit arron- dissement, soussignés, Paris, le 14 novembre 1874, Signé : BARBIER. Digitized by Google Soc. des Amis des Sciences, etc. 20 lasc. pr. 287. Reprod. par Îe procédé Grirrorr. INSCRIPTION ÉNIGMATIQUE SUR UN CHAPITEAU DE L'ÉGLISE SAINT-JULIEN DE BRIOUDE | (x1° siRkecLE?) Communication de M. Paul Le BLanc. UNE INSCRIPTION DE L'ÉGLISE SAINT-JULIEN DE BRIOUDE Un des chapiteaux de l'église Saint-Julien de Brioude, celui qui est à gauche de la tribune des orgues au-dessus du Narthex, qui serait, d'après Mérimée (1), la partie la plus ancienne de l'édifice, représente trois personnages ailés. Ceux de droite ct de gauche, remarquables par leurs faces grimaçantes, leurs lar- ges oreilles d'âne, leurs cornes recourbées au milieu de la tête, sont agenouillés, et, à l’aide de leurs mains, rapprochent leurs jambes de leurs corps. L'un d’eux tire la langue et semble se moquer de ceux qui le regardent. Celui du milieu, dont la partie inférieure du corps est cachée par une large feuille d’acanthe, est sans cornes, et il tient, des deux mains, appuyé sur le nombril, un cartouche sur lequel est gravé l'inscription ci-dessus, qui, croyons-nous est restée jusqu’à ce jour inédite et sans interprétation. Si, comme le pensent plusieurs personnes, ce cartouche ren- ferme le nom de l'architecte de Saint-Julien ou celui du sculp- teur des cinquante grands chapiteaux qui décorent cette collégiale, il serait bien important de déchiffrer l'énigme que renferme la deuxième ligne de cette inscription. En effet, quoique l’église de Saint-Julien ne soit qu’un assem- blage de diverses parties (chacune d’un style différent, byzantin, roman, roman de transition et ogival), et qu’elle ne dût être par (1) Souvenirs d'un voyage en Auvergne, 288 MÉMOIRES suite qu'une simple curiosité, tous ces styles d'architectures ont été si bien sondés qu'ils forment un tout sans disparate, plein de grandeur harmonieuse. L'intérieur est fort sobre de décora- tions ; instinctivement l'œil les cherche et ne trouve pour s'ar- rêter que les chapiteaux des colonnes engagées dans les piliers ; mais il s’y fixe bientôt, et, surpris, il poursuit son examen dans l'admiration ; c'est que quelques-uns de ces chapiteaux ne sont pas vulgaires et relèvent grand art. Mérimée, qui était un connaisseur, fut tellement frappé du grand caractère et de la parfaite exécution de plusieurs d’entre eux, qu’il les croyait « dignes d’être moulés pour la collection de l'école des Beaux-arts ». Nous ne noterons pas, après lui, la noble attitude et les grandes et simples lignes de griffons qu'on voit sur quelques-uns de ces chapiteaux, la tranquille majesté des aigles aux ailes éployées qui garnissent les autres. En plein moyen âge, au x1° siècle, il y a donc eu un artiste qui connais- sait les modèles de l'antique et qui savait donner à ses figures une telle tournure et leur imprimer un tel accent? à la vérité, dans beaucoup d’autres chapiteaux, il se laisse aller aux formes hideuses, tourmentées et fantastiques de son temps ; mais les motifs dont nous parlons, sont trop calculés pour n'être que le produit d'un hasard heureux. Ils portent le cachet authentique du goût classique; de plus, étant très élevés, et le champ qu’on peut prendre étant nul, leur demi-bosse a été établie sur une perspective aussi heureuse que savante. On le voit, la solution de cette énigme est des plus intéres- santes. Le sculpteur qui a modelé ces chapiteaux, l'architecte qui a dessiné ce beau vaisseau, ne doivent pas rester inconnus. Mais, alors même que cette inscription ne contiendrait pas les noms de ces artistes, il ne faudrait pas mieux en rechercher le sens. Peut-être renferme-t-elle une allusion à quelque lé- gende populaire du moyen âge? Ce chapiteau ne serait-il pas, par exemple, la traduction en pione d’un trait de la légende de saint Martial, l'évêque de Limoges, découverte, dans un vieux manuscrit de l’église de Saint-Martial, de l’ancien Paris, UNE INSCRIPTION DE L'ÉGLISE SAINT-JULIEN DE BRIOUDE 289 par Thomas Beaulxamis, et publiée par ce religieux carme, à la suite des Mistotres apostohiques d'Abdias ? L'auteur de cette vie apocryphe, — édit de 1571, in-8, fol. 166, — raconte que saint Martial, ayant obligé, par la puissance de ses exorcismes, une bande de démons à sortir d’un gouffre qui leur servait de retraite, somma l’un d'eux de lui dire son nom : je m'appelle Mille Artifer. — Et pourquoi t'appelles-tu ainsi? continua le saint. — Parce que j'emploie mille ruses, mille artes, pour tromper les hommes, répliqua le démon. Et Martial ayant demandé à un autre démon comment il s'appelait, en reçut pour réponse qu'il s'appelait Veptunus, parce qu'il avait précipité dans le gouffre de l'enfer un grand nombre d'hommes. Ce dernier démon ayant été amené ensuite à parler de son chef, saint Martial eut la curiosité d’en demander le nom : il s'appelle Riroaldus, répondit le mauvais esprit. — Et pourquoi porte-t-il ce nom? demanda encore le saint. — Parce qu'il n'aime rien tant que les rixes et les discordes, riposta Neptunus. L'on ne peut s'empêcher d’être frappé de l’analogie singulière qui existe entre les trois personnages du chapiteau de Saint- Julien et les démons Mille Artifex, Neptunus et Riroaldus. Mais, pour se prononcer et décider entre ces deux interpréta- tions, il serait nécessaire de déchiffrer la seconde ligne de cette inscription et nous avouons humblement n'avoir pu en venir à bout. Brioude. Paul Le BLanc. (Extrait de l’/ntermédiaire des chercheurs et des curieux, tom. XI, col. 483.) = ee — PRIX-FAIT D'UN TABLEAU Commandé au peintre Guy François, pour la cathédrale du Puy. MEssiEURs, Le peintre Guy François est connu de la plupart d’entre vous; aussi me bornerai-je à vous rappeler très-succinctement les prin- cipales phases de sa vie. Né au Puy, dans la seconde moitié du xvi° siècle, d’Armand François, maître chaudronnier de cette ville, et de Magdeleine Delicques, François étudia, jeune encore, le dessin et alla se perfectionner dans cet art et celui de la peinture à Paris d'abord, à Rome ensuite, où, d’après Félibien {Histoire des peintres), il fut l'élève de Vouet qui avait déjà eu pour disciples Lesueur, Mi- gnard et Lebrun, pour ne citer que les plus célèbres. Ce fut auprès de cet illustre maitre que François puisa ses principales qualités qui consistent surtout, selon la méthode du Carravage, dans la puissance des reliefs, la vigueur des con- trastes, dans la production des grands effets d'ombres et de lu- mières, dans une manière large, hardie et expéditive. Revenu dans sa ville natale, Guy François, que, suivant la mode du temps, était devenu, en italianisant son nom, Guido Francisco, a bientôt le monopole de la décoration de toutes nos églises du Velay. Sa réputation ne tarde pas à s'étendre dans les provinces voisines, aussi retrouve-t-on encore sa trace, non- seulement dans l'Auvergne, le Bourbonnais et le Forez, mais encore dans tout le Languedoc. Il fournit de copies des tableaux de Vouet, de Lebrun, de Lesueur, la plupart de nos monastères, PRIX-FAIT D'UN TABLEAU 291 François peignait avec une grande célérité; aussi, à sa mort, Jaissa-t-il une fortune relativement considérable. Il s'était marié, en 1615, avec Valérie Bonnefont, fille d'un marchand du Puy. De cette union naquirent plusieurs enfants : l'un d'eux, Jean François, surnommé l'I{ustre, alors que son père avait été appelé le Grand, continua les traditions artistiques paternelles et quelques-unes de ses œuvres sont parvenues jus- qu'à nous. Le prix-fait que je vais avoir l'honneur de vous lire nous ap- prend que Guy François peignit non-seulement à l'huile sur toile, mais encore à la détrempe sur des murailles préparées à cet effet. Ce renseignement vient à l'appui de l’assertion d’un de nos historiens, M. F. Mandet, quiattribue à notre peintre plusieurs des peintures murales dont on retrouve les débris dans nos ma- noirs en ruine et notamment les fresques décorant le petit ora- toire du château de Bouzols. 10 septembre 1637. _ Pactes et conventions passées d’entro nous, Jacques Pradier, chanoyne en l'esglize cathédralle Nostre-Dame du Puy, et Guy François, peintre de ladite ville. Premièrement a esté convenu que moy dict Francois seray tenu, prometz de faire audit sieur Pradier ung grand tableau pour mettre à l'entrée de l'esglise cathédrale Nostre-Dame du Puy du cousté du fort et a main droite, despuis la sime de l’arcade et voulte y estant, jusques au bout de trois grandz troux ou massoniaulx qu'il y a au dessoulz et de la largeur de ladite arcade ou voulte, dans lequel tableau, je promets de faire et rep- présanter en huyle le couronnement de la Vierge avec une court céleste et aux deux extremittés pourtrairre d'ung cousté ledit ar Pradier avec st Jacques et de l’austre cousté st Jean avec feu Mons M° Jean Pradier son frère aussy chanoyne de lad, esglise et mettre leurs armes entre deux. Comme aussy ledict Francois prometz de faire le quadre dudit tableau de boys de nover et icelluy paindre en azur et dorer de deux gros filetz d’or le tout à mes fraitz et despans. De plus, ledit François prometz au dict sieur Pradier de paindre ay 292 MÉMOIRES dessoubz du dict tableau les douze apostres en destrampe ou grisailhe sur la muraille avec leurs armes. Et moy dict Pradier prometz audit sieur Francoys de faire grossoyer et blanchir ladite muraille à mes fraitz et despans et en oultre prometz de payer audict sieur Francois la somme de cinq cent livres, tant pour ledit tableau, quadre que apostres susdicts. Et moy dict Francois prometz par-dessus ledict tableau et apostres don- ner audict s' Pradier son pourtrait et ung petit tableau separé ensemble celuy de Damli® Catherine Dorvy sa belle sœur. L'an mil six cent trente deux et le dixiesme jour du mois de septambre après midy par devant moy nore royal soubsigné et tesmoingtz soubz nom- més et sons personnellement establis monsieur M° Jacques Pradier, chanoyne esglise cathédrale Nostre-Dame du Puy d'une part, et s° Guy Francois, paintre de la ville du Puy d’'aultre, lesquelles parties mutuelles stipulations intervenant ont promis rattifier et confirmer les susdicts pactes entre eulx passés et promis par ses présentes d'iceulx inviolablement observer à quelles fins et en déduction de la somme de cinq cent livres y contenues ledict Pradier a illec reellement payés audict s° Francois la somme de deux cent livres en escus sol monnoye compté et nombré et par ledict s' François recue et emboursée en présence de nous dict noï* et tesmoingtz dont ledict est comptant et en acquitté et quitte ledict s° Pra- dier avec promesses de ne la lui plus demander, et les trois cent livres restantz ledict s° Pradier a promitz et prometz payés audict s° François le 24° du mois de mars prochain, veille de l’annunciation Notre-Dame en l'année qu'on comptera mil six cent trente trois, auquel jour ledict Francois a promis et prometz davoir le tout fait et parachevé ledict tableau et rendu en estatz au lieu pourté par les susdicts pactes et ainsin les dictes parties respectivement, l'ont promis et juré. Fait au Puy, maison dudict sieur Pradier, présants Voie, BERKARD, Besson, praticien, soubsignés, lesdictes parties et moy, notaire royal soub- signé et recepvant. (Extrait des minutes de Pierre Mareschal, nolaire royal.) BIBLIOGRAPHIE Ils seront bien heureux nos successeurs en recherches locales : on leur taille de la besogne, la voie se déblaie, les matériaux s'accumulent. Nous défonçons le terrain et faisons les semailles ; à ceux qui viendront après nous sourient la récolte facile et les épis mürs. Partant de cette idée juste que l’histoire du Velay reste, en dépit de maintes tentatives, à l’état d’ébauche, l’érudi- tion indigène se remue et déserte la voie stérile des systèmes et des partis pris. Dans leur sphère modeste les chercheurs de nos parages s'’inspirent des procédés bénédictins : ils traitent l'étude du passé comme une science véritable, dont la certitude exige les principes d’une saine méthode. Nous voilà de nouveau réduits aux tâtonnements de la création et de l'élaboration. Il faut abdiquer toute visée ambitieuse, s'astreindre aux détails, vérifier les dires de nos hagiographes, se confiner dans le menu des dates et des faits. Tâche aride, souvent ingratel On aimerait parfois à élargir son horizon. Les travaux d’ensem- ble séduisent et l’on s’imagine que l’histoire définitive de notre province offre certaines chances, mais cette illusion d'optique dure peu. Il y a trop de lacunes, trop de problèmes et d’énig- mes dans nos auteurs et nos manuscrits, trop d'événements in- connus ou défigurés! On revient en boudant, mais on revient à l'œuvre préparatoire, aux essais, aux coups de sonde jetés çà et là, à ce que nous appelons volontiers le rudiment, le Lhomond de nos annales, On a déjà gagné du chemin dans cet ordre d'idées. Une masse de diplômes ont paru à la lumière. Nos archives, soit départe- 294 MÉMOIRES mentales, soit nationales, et les dépôts domestiques se sont vu ra- vir bien des pièces inédites et d’un intérêt sérieux. Publier des titres, c'est parfait, c'est même l’essentiel, mais il ne faut point s’en tenir là. Il est bon de tendre l'oreille à tout ce qui se dit, et de lire, si c'est possible, tout ce qui s’imprime. On recueille des données précieuses dans beaucoup de monographies étran- gères à notre pays et à plus forte raison dans les livres consacrés aux provinces du voisinage. C’est jouer de maïheur si le flot sans cesse renouvelé de notices, opuscules, cartulaires, mémoi- res, alors même que ce flot vienne de loin, ne laisse par quel- ques épaves sur nos rives. Sous ce rapport, un bulletin biblio- graphique, tenu au jour le jour, serait pour chacun de nous d'unc aide efficace : toutefois, gardons-nous de concevoir cette revue sommaire du mouvement intellectuel comme réservée aux seules productions contemporaines. S'il convient d'être à l'affût de l’heure présente, il est non moins utile d'interroger les vieux grimoires etles bouquins vermoulus. Il y a profit à s'orienter en tous sens, à vivre dans l'atmosphère courante, mais aussi à re- garder de temps à autre derrière soi. Le bulletin bibliographi- que, dont nous parlons, serait donc un peu capricieux : il de- vrait glaner, butiner de droite et de gauche, parler aujourd’hui des publications quotidiennes et demain rouvrir les in-quarto de nos pères. — Essayons pour notre compte. — En ce moment nous ne voulons entretenir nos amis que des livres de la veille, et, parmi ces livres il s’en trouve qui nous regardent d'assez près. Citons d’abord la nouvelle édition donnée par M. Paul Meyer de la Chanson de la Croisade contre les Albigeois, Paris, librai- rie Renouard, 1875. Nous n'avons encore à notre disposition que le premier tome de cet ouvrage, mais il suffit pour attester combien le nouveau texte est supérieur à celui qu'a publié l'illustre Fauriel dans la Collection des Documents relatifs a l'Histoire de France, 1 volume in-4°, Imprimerie royale, 1837. M. Paul Meyer n’a plus ses preuves à faire. Ses travaux sur la littérature romane sont connus et appréciés du monde sa- vant. Il appartient à ce groupe déjà considérable de l'Ecole des BIBLIOGRAPHIE 295 Hautes-Etudes, qui nous venge enfin de notre trop longue infé- riorité au regard de la philologie allemande. Les compatriotes de Diez, Fuschs, Wolf, avaient pris sur nous de l'avance dans l'étude de nos vieux dialectes et ils triomphaient sans détour de leurs succès en accusant la frivolité française. Grûce à MM. Gas- ton Paris, Paul Meyer, Brachet et bien d’autres, nous pouvons montrer à nos chers amis d'outre-Rhin des œuvres qui valent les leurs en solidité et les surpassent par la bonne humeur et l’entrain. Dans le récent travail dont nous nous occupons, M. Paul Mever est résté fidèle à ses habitudes de critique sévère et d'érudition abondante et sûrè. Le poïme de Guillaume de Tudèle est restitué dans sa véritable physionomie. Des notes succinctes mais topiques éclairent le texte et le complètent. Des variantes, des lecons diverses emprunttes à plusieurs manuscrits permettent au lecteur le plus profane de trancher lui-même les questions techniques de grammaire et de langage. L'éditeur a mis également à contribution les nombreux récits de la guerre des Albigeois, et, à l’aide de ces documents contra- tradictoires, il contrôle ou redresse la narration du poète. Notre confrère, M. Antoine Jacotin, a mieux fait que de louer l'œuvre de M. Paul Meyer; il s’en est servi d'une manière très-heu- reuse pour son intéressante étude sur notre évêque Bertrand de Chalencon, l’un des généraux de la Croisade, H importe également de signaler aux curieux le dernier ou- vrage de M. Chazaud, archiviste de l'Allier, M. Chazaud n'est point un inconnu pour nous : il s’est intéressé à l’entreprise des Tablettes et l'a même aidée de son précieux concours. Son édi- tion de la Chronique du bon duc Loys de Bourbon, Paris, librai- rie Renouard, 1876, est bien digne de figurer dans cetle série de livres excellents que met au jour la Societé de l'Histoire de France. On connaît par La Mure, édition Chantelauze, t. I, pp. #4 et suiv., la biographie de Louis IT, duc de Bourbon et comte de Forez. Ce prince succéda à son père, Pierre [°", décédé en 1360 à Londres où il était détenu comme otage du roi Jean. La carrière de Louis IT, qui se poursuivit jusqu'en 1410, ne mérite 296 MÉMOIRES point sans doute les hyperboles de ses biographes, mais elle fut honorable, patriotique et semée de bonnes et nobles actions. On doit avant tout savoir gré à sa mémoire des services qu'il rendit à la cause nationale, dans cette désolante anarchie qu'inaugura le règne de Charles VI. La Chronique du duc Louis II avait été . imprimée deux fois, la première, chez François Huby, in-8°, Pa- ris, 1612, la seconde, dans le Panthéon littérarre de Buchon en 1841. M. Chazaud a profité des travaux de ses devanciers, mais en y ajoutant beaucoup de son crû, grâce à la collation des trois manuscrits de Saint-Pétersbourg, de Bruxelles et de notre Bi- bliothèque nationale. Au point de vue philologique, le volume de M. Chazaud défie toute contrefaçon. C’est bien là le récit pur et original de « Jehan d'Orreville, picard, nommé Cabaret, pouvre pèlerin. » Une fort bonne introduction renferme de co- pieux documents bibliographiques, des notes surle bon duc et ses principaux chevaliers, et surtout une biographie aussi complète que possible du rédacteur de la chronique, Jean Cabaret, et de son collaborateur Jean de Chatelus, seigneur de Châteaumorand. Un sommaire chronologique, un appendice et une table des noms de lieux et de personnes achèvent de donner à l'ouvrage de M. Chazaud le caractère de précision et d'utilité qui fait le prix des travaux de ce genre. | Ce qui nous intéresse directement dans {a Chronique du bon duc Loys, c'est la mention quatre fois répétée du Puy-Notre-Dame. Voici les passages où il est question de notre ville, et l’on re- greltera que ces passages n'aient point Cté relevés par nos au- teurs locaux: : En 1375, le duc de Bourbop, après avoir guerroyé contre les compagnies anglaises d'Auvergne, vint faire un pèlerinage au Puy (édit. Chazaud, pp. 105 et 106), et voici l'événement qui signala son séjour dans notre ville : Comment le duc de Bourbon se mit en ordonnance pour aller en E‘spaigne la première fois, pour cuider voyaiger en Grenade. L'an de gräce x uit septante et cinq estoit entré, que le duc de Bourbon BIBLIOGRAPHIE | 297 ot deslivré Auvergne des ennemis du royaulme, lequel avoit de coustume en tous ses fais de louer Dieu, et très -dévot estoit à la vierge Marie : et pour ce, après la prise des places, s'en alla en pellerinage à Nostre-Dame d'Orci- val, (1) et illec offrit son pennon, qui encores y est, lequel il avoit voué quand il le vit premier sur la Roche Senadoire (2), pour ce que c’estoit La première place près de la aourée de Nostre-Dame, et là fonda lo duc une messe per- pétuelle. Et faicte son oblation, se partit et alla à Ardes (3) vers le conte Daulphin, qui le festoya moult grandement et d’Ardes alla au Puy-Nostre- Dame, ou il s’estoit voué. Et lui estant au Puy à son pellerinage, et ja y ot demouré deux jours pour sa devocion, vint à lui ung herault honnorable, de par le roi Henri d’Espaigne, qui apporta lettres au duc de Bourbon, les plus belles qu'on peust voir, ou ledit roi Henri prioit et requéroit au duc de Bourbon qu’il lui pleust de venir en Espaigne, et que le duc y avoit bien son venir : car la seigneurie de Bourbon l'avoit fort aidé à conquester son royaume, c'est assavoir le conte de la Marche, qui estoit du sang et des armes de Bourbon : « Et pour la grant renommée, bonne chevalerie, «a preudhommie et sagesse que j'ai oui dire de vous, je vous envoye mon « especial hérault Moniquot, vous certiffiant par mes lettres patentes que « mon intention et mon emprinse est, à l'aide de Dieu, entrer en Gre- « nade en la saison nouvelle, à toute la puissance d'Espaigne, et sur toute « rien désirerois vostre compaignie. À laquelle chose je vous prie que ne « me vueillez faillir, et vous plaise amener avecques vous deux ou trois « cens chevaliers et escuiers, et je vous promects que je vous despartirai de « mes biens tout ce que vous en vouldrez prendre. » De quoi le duc Loys de Bourbon fut moult lie et joyeulx, et lui sembloit que Dieu l’emportoit, quand il véoit chose honnorable en quoi à la saison nouvelle il se peust employer. Et sur cela deslivra le duc de Bourbon le hérault du roi nommé Moniquot, et lui donna un escusson de ses armes, et de riches vestures de drap d'or, et sa devise, et l’en envoya; et escript le duc ses honnorables lettres par ledict hérault au roi d'Espaigne : que au plaisir de Dieu, il seroit devers lui, dedans la fin de mai; et sur ce s’en revint le duc en son paiïs de Bourbonnois pour mettre en ordonnance à fere son voyaige...… Au cours de l’année 1380 le connétable Duguesclin arriva au Puy avec des gentilshommes du duc de Bourbon, et de notre (1) Commune du canton de Rochefort, arr. de Clermont (Puy-de-Dôme). (2) La Roche Senadoire, commune et canton de Rochefort. (3) Ghef-lieu de canton, arr, d'Issoire (Puy-de-Dôme). Ile Sérix, 1879. 10 298 | MÉMOIRES ville se rendit à Châteauneuf-Randon où il devait trouver la mort (13 juillet 1380). Le chroniqueur raconte comme suit (édit. Chazaud, pp. 115 et suiv.) le séjour du connétable dans nos murs : | Comment le conestable messire Bertrand se partit de Bretaigne, sur l'espoir de s'en aller en E‘spaigne, passa par Bourbonnois, ou le duc le festoia, et alla devant Chastelneuf de Randon, ou il morut, et ot le chastel. Jà couroit l'an de grâce m in xx et neuf (1), que le bon conuestable messire Bertrand de Claiquin meut du pais de Bretaigne pour vuider le pais et royaume de France, comme il avoit promis aux ducs d'Anjou et de Bourbon; et pour son bon los, à l'accompaigner et servir se présen- tèrent plusieurs barons et seigneur: de moult de parties, lesquels il regracia de celle offre, et ne voult mener o lui, pour son allée accomplir, fors trois cens hommes d'armes, Et bien ordonnée son affaire, se mit au chemin pour s’en aller demourer en Espaigne, et avec sa compaignie vint passer par Bourbonnois, où le duc Loys estoit, qui le festoya grandement, et de rechief le cuida convertir de le retenir, comme cellui qui avoit grant regret en son allée ; mais le duc n'y peut oncques mectre remède; et à son despartir, lui donna un bel hanap d'or, esmaillé de ses armes, lui priant qu'il y voulsist boire toujours pour l’amour de lui, et lui donna aussi une belle seincture d'or, très riche, de son ordre d Espérance, laquelle il lui mitau col, dont le conestable le mercia, et en fut moult joyeux. Ainsi prindrent congié l'ung de l’autre, et lui bailla le duc de Bourbon dix gentilzhommes de son hostel, pour le conduire quatre jour- nées, lesquels furent Jehan de Chastelmorand, qui portoit l'enseigne du duc de Bourbon, Gauvain, Michaille, Perrin d'Ussel, messire Odin de Rollat, Champropin, le bastard de Glarains, le borgne de Veaulce, et autres. Et estoient gens que le conestable amoit moult, et qu’il congnois- soit; et le convoyèrent au Puy-Nostre-Dame, où les cituyens lui sup- plièrent que, pour Dieu, il voulsist aller devant Chastelneuf-de-Randon qui destruisoit le pais, et que, aincois qu'il se partist du royaume, le (1) 1380. nouveau style. BIBLIOGRAPHIE 299 deslivrast des Anglois; et que ce lui seroit louable mémoire avec les biens qu'il avoit fais. Si leur octroya le conestable ; et après qu’il ot visité l’esglise Nostre-Dame, et fait son pellerinage, il dit aux compaignons qui le conduisoient : « Vous mes chiers compaignons, frères et amis, de « l'hostel de mon bon seigneur et maistre le duc de Bourbon, puis qu'il n’a « guiéres jusques-là, je vous prie, faictes moi compaignie devant la place, si « verrez que nous ferons, car à Dieu le veu, nous les arons, les gars; ct « se le souleil y entre, nous y entrerons. » De celle parolle se rirent les compaignons, et dirent que de bon cueur le conduiroient. Adonc se partit du Puy le conestable o sa compaignie, et chevaucha devant Chastelneuf- de-Randon où il mit le siège, mais avant ot dit à ceulx du Puy : « Mes « amis, c'est la dernière place angloise que je saiche en mon chemin pour « m'en aller. Mais aincois que je parte, à Dieu le veu, je l'aurai. » Et quant le conestable ot visitée la place, il mist son siège en belle ordonnance et commanda à ceulx du Puy comment ils garnissent le siège de vivres, d'artillerie, et aussi de mangonneaulx et autres engins à gecter léans : si le firent. Et y sist le conestable trois sepmaines, et illec furent faictes de belles emprises d'armes de ceulx du siège, et y estoient plusieurs des sei- gneurs d'Auvergne et du Velai, qui moult voulentiers entendoient à des- livrer cette place, et en tant que les assaultz se faisoient de ceulx de l'ost à ceulx du chastel par plusieurs jours, eulx voyans que guières ne se povoient tenir, advint que, au quinziesme jour que le conestable ot assiègé cellui chastel, lui print une maladie dont il morut, et les Anglois, qui dedans estoient, voyans que nul remède n’avoit en leur fait, que à la longue ne fussent prins par la force, se rendirent au conestable, que poinct ne scavoient qu'il fust mort, et s’en allérent où bon leur sembla..…. Ce récit, dont l'authenticité a été vainement contestée, puis- qu’il émane du sire de Châteaumorand, l’un des seigneurs qui accompagnaient au Puy et à Châteauneuf le connétable, atteste la part considérable prise par les habitants de notre pays à la dernière expédition de Duguesclin. Il est dommage que le chro- niqueur ne donne point quelques détails sur les barons vella- ves présents au siège. En rapprochant les dates, on voit que Duguesclin arriva au Puy sur la fin de juillet ou dans les pre- miers jours d’août 1380. 300 MÉMOIRES Médicis, I, 232 et 412, ne parle que d’une entrée de Charles V1 au Puy, à la date du 24 mars 1394, mais il est certain que ce roi visita notre ville avant cette époque. Dans le courant de 1389 il se rendit d'abord à Mehun-sur-Yèvre, où il fut reçu par son oncle le duc de Berry. De là il vint à Gannat et ensuite au Puy où il demeura trois jours. Cette première visite de Charles VI en nos murs eut lieu dans le courant d'octobre : le 30 de ce mois, le roi arrivait à Roquemaure, après avoir séjourné quel- ques jours à Lyon où il avait passé après son départ du Puy (Arnaud, I, 228 et 229. — Histoire du Languedoc, Edit. du Mège, t. VIIL, p. 328). La Mure, édit. Chantelauze, t. II, p. 80, et après lui M. Chazaud, édit. Cabaret d'Orville, p. xxx de l’Introduc- tion, confondent le voyage de 1389 avec celui de 1394. Voici le passage de la Chronique du bon duc Loys, pp. 215 et 216, sur le pèlerinage royal de 1389 : Comment le roi alla visiter Languedoc son pays, et avec lui son frère, ensemble le duc de Berry, et le duc de Bourbon. Paciffié le pays de Bretaigne il ne tarda pas longuement après, que le roi de France ot conseil et advis de aller en Langue d’oc, où il n'avoit esté despuis la mort de son oncle le duc d'Anjou, qui est un des bons pays de finance que le roi ait. Et, en ce temps là, le roi qui avoit le cueur lie et joyeulx, en donnoit et en despendoit tant, qu’il ne povoit fournir, et fut advisé que c'estoit pour le mieulx qu'il se traïst en ces parties, pour accueillir finances, car il en avoit bien besoing, et estoit le pays qui plus de finances lui povoit aider, pour ce qu’estoit situé ès marchet et confines de Guienne et Bourdelois, et autres provinces qui moult pourroient nuire au roi, et pour ce estoit nécessaire de y aller. Et fut ordonnée l'allée, par ainsi que le duc de Bourgongne demourerait pour garder le pays qu'il avoit à gouverner, et aussi pour les périls qui y pourroient advenir. Et le duc d'Orléans, frère du roi, ensemble le duc de Berry et le duc de Bourbon iroient avecques le roi, accompaignés de quatre cens hommes d'armes. Estre tout mis en point, se partit le roi de Paris, et vint à Mehun sur Yèvre, où le duc de Berry le festoia gran- dement, et puis à Gannat où le sire de la Tour, avec les dames et da- BIBLIOGRAPHIE 301 moiselles du pays, le festoièrent liement. Et de Gannat se partit le roi, et s'en alla au Puy-Notre-Dame où toutes gens le venoient voir, et là de- moura le roy trois jours en la ville, où lui furent fais de moult beaulx pre- sens et de grans dons. Et du Puy tira le roi le droit chemin à Carcas sonne, qui est telle cité et ville que on puet savoir, où il demoura huit jours à revisiter le bel chastel et cité qui y est... La réalité historique nous est plus chère que les traditions même les plus glorieuses pour notre ville bien-aimée. Il nous est déjà advenu dé dire que beaucoup de visites royales dans nos murs ont été qualifiées à tort de pèlerinages par Gissey, Médi- cis et le frère Théodore. Nos rois furent plus souvent attirés au Puy par la raison d'Etat que par la renommée de notre basilique. Pour n'en citer qu’un exemple, nous avons vu saint Louis se rendre chez nous en 1254 dans le but de recueillir de sa propre main son droit de gîte ou de procuration (1). La Chronique du Gon duc Loys attribue à la visite de Charles VI, en 1389, le même mobile financier. Et plût à Dieu que le roi se fût contenté de ravitailler son trésor dans notre province de Languedoc, mais d'autres soins, d’autres plaisirs occupèrent son intelligence et ses sens! Cette excursion de 1389 fut un véritable pèlerinage aux autels de Vénus. Le roi revint trois mois après, vieillard précoce, l’âme malade et le corps anéanti. Il portait déjà les germes de la terrible affection cérébrale, qui devait coûter si cher à la France (2). Il est question une dernière fois de notre cité dans la Czro- nique de Cabarèt d’Orville (3). C’est à propos d’un pèlerinage, authentique celui-là et de pure dévotion, que fit le duc Louis à notre cathédrale dans le cours de l’année 1393 (4): (1) Voir dans les Tableltes, III, 177 et suiv., notre article sur le Droit de gite. (2) Sur ce point douloureux consulter l'Histoire de Charles VII, par Vallet de Viriville, Paris, 1862, t. I, pp. 30 et 31. (3) Edit. Chazaud, pp. 258 et 259. (à) C'est la date qu'assigne également La Mure, édition Chantelauze, t. Il, p. 80. 302 MÉMOIRES Comment le duc de Bourbon, après son retour d'Auffricque, fit son mandement pour aider la contesse de Savoie, sa seur, de son douhaire dont l'en lui faisoit tort. ° Le duc de Bourbon estant à Marseille, où il demoura dix jours, pour séjourner, lui et ses gens, qui estoient moult foullés du travail et grant peine que avoient heu en icellui noble voiaige. Ce durant envoia le duc en Forez, où il n'a que quatre journées, devers la duchesse sa femme, et en Bourbonnois, vers le sire de Norfs, pour querre ses chevaulx, et ses autres habillemens qu'il lui convenoit, et or et argent, dont il lui falloit grand foison, que moult en avoit despendu honnourable- ment. Et quand les chevaulx furent venus, et ce quoi avoit mandé, se par- tit le duc de Bourbon de Marseille, et alla en pèlerinage à sainct Anthoine de Viennois, et à Nostre-Dame du Pui, et puis en sa conté de Forez, où tout le peuple lui venoit au devant, en lui faisant la plus grant chière et le plus grand honneur que on povoit faire, partout où il venoit. Nous en avons fini avec la Chronique du bon duc Loys. Ces récits, pleins de grâce et de naïveté, nousinitient bien mieux que les plus doctes commentaires à la connaissance intime des hommes et des choses du moyen âge. Les érudits de haut vol doivent des remerciements à M. Chazaud. Pour nous, dont le cadre est restreint et l’ambition modeste, nous avons simplement voulu démontrer, à l'aide des passages empruntés à cette chro- nique, que pour atteindre l'objectif poursuivi par le petit groupe de nos amis, c’est-à-dire l’histoire du Velay, il faut se tenir au courant, parcourir chaque espèce de livres, vieux et nouveaux, et combiner la recherche des sources originales et manuscrites avec l'étude des imprimés de toute date et de toute provenance. Ch. RocxEr Digitized by Google iences etc. * D S Mém. de la Soc. des Amis d: . Ut À es 3 ours j x Are #1 LES FA «ut IRAN Re 14 a CT ji ( à 4 re ÿ A j î Fe ë 5 = 3 JB, ” il ACHAT NS banc vit LA g Er are “ ŒUVRE DE M. BADIOU DE LATRONCHERE GobaARoD. è , et Sc., d'apr s la phot. de M. MARGUERITE D'ANGOULÊME Del. RoëEerT. € amill C STATUE DE MARGUERITE DE VALOIS A ANGOULÈME Œuvre de M. Badiou de Latronchère, statuaire de la Haute-Loire. A la suite d'un concours régional tenu à Angoulême, le 17 mai 1877, une statue de Marguerite de Valois, — princesse née dans cette ville et considérée comme une des grandes re- nommées de la Renaissance, — fut érigée sur la place de la mairie de cette ville. Deux discours furent prononcés dans cette fête doublement solennelle, l’un par M. Mathieu Bodet, ancien ministre des finances et président du conseil général de la Cha- rente, l’autre par M. Babinet de Rencogne, archiviste de la ville et président de la Société archéologique et historique de ce département. Pendant un récent séjour à Angoulême, j'ai admiré l'œuvre justement estimée de notre compatriote et confrère de la Société des amis des sciences, de l’industrie et des arts de la Haute-Loire, M. Badiou de Latronchère. L'étude de cette remarquable sta- tue, évoquant la mémoire de l’une des saïllantes phases de no- tre histoire littéraire au xvi° siècle, m’a conduit à considérer les traits généraux des mœurs et de la vie de l’illustre princesse. Son époque, si importante également au même point de vue, était celle où florissaient à Lyon la belle cordière Louise Lab- bey, Pernette du Guillet, Jacqueline Stuard et autres étoiles de la pléiade lyonnaise; c'était aussi l'époque où la renaissance des arts et des lettres se révélait, dès la fin du xv° siècle, dans notre pays de Velay, par de belles peintures murales représentant les sept arts libéraux qui décoraient la bibliothèque {{brairic) 30: MÉMOIRES du chapitre cathédral du Puy (1): c'était encore le temps (xvie siècle) où, dans notre vieille cité podienne, se distinguait par sa faconde érudite et lettrée, Etienne Mège dit Médicis, le premier auteur de nos chroniques locales; où le roi François I°", frère de Marguerite de Valois, visitait notre ville (1533), qui déployait, pour accueillir sa brillante cour, toutes les pompes d’une réception somptueusement artistique (2). Marguerite de Valois ou d'Angoulême, reine de Navarre, est une des plus intéressantes figures de son temps. Elle naquit en 1492, dans une salle de la tour du vieux château féodal d'An- goulême, édifice du xn° siècle, aujourd’hui transformé en ma- gaifique hôtel de ville, style roman modifié (3). Fille de Charles d'Orléans, comte d'Angoulême et de Louise de Savoie, elle n'eût, pour aimer les lettres, qu'à lire les poésies mélancoliques de son grand oncle, Charles d'Orléans, captif au bord de la Ta- mise, et auteur des strophes charmantes qui commencent ainsi : Le temps a laissé son manteau De vent, de froideur, de pluie; Il s'est vêtu do broderie, De soleil riant, clair et beau. Marguerite à douze ans, parut à la cour de Louis XII, (1) Voyez ancienne peinture murale représentant les arts libéraux; — Univer- sité de l'église cathédrale du Puy, etc., par M. Aymard, aux Annales de la Société d'agriculture, etc., du Puy, 1850, p. 561; — Congrès scientifique de France, 1855, tome I, p. 158, ouvrage qui contient aussi un beau dessin de cette peinture par M. Daniel Vincent. — Annales de 1852, p. 225. (2) Le roi à son entrée au Puy, était accompagné d'une suite nombreuse de grands seigneurs au nombre desquels se trouvait son jeune frère « Mgr le duc d'Angolesme >» Charles de France, alors âgé de douze ans, fils de Charles d'Orléans, comte d'Angoulème. En l'honneur de ce personnage, on avait placû à la porte principale de la ville (porte Pannessac), au-dessous d'un grand écu de France, deux autres ècus aux armes d'Orléans et d'Angoulème. Notre chro- uiqueur Médicis ne signale pas la présence de Marguerite. (3) Cette princesse vécut cinquante-sept à cinquante-huit ans, étant morte le 21 décembre 1549, comme le mentionne l'inscription gravée à la face principale du piédestal de la statue. STATUE DE MARGUËRITE DE VALOIS | 305 en devint le plus bel ornement, et ne brilla pas moins sous son successeur, François I‘. Elle y fut la providence des gens de lettres, des savants, des artistes, et prit même part aux affaires de l’Etat, donnant souvent les meilleurs conseils au roi, son frère, qu’elle chérissait beaucoup. « Son discours était tel, dit Brantôme, que les ambassadeurs en étaient grandement ravis. » — « Aussi, ajoute Clément Marot qui l'appelait sa « sœur de poésie », par l’industrie de son gentil esprit, elle surpassait la finesse des diplomates les plus consommés ». Chrétienne animée d’une foi vive, mais éclairée, Marguerite était douée d’un noble caractère qui répugnait aux préjugés et aux superstitions, legs de l'ancien paganisme. Accueillant avec une curiosité sympathique les idées nouvelles, elle défendit avec énergie contre la Sorbonne les malheureux injustement pour- suivis par ce tribunal redoutable; « mais, comme le fait obser- ver M. Nisard, Marguerite, à l’aide de l’appui du roi, son frère, put jouer le noble rôle de protectrice des lettres, sans donner aucun ombrage, ni exciter à la résistance, en favorisant ce qui était suspect, et en protégeant ce qui était opprimé ». C'est à sa salutaire influence que l’on doit de nombreuses fondations à Paris et dans les provinces ; par exemple, la création du Collège de France, dont on offrit la direction à Erasme, grand philo- sophe de ce siècle. A l’âge de dix-sept ans, en 1509, elle se maria, malgré son peu de sympathie, à Charles IV d'Alençon qui, en effet, ne mé- ritait pas une épouse aussi distinguée. Ce fut alors que, le cœur plein d’amertume et entièrement adonné à Dieu, elle composa cette devise qui résumait l’état de son âme : une fleur de souci regardant le soleil, avec ces mots : Non inferiora secutus, c'est-à- dire : « Ne s'arrêtant aux choses d’ici-bas. » Elle avait aussi adopté plusieurs autres emblèmes, notamment : un lis avec deux merguerites, et cette inscription : Mirandum naturæ opus, « œuvre admirable de la nature ». Après la funeste bataille de Pavie (1525), Marguerite se ren- dit en Espagne, pour consoler son malheureux frère et ranimer 306 MÉMOIRES son courage. Ses supplications pour obtenir la liberté du pri- sonnier, échouèrent auprès de l’inflexible Charles-Quint, dont elle fit néanmoins l'admiration, ainsi que de sa cour, par son éloquence, sa grâce, et son instruction exceptionnelle. Plusieurs langues, en effet, lui étaient familières, principalement l’es- pagnol, l'italien et l’anglais. Le grec, le latin, l’hébreu même ne lui étaient pas étrangers. Ce fut probablement après son re- tour en France, au moyen de relations intimes contractées en Espagne, qu’elle parvint à obtenir la délivrance du roi. Le théâtre a souvent retenti du nom de cette princesse. Dans l'opéra de Jean de Paris, Boëldieu a chanté les dons précieux de la reine de Navarre, « cette merveille la plus rare qu’ait pu former la main des dieux ». Parmi les meilleures pièces de Scribe, dans les contes de la reine de Nanarre ou la Revanche de Pavie, comédie en cinq actes, cet inépuisable auteur a re- tracé parfaitement les physionomies des principaux personna- ges de l’époque : François l°’, le roi chevaleresque, mais fai- ble; Henri d’Albret, son fidèle compagnon, futur époux de Marguerite ; Charles-Quint, ce monarque dissimulé, inexorable, mais qui finit par être vaincu; Marguerite, cette fine fleur de la diplomatie qui, jointe à la reine et à l'épouse du premier mi- nistre espagnol, avait prouvé que rien ne saurait résister à l'entente de trois femmes, unies dans un même sentiment : celui de la défense mutuelle. En 1527, Marguerite, veuve de Charles d'Alençon, de ce lâche seigneur, cause de la perte de la bataille de Pavie et de la captivité du roi, épousa, en secondes noces, Henri d’Albret, roi de Navarre, alors souverain sans Etats. De cette union naquit une fille, la fameuse Jeanne d’Albret, protectrice de la sérici- culture en France et mère d'Henri IV. I] ne faut pas confondre cette première Marguerite de Valois avec son homonyme, la seconde Marguerite de Valois, fille d'Henri II et de Catherine de Médicis et épouse d'Henri IV. Cette deuxième Marguerite fut l'arrière belle-fille de la première, celle que son frère Charles IX appelait outrageusement « Mar- STATUE DE MARGUERITE DE VALOIS 307 got », exilée à Usson en Auvergne, pendant vingt ans (1585- 1608), hôtesse, dit-on, par intervalles des châteaux d'Artias, du Monastier et de Vachères en Velay (1), plus tard divorcée de son propre consentement. L'histoire a mentionné les épisodes de sa vie aventureuse, ses dons à Notre-Dame du Puy, ses efforts pour arrêter les fureurs de la ligue, ses qualités, ses excentri- cités et ses œuvres littéraires, en un mot tous les traits de l'existence de cette princesse que des auteurs ont travestis si singulièrement. A cet égard, n’y aurait-il pas lieu de vérifier si les dénigremens dont elle a été l'objet, comme son illustre homonyme, sont tous bien fondés? Naïve et modeste, mais d’une grâce et d’une élégance rares, Marguerite de Valois ou d'Angoulême n’eut le goût du luxe ni des splendeurs. Résignée dans le malheur, après l'ingratitude du roi son frère qu'elle avait tant aimé et servi, mais qui avait faibli à la suite des intrigues des fanatiques, elle consacra toutes ses ressources au soulagement des malheureux, à l'amélioration de ses petits Etats, et continua à encourager les artistes et les hommes de lettres. On la vit, dans sa tranquille résidence du Béarn, entourée de ses sujets et d’une cour composée de tout ce qu'il y avait de plus éminent dans les arts, dans les sciences et dans les lettres : Clément Marot, Bonaventure Des Periers, Claude Gruget, Jean de la Haye et autres littérateurs distingués furent au nombre de ses « valets de chambre » ; ce qui fit com- parer le splendide château qu’elle avait fait édifier à Pau à un véritable Parnasse. | Marguerite de Valois, sans être d'une grande beauté, avait une figure gracieuse, pleine de douceur, d'intelligence et d’éner- gie. Une particularité remarquable de sa figure, c’est le profil de son nez convexe ou aquilin des Bourbons, que, semblable à (1) M. Truchard du Molin, dans ses Baronnies du Velay, — Roche-en-Régnier ; (Paris, Dumoulin, 1874, p. 119,) conteste les excursions en Velay que des tra- ditions attribuent à cette princesse: toutefois avec des réserves qu'on n'est pas étonné de trouver sous la plume de cet éminent historien et qui ouvrent ainsi la voie à de nouvelles recherches. 308 MÉMOIRES celui de son frère François I°, elle transmit à sa fille Jeanne d'Albret, laquelle, à son tour, en dota Henri IV ; forme qui se perpétua ensuite aux descendants de la même race (1). Margue- rite habita successivement Alençon, enrichissant les hôpitaux de cette ville; puis, Nérac, où lui échut l'héritage du saint évé- que Jacques Lefèvre d'Etaples, son admirateur, mort à l’âge de cent deux ans, presque à sa table, à laquelle, par un singulier contraste, avait aussi trouvé place Calvin, le fougueux ré- formateur. Les savants et les poètes, Brantôme, Bayle, Ronsard et autres ont célébré leur bienfaitrice dans des pièces de vers et des élo- ges funèbres. Voici une épitaphe par Valentine d’Alsinoïs : Musarum decima et charitum quarta, inclyta regum Et soror et conjux Margarita illa jacet. « Dixième muse, la quatrième grâce, de rois illustre sœur et épouse, Marguerite repose ici. » Trois jeunes princesses, Anne, Marguerite et Jeanne de Seymour, composèrent, en son honneur, plus de deux cents vers latins que traduisirent les plus célèbres poètes du temps, et qui furent recueillis par leur précepteur, le comte d’Alsinoïs, sous ce titre : « Tombeau de Marguerite de Valois, fait en distiques latins par trois sœurs princesses d’Angletérre, et traduits en grec, italien et français, par plusieurs excellents poètes. » Les poésies de Marguerite de Valois furent publiées, pour la pre- mière fois, à Lyon, en 1547, par le célèbre imprimeur lyonnais, Jean de Tournes, sous le titre de Marguerite de la Marguerite des princesses ; c'est un recueil de petits poèmes, pièces fugitives, épîtres, chansons, ballades, où l'élément mystique tient une (1) On peut juger de ce trait caractéristique du visage de François Ier, — le premier des Bourbons qui en offre le vrai type, — sur deux bas-reliefs, de style très-remarquable, conservés au musée du Puy et exécutés dans notre ville, vers l'époque de l'entrée solennelle de ce souveruin. STATUE DE MARGUERITE DE VALOIS 309 grande place. Le Miroir de l'âme pécheresse, par exemple, œuvre qui excita la fureur de Noël Beda, syndic de la Faculté de théolo- _gie, n’est qu’un commentaire de certains passages de l'Ecriture- Sainte. D’autres œuvres, publiées successivement, sont em- preintes des sentiments religieux les plus éclairés. Certaines productions sont d'un style différent : L'Histoire mythologique des satyres et des nymphes de Dyane, éditée plusieurs fois à Lyon, imite le genre d’Ovide. | Mais le principal titre de gloire littéraire de Marguerite de: Valois est l’Heptaméron (les sept étapes), recueil de nouvelles galantes, divisé par journées, dans la forme, mais moins libre, du Décaméron de Boccace. Peu d'ouvrages ont représenté une société, sous des traits plus fidèles. « Là, dit M. Nisard, com- mence l'histoire de la prose française. » Il y a dans cette œuvre des écrits qui ne sont pas des contes. Parmi les singulières anecdotes qui reflètent l’image des mœurs de l’époque, il en est une qui, quoique voilée, est toute personnelle à Marguerite et témoigne de son énergie et de sa chasteté. C’est la quatrième nouvelle de ce livre, sous le titre de « Téméraire entreprise d'un seigneur contre une princesse de Flandre, et honte qu'il en reçut. » Ce coupable gentilhomme était l'amiral Bonnivet qui, ayant reçu François I°’ dans un de ses châteaux, eut la hardiesse de s’introduire la nuit, par une trappe, dans la chambre de Margue- rite; mais celle-ci se défendit si bien unguibus et rostro que l'amiral fut obligé de s’enfuir, tout couvert d'égratignures, de morsures et de sang, ce qui le rendit la risée de toute la cour. L'Heptaméron a été imprimé à Lyon en 1561, 1572 et 1578, ainsi qu’à Paris, à Amsterdam, à Berne, etc. Cette dernière édi- tion, en trois volumes, avec gravures, a été payée dernière- ment 219 fr. ; la bibliothèque de la ville de Lyon en possède un joli exemplaire. Parmi les œuvres les plus rares qui concernent Marguerite, figure un livre imprimé à Londres, en vieil anglais, sous le titre de : 310 MÉMOIRES À godly medytacyon of the christian souls.… Compiledin French by Lady Margärate, queen of Navarre, and aptly translated into English by the right vertuose Lady Elisabeth, daughter to our late soverayn, King Henry the VIII. « Méditations pieuses des âmes chrétiennes... réunies en français par dame Marguerite, reine de Navarre, et conscien- tieusement traduites en anglais par noble vertueuse dame Eli- sabeth, fille de feu roi Henri VIII. » * Quel singulier contraste que celui de l’implacable Elisabeth qui immola si froidement l’intéressante Marie Stuart, et qui con- sacra ses loisirs à célébrer les pensées de Marguerite de Valois? Les lettres de la reine de Navarre, publiées en 1841 et 1842 par le philologue Génin d'Amiens, en deux volumes, méritent une mention spéciale. Le style en est ferme et concis : c'est une correspondance qui peut, sous plusieurs rapports, être compa- rée à celle de M"° de Sévigné, et qui, au grand honneur de Marguerite de Valois, met en relief son esprit et ses qualités solides et généreuses. Tels sont à peu près les droits de cette princesse au titre de protectrice des gens de lettres et des artistes, comme poète et écrivain (4); mais un hommage de reconnaissance incombe surtout à la génération actuelle, c’est de reconnaître que, de- vançant les idées de son temps, elle a éminemment contribué à démontrer une des plus hautes vérités que les peuples modernes revendiquent : la liberté de conscience. Je dois à M. Joseph Castaigne, président de la Société archéo- logique et historique de la Charente, chef vénérable d’une fa- mille adonnée, à son excellent exemple, au culte des arts, des sciences et des lettres, la connaissance de quelques-uns des faits qui viennent d'être exposés et qui intéressent au plus haut point sa ville natale, l’illustre cité d'Angoulême. Les œuvres de son père, M. Eusèbe Castaigne, — l’ancien bibliothécaire de cette ville, l’'éminent fondateur d'une laborieuse compagnie (1) Voyez la note À, à la suite de la présente notice. STATUE DE MARGUERITE DE VALOIS 3141 d’archéologues et d’historiens, — m'ont fourni également de précieuses indications. Aussi, ne puis-je prononcer son nom, comme chacun le fait, qu'avec reconnaissance. M. Eusèbe Castaigne a vengé Marguerite, cette femme si pieuse et si intéressante, des calomnies dont sa mémoire avait été souillée par d'anciens fanatiques et des sceptiques moder- nes (voir Sainte-Beuve); rappelons aussi qu’il a publié une foule de pièces inédites sur son beau pays, et en particulier sur An- goulême, oppidum gaulois, le Condate Agesinatum, la Ctvitas À quelinensium des Gallo-romains, l’Iculisma d'Ausone, l’Icolisma de Grégoire de Tours, etc. (4). Pouvait-il oublier la plus belle perle de la couronne angoumoisine ? Non certes, car il a con- sacré à Marguerite d'Angoulême une notice biographique et littéraire, qu'orne un portrait, réputé authentique, de cette illustre princesse, à laquelle il a dédié aussi une pièce de vers, terminée par cette strophe : Salut, Ô reine gracieuse, Femme à la voix harmonieuse, Poëte, conteur tour à tour, Dont le nom, comme un diadème, Rayonne au château d'Angoulème, Aux créneaux de la vieille tour ! La statue de Marguerite de Valois, en beau marbre blanc, exécutée en 1872 par M. Badiou de Latronchère, fut élevée, en 1877, sur un piédestal dû à M. Varin, l’habile architecte de la ville d'Angoulême. | Le monument est érigé au pied de la grosse et vieille tour ronde, crénelée, où Marguerite reçut le jour et dans un square planté d'arbres verts et palissadé de lierres épais, parmi lesquels gazouillent de joyeux oiseaux; il est entouré d'un massif ou tapis de marguerites et séparé de la place de l’hôtel-de-ville par une grille en fer. (1) Voyez la note B à la suite de cette notice. 312 MÉMOIRES Le style du monument est simple et sévère. Le socle, en calcaire jaunâtre jurassique du pays, porte, avec les lettres V et B, initiales des familles Valois et Bourbon, enlacées de rinceaux, les dates de la naissance (1492) et de la mort (1549), et au dessous une épigraphe commémorative de l’illustre prin- cesse (1). La tête est surmontée de la couronne royale; la chevelure est encadrée par une cape à la béarnaise, dont les ‘bords sont courbés, comme ceux d’un casque, et qui ne laisse voir que deux boucles de cheveux sur les tempes; un élégant bavolet flotte derrière ; un collier de pierreries terminé par un médail- lon au portrait du roi, son époux, orne sa poitrine. Sa figure est gracieuse, simple et modeste : tout en elle respire la pureté et la candeur, sans exclure un certain sentiment de fine malice. La main droite, tenant un crayon, est posée sur son cœur, dans l'attitude de l'inspiration et de la composition; l’autre main, appuyée sur la hanche, tient un livre qui rappelle le culte des lettres, le souvenir de ses études. Une robe de soie richement brochée, à larges manches pendantes, serre sa taille souple et élégante. La partie inférieure de ce vêtement, couvre, de ses amples plis, les jambes et la chaussure. M. Badiou de Latronchère (2) a fait partiellement don à (1) Voici le contexte des inscriptions, à la face principale : A MARGUERITE D'ANGOULÈME SŒUR DE FRANÇOIS I NÉE AU CHATEAU D'ANGOULÈME LE XI AVRIL MCDXCII MORTE AU CHATEAU D'OLOS EN BÉARN LE XXI DÉCEMBRE MDXLIX aux trois autres faces (une des trois inscriptions pour chaque face) : MARGUERITE DE LA MARGUBRITE L'HEPTAMERON — MDXLIX. LES PRINCESSES MDXLVII LETTRES ET NOUVELLES LETTRES MDCCCXLI-MDCCCXLII (2) Voyez la note C à la suite de cette notice. STATUE DE MARGUERITE DE VALOIS 313 Angoulême de cette belle statue qui lui ayant été commandée, sous l'administration de M. Sazerac de Forges, avait été admirée à l'Exposition de Paris en 1872. Dans la localité, on a soulevé quelques critiques, notamment celle du défaut de res- semblance traditionnelle, de la forme du nez, par exemple; l’au- teur se serait, dit-on, plutôt attaché à l’idée, au sentiment ins- piré par les œuvres de Marguerite qu'à la réalité, au moins si l'on a égard au portrait qui a été reproduit par M. Eusèbe Cas- taigne (1). Mais cette composition n’en est pas moins considérée généralement comme une œuvre magistrale. L'habile statuaire avait montré les mêmes tendances, au début de ses études, lorsqu'il composa le buste du maréchal de France, Fay de Latour-Maubourg, ornement de notre mu- sée Crozatier. Il se distingua surtout par un groupe dont le mo- dèle en plâtre figura au salon de 1855. Exécuté en marbre, qua- tre ans après, ce groupe reparut au salon de 1859 et fut ensuite placé à Paris dans la cour de l'établissement des jeunes aveugles en mémoire de Valentin Hauy, fondateur de cette institution. C’est une œuvre qui témoigne du talent que l'artiste devait déployer également pour la statue de Margue- rite. Hauy est debout, dans l'attitude de la réflexion : une main soutient son visage incliné, l’autre présente un manuscrit qui retombe sur la tête d’un enfant, assis à ses pieds, chétif, privé de la vue et couvert d’habits en lambeaux. On voit que la statue de Marguerite de Valois a été exécutée d’après le même sentiment, à la fois littéraire et poétique, que reflète celle d'Hauy. Dans l’une et dans l’autre statue, tout est bien compris, bien exprimé. L'auteur a su rendre, ici, jusqu’au pénible aspect de la souffrance et des misérables haïllons; là, jusqu’au velouté et au chatoïiement de la soie. La planche gravée, jointe à cette notice et exécutée d’après (1) Le statuaire s’est cependant attaché à reproduire le portrait de cette prin- cesse, tel que l'offre un tableau attribué au peintre Clouet et qui lui avait été communiqué par M. de Thiac, président de la Société d'agriculture d'Angoulème. Ile séuiE, 1879. 11 ul MÉMOIRES une photographie, est de M. Camille Robert, artiste en renom de notre pays, dont le crayon et le burin ont produit au Puy, en France et à l'étranger, des travaux estimables et très divers (1). Ajoutons que cette nouvelle œuvre de notre com- patriote est remarquable par le fini et l'exactitude des dé- tails (2). Grâce encore à cette habile reproduction de l’œuvre de M. Ba- diou de Latronchère, nos lecteurs jugeront des mérites de celle- ci, comparés avec ceux que nous révèlent d’autres ouvrages du même statuaire conservés au musée du Puv, en particulier les bustes de M. le comte de Macheco, vénérable agronome de no- tre département, et du maréchal de Fay de Latour-Maubourg, l'une de nos illustrations militaires. Si la statue de Marguerite de Valois offre un type des plus corrects de la douceur et de la modestie, l’image de Macheco que fait valoir le moïlleux aristocratique du marbre, présente le cachet de la dignité et de la bonté, attributs ordinaires de l'ancienne noblesse française aux beaux jours de son histoire. Dans le buste de Latour-Maubourg sont empreints, en outre, _des sentiments de courage et d'énergique résolution. . M. Badiou de la Tronchère, sans que nous ayons à rappeler ici d'autres compositions, dont une des principales est Ja statue en bronze du chirurgien Larrey, à Tarbes, s’est donc bien inspiré de ses sujets qui, par un heureux concours de cir- constances, sembleraient, dans leur diversité, avoir été choisis avec une intelligente prédilection. Il a laissé à Angoulême et ailleurs, comme dans sa patrie, des titres à la reconnaissance publique. Isinorez HEÉDDE. — (1) Vovez la note D à la suite de cette notice. (2) M. Isidore Hrdde à voulu généreusement nous exonérer des frais de celle planche, tout en recommanidant à son auteur d'y déployer toutes les ressources de son art, Nous lai en exprimons notre gratitude, = Le Comité adninistrahf de Pa Soriéle. = STATUE DE MARGUERBIIE DE VALOIS 10 Nole À. — « Le vrai protecteur des lettres, ce fut une protectrice, dit M. Anatole de la Forge dans son rapport récent sur la liberlé de la presse en France, (Journal officiel), ce fut Marguerite de Valois. C'est à cette aimable princesse, et non à son frère Francois I°", qu'il faut surtout faire honneur de la Renaissance, de cet intervalle remarquable où l'esprit humain se développa si énergiquement. C'est à elle que les artistes, les poètes, les savants, les philusophes durent providentiellement la faveur dont ils jouirent pendant quelque temps, et malgré les persécutions dont ils furent bientôt après victimes, à cause de la faiblesse du roi et à l'insti- gation des fanatiques tout puissants à la cour, et qui ne distinguaient pas la véritable foi chrétienne des superstitions léguées par le paganisme. Ren- dons à chacun la part honorifique qui lui est due : Saluons donc Margue- rite de Valois, comme la véritable protectrice et la bienfaitrice des arts, des lettres, de la science et qui les a restaurés, au milieu des égarements de l'esprit humain : Cuique suum fribuamus. » Une récente et judicieuse étude de M, Charles Bigot a paru aussi au Journal officiel (11 octobre 1879) sur Marguerite d'Angouléine, cette pre mière reine de Navarre que Francois 1°", son frère, appelait « sa mignonne », celle à qui l'auteur du Gargantua et du Pentagruel, le caustique Rabelais a dédié un de ses livres ; dont Labruyère disait qu'elle joignait les grâces de son sexe aux qualités d'un honnète homme; celle enfin que la postérité a gentiment surnommée « la Marguerite des Margucrites ». Cette étude est relative à la réédition de l'Aeplaméron par Lemnerre à Paris, avec notes, variantes et glossaire de M. Frédéric Dellave et notice de M. Anatole France; nouvelle preuve de la sympathie générale qu'a toujours inspirée cette gracieuse princesse. Note B. — M. Castaigne a certainement fait preuve dans tous ses écrits d'un grand savoir et d'une consciencieuse sagacité. Qu'il me soit permis cependant, en ce qui concerne son mémoire sur les Agesinates (1), de préférer à son opinion, celle de M. H. Coquand qui, dans sa Slalislique de la Charente, assigne au Condale Agesinalum ou Aquesinalum de la carte de Peutinger le confluent de la Charente et du Né, entre Cognac et Saintes, en aval d'Angoulème, à une certaine distance du point indi- que par M. Castaiane. Je n'adopte pas non plus absolument l'opinion de M. Castaigne à l'égard (1) Mésnoire sur les Ayesinules de Pline l'Ancien, suivi d'un ilinéraire galln-ro- main de Périguouc & S'uintes. Ansoulimo, Nadaud el Ci, 186. r | 316 MÉMOIRES de la date qu il assigne à cette mème carte itinéraire conjecturalement attri- buée à l'époque des Théodose (Théodose le Grand ou Théodose II, vers 393 ou 435). F1 semble que ce document, sauf des interpolations et changements successifs, doit son origine à la carte de l'Empire romain, que, d’après l'or- dre de l'empereur Auguste, Agrippa, son gendre, parait avoir fait exé- cuter. Les preuves sont assez concluantes pour mériter l'attention : par exem- ple, on v voit mentionnées les villes d'Herculanum et de Pompéi, qui, l'an 79 de notre ère, avaient cessé d'exister, englouties sous les déjections vol- caniques du Vésuve. Il y a, en outre, le royaume de Cottius que Néron avait supprimé. Dans la Gaule, les noms de capitales de Civilates y sont gé- néralement ceux qu'elles portaient sous le règne du premier empereur. Or, l'on sait qu'aux i\° et v° sivcles, presque tous les noms gaulois et gallo-ro- mains de chefs-lieux avaient disparu, remplacées par ceux des Uivilales. Ainsi Avaricum élait devenu Bilurigum (bourges) ; Revession (Saint-Paulien!, dans nos inscriptions du nf siècle, n'est mème désignée constamment que par son titre de Civilas Vellavorum, etc., Les distances indiquées sur ce même itinéraire, à toutes les stations ou étapes de notre voie romaine qui parcourt une Jongue zone du pays des Vellaves, sont énoncées en lieues gauloises, tandis que sur les colonnes itinéraires — qui, érigées aux noms d'empereurs romains du 1° siècle, existent encore sur le parcours de la mème route, — les inscriptions ne relatent plus que des milles romains, signe évident de porstériorité, On ne peut davantage accepter l'étymologic proposée par M. Castaigne pour la dénomination de Boène {altération de Bolène), incorrectement traduite dans quelques textes du moyen-äâge par Bovina, à l'égard de l'une des antiques voies de la Charente qui se dirige de Périgueux (Vesuna petrocoriorum) vers Saintes [Mediolanum Santonum), par Cognac (Cunaccum). D'autres routes romaines, dans le Velay, en Provence et ailleurs sont désignées par le mème terme générique dont la vraie forme folène s'est per- pétuée partout dans le langage du pays et dans de vieux documents. C'est un nom qui dérive évidemment de bola, expression fort ancienne, gauloise peut-être, qui, ainsi que l'a prouvé notre confrère M. Aymard, signilie pierre plantée et par extension colonne. Ces Bolènes, en effet, paraissent avoir été généralement des voies militaires. Les colonnes qui les jalonnaient, et qui portaient des inscriptions aux noms des empereurs, avaient pour ob- jet d'indiquer les distances aux légions en marche. Certaines routes gau- loises pouvaient avoir eu la mème qualification motivée par la présence STATUE DE MARGUERITE DE VALOIS 311 de pierres plus ou moins brutes qui auraient indique les distances en lieues, leuca expression formée du radical, celtique probablement, lech qu'on retrouve dans les mots bretons crom-lech « cercle de pierres » et lich-aven 14). C'était là, du moins, la réelle destination romaine de l’une de ces routes que je viens de citer pour notre pays. {lle porte le même nom de Bolène on Forez, Velay et Gévaudan. Son tracé, tel qu'il est figuré sur la carte de Peutinger, indique un grand embranchement se détachant d'une voie qui partait de Lyon, embranchement qui se dirigeait vers l’Aquitaine par /cidma- gus (Usson), Revession (Saint-Paulien), Condate (Condres près Saint-Haon), Anderilum (Javols|, etc. Nole C. — J’extrais l'apercu biographique qui suit, an partie, d'un article de M. T'isseron inséré aux Annales hisloriques. M. Emile Badiou de Latronchère, issu d'une respectable famille, est né en 1826 au Monastier [Haute-Loire). Les dispositions particulières qu'il avait montrées dès son jeune âge pour le dessin et la sculpture, amenèrent des amis des arts, avec le concours de la Société académique du Puy, à obtenir du Conseil général une subvention à l'aide de laquelle notre com- patriote put se rendre à Paris en vue de s'v livrer à de sérieuses études. Il ne tarda pas à être admis, sur la recommandation d'un autre de nos compatriotes, M. J. Pradier, entomologiste distingué, dans l'atelier du sta- tuaire Jouffroy, membre de l'Institut, où il exécuta, sous les yeux du mai- tre, le buste du marécha! de France, Fay de la Tour Maubourg pour le Musée du Puy. Quatre ans après, en 1852, son nom parut, pour la première fois, au salon, sur le socle d'un groupe modèle en plâtre, les deux captives, lequel fixa l'attention et commenca la réputation de M. Badiou de Latronchère. En 1854, nommé directeur-adjoint de la maison des jeunes aveugles, il n'en continua pas moins de consacrer ses loisirs à la statuaire. En 1855, il exposa le modèle en plâtre du beau groupe d'Hauy et, en 1859, le mème groupe en marbre. En 1861, il fut décoré à l'occasion de l'inauguration solennelle de cette statue dans la principale cour de l'établissement des jeunes aveugles. 11 fut ensuite nommé inspecteur général des prisons. Ces nouvelles fonctions, difficiles, n’interrompirent pas ses travaux de prédi- (1) Voyez pour une route gauloise offrant ainsi des pierres itinéraires, le mémoire de M. Aymard sur l'Ancienne roule ou estrade du Puy au Forez; aux Annales de la Société d'agriculture, elc., du Puy, 1869, tome XXIX, p. 60i. 318 | MÉMOIRES - lection, et il exposa successivement diverses œuvres aux salons de chaque année. On lui doit : La Prodigalilé, statue en marbre de grandeur naturelle; un Prazilèle destiné pour une des niches de la cour du Louvre restées vides ; le modèle de la stalue colossale en bronze du chirurgien Larrey qui orne une des places de la ville de Tarbes ; le buste grandiose en marbre de l'abbé Rol- lin pour l’école normale de Paris et plus de {rente busles ou slaluelles en marbre ou en terre cuite qui ont paru également à diflérentes expositions. M. Badiou de Latronchère a bien voulu promettre pour notre musee Crozatier, dont il est un des conservateurs, le don du modèle de la statue de Marguerite de Valois qui est encore dans son atelier. Puisse-t-il, dans un double intérêt pour la gloire nationale et pour lui-même, être chargé par l'administration locale, de la statue projetto de notre illustre compa- triote, le genéral Lafayetto! Note D. — M. Camille Robert, né au Puy en 1821, dessinateur-graveur, avait été généreusement initié à l'art du dessin par notre compatriote M. Victor Robert, peintre d'histoire, et avait recu les leçons de deux maitres graveurs non moins recommandables MM. Louis Marvy, de Paris et Gowland, de Londres. Il voyagea ensuite en Angleterre, en Ecosse et dans les colonies anglaises, et collabora à divers recueils périodiques de France, d Angleterre, de Sidney, etc. L'Illustralion, le Magasin pilloresque et d'autres publica'ions de Faris, ainsi que l'Illustralted London News contiennent des gravures qui lui sont dues. Ïl a fort habilement reproduit, entr'autres sujets d'études scientifiques qui comportent ure grando exactitude, des antiquités gallo-romaines et des monnaies mérovingiennes et du moyen-àäge de notre vieille cité, publiées dans les Annales de la Société académique du Puy et dans les Compies- rendus du Congrès scientifique lenu au Puy en 1855. Les dessins et vi- gnettes qui figurent dans L'Album d'archéologie religieuse, édité en 1857, et la plupart des gravures de l'édition plus récente des Chroniques d Etienne Médicis, sont également de cet artiste. Le musée Crosatier possède de lui, sous les numéros 237 et 238, des dessins de figures religieuses, ainsi qu’une vue de la jolie cascade de la Roche. Au nombre des consciencieux dessins que M. Robert a exécutés au Puy, sous la direction et pour les études archéologiques de M. Aymard, on remar- que au Musée une reproduction, de gran eur naturelle, de la splendide cor- niche restituée, de l'un des temples romains qui couronnaient jadis, au Puy, le sommet du mont Anis. Récemment encore, il a traduit avec habileté, STATUE DE MARGUERITE DE VALOIS 349 quoique en simple croquis, la représentation d'anc portion de l'élévation de ce bel édifice, dessin que notre confrère M. Aymard, directeur du Musée, se propose de soumettre à l'autorité municipale, à titre de projet d'orne- ment pittoresque et scientifique, dans le jardin public de notre ville. LÉ: PE TABLE ALPHABÉTIQUE DU MÉMOIRE ET DES NOTES AGÉSINATES (mémoire sur les), par M. Eusèbe Custaiyne: itinéraire d'une voio antique de Périgueux à Saintes; page 315. — ALBnet (Henri d')}, deuxième époux de Margucrite d'Angoulëme, roi de Navarro; 306. — ALBrer (Jeanne d'), fille de Marguerite d'Angoulèmo cet mèro d'Henri IV, protectrice de la séri- ciculture: 306. — ALexcox (Charles d'}, premier époux de Margucrite d'Angou- lôme ; il cause la perte de la bataille do Pavie; 306. — ALrxcox, ville d'abord habitée par Marguerite d'Angoulème et enrichio de ses libéralités :; 308. — ALBux D'ANCHÉOZOGIE RELIGIEUSE, le Puy, 1857: texte par M. Avmard, planches de M. Malègue, éditeur, au sujet de la peinture murale de la cathédrale, ropré- sontant les sept arts libéraux; 301. — AvLsixoïs (comte d'). précepteur do trois princesses anglaises; il recucille des pièces de vers composées en l'honneur de Marguerite; 308. — ALsinoïs (Valentine d'}, auteur d'une épitaphe sur Mar- gueritt; 308. — ANGOnLÈME (ville d'), inauguration dans cetto ville de la statue de Maryuecrito; 310; — ses anciens noms: 315. — AnTtAS (chäteau d') du Velay; visité, dit-on, par Marguerite de Valois; 307. — ARTS LIBÉRAUX (les sept), peinture murale; 301. — AusonxE, poète latin, a cité Angoulême sous le nom d'{culisma: 311. — AvmanD, auteur du texte de L'Album d'archéologie religieuse; 304; — explication des mots bolène et leuca; 316 ct 317; — mémoire sur l'estrade du Puy au Forez; 317; — projet de décoration du jardin public du Puy par la représentation, de grandeur naturelle, d'une portion de l'élévation du temple romain qui jadis couronnait au Puy le mont Anis; 318. BauiNer DE RENCOGxE, président de la Société archéologique et historique d'Angoulème; son discours lors de l'inauguration do la statue de Marguerite; 303. — Bauiou De LaTnoxcuëère (Emile, statuaire, auteur de la statue de Margusrite d'Angoulème ; 303. — Sa biographie: 317. — BATAILLS DE PAVIE; 305. — Baye, panégyriste de Marguerite; 308. — Beba (Noël), sa colère contre Margucrite pour son livre, le Miroir de l'éme pécheresse : 309. — Bicor (Charles), 320 TABLE ALPHABÉTIQUE auteur d'une étude sur Marguerite; 315. — Boner (Mathieu), président du Conseil général de la Charente; son discours lors de l'inauguration de la statue de Marguerite; 303. — Borubreu, compositeur de l'opéra de Jean de Paris, dans lequel figure « la reine de Navarre »; 306. — Boëxe, voir bolène ; 316. — BoLëxe, route romaine connue sous ce nom dons la Haute-Loire; — étymolosie donnée par M. Avmard; 216. — BoxavenTurr, homme de lettres, valet do chambre de Marguerite ; 307. — Bonxiver (amiral), sa tentative coupable contre Marguerite ; 309. — BRanTÔuE, écrivain, valet de chambre de Marguerite; 305 et 308. — Brucer {Claude), homme de lettres, valet de chambre de Marguerite: 307. — Busres : DE L'’ABuË Rozuin, à l'école normale de Paris, œuvre de M. B. de Latron- chère ; 318. — Du couTE ne Macueco, agronome de la Haute-Loire, idem ; 314; — DU MARÉCHAL DE LaToun-MauBourG, idem; 313. CARTE DITE DE PEUTINGER (romaine), carte reproduite par M. Eus. Castaigne, pour le pays des Agésinates; 815; — preuves de son origine, d'après une carte de l'empire exécutée sous Auguste; 316; — une voie romaine f(bolène) du pays des Vellaves y est figurée; 316. — Cazvix, réformateur protestant, com- mensal de Marguerite: 308. — CasTaiGne (Eusèbe), sa notice biographique sur Marguerite; 311; — ses recherches sur les Agésinates ct sur une voie antique de Périgueux à Saintes; 315. — Casraicne (Joseph), président de la Société archéologique et historique de la Charente, auteur de divers ouvrages; 310. — CHARLES DE FRANCE, duc d'Angoulème; sa venue au Puv, en 1533, avec le roi; 301.— CHances D'ORLÉANS, père de Marguerite; 30%. — CHarzes D'ORLÉANS, poète, grand-oncle de Marguerite; prisonnier des Anglais, après la bataille d'Azincourt: 304. — ChaRLEs-Quixr, roi d'Espagne; inflexible gcèlier de François Ier; 306.— CnATEAU D'ANGOULÈME, lieu de naissance de Marguerite; 304; — la statue de Marguerite, érigée au pied d'une tour de ce château: 311. — CHaT&AU DE Pau: Marguerite l'avait fait édifier; 307. — CLouer, auteur présumé d'un portrail peint de Marguerite: 313. — CoNDATE AGESINATUM, sa position d'après M. Eus. Castaigne; 317. — CoLrèce DE France: sa direction offerte à Erasme; 305. — Coquax» (Henri), son opinion sur la position du Condate agesinalum : 315. Daniz (Vincent), peintre du Puy: son dessin représentant la peinture murale des sept arts libéraux: 301. — Decriye 'Fréd.)}, ses noles, elc., sur l'heplanéron; 315. — Devises ET EMBLÈMES de Marguerite; 305. EnisaBeTu, reine d'Angleterre, panégvyriste de Marguerite; 310. — ERraASME la direction du collège de France lui est offerte; 305. France (Anatole), notice sur l'heptaméron; 315. — Francois I°, roi de France, frère de Marguerite; — ingrat envers Marguerite; 307; — sa captivité en Espagne; 305; — son entrée au Puv en 1533: 301. GÉNINX, éditeur des lellres de Marguerile; 310. — Gnéçcorne ps Tours cite Icolisima (Angoulème); 311. — Gunrer (Peruette du), femme de lettres; 303. Haut (Valeutin', sa statue; 313. — Heone (Isidore): don à la Société de la gravure représentant Ja statue de Marguerite; 314. — HePTaméRON, œuvre de Marguerite, 309; — inscrite au piédestal de la statue; 312; — études par MM. Dellaye et France; 315. Lassey (Louise), femme de lettres; 303, — Lannuyëre (Jean de), panégvriste de Marguerite; 315. — LaAFAYETTE (général), projet de sa statue au Puy: 318. — TABLE ALPHABÉTIQUE 921 La ForGe (Anatole de), panégyriste de Marguerite; 315, — La Haye (Jean de), écrivain; 307. — Larrey baron), chirurgien; sa satue à Tarbes; 314 et 318. — Lerëvre L’ÉraPres (Jacques), évèque do Nérac, admirateur de Marguerite; 308. — Lexerre, éditeur de l'heptaméron: 315. — Lisraïrie du chapitre cathédrale du Puy; 304. — Louise pe Savoir, mère de Marguerite; 304. — Louis XIT, roi de France; Marguerite à la cour de ce roi; 304. Macxeco (comte de), son buste au musée du Puy; 314. — MARGUBRITE D’AN- GouLÈMe, fille de Ch. d'Orléans et sœur do François Ier; 304; — ne doit pas être confondue avec Marguerite, épouse d'Henri IV; 306; — protectrice des gens de lettres et des artistes; 310; — sa naissance en 1492; — sa mort au château d'Odos ; 304, 312: — sa statue; 303 et 312; — son grand savoir ; 306 ,— ses devises et emblèmes; 305: — ses œuvres; 308; — ses quaiités ; 306, 307; — ses panégyristes ; 308; — son épitaphe; 308; — son nez aquilin; 307; — « Marguerite de la Marguerite des princesses », qualification donnée à ses poésies; 308. — ManGuEriTe De FRANCE ou de Valois, épouse d'Henri IV ; 306; — nommée « Margot » par Charles IX: exilée à Usson; hôtesse, dit-on, des châteaux d'’Artias, du Monustier et de Vachères; ses dons à Notre-Dame du Puy; ses excentricités: ses qualités; 307. — Manor (Clément), panégyriste de Marguerite ; 305. — MauBourG (Fay de Latour-), maréchal de France; son buste au musée du Puy; 314 et 217. — Mépicis (Et. Mège dit), chroniqueur du Puy ; son récit de l'entrée de François Ier, au Puy, en 1533; 304. — MonasrTier (le), ville visilée, dit-on. par Marguerite; 307. — Musée pu Puy; deux portraits de François Ier, sculptés sur hois; 308; — bustes du maréchal de Latour-Mau- bourg et do Macheco, 313 et 314, — dessins de M. Robert; 318. Nérac, ville habitée par Margucrite; 308 — Nez AQuILIN des Bourbons transmis par Marguerite à ‘ses descendants; 307. — Nizarp, panégyriste de Marguerite; 305 et 309. Ovos, château du Béarn, où Marguerite est morte; 312. — OEcvres DE Mar- GUERITE; 308, 310. Pau (château de), édifié par Marguerite; 307. — PEINTURE MURALE des scpt arts libéraux à la cathédrale du Puy; 304. — Peurisrs (des), homme de lettres, valet de chambre de Marguerite ; 307. — PEuTINGER (carte romaine dite de), voir Carte de Peulinger. — Portraits de Margucrite; 313. — Prapier (Jules), introduit M. B. de Latronchère dans l'atelier du statuaire Jouffroy ; 317. RasELais, panégyriste de Marguerite; 315. — RENAISSANCE (la) en France due surtout à Marguerite d'Angoulème; 315; — femmes de lettres de la renaissance : 303; — la renaissance à Lyon et au Puy; 303. — Revession (Saint-Paulien, Haute-Loire), au 11° siècle; 316. — Roserr (Camille, graveur du Puy; — sa gravure représentant la statue de Marguerite: 314- — sa biographie ; 318. — Rosear (Victor), peintre, du Puy; — initie M. C. Robert à l'art du dessin; 318. — Ronsaro, panégvriste de Marguerite : 308. SAZERAC DE KOnGEs, maire d'Angoulème;, statue de Marguerite commandée par lui à M. B. de Latronchère; 313. — Sainte-Beuve, écrivain critique de Marguerite; 311. — Scrie, auteur de la comédie des Contes de la reine de Navarre ; 306. — Seyuour (Anne, Jeanne et Marguerite de), princesses anglaises, auteurs de pièces de vers en l'honneur de Marguerite ; 308. — STATUES, 322 TABLE ALPHABÉTIQUE œuvres do M. B. de Latronchère — de Marguerile exposte à Paris, en 1877; 313; — sa description; 311; — son inauguration en 1877; 303; — de la prodigalité; 318; — de Valentin Hauy; 313; — du baron Larrev; 318, — STUARD (Jacqueline), femme de lettres; 303. THiac (de), ancien président de la Société d'agriculture d'Angoulème, com- munique à M. B. de Latronchère un portrait do Marguerite, peint par Clouet; 313. — Tissenon, directeur des Annales hisloriques; auteur de la biographie de M. B. de Latronchère; 317. — Tounnes (Jeun de), éditeur des poésies do Marguerite; 308. — ‘Trucnarn pu Mouin, son opinion sur les oxcursions do Marguerite de Valois en Velay; 305. Ussox (château d')}, habité pendant vingt ans par Marguerite de Valois; 307. Vacnëres (château de), visité, dit-on, par Marguerite de Valois; 307. — Vanix, architecte, auteur du piédestal de la statue de Marguerite; 311, Ji MONUMENTS ET INDICES PRÉBINTORIQUES DANS LA RÉGION SUPÉRIEURE DU PLATEAU CENTRAL DE LA FRANCE PIERRES A BASSINS, A ÉCUELLES, ETC. ET AUTRES ROCHES ET PIERRES LÉGENDAIRES (ARCHÉITES) MÉGALITHES, ANTIQUITÉS ET INDICES DIVERS ENQUÊTE, — QUESTIONNAIRES La science des antiquités préhistoriques sollicite, depuis quelques années, l'étude de certains monuments de la nature que l’homme, en des temps anciens, paraît avoir appropriés à différentes destinations. De ce nombre sont les roches et pierres brutes qui, creuses de cavités souvent très-régulières, sont connues dans les campagnes sous les noms de pierres à bassins ou 4 écuclles. D'autres pierres dépourvues de ces cavités, n'éveillent pas moins l'attention : leurs formes extraordinaires, leurs singulières appellations, les récits populaires ou légendes dont elles sont l’objet, diverses marques ou empreintes naturel- les ou même artificielles qu'on y voit, peuvent, comme pour les pierres à bassins, révéler d’antiques usages. Parmi les spécimens de ce genre, on remarque surtout les roches dites chaires du diable, du drac, des lutins, de Gargantua, de Saint- Martin, de Saint-Mary, de la dame, de la Sainte- Vierge, etc. 9324 MÉMOIRES Tous ces monuments, sans exclure quelques assemblages de pierres dus partiellement à un travail humain, comportent dans notre contrée, des roches plus ou moins saillantes qui font partie de masses rocheuses, ainsi que des pierres simplement posées sur le sol par l'effet d'accidents naturels ou, comme les blocs erratiques, par suite de phénomènes géologiques. Nous avons, en outre, à signaler des représentations très réduites de ces derniers blocs, sous forme de galets. Mobiles et portatives, ces petites pierres se distinguent sous ce rapport, des précédentes qui, par leur destination, étaient fixes et immuables. Il convient, à notre avis, de classer ensemble ces divers monuments et d'en faire un ordre spécial pour lequel nous proposons l'appellation d’archéites. Constatons, d’ailleurs, que leurs caractères principaux les différencient des vrais méga- lithes tels que les dolmens, allées couvertes, menhirs, lichavens, cromlechs, etc., ceux-ci, composés aussi de pierres brutes ; mais avant été érigés de main d'homme. Le département de la Haute-Loire a déjà fourni dans plusieurs publications, d’instructives données, en particulier pour les roches à bassins, qui ne sont pas les moins intéressantes entre celles qu'on signale aujourd’hui de toutes parts, en France, en Angleterre, Ecosse et Irlande, Suède, Allemagne, Danemark, Italie et jusque dans l'Inde et les deux Amériques. Mais chaque contrée pourrait avoir imprimé un caractère particulier aux différentes variétés de ces monuments et on ne parviendra à dévoiler leurs mystérieuses significations qu'après avoir comparé et clässé des faits nombreux, non plus dans les étroites limites d’un département, mais largement dans toute circonscription orographique, la plus rationnelle qu'ait tracce la nature. Cette considération nous engage à ouvrir une enquête dans la région supérieure du plateau central, région adoptée pour l’ar- chéologie préhistorique et comprenant — outre la Haute-Loire — les départements du Puy-de-Dôme, du Cantal, de la Lozère, de l'Ardèche et de la Loire. Des archéologues y ont déjà fait connai- MONUMENTS ET INDICES PRÉHISTORIQUES 329 tre des antiquités lithiques au nombre desquelles sont des ro- ches à bassins, des chaires, des groupes de pierres légendaires, etc. (1). D’attentifs observateurs poursuivent les mêmes investi- (1) Nous avons essayé de décrire, dans quelques mémoires et notes, des types d'archéites observés dans la Haute-Loire. Voyez Annales de la Société d'agricul- ture, sciences, arts, etc., du Puy, tome XXII, 1861, p. 341 et suiv.;t. XXIV, 1862, p. 40 et suiv.; t. XXIX, 1869, pp. 637-717; t, XXXI, 1874, p. 171; Rech. sur les monuments hist. de la Haute-Loire (Rec. des actes administratifs, 1875; n° 146); et Malériaux pour lhist. primilive et nat. de l'homme, mars 1872, p. 165; voyez aussi dans le présent volume, un apercu sur deux pelits archéites, à la séance du 5 décembre 1878. M. Mandet (l'Anc. Velay, 1816, p. 23) avait donné la légende de l'une de nos chaires et, plus récemment, deux autres de nos concitoyens, MM. Lascombe et l'abbé Payrard, ont aussi fait connaitre des archèites dans les Tablettes hist. du Velay, t. IV, 1874, p. 502 ct suiv. et t. VII, 1877, p. 333. Enfin, nous devons à la coopéralion zélée de M. Jac, instituteur à Salettes, le signalement de pierres à creux et à légendes, que nous aurons à rappeler avec d'autres inédites. Mentionnons également les auteurs qui, dans les autres départements de la région, ont décrit de semblables monuments : 1° Puy-de-Dôme: MM. Cancalon (1846), Bouillet (1855), Chabory (1861), le d' Planat (1874), le d' Pommerol /1875), Vacher (1876), et le prof. Roujou (1876). M. Cohendy vient encore de nous transmettre ses intéressantes observations; 20 le Cantal, sous ce rapport, paraît avoir été peu exploré; mais les fantastiques accidents du sol, ses hautes cimes, ses rochers et blocs erratiques présagent des révélations que font pressentir, d'ailleurs, les monuments mégalithiques signalés savamment par MM. Ramës, Delort et Cohendy; 3° la Loire doit d'excellentes descriptions d’archéites à MM. le d' Noëlas (1865), Gras (1872) et Vincent Durand (1876); avant ces archéologues, les écrivains qui avaient indiqué quelques pierres légendaires étaient Granjon (1806), Dulac (1807), Bernard (:858), de La Tour- Varan (1860); 4o quant à l'Ardèche, sans omettre une pierre à creux citée par M. l'abbé Caillet (1867), M. Ollier de Marichard (1869) a ouvert la voie à des études que ses actives recherches sauront rendre très fructueuses; 5° enfin, dans lu Lozère, rappelons une excursion de l'infatigable touriste, M. Isid. Hedde (1879) et les judicieuses investigations de M. L. de Malafosse (1872 et 1879). Nous avons, en outre, à remercier MM. l'abbé Boissonnade et André qui veulent bien nous fournir d'utiles indications. Notre enquête nous a ëêté suggérée par celle que M. Cartailhac a ouverte dans son excellente revue (Malériaux, etc.), fondée par M. de Mortillet. Les sa- vants dont les travaux, surtout relatifs aux roches à bassins, sont rappelés ou insérés dans ce recueil, sont MM. Simpson (Angleterre), Keller et Desor (Suisse), Friedel (Allemagne), Hildebrand (Suède), Petersen (Danemark), Rivière (Italie), Bouillet, Lalande, Marlot, L. de Maialosse, Piette, Falsan, Moreau (France). Nous avons également pris une part à celte enquête qui a déjà produit d'instructives informations. 326 MÉMOIRES gations et nous font espérer les communications de leurs décou- vertes. C’est afin de faciliter ces intéressantes recherches et d'en coordonner les résultats que nous publions le questionnaire ci- après. Nous le faisons suivre d’une deuxième série de questions relatives à d'autres monuments, et à des vestiges et indices qui, de près ou de loin, intéressent les origines préhistoriques. ARCHÉITES QUESTIONNAIRE D À. — Rocues A BASSIxS 1. Existe-t-il dans la commune de... des pierres ou roches dites à bassins, à ccuelles, à trous, à godets, etc. ? 2. Indiquer le lieu par les noms du terroir, du village le plus voisin et de la commune. 3. La pierre ou roche est-elle au sommet d'un mont, dominant une certaine étendue de pays, ou bien sur la pente d’une mon- tagne ou colline ; dans tous les cas, à quelle hauteur approxi- mative au dessus du fond de la vallée? Si le lieu est très élevé, donner aussi son altitude au-dessus de la mer. 4. Est-elle au fond même de la vallée? dans un village ou autre lieu habité? au bord d’un cours d’eau? auprès d’une fon- taine ? dans un endroit sauvage, peu fréquenté, mystérieux ? auprès d’une grotte ou caverne? dans une forêt? dans un communal ? au bord d'un vieux chemin ? 5. Sur la frontière d’un ancien diocèse (ancien grand pagus); sur les confins de la commune (ou de l'ancienne paroisse) ? Etablir le fait, à l’égard de la commune, au moyen du procès- verbal de délimitation communale, ainsi que du plan cadas- tral. (Ces documents sont à la direction des contributions di- rectes et dans les archives des mairies.) 6. Y a-t-il plusieurs de ces monuments à quelque distance entre eux dans une même vallée? 328 MÉMOIRES 7. Le monument ne comporte-t-il qu'une seule pierre ou ro- che? Sa surface supérieure est-elle à peu près plane, offrant l'apparence d’un grand autel? Cette sorte de table montre-t-elle des traces d’un grossier équarrissement? Ce monolithe est-il, au contraire, de forme plus ou moins pyramidale, avec des creux au sommet? ‘8. Le monument forme-t-il un groupe de plusieurs pierres ? nombre de ces pierres ? Quelle est leur disposition en ligne, en triangle, en cercle, en ellipse, etc.? 9. La pierre fait-elle partie du rocher inférieur, ou bien est-elle simplement posée sur Île sol ? 10. Si elle est posée sur le sol, est-elle à arêtes vives ou bien quelque peu usée sur les bords, comme roulée, et donnant l’idée d’un bloc erratique ? On s’assurera également si la pierre ne serait pas un météorite. 11. Sa hauteur au dessus du sol”? Ses dimensions en longueur et largeur? 12. Les creux ou bassins accusent-ils évidemment la main de l'homme ? 13. Paraissent-ils, en partie, naturels et, en partie, avoir été faconnés par l’homme ? 1%. L'outil qui a façonné les creux a-t-il laissé des traces indiquant sa forme et sa matière (pierre, bronze ou fer) ? 15. Nombre des creux, leur figure (ronde, ovaie, demi-circu- laire, carrée, trapézoide, irrégulière); — leur forme en profon- deur (cylindrique, à fond plat, à fond concave ; conique; hé- misphérique, etc.) ; diamètre (le plus grand et le plus petit de chaque trou); mesure de la profondeur. Kigurer le tout, aussi exactement que possible, au moyen d’un plan et de coupes ou sections de la pierre. 16. S'il y a plusieurs trous, donner seulement les diamètres du plus grand et du plus petit. 17. Les creux sont-ils à la face supérieure de la pierre? Y en a-t-1l aux faces verticales ? | 18. Voit-on des rainures ou rigoles aboutissant aux creux et MONUMENTS ET INDICES PRÉHISTORIQUES 329 aux bords de la pierre? formes, largeur et profondeur de ces rigoles ? | 19. Existe-t-il à côté des creux ou bassins, des incisions en forme de croix ou toute autre figure ou marque ? 20. La pierre ou roche est-elle, sauf les bassins ou creux, abso- lument brute? 21. Quand la roche est d’une certaine hauteur, a-t-elle été gros- sièrement taillée dans le bas en gradins ou marches pour en faciliter l'ascension ? 22. Voit-on aux faces verticales de la pierre des excavations en forme de niche, peut-être pour le placement de luminaires? 23. Nature minérale de la pierre (granit, grès, calcaire, trachyte, phonolithe, basalte, brèche volcanique, etc.)? 2%. Quand la pierre repose sur le sol, est-elle de même nature que le rocher du sous-sol? Dans le cas contraire, de quel lieu la pierre paraît-elle provenir? 25. La pierre est-elle très dure et difficile à tailler ? 26. Des fouilles faites dans des failles du rocher ou auprès du monument ont-elles mis au jour des objets curieux, tels que des silex taillés, des ustensiles en os, en bronze, en fer ou d’au- tres métaux, des médailles, d'anciennes poteries entières ou en fragments? Ces objets paraissent-ils avoir le caractère votif d'offrandes ou oblations ? 27. Sous quel nom la pierre est-elle connue dans le pays, par exemple : la pezade, les tres pezades, les tres peyres, les paerres jumelles, la pierre mule, picrre chevalade, chavalmar, fer du diable, grand'olles, pierre trouée, la pierre de l'autel, du mor- uer, du four, de la barrique, du chaudron, des curtes (mesures de grains), du tinaou (cuve pour le vin), pierre de phébou (phébus ?), pierre des fées, des fadarelles, des sorciers, du sabbat, pierre folle, la sarrasinière ou des sarrasins, picrres jay, roches garries, pierre frite, roche de Samson, roche du grün ou crün, pierre veire, pierre qui vire, pierre du trésor, pierre du serment, Pierre croisée, pierre de saint-men (sainte pierre), pierre de Saint-Roch (saint roc). de Sainte-Corneille {corn-er, les roches), Ile sÈRIE. 1N7). ul 330 MÉMOIRES de Saint-Phallier, de Saint-Martin, de Saint-Etienne, de Saint- Maurice, de Saint-Georges, etc.? 28. La pierre est-elle l'objet de récits populaires ? Qu'en ra- conte-t-on ? 29. Y va-t-on pour être guéri de certaines maladies? Y conduit- on surtout des enfants infirmes, noués, etc.? A quelles époques de l’année ? Les visites ont-elles lieu le jour ou la nuit? 30. Le monument est-il surmonté d’une croix de pierre ? 31. Ÿ en a-t-il une à proximité du monument? 32. Y voit-on une chapelle dédiée au même saint que la pierre ? 33. Dépose-t-on dans les creux des offrandes d'épingles, des liards ou centimes ? Plante-t-on auprès de la pierre des petites croix de bois? Y distribue-t-on des aumônes ? 34. Trouve-t-on des pierres à creux, de petite dimension, portali- ves, et paraissant avoir été des représentations réduites de gran- des pierres à écuelles ou à godets? Indiquer le lieu de la trou- vaille, par exemple, au dedans ou près d'un dolmen, d'un tumulus, dans une sépulture romaine, dans un vieux cime- tière. A-t-on découvert des pierres - bétyles avec ou sans godets? B. — PIERRES ET ROCS A SIÈGE 39. BExiste-t-1l dans la commune des roches adhérentes ou non au rocher inférieur, simulant des sièges et désignées sous les noms de fauteuil de yargantua, chaire du diable, du drac, chaises des lutins, chaise de la dame, de la Sainte-Vicrge, de Saint-Martin, de Saint-Mary, de Saint-Chaffre (Théofrède), roc ou chaire de foucou {focus?), picrre de l’assète (du siège), ete.? 36. Ces pierres sont-elles absolument brutes ou à peu près façon- nées par l’homme ? 37. Le monument ne comporte-t:il qu'une roche, ou y en a-t:il plusieurs formant un groupe? Dans ce dernier cas, indiquer sa disposition en ligne, en triangle, en cercle, en ellipse. 38. Situation de ces sièges, leurs formes (surtout à dossier et accoudoirs) et dimensions, les signes qui y seraient gra- MONUMENTS ET INDICES PRÉHISTORIQUES 331 vés, les traces de l'outil qui aurait modifié la structure naturelle de la pierre. Légendes, offrandes ou oblations. Voit-on aupres ou autour des sièges, des pierres à bassins ou d’autres archéites ou bien encore des mégalithes ? Ces pierres sont-elles situées sur des frontières ou marches de grands pagi ou bien sur les confins d'anciens petits districts (aujourd’hui communes}? Figurer les monuments. autant que possible, au moyen de dessins, plans et coupes. C. — AUTRES ROCHES OU PIERRES EXTRAORDINAIRES 39. Roches adhérentes au rocher inférieur, brutes ou quelque peu façonnées, auxquelles s'appliquent des récits populaires (y compris des images grandioses dites du géant). Indiquer les noms, la situation, la forme, les dimensions ainsi que les marques ou signes qui pourraient y avoir été gravés, et les traces de l'outil qui aurait servi à modifier la structure natu- relle ; légendes et oblations. 40. Toutes pierres brutes ou peu façonnées, posées sur le sol (autres que les vrais mégalithes), isolées, ou formant un groupe ou même un assemblage quelque peu arrangé par l’homme, lesquelles pierres seraient de formes extraordinaires et l’objet de croyances populaires. Particularités notables de ces pierres, et surtout leur nature minéralogique. Produits de fouilles faites auprès de ces monuments. &1, Se rend-on auprès de certaines pierres le jour du solstice d'été? Quelles sont les pratiques superstitieuses auxquelles on s’y livre? = Connatt-on des roches à légendes phalliques ? 42. Que disent les observateurs, — en dehors des légendes, de l'usage auquel les différents archéites auraient servi dans les temps anciens? | 43. Quels sont ceux qui ont été détruits de nos jours pour . Cause d'empierrement de chemins ou pour tout autre motif ? 44. Indiquer les ouvrages locaux qui ont mentionné des monu- ments semblables à tous ceux qui viennent d'être désignés. 392 MÉMOIRES ÉTUDES DIVERSES D’ARCHÉOLOGIE Le questionnaire ci-dessus trace un programme suffisam- ment précis à l'égard de certains monuments archéitiques. Il eût été difficile de comprendre dans le même cadre d’autres anti- quités et de curieux indices, la plupart moins bien définis pour un semblable classement. Cependant leur étude importe aussi à la connaissance de nos plus lointaines origines. Le deuxième questionnaire qui suit sera donc un appel à la recherche des éléments de classifications ultérieures. Nous complèterons, dans notre prochain volume de mémoires, nos programmes d’archéo- logie régionale, principalement en ce qui concerne l’époque ro- maine, le moven âge et la renaissance. QUESTIONNAIRE 4. En quels lieux et dans quels terrains géologiques a-t-on ob- servé la présence d'ossements humains ou d'objets travaillés par l’homme ? A-t-on constaté leur association à des os d’ani- maux d'espèces éteintes ou émigrées (1)? 2. Grottes, cavernes, abris sous roche, souterrains naturels ou artificiels fbaumes, bornes, cabornes, chasornes, clusels, crottes, (1) Rappelons, entre autres gisements, celui des déjections volcaniques du mont Denise près le Puy, ainsi que l'atterrissement des Rivaux, commune d'Espalv, dans lequel un os humain a été recueilli avec des ossements du grand ours, de rhinocéros, de cheval, de ruminants divers, etc. Voyez aussi l'intéressant cha- pitre : Paléontologie humaine dans la Géugénie du Cantal, par M. Rames, 1833. Qui ne connaît éyualement les savantes découvertes de M. Ie d° Prunières dans les cavernes de la Lozère, et de M. Ollier de Marichard dans celles de l'Ardèche? Nous aurons à les rappeler dans le résumé des résultats de notre enquête; en même temps que notre bibliographie de l'archéoivgie préhistorique comprendra tous les travaux des savants qui ont contribué, duns la région, à l'avancement de ce genre d'études. Co MONUMENTS ET INDICES PRÉILISTORIQUES 333 etc.). Indiquer leurs noms, situation, légendes et particula- rités les plus remarquables, notamment les signes et figures intentionnels qu'offriraient les parois des cavernes. A-t-on dé- couvert, soit à l'intérieur, soit aux abords des grottes et sou- terrains, des vestiges de fovers avec os calcinés d'animaux, ustensiles de pierre et de métaux, poteries, objets ouvrés en os, en coquillages, etc. ? | En ce qui a trait aux cavernes naturelles, on précisera, d’après certains indices, si elles ont servi d'habitation ou de lieu de sépulture, ou bien si elles ont eu cette double destination, enfin si elles ont été seulement des repaires pour des animaux carnassiers. Signaler toutes les trouvailles qui y ont été faites, en particulier l'association régulière d’ossements humairis avec des os d'animaux d'espèces éteintes ou émigrées. YŸ a-t-il des ossements d'animaux qu’on puisse rapporter à des espèces actuelles et qui, notamment, pourraient être les souches de certains de nos animaux domestiques ? Etudier tous vestiges d’antiques constructions à l’intérieur ou à l'entrée des cavernes, en particulier des grottes murees, semblables à celles de l'Ardèche. A l'égard des cavernes artificielles, on en relèvera les plans, afin d’y reconnaître différents types bien déterminés.Constater, d’après les traces de l’outil employé à leur creusement, la forme etla matière de cet instrument et, par suite, l’âge de la caverne. Signaler les grottes isolées qui seraient disposées en . vedettes à proximité de certaines cavernes. Décrire avec soin les cavernes souterraines, en forme de labyrinthes. Y en a-t-il à deux ou plusieurs étages? Les châteaux, parfois, ont été construits au-dessus ou au contact de certaines cavernes artificielles ; on s’assurera si, comme à Bouzols (château carlovingien) et au Charrouil, Haute-Loire, les fondations de ces forts n'auraient pas pénétré dans des souterrains ou bien si, comme à La Rochelambert et à La Roche près Coubon, le château n'aurait pas été juxta- posé à des grottes. 334 MÉMOIRES 3. Mégalithes tels que dolmens, demi-dolmens, allées-couvertes menbhirs, lichavens, cromlechs (1). Leur situation, leurs noms, traditions et légendes ; détails descriptifs. Indiquer surtout l'orientation. A-t-on effectué des fouilles soit au-dessous, soit auprès de ces monuments? Quelles trouvailles ont-elles pro- duites ? Constater si le sol y recèle des ossements humains ou même des squelettes entiers ; dans ce cas, sont-ils étendus, assis ou repliés et quelle est leur orientation? Préciser les particularités du mobilier funéraire. De quelle matière sont les armes, parures, etc.? Connaït-on des vrais dolmens re- couverts de terre. — Formes des crûnes humains (dolichocé- phale, brachycéphale, etc.)? 4. Y a-t-il des dolmens ou demi-dolmens offrant des bassins ou écuelles sur la table ou bien aux pierres de support? L'une de ces pierres est-elle percée à jour et ce trou ordinairement rond regarde-t-il l'orient ? | 9. Les cavités sont-elles évidemment faites de main d'homme? (1) Dolmen (dol table, men pierre); table portée horizontalement par des roches verticales qui forment ensemble une sorte de chambre ou cellule carrée. Demi-dolinen ; table inclinée dont une des extrémités est posée sur une pierre et l'autre sur le sol. | Allée couverle; deux longues rangées parallèles de pierres verticales suppor- tant des masses qui sont placées horizontalement pour former un toit. Cetto galerie communique à uno chambre funéraire; ct clle est, en partie, couverte da terre. Menhir (men pierre, hir longue): longue pierro isoléo, implantée dans le sol. Un certain nombre de ces pierres sont parfois alignées suivant diverses combinaisons ; dans ce cas elles présentent souvent à leur sommet des mor- taises destinées à reccvoir des architraves. Cette disposition se nomme alignement. Lichaven (lech pierre, aven oau, pierre sur eau, parce que ce monument figuro un pont; deux pierres dressées en supportent une troisième, quelquefois une ou deux morlaises au sommet de chaque pierre. Cromlech (cromm courbe, lech pierre): monument formé de menhirs, de licha- vens on de pierres posées à une certaine distance les unes des autres sur un plan circulaire, elliptique, ou demi-circulaire. Quelques-uns de ces cromlechs sont concentriques les uns aux autres, parfois avec dolmen. Les menhirs, parfois aussi, sont disposés autour d’un menhir central. MONUMENTS ET INDICES PRÉHISTORIQUES 339 Leurs formes et dimensions? Y a-t-il sur ces monuments d'au- tres marques ou signes intentionnels? 6. Mômes questions pour les allées couvertes. 7. Les menbhirs, lichavens et cromlechs présentent-ils aussi des bassins et écuelles, ainsi que d’autres marques artificielles ? 8. Môme question pour les roches branlantes. N'existe-t-il pas, quelquefois, au pied du monument, une pierre posée sur le sol et pourvue d’un bassin? La masse branlante est-elle l'œu- vre de la nature, ou celle de l’homme ? 9. L'usage des bassins et écuelles s'est-il continué jusqu'à nos jours dans la région? En voit-on aux parois externes des murs des vieilles églises comme dans le Nord de l’Allema- gne? Signaler les creux ou écuelles qui existent au pied de croix en pierre.et sur des dalles tumulaires du moyen âge et des temps modernes. 410. Tumuli et galgals. Quels sont les tertres artificiels frnontjores, mollards, ete.), les uns formés de terres jectisses (tumuli), les autres d'amas de pierres (galgals) qui ont été érigés dans divers buts, entre autres pour recéler des sépultures ? Des fouilles y ont-elles fait découvrir des grandes ou des petites cellules de pierres brutes (cistes), avec vases cinéraires ou bien avec ossements humains et des armes et ustensiles (en pierre, bronze, fer, or, etc.) et autres objets funéraires, particulièrement des fers de chevaux et des restes de chars? Noms de ces monuments, leurs situations, formes, dimen- sions, légendes, etc. Voir également si ces tertres ne seraient pas des éminences du genre de celles dites moîtes féodales. 14. Anciens lieux d'inhumation, dits bessac, martouret, paradis, champ dolent. Si on y a mis au jour des sépultures, quels sont leur disposition et leur mobilier funéraire? A-t-on con- naissance d’autres anciennes sépultures plus ou moins iso- lées et attribuées à de pieux personnages? Les visiteurs y déposent-ils dévotement de petites pierres au nombre de quatre ou cinq, qu'ils arrangent en forme de croix? Situation et étendue de ces cimetières ; détails descriptifs, 336 MÉMOIRES 42. Restes d'anciennes bourgades bâties à pierres sèches (caradous dans l’Ardèche\. Huttes ou cabanes cylindro-coni- ques en pierres brutes, lesquelles se sont perpétuées jusqu'à nos jours aux environs du Puy, sous le nom de chbntes. Camps retranchés ou enceintes de murailles en pierres bru- tes réunies sans mortier. Leur nom (par exemple, barries), leur situation sur des hauteurs, auprès d'anciennes routes(estrades) ; leur disposition, circulaire, elliptique, demi-circulaire, rectan- gulaire, etc. Ÿ a-t-il des restes de murs vitrifiés? Châteaux les plus anciens; leur système de construction. Sont-ils situés sur l'emplacement d’antiques oppida? Tours isolées, vigies (specula). 43. Antiques lieux de fabrication d'armes et d'instruments en pierre taillée et en pierre polie (fibrolithe); indiquer surtout les ateliers qui révèleraient une continuité de fabrication des objets de pierre taillée et de pierre polie, sans hiatus entre les deux séries de ces objets. Situation et nom du terroir. Y a-t-il des vestiges d'anciennes habitations? Description. Signaler les localités où l’on a trouvé des instruments préhistoriques de pierre, de bronze, de fer et d’autres métaux, d'os et d’autres matières, des vases antiques, ainsi que des médailles gauloises, en particulier dans des lieux cachés, failles de rochers, bois, etc., ou bien auprès de certains arbres. — On fera connaître aussi les amulettes et talismans que les rites funèbres, aux époques gauloise, romaine, méro- vingienne, etc., ont fait placer dans les sépultures, tels que de petits galets, de très-anciens instruments (céraunies) en silex taillé et en pierre polie, des os ouvrés, des cornes de cerf ou d’autres ruminants, etc. 14. Lacs et marais. Leurs noms, traditions et légendes pouvant rappeler le culte des eaux chez les anciens. Y voit-on ou en a-t-on extrait des restes de pieux donnant l’idée de demeures sur pilotis (palañites ou habitations lacustres)? Quelles sont les trouvailles qu'on y a faites ? 15. Rivières et autres cours d'eaux. Renseignements au point MONUMENTS ET INDICES PRÉHISTORIQUES 331 de vue de l'archéologie et des traditions légendaires. Gués anciens (gaz, gazelle). Vestiges de ponts, barrages, etc. 16. Fontaines renommées par de superstitieuses croyances. Leurs situations, noms et légendes. Quelles sont leurs prétendues vertus sanitaires ? Sont-elles captées dans des réservoirs an- ciens ? Offrent-elles des pierres avec inscriptions ou marques quelconques, ainsi que d’autres pierres dans lesquelles sont fichés des clous votifs? Y fait-on encore des offrandes ? Sources minérales ; recueillir aussi les notions qui les con- cernent. 1. Forêts et arbres légendaires. Noms, situations, récits tra- ditionnels ou écrits. Les populations se rendent-elles dans ces bois ou auprès des arbres à une certaine époque de l'an- née? S'y livrent-elles à des réjouissances, danses, festins, etc. ? Quel est le saint qu'on y invoque? 18. Des défrichements dans des forêts anciennes ont-ils mis au jour des vestiges d'antiques constructions ou des monu- ments en pierres brutes ? 19. Les dénudations de certaines cimes des Cévennes ne da- tent-elles pas d’une époque reculée? A cet égard, le témoignage du poète romain Lucain n'est-il pas confirmé par d'autres preuves traditionnelles ou historiques? 20. Si la dénudation est très ancienne, n’expliquerait-elle-pas la nécessité qui s’imposa, dès une époque également reculée, de créer les grands pacages de nos hautes montagnes ? Usages relatifs à ces communaux et à tous autres de la région; transhumance ; traditions, etc. 21. Voies antiques dites cstrades. Le moyen âge a-t-il créé ces routes? Si elles ne datent pas du moyen âge, les romains ne se sont-ils pas bornés à rectifier et améliorer des voies préexis- tantes? N'’est-il pas possible d'’étabiir leur existence immé- moriale d’après les vestiges de monuments gaulois et même préhistoriques, qu’on rencontre sur leur parcours? Signaler d’après le cadastre, les terrains désignés par le nom d’estrade. Indiquer les lieux qui montrent des restes de ces voies, — 338 MÉMOIRES noms et situations d’autres routes antiques telles que les bolônes. Noms et situations de vieux chemins. Signaler les colonnes itinéraires romaines avec ou sans inscriptions, ainsi que les pierres brutes plantées, (/ech d'où leuca, lieue) indices de voies gauloises. 22. Anciennes circonscriptions politiques, surtout celle du diocèse dont on croit que le plus ancien périmètre n'était autre que celui de la civitas romaine, représentant elle-même le pagus gaulois. Rechercher leurs délimitations, ainsi que celles des subdivisions territoriales. Confins de l'ancienne paroisse à préciser en vue de reconstituer le district .anté- rieur, romain ou même gaulois, qui peut avoir été calqué pour la création de la paroisse, district (ou territoire de petite peuplade) dont l'origine remonterait peut-être à l’un des âges préhistoriques. 23. Terroirs dont les noms auraient une signification se ratla- chant à des souvenirs de monuments ou d’édifices détruits. Relever ces appellations dans les documents cadastraux. 24, Vocables de monts, rochers, cours d’eau, fontaines, vallées, forêts, chemins, communaux, terroirs, lieux-dits, etc. Relever ces noms dans les documents du cadastre, afin de rechercher l'origine des radicaux qui entrent dans la composition des vocables. Contrôler, au moyen d'anciens documents ainsi que de la prononciation locale, les formes de ces noms, qui ont été souvent altérées dans de récents écrits même notariés, mais surtout par les agents du cadastre. 28. Signaler les inscriptions lapidaires' romaines, les antiques estampilles de potiers et autres épigraphes qui contiennent des expressions et des noms gaulois. 26. Idiomes patois. Recueillir principalement les mots dont les formes ne sont pas assimilables à celles de leurs équivalents français. 21. Anciennes coutumes, usages locaux, fêtes patronales, pra- tiques matrimoniales et funéraires, danses, chants rustiques, noëls, adages, proverbes populaires, etc. MONUMENTS ET INDICES PRÉHISTORIQUES 339 28. Costumes, parures, ustensiles, objets de harnachement, Pains et gâteaux (pompe, fouasse, teyre, parodèle, etc.). Par- ticularités pouvant se rattacher à des habitudes anciennes et remonter même à des temps très reculés (1). 29. Talismans, amulettes, charmes et autres objets superstitieux. 30, Agriculture, industries rurales, chasse ; entres autres pro- cédés cynégétiques, le cerf domestique n'’était-il pas, à l'époque romaine et peut-être auparavant, utilisé pour la chasse, commo on le voit par des bas-reliefs antiques conservés au Musée du Puy? Pêche, particularités concernant d'anciens usages. Plan- tes médicinales et autres ; leurs noms populaires et leurs em- plois spéciaux, 31, Consulter, autant que possible, d'anciens documents relatifs aux diverses questions qui précèdent. 32. Les réponses aux présents questionnaires, ainsi que tous autres renseignements se rattachant, de près ou de loin, aux origines préhistoriques, seront accueillies avec un grand intérêt par le Président de la Société. Le Président, AYMARD, (1) Voyez au Musée préhistorique du Puy, notre collection d'othnographie départementale. Outre divers obj:ts mobiliers, on y remarque certains talismans analogues à ceux que M. Vaschalde a fait connaitre dans ses Recherches sur les pierres myslérieuses du Vivarais, etc. Voyez également : L'âge de pierre dans les souvenirs el superslilions popu- laires, par M. Em. Cartuilhac, 1878. + SUR LE RÉTABLISSEMENT DES TOURS Vivement sollicité par plusieurs personnes de donner mon avis sur la très-grave question des tours, ce n’est pas sans hési- ter que je me décide à écrire succinctement le résultat de mes observations. Des hommes éminents ont entrepris une croisade contre la loi du 5 mai 1869; il m'en coûte de ne pas m'incliner devant leur autorité, mais je pense que leur projet de loi, s’il venait à être adopté, produirait des résultats déplorables. Basé sur des don- nées recueillies dans le département de la Seine, ce projet peut convenir à Paris, mais, dans notre intime conviction, il est mauvais pour les départements. La question de l'enfance est bien digne de préoccuper et de passionner les esprits; pour la voir, sous son véritable jour, il ne suffit pas de jeter un simple coup d’æil sur les statistiques. Il est plus difficile qu'on ne pense généralement de lire les statistiques ; il faut de l'habitude et un travail sérieux pour en tirer les conséquences qu'elles sont appelées à manifester. Faute d'un examen approfondi, on risque de mal les interpréter; elles ne montrent pas alors les lois des faits et les conclusions trop hâtives qu’on en déduit, n'ont pas plus de valeur qu'une hypo- thèse. Pour connaître la vraie solution de cet important problème qui tend à modifier le régime d'admission des enfants assistés, une condition est nécessaire, c'est d’être en rapport fréquent avec les mères, filles ou femmes, et de les entendre expliquer leurs pensées et leurs sentiments, soit pendant la grossesse, soit SUR LE RÉTABLISSEMENT DES TOURS 341 au moment de l'accouchement, soit pendant le nourrissage; en un mot, de faire une étude de tous les instants sur les habitudes et les mœurs des mères. Cet examen doit porter aussi sur les personnes condamnées pour avortement ou infanticide ; généralement, ces dernières, aprés l'arrêt de la justice, n'hésitent pas à expliquer le mobile qui les a poussées au erime et fournissent ainsi des indications très-utiles.' , Avant d'entrer dans des considérations générales sur les dif- férents modes d'admission des enfants susceptibles de tomber à la charge d’un département, il me paraît intéressant de faire une étude de ce qui s’est passé dans la Haute-Loire depuis 1840. Le nombre, depuis longtemps considérable des élèves des hospices, commençait à atteindre des proportions inquiétantes à tous les points de vue. Dans sa séance du 30 août 1840, le Conseil général prononça la suppression des tours de Brioude et d’Yssingeaux, et le tour de l’hospice du Puy resta le seul ouvert dans le département. Malgré cette mesure, le nombre des élèves continua à aug- menter. On comptait : 1227 élèves en 1840 1293 — 1841 1340 — 1842 1362 — 1843 Les dépenses du service des enfants trouvés, pendant ces rêmes années, s’élevaient aux sommes de 70 à 75,000 fr. Le Conseil général, ému de voir ce mouvement ascendant, engagea l'administration à rechercher et à expérimenter un système propre à améliorer la situation. C'est ainsi que, en 1842, le préfet, dans son rapport sur ce service, proposait comme remèdes : 1° de centraliser au Puy le service des enfants trouvés; 2° de déplacer tous les enfants visités par leurs familles. Il est arrivé qu’un enfant aussitôt déposé au tour était de- mandé par une voisine ou une parente et remis en qualité de 342 MÉMOIRES nourrisson à sa propre mère. Cette manière d'opérer était une exploitation très-bien organisée et de nature à absorber une partie importante des finances départementales. Après de longues discussions, l'assemblée ne se crut pas suf- fisamment éclairée pour prendre une décision; elle approuva provisoirement les mesures proposées par M. le Préfet, se ré- servant de les juger d'après les résultats. L'amélioration ne se fit pas attendre; cent trente-trois de- mandes de remises d'enfants furent déposées entre les mains de l'administration. Les pétitionnaires craignaient de perdre les traces de leurs’ enfants; plusieurs sollicitèrent-des secours pour les aider à les élever. | L Le Conseil général, dans sa séance du 30 août 1845, satisfait de l'épreuve, approuva complètement le système proposé en 1842 et engagea l’administration à rechercher les filles-mères et à faire conserver à celles-ci leurs enfants avec des secours, com- binant toutefois cette obligation avec les devoirs qu’imposent l'humanité et certaines nécessités de l’état de notre société. Les enfants avaient tout à gagner de ces nouvelles disposi- tions: si elles ne leur assuraient pas le bien-être complet, elles avaient l’incomparable avantage de laisser l'enfant à sa mère et de le soustraire à de trop nombreuses causes de mortalité. Il est constant qu’en 18##, alors que l’on commençait à ex- périmenter cette nouvelle assistance, la mortalité chez les en- fants nourris par leur mère était de 1 sur 14,60, tandis que, pour les enfants confiés à des nourrices mercenaires, elle s’éle- vait à 4 sur 3,20 (1). Malgré ses mérites incontestables, cette organisation ne pro- duisit pas tous les résultats qu’elle comporte ; diverses causes lui firent obstacle : la principale fut l'exposition d'enfants étrans gers au département qui vinrent ainsi dissimuler l'abaissement réel du nombre des enfants appartenant à la Haute-Loire. Tout (1) 4 mortalité est aujourd'hui de 17 p. 0,0 pour les enfants secourus pendaut le3 deux premières années de leur existence. SUR LE RÉTABLISSEMENT DES TOURS 343 fut remis sur le tapis, on voulut revenir aux anciens errements. Cependant, après bien des tiraillements, on résolut d’attendre encore; et, ce n’est qu'après plusieurs années, que l’on fut d’ac- cord sur les bienfaits des mesures prises en 1845. Le tour qui restait ouvert au Puy fut supprimé en 1846. A partir de cette époque on reçut, à bureau ouvert, les enfants abandonnés. Deux ans après cette fermeture, le chiffre des HCHDHONE au registre matricule diminuait sensiblement. En 1841, on comptait 441 inscriptions, — 1842 — 471 — — 1843 — 166 — — 1841 — 183 — — 1845 — 160 — — 1848 — 205 — — 18419 — 175 — — 1850 — 8! — — 1851 — 97 — — 1852 — 14 — Depuis 1852, elles ont continué à décroître et on ne compte plus aujourd'hui que dix à quinze admissions, en moyenne, par année. Le chiffre des élèves des hospices que nous avons vu à mille trois cent soixante-deux, en 1843, est de cent quatre-vingt- douze en 1877, Le nombre des enfants secourus temporairement était de quarante et un en 1848, il s'élève à cent ADR -vingt-deux en 1878. Les dépenses qui étaient de 70 à 75,000 fr. jusqu'après la suppression des tours ne sont plus que de 22,800 fr. Avant de passer en revue les détails du service, tel qu'il fonctionne, et les améliorations à y introduire, je crois devoir si- gnaler deux faits importants qui méritent toute l'attention des observateurs : Les naissances d'enfants naturels qui s'élevaient en 1845 a 344 MÉMOIRES chiffre de trois cent soixante-quinze se sont maintenues, depuis la suppression des tours, avec peu de différence ; mais, depuis quelques années, elles ont diminué, car elles ont été de deux cent soixante en 1876, et de deux cent trente-deux en 1871. La population du département qui était de 307,161 habitants, à l’époque où les tours étaient encore ouverts, était de 313,721 habitants au dernier recensement. Donc, pendant que la population de la Haute-Loire a aug- menté, les naissances d'enfants naturels ont diminué. Le mode actuel d'admission des enfants assistés est bon, il demande cependant à être perfectionné par une assistance plus large. L'admission, à bureau ouvert, de l'enfant naturel doit être reconnue nécessaire, lorsque sa mère est dans l’im- possibilité de s'en charger pour des raisons de santé, de famille, ou lorsqu'elle est orpheline, abandonnée de tous et sans res- source aucune. Néanmoins, chaque année, dans l'état actuel, on constate d'heureux résultats, tant au point de vue intel- lectuel qu’au point de vue matériel. Le chiffre des élèves des hospices tend à se restreindre dans de justes limites. L'élève intelligent peut se créer une place honorable dans la socicté; signalé à l'administration supérieure, il jouit des mêmes faveurs que les autres enfants de son âge ; à l’aide des primes réglemen- taires, il peut apprendre un état. A tous les points de vue, le secours temporaire, dont l'oppor- tunité s'était déjà fait sentir, sous le régime des tours, est jus- tement apprécié. C'est à lui que nous devons l'abaissement considérable dans le chiffre des admissions des enfants aban- donnés. D'un côté, l'orphelin et tout enfant en danger comme lui d’être abandonné peuvent être, grâce à cette assistance, recueillis par des membres de leurs familles; d'un autre côté, la fille-mère trouve dans le secours temporaire, accordé à son enfant, un adoucissement à sa position nécessiteuse ; les Soins qu'elle lui prodigue la privent d’une partie de ses gains journa- liers, cette légère compensation lui suffit pour qu'elle envisage SUR LE RÉTABLISSEMENT DES TOURS | 349 sa situation sous un aspect qui lui rend le courage, la moralise et la met en garde contre l'inconduite. J'ai eu bien des occasions de constater que la fille-mère qui élève son enfant, retombe rarement dans sa première faute ; tandis que celle qui est condamnée, par les nécessités de sa profession, à mettre son enfant en nourrice, ou, qui s’en voit séparée par la mort, tarde rarement à succomber de nouveau. J'ajouterai que telle fille-mère qui aurait volontiers, au moment de ses couches, profité de la possibilité de se débarrasser de son . enfant, ne voudrait plus, pour rien au monde, l’éloigner lorsque, à l’aide de l'assistance, elle l’a nourri pendant quelque temps, d'où il résulte un avantage moral pour la mère et pécuniaire pour le département. Le régime actuel, malgré ses imperfections, est incompara- blement préférable à celui du tour. On ne cruirait pas, si l’ex- périence ne nous l'enseignait, de combien de malheurs le tour a été l’occasion. Telle mère n'aurait pas demandé mieux que de garder son enfant; mais, le regret dans le cœur, elle s’est décidée, par des conseils, à l'envoyer au tour. Personne n'ignore les soins minutieux dont l'enfant doit être l'objet aussitôt qu'il est né ; or, un laps de temps, plus ou moins considérable, s'écoule entre l'instant de la naissance et celui du dépôt. L'enfant destiné au tour, est, d'ordinaire, privé complètement de ces premiers soins; quelle que soit la saison, peu de précautions sont prises pour le transporter ; le pauvre petit est une chose à jeter au rebut, sans s'inquiéter de sa con- servation !.. Combien n'a-t-on pas vu de femmes ou filles, retrouvant en elles, après leur rétablissement, toute l'ardeur de l’amour maternel, venir réclamer celui dont elles s'étaient séparées dans un moment de prostration. Démarche tardive, souvent inutile! — En entrant à l’hospice, l'enfant, né dans de bonnes conditions de vitalité, était déjà mortellement atteint, ou, tout au moins, portait désormais le germe d'infirmités graves et incurables. IIS sème, 1879. 13 346 MÉMOIRES L'institution du tour est mauvaise en général; le bien qu'elle peut produire est l'exception. Le tour, dit-on, tend à augmenter le nombre des naissances. — Le fait, inexact dans notre département, peut-être vrai dans certains autres. Quoi qu'il en soit, il faut se garder de confon- dre l'augmentation du chiffre des naissances avec l’augmenta- tion de la population, et, si l'institution du tour peut augmenter le nombre des naissances, son influence est assez funeste pour diminuer encore le chiffre de la population. A côté de la grande mortalité qu’il entraîne, considérons, un instant, ces pauvres enfants légitimes déposés au tour, parce qu’ils sont arrivés à la vie, en quatrième ou cinquième ligne... ls viennent y perdre leur état civil! — Ce fait, incontestable, ne dit-il pas assez pour empêcher le rétablissement d’un régime aussi immoral que barbare ? L'infanticide résultant de l’inexpérience peut être évité par certaines mesures de prévoyance, qui consistent à instituer des services d'accouchement dans tous les hospices, à favoriser l'é- tablissement de sociétés de charité maternelle, à ouvrir des crèches, à répandre des imprimés contenant les recommanda- tions de l’Académie de médecine sur l'éducation des enfants du premier âge; en un mot, à protéger l'enfant avant et apres sa naissance. En s'adressant à la sensibilité du cœur, les partisans du tour insistent, comme argument péremptoire, sur la pitié due à l'enfant tué par sa propre mère, alors qu'elle devrait avoir la possibilité de le confier à une administration. Nous partageons leur légitime émotion, nous sommes d'avis qu’il faut entrer dans une voie plus large pour les admissions d'enfants naturels; mais, nous le répétons, l'infanticide se commet dans des proportions beaucoup moindres qu'on ne le croirait au premier abord. La véritable plaie à guérir, le grand fléau à combattre, c'est l'avortement. L'avortement est un art ; aujourd'hui, il a ses méthodes, ses praticiens, ses honoraires. / L] SUR LE RÉTABLISSEMENT DES TOURS 347 Le tour ne diminuera pas le nombre des avortements; ce nombre n'a ni plus ni moins de corrélation avec le régime des tours qu'avec tout autre régime d'admission. La fille ou femme qui, au risque d'’altérer sa santé et même au péril de sa vie, a résolu de ne pas attendre l'accouchement naturel, ne se préoc- cupe nullement du régime existant. Il y a lieu d'établir des catégories entre les femmes qui de- viennent enceintes par suite de relations illégitimes. La femme jouissant d’une certaine aisance, lorsqu'elle se dé- cide à se faire avorter, entreprend un voyage, séjourne en un lieu déterminé, ville ou campagne, et là se confie à une... dis- crète personne qui débarrasse et traite sa cliente (quelquefois nommément inconnue) pour un prix modéré! La faute est effacée comme elle n’aurait pu l’être par l’accouchement normal. Plus de crainte de la honte, pas de déconsidération jetée sur la famille : la grossesse n’a point paru, le public ne s'est douté de rien. À quoi bon l'institution du tour? Une seconde catégorie, celle des ouvrières, se subdivise. L'ou- vrière lancée dans un milieu intelligent mais perverti, sait à l'avance à qui elle pourra s'adresser ; si une grossesse survient, elle connaît une recette! Elle se promet d'en user, le cas échéant! D'ailleurs, elle a quelquefois pour conseiller le com- plice de son libertinage, qui, intéressé dans la question, après l'avoir aidée dans ses recherches, ne craint pas de l'aider en- core dans l’accomplissement du crime. D’autres ouvrières retenues par la peur très-fondée d’altérer gravement leur santé, ou, obéissant à de bons conseils, résis- tent à la tentation de l'avortement. Elles sont moins nombreu- ses que les précédentes. | D’autres enfin vivent dans un milieu qui ne pratique pas la science abortive parce qu'il est peu accessible à la honte. Dans ce milieu, on arrive au terme de la grossesse et on s'adresse fa- cilement à l'administration. Une troisième catégorie, la plus nombreuse, se compose des paysannes et des domestiques. Généralement disposées à élever 348 MÉMOIRES le fruit de leur faute, sans artifice, connaissant l'existence de secours qu'elles peuvent recevoir, pour les aider à élever leur enfant, elles seront toujours heureuses de profiter de l'assis- tance dont l'institution est aujourd’hui acceptée et enracinée dans nos mœurs. L'usage du tour, loin de faire oublier leur faute, en augmen- terait au contraire la gravité dans l'opinion publique. Je dois dire ici que, dans cette catégorie, il y a un certain nombre de r'e- connaissances et aussi de légitimations par mariage subséquent. Pour les catégories que nous venons d'examiner le tour est au moins inutile. Le tour sera sans iufluence sur l’infanticide prémédité. L'in- fanticide a pour mobiles principaux la misère et la honte. La meilleure manière et la plus morale de combattre le pre- mier est l'assistance qui maintient l'enfant dans sa famille et réveille toute la tendresse maternelle, si elle a pu s'assoupir un instant. Dans le cas où la mère résistant aux conseils de l’Inspecteur, ne voudrait ou ne pourrait conserver son enfant avec elle, ce fonctionnaire recevrait d'urgence le nouveau-né en dépôt. Ce mode d'admission serait incomparablement préférable au tour, pour toutes les raisons déjà énoncées. Remarquons, du reste, que le tour, objet inanimé, ne fera pas à la mère les exhorta- tions que l’Inspecteur, obligé au secret, ne manquera pas de lui adresser. La personne chez qui la honte aura atteint un degré d'in- tensité, capable de lui conseiller le crime, voudra, à tout prix, cacher la grossesse. Ce n'est pas le tour qui la cachera? — Si elle ne succombe pas à la tentation du crime, elle devra, le plus souvent, s'adresser à des intermédiaires ; il lui faudra au moins un confident ; elle n'aura pas un accouchement clandestin ; sa grossesse sera toujours connue de quelqu'un, quand même elle aurait pu la cacher à l'œil clairvoyant du public. Ne vaudrait-il pas mieux, dans ce cas encore, s'adresser à l’Inspecteur plutôt qu'au tour ? SUR LE RÉTABLISSEMENT DES TOURS 349 On nous objecte que les statistiques accusent un nombre crois- sant d’infanticides. Cette augmentation se remarque aussi pour les autres crimes et je suis porté à l’attribuer, en grande partie, à une répression plus active et plus habile. L'absence du tour est-elle, comme le prétendent les partisans du rétablissement, la cause principale du décroissement de la ‘population? — Il me semble que l’affirmative serait une inter- ‘prétation trop précipitée des statistiques. Beaucoup de causes, aussi vraisemblables que la fermeture des tours, ont été signalées par de très-bons esprits ; par exem- ple : l’infécondité préméditée, l'amour du bien-être et du luxe, le désir de paraître, la cherté générale, nos dernières guerres, la précocité de la débauche, les mariages trop tardifs, l’ignorance trop grande des soins à donner à l'enfant. Ces causes et d’autres paraissent exercer une influence non moins puissante que celle qu’on attribue à la suppression des tours. Sans avoir traité la question avec les développements qu'elle comporte, j'y ai apporté toute ma sincérité, avec le désir, dans la mesure de mes forces, d’être utile à mon pays. Le Puy, août 1878. Vs Es Membre de la Sociéte. Digitized by Google PROCEÈS-VERBAUX Digitized by Google PROCÈS-VERBAUX API IS PTS NI PT PLIS RSS PPS PP SP PSS LP RP PINS LP PTS ES PT PTS PPT PP RSR PSP PET SN PSS PPS DE ESS LS à SPP S SNS EXTRAIT DES PROCES-VERBAUX DES SÉANCES DE LA SOCIÉTÉ DES AMIS DES SCIENCES, DE L’INDUSTRIE ET DES ARTS DE LA HAUTE-LOIRE — CCD D 2—— SÉANCE DU 5 JUIN 1878. PRÉSIDENCE DE M. AvManu. Re A l'ouverture de la séance, M. le Président annonce à l'assemblée que le Comice agricole du Puy est définitivement constitué. M. A. Jacotin raconte ensuite, en quelques mots, la visite faite par la Société, à la gare du Puy, des. bestiaux que les éleveurs de notre départe- ment conduisajient au concours international de Paris. « Un public nombreux, dit-il, se pressait à la gare, où s'étaient aussi rendus la plupart des sociétaires et les membres du conseil municipal du Puy. On admirait surtout les nombreux et beaux spécimens de notre race du Mezenc, et les sujets remarquables de la race tarentaise. MM. Aymard, président de la Societé, et M. le docteur Morel, maire de la ville du Puy, ont adressé des félicitations et souhaité de nombreux lauriers à nos conci- toyens qui se sont si bien empressés de répondre aux appels du Comité départemental et de notre Société. » 394 PROCÈS-VERBAUX M. le Président dit que la situation agricole de l'arrondissement du Puy donne de bonnes espérances. Une culture surtout a frappé son attention, c'est celle de l'esparcelle, à laquelle se livre, avec grand profit, notre con- frère, M. Schaffner, dans son domaine situé sur la route du Puy au Monastier. La Société ne saurail trop encourager les agriculteurs à propager ce four- rage excellent, surtout dans les terrains argilo-marneux. M. I. Hedde fait observer que, dans les hautes régions du département, les paysans se plaignent de n'avoir pu, à cause de la pluie, ensemencer, en temps utile, les céréales de mars. Sur la proposition de M. le Président, la Société émet le vœu unanime que des étiquettes, indiquant les noms scientifiques et vulgaires des arbres, arbustes et plantes, soient placées dans le jardin public. Il y a, en effet, une grande importance à ce que nos concitoyens soient à même de connaître la collection très variée et nombreuse des richesses végétales de ce beau square; aussi M. le docteur Morel, maire de la ville du Puy, présent à la stance, promet-il de donner une prompte satisfaction au désir exprimé par l'assemblée. | M. le Président énumère les divers congrès internationaux qui auront lieu à l’occasion de l'Exposition universelle, et exprime le désir que plu- sieurs membres de la Société y prennent part. M. Moullade fait ensuite une très intéressante communication sur une essence similaire de la vanille, obtenue avec la résine du pin sylvestre, arbre de notre contrée, En 1861, un chimiste distingué trouva dans l'aubier des pins une subs- tance, qu'il nomma coniférine ; en 1874, deux autres chimistes commencè- rent de savantes recherches, qui les conduisirent à la production artificielle d'un corps absolument identique à la vanilline naturelle, Sous l'influence d'un ferment, l’émulsine, la coniférine se dédouble, en effet, en sucre et en un autre corps qui, séparé au moyen de l'éther, re- cueilli et traité par un agent oxydant, le bichromate de potasse et par l'acide sulfurique, se transforme en une matière blanche, cristallisée, qui a tout à fait le parfum de la vanille. M. Moullade ajoute que ce produit, qui se trouve déjà dans le commerce, est de beaucoup meilleur marché que la vanille véritable. M. I. Hedde présente la nomenclature des sources minérales médicinales du département de la Haute-Loire. Il rappelle, à ce propos, les sérieux tra- vaux du docteur Arnaud, et des Joyeux, Déribier, Bertrand et docteurs Martel et Langlois, qui ont traité cette question intéressant à un si haut | DES SÉANCES N Hit) point l'hygiène et la santé, et se liant si intimément aux sciences natu- relles, surtout à la géologie. Il passe en revue les cinquante-quatre sources minérales connues dans notre département, et ajoute que trois seulement sont autorisées : celles de Mautour, commune de Bas, de Serville ou Margeaix, commune de Beau- lieu, et enfin celle de Prades, dite la Souveraine, qui se‘trouve dans le can- ton de langeac. Notre confrère indique la nature des terrains, les curiosités qui s’y révè- lent, les traditions et les légendes qui se rattachent à ces eaux, leur débit et leur volume, et rappelle que les plus abondantes sont celles des Estreys qui, grâce aux soins intelligents de M. le docteur Langlois, donnent vingt-cinq litres à la minute. | En terminant, M. I. Hedde, sur la demande de l'assemblée, promet de résumer, en une notice qui sera insérée dans nos publications, ses travaux sur les sources minérales de la Haute-Loire. M. Rocher donne lecture d'un mémoire sur la Ligue du bien public. La Société décide l'impression de ce travail historique (1). M. le Président signale la découverte d’une dent fossile d'éléphant et d'os de cheval dans un terrain alluvio-volcanique près de Chadrac La dent, qui est mise sous les yeux de la Société, est une molaire dont les lames moins serrées que dans le mammouth f{elephas primigenius), dénote une espèce antérieure à l'époque glaciaire. Elle appartiendrait ainsi à la faune du pliocène supérieur volcanique, signalée déjà à Solilhac, à la Malouteyre, Communac, etc., et qui diffère beaucoup de celle de notre plio- cène inférieur dans laquelle les proboscidiens sont représentés, comme on l'a remarqué, à Vialette, au Monteil, à Mons, etc., par diverses espèces de mastodontes. Notre confrère entretient aussi l'assemblée d'une autre découverte d'os et de cornes de bœuf dela race du Mezenc {varieté froniosus du bos primige- nius), parmi les restes d’une villa romaine à Tressac, près Saint-Paulien. L'un des Secrétaires, L. GRATULE. (NV. Premirr fascicule, Mémoires, p. 1. 356 PROCÈS-VERBAUX SÉANCE DU 4 JUILLET 18:8. Présipexce pe M. Avuano. MM. A. Jacotin et L. Gratuze, secrétaires, s'excusent par lettres de ne pouvoir assister à la séance. M. Lascombe est prié de remplir les fonctions de secrétaire, | Il est donné communication du rapport annuel-présenté par M. A.Jacotin, au nom de la Société, à M. le Préfet, pour étre soumis au Conseil générai, en vue des subventions départementales, Ce rapport sera probablement pu- blié aux annexes des procès-verbaux du Conseil général de la session du mois d'août (1). M. le Président fait connaître un usage que les Sociétés savantes ten dent généralement à adopter, celui de pérégrinations scientifiques, agrico- les, industrielles, etc. Plusieurs de ces excursions nous sont annoncées, cette année, pour la Haute-Loire, Une mesure importante les favoriserait, celle d'obtenir de certaines compagnies de chemins de fer, en particulier de la Compagnie P.-L.-M., assez peu disposée à y consentir, une réduction de tarif en faveur des associations d'excursionnistes. M. Aymard cite à ce sujet une Société, parfaitement constituée à Lyon, par le savant M. Chantre et qui, chaque année, visite les départements voisins. Elle avait manifesté à notre confrère un vif desir de venir dans la Haute-Loire, pour v explorer nos nombreuses curiosités naturelles et historiques, mais, dans l'impossibilité d'obtenir de l’administration des chemins de fer cette faveur dont cette Société a été gratifiée par une autre compagnie, elle a dirigé ailleurs son excursion annuelle, Dans ces conditions regrettables, l'assemblée émet le vœu qu'une (1) Voyez les comptes-rendus ‘lu Conseil général de 1878. Le Pur. 1878, p. 610. DES SÉANCES 391 demande soit faite au gouvernement pour qu'il veuille bien intervenir à ce sujet auprès de la Compagnie P.-L.-M. M. le Président expose que la question de nos chemins de fer vient d’entrer dans une phase nouvelle. M. de Freycinet, ministre des travaux publics, va présenter à l'examen des Conseils généraux les projets de lignes complémentaires du grand réseau national, et il a compris dans les propositions à svumettre ensuite aux Chambres les chemins de fer sui- vants pour la Haute-Loire : 19 Chemin de fer du Puy à Mende, par Langogne; . 20 Continuation jusqu'au Puy de la ligne de Saint-Germain-des-Fosses à Ambert, avec raccordement sur un point de la ligne du Puy à Arvant; 30 Chemin de fer d’Yssingeaux à Lavoulte-sur-Rhône, avec embranche- ment sur Tournon. | Les deux premières de ces lignes ont les chances les plus favorables d'être adoptées. A l'égard de la troisième, principalement utile à l'arron- dissement d’Yssingeaux, le département, ajoute M. le Président, n'a pas un réel intérêt à s’y opposer et mème, considérée à un point de vue élevé, celui de la défense du territoire, cette ligne, dont le prolongement jusqu'au Puy devrait être adopté, pourra constituer un jour, au moyen des rac- cords existant déjà entre notre chef-lieu et Nantes, une grande voie straté- gique du Nord-Ouest au Sud-Est. Mais, dans ces conditions, il est essen- tiel que le raccordement entre Yssingeaux et le Puy, soit, suivant la plus brève direction et non par Retournac. C’est aussi une ligne qui devrait se relier à celle de Firminy à Annonay par un troncon entre Yssingeaux et Dunières, de façon, d’une part, à faciliter l'adoption d'une autre grande voie stratégique de Bordeaux à Grenoble, par Dunières et Annonay, et, d'autre part, à offrir une direction très utile à l'arrondissement d'Yssin- geaux par Dunières et le Pont-Salomon vers Firminy. Ilest un autre chemin de fer sollicité depuis plusieurs années par le Conseil général et qui, à défaut d'une proposition formelle émanant du ministère, sera certainement demande par le département ; il s’agit de ce- . lui du Puy à Aubenas par la vallée de la Loire, prolongement obligé de la ligne d'Ambert au Puy, qui ouvrira ainsi la voie la plus directe de Paris à Marseille. L'assemblée, après en avoir délibéré, emet le vœu que le conseil dépar- temental veuille bien approuver les vues ci-dessus exprimées, lesquelles sont conformes, en très grande partie, aux conclusions du rapport de la commission municipale du Puy, 9358 PROCÈS-VÉRBAUX Notre confrère, M. Nicolas, directeur de la Ferme-Ecole de Nolhac, a adressé la lettre suivante sur le fonctionnement d’une faucheuse : MonstEuR LE PRÉSIDENT, Dans l’ordre du jour du 4 juillet de la Société des amis des sciences, je trouve inscrit au cinquième paragraphe : Commu- nication sur le fonctionnement d'une faucheuse à la Ferme-Ecole de Nolhac. Ne pouvant vous donner de vive voix les renseignements que la Société désire avoir au sujet de cet utile appareil, j'ai l'honneur de vous faire connaître les résultats de nos premiers essais. La faucheuse que M. Paul-Visconte a bien voulu me prêter, sort des ateliers de M. Picard, constructeur à Nevers. C'est lundi et mardi derniers que nous l'avons fait fonctionner ; d’abord, dans une prai- rie sèche et composée d'un fourrage fin et de bonne qualité; en se- cond lieu, dans une prairie un peu humide et contenant du foin plus fort. Au début de l'opération, nous avons éprouvé quelques difficultés : la scie se garnissait trop vite d'herbe et était arrêtée dans son mouvement. Ce même effet se produisait dans les angles du quadrilaière, si l’on tournait trop brusquement et si l’on n'avait pas la précaution de graisser souvent tous Iles organes. Après quelques tâtonnements, nous avons obtenu un bon travail de cette faucheuse. Nous avons remarqué surtout qu'il faut donner aux bœufs qui la conduisent une allure un peu rapide, et qu'il im- porte de mettre la scie en mouvement avant qu'elle ne rencontre l'herbe. Eviter de faucher dans les lournantis brusques, et huiler fré- quemment toutes les parties de la machine. Veuillez agréer, etc. NICOLAS. M. le Ministre de l'agriculture et du commerce avait précédemment alloué à la Société la somme de 1,000 francs pour le concours des animaux gras. Il vient encore de l'informer, par une lettre, dont il est donné lec- ture, d'un nouveau crédit de 4,000 francs, dont 2,000 pour le concours DES SÉANCES 339 de la race bovine du Mezenc, et 2,000 pour celui de septembre. L'assem- blée exprime sa vive gratitude. M. Aymard signale une découverte d'ossements fossiles de mammifères, faite par lui dans la commune de Vals, au terroir de Lou Bau, non loin du domaine de Bawuzit. Le terrain qui les renferme est alluvio-volcanique, et parait se rapporter à l’une des époques de la volcanisation dans notre pays. On y rencontre des débris d'éléphants de cerfs, bœufs, chevaux, etc. Des fouilles ultérieures seront pratiquées dans cette localité. M. Lascombe informe l'assemblée qu’il a recu du ministère pour la bibliothèque de la ville, un très bel ouvrage d'archéologie préhistorique sur l'âge du bronse, par M. Ernest Chantre. Cette œuvre intéresse la région supérieure du plateau central, et surtout notre département, par la mention de tous les objets truuvés dans cette région, au nombre desquels figurent ceux recueillis et donné; par M. Aymard à notre Musée d'antiquités préhistoriques. Des travaux récents, effectues auprès du grand escalier de la Cathédrale du Puy, dans un terrain céde à l'Etat, par la famille Gallien, ont mis au jour de grandes pierres de taille, en grès, offrant des trous de louve et de crampons, indices certains de provenance romaine. L'une d'elles, offerte par M. Séjalon, entrepreneur, au Musée, presente des moulures caracté- risant la partie inférieure d’une architrave dont la face inférieure, ou softite, offre un système de décor, d'ailleurs assez simple, qui n'avait pas encore été rencontré dans de semblables morceaux d'architecture découverts au Puy. Une commission de la Société, composée de MM. Aymard, Moullade, Th. Varenne et Deribier, négociant à Saint-Paulien, a visité, il y a quel- ques jours, le village de Tressac près de cette ville, où l'un des habitants, dans un terrain profondément fouillé, avait exhume des vestiges de murs d'une antique villa. La commission y a trouvé des fragments de poterie romaine, d'un guût assez recherché, et de verres à vitres, des morceaux de fer ayant servi à divers usages, des os d'animaux domestiques, entre autres d'un bœuf, qui, comme il a eté dit à la précédente séance, se rapporte à la race actuelle du Mezenc. En outre, on a extrair des tambours de fût de colonnes en grès. La Commission, ayant explore les murs des maisons du inème hameau, a vu dans une cour un trés grand bloc, en grès, paraissant avoir fait partie de la base d’un piedestal. La Commission s'est demandée, sans toutefois résoudre absolument la question, si ce piédestal n'aurait pas été celui d'une statue érigée à l'impératrice Etrucille, par la Cilé libre des 360 PROCÈS-VERBAUX Vellaves (Civitas Vellavorum libera) dont une des inscriptions romaines de Saint-Paulien nous a conservé la mémoire, | L'assemblée remercie la commission de cette intéressante excursion et, en particulier, M. Varenne qui avait voulu en faire les honneurs à ses confrères. M. Rocher lit un procès-verbal d'élection d'un evèque du Puy en 1485 et diverses pièces importantes sur le Velay (1). M. Louis Paul fait don aux archives de la ville, par l'entremise de la Société, d'un imprimé contenant les statuts consulaires de la ville da Puy en 1667 (2). Les documents fournis par MM. Rocher et Paul seront publiées dans le recueil de nos Mémoires. | M. Henri Mosnier fait part d'un prix-fait de tableau peint pour la ca- thédrale du Puy, convenu le 19 septembre 1632 entre le peintre Guy François et Jacques Pradier, chanoine {3). La Société vote l'impression de cette pièce. MM. Henri Mosnier, Jacotin et Gervais présentent, comme membre résidant, M. Emile Brousse, secrétaire général de la Haute-Loire, et sont invités à faire un rapport sur cette candidature, à la prochaine séance. M. Boyer, avoué, présente, au titre de membre non-résidant, M. Breysse, notaire au Bouchet-Saint-Nicolas. MM. Guelle, Mauras et Bonnet sont désignés pour faire le rapport. | A. LAscouBE. (1) V. deuxième fascicule, Mémoires, p. 198. (2) V. premier fascicule, Mémoires, p. 109. (3) V. deuxième fascicule, Mémoires, p. 290. DÉS SÉANOES 301 SÉANCE DU 8 AOUT 1878. Paésinence De M. AvYuaro. M. le Président signale les principaux articles du premier fascicule des memioires de la Société. 1l est ensuite donné communication du procès-verbal de la seance du Comice agricole, en date du 25 juillet dernier, dans laquelle a été arrêté le programme du prochain concours de la race bovine du Mezenc. Ce pro- gramme, qui sera publié en affiches, est approuvé par l'assemblée. M. le Président, revenant sur la question des chemins de fer, qui a éte exposée à la précédente séance, énumère celles de ces voies qui intéressent le plus notre département. Il indique que, sous le rapport de la priorité d'exécution, il serait utile, selon lui, de les classer dans l’ordre suivant : 1° Chemin de fer du Puy à Mende, lequel emprunte une réelle impor- tance à sa direction qui est celle de la reute nationale n° 88; 29 Chemin de fer du Puy à Aubenas, par les vallées de la Loire et de l'Ardèche, en suivant toute la partie de la route nationale n° 102, com- prise entre ces deux villes ; 39 Chemin de fer de Bordeaux à Grenoble, sections du Puy à Dunières et d’Yssingeauxz au Puy, dans la plus courte direction possible ; 40 Chemin de fer d'Ambert au Puy, qui est une partie de la grande artère, devant établir une communication directe de l'Océan à la Méditerranée ; 50 Chemin de fer du Puy à Lavoulle-sur-Rhône. En terminant, M. le President annonce que le rapport de la commission municipale sur cette question des chemins de fer est en voie d'impres- sion (1); on y trouvera développées toutes les raisons qui ont motivé les vœux de la commission. M. Mazat, instituteur de la commune de Saint-Geneys, près Saint-Pau- lien, écrit à M. le Président que des vestiges d'antiquités romaines ont été (1) V. premier fascicule, Mémoires, p. 86. Ile SËRIE, 1879. 15 362 PROCÈS-VERBAUX découverts dans le hameau de Montredon, près Saint-Just, C'est dans un réduit en maconnerie, d'une profondeur de 18 à 20 centimètres, qu'un agriculteur a mis au jour des débris de tuiles romaines, ainsi que des fragments de poteries qui, par leurs formes et dimensions, paraissent avoir appartenu à des vases ou amphores. Quant au reduit, il a une profon- deur de 50 à 60 centimètres; sa forme est rectangulaire, d'environ 4 mè- tres pour les plus grands côtes, et 1 mètre 50 centimètres pour les plus petits. L'un des grands côtés offre à son centre un hémicvcle de 80 centimètres de rayon. Le pavé et les parois sont revètus de dalles taillées en brèche volcanique. M. le Président ajoute que, sous peu, il espère être à même de donner des renseignements complémentaires qui pourront lui permettre d'assi- gner un usage à ce monument. Des félicitations sont votées à M. l'insti- tuteur de Saint-Geneys pour son intéressante communication, M. Rocher fait part d'un travail sur la création du conseil municipal du Puy, en 1349, et promet de l'insérer dans les publications (1). M. Las:ombe fait le récit d'une pénitence publique infligee, en 1378, à un sergent du baron de Saugues, pour avoir enlevé l'épée d'un sergent de l’évèque de Mende. La Société décide l'impression de ce récit (2). M. I. Hed le signale les découvertes faites dans la station paléontolo- gique de Solutré (Saône-et-Loire). Cette station, qui appartient à l'épo- que quaternaire, (âge paléolithique), contient de nombreux ossements du renne, avec lesquels on a trouvé aussi des restes de squelettes hu- mains. À ce sujet, M. Aymard rappelle que la salle des antiquités préhis- toriques du Musée de notre ville possède une collection très-interessante d'objets provenant de Solutré et offerts par M. E. Chantre. Il cst donné lecture de la notice suivante sur le Slabat Mater, son ori- ginc ct ses transformations, par M. Maxime Guffroy, membre de la Societe des auteurs et compositeurs de musique : e Si, dans toute la liturgie catholique, il n’est pas de chant plus beau, plus attendrissant que le Stabat, il n’en n’est pas non plus qui ait subi plus de changements et d'altérations, soit dans le texte, soit dans la composition musicale. ° (1) V. deuriémne fascirule, Mémoires, p. 153. à V. deuriène fasriculr, Mémoirés, p. 239, DES SÉANCES 363 « L'auteur de cette prose rimée ou séquence (comme on disait au- trefois) est resté longtemps incertain. Les divers dictionnaires li- turgiques qui se sont succédés, diffèrent presque tous d'opinion à ce sujet. « Mais aujourd'hui la lumière s’est faite, et le moine Giacomo- Benedetti-Jacopone da Todi (1305 de J.-C.) est généralement regardé comme l’auteur de cette complainte religieuse (1). « Me trouvant à Rome, en 1868, je fis, à propos du Sfabat, une curieuse découverte. Jacopone da Todie, parait-il, ne composa point son Stabat Mater pour la fête de la Compassion de la Vierge, mais pour celle de la Vativité de Jésus-Christ (Noël). On en trouve la preuve dans une brochure italienne intitulée : Z{ Cristo, Oratorio sacro, dal commendato francesco Liszt. Roma, tipografia Tiberina, 1867, pages 6 et 12. « Le Stabat originel fut donc un chant de joie et de triomphe. Il commence ainsi : | Stabal maler speciosa Juxlà fœnum gaudiosa, Düm jacebat parvulus. Cujus animain gaudentei, Lœtabundam et ferventem Pertransivit jubilus. « Îl n'est pas besoin, je pense, de faire remarquer l’analogie et, mieux, la parité de ce Stabat avec le Stabat Mater dolorosa, que l'Eglise chante au temps de la Passion. « Que Jacopone da Todi soit l’auteur de l’un et de l'autre, ceci parait être hors de doute, abstraction faite même des témoignages précieux de Vadingo, de Sbaraglia, de Fontanini et d'Ozanam. « Arrivons maintenant aux transformations, je devrais dire aux mutilations qu'a subies le Stabat, depuis son origine jusqu’à nos jours. En passant sous silence quelques altérations peu saillantes qui 8e sont glissées dans le texte, uttachons-nous surtout aux deux (1) Origines et raisons de la Liturgie catholique en forme de diclionnaire, par l'abbé J.-B.-E. Pascal Colleclion Migne. Petit-Montrouze, 1814... aux mots! « la Compassion de la Vierge. » 364 PROCÈS-VERBAUX dernières séances qui ont été complèlement défigurées dans les deux derniers siècles. Pour rendre plus sensible Ja différence qui existe entre les nombreuses versions, je mettrai ci-dessous en re- gard les trois plus importantes. TEXTE PRIMITIF XVII, XVIII ET XIXC SIÈCLES IDEM Chrisle, cüum sit hinc exire, Fac me cruce cuslodiri, |...... ............. ue Da per Matrem ne venire | Morte Christi præmuniri, |........... db es Ad palman victoriæ. Confoveri gratià. |........... ....gratià. Quand corpus morielur Quando corpus morietur, [Quand corpus morielur, Fac ul animzx donentur a) Fac ut animzæ donetur Fac ut anima donelur Paradisi gloriæ. | Paradisi gloria. Paradisi glorià. « Mais si nous ouvrons les livres de chant et les Parorssiens gé- néralement en usage aujourd'hui, depuis la réforme liturgique en France, ordonnée par le défunt pape Pie IX, nous lisons les mêmes stances ainsi qu'il suit : Clurisle, cum sil hinc exire, Da per Matrem me venire Ad palmam victoriæ. Quandô corpus morietur, Fac ut anima donetur Paradisi gloria. « Dans cette version, comparée avec le iexte primitif donné plus haut, le mot donentur a été remplacé par le mot donetur, et le nomi- natif pluriel gloriæ a été remplacé par le nominatif singulier gloria : ce qui constitue une faute, une rime tout à fait défectueuse, car gloria ne saurait rimer avec victoriæ. « Îl eût été si facile et si simple de conserver le texte primitif dans son intégrité!... Laisser subsister une pareille incorreclion, c'est briser l'harmonie du rythme, l'agencement des stances du Stabat, où l’on remarque aisément que le dernier mot d'une stance (1) Le texte portait sans douto donetur, par abréviation : ce qui aura induit en erreur le copiste, comme on le voit à la colonne suivante. ———————— ——————…——— ——— DES SÉANCES 305 rime (ainsi l'a voulu l’auteur) avec le dernier mot de la stance sui- vante. S'il en est ainsi pour toutes les autres, pourquoi n'en 8se- rait-il pas de même pour les deux dernières?.... C'est là surtout le point que je voulais établir. | « N. B. — Ïl existe un troisième Sfabat, jadis en usage dans le diocèse d'Auxerre, et inséré ad calcem dans le Graduel d'Auxerre (année 17717, page 120). Je n'en parlerai ici que pour mémoire. Il commence par cette sltance : Stabat Maler jurlà crucem, Ciin pro nobis ferret trucein Sponlè mortem filius. Et il finit comme suit : , Det nos cr'uce cuslodiri, Sud morle pr'æmauniri, Confoveri gratià. Et cùm tandem moriemur, Præslet ul jugi donemur Paradisi glorià, « Un autre article pourrait traiter des différents chants adaptés à cette sublime complainte, en y comprenant le célèbre Stabat de Rossini. Mais, à mon avis, le plain-chant pur et simple, le chant primitif de cette admirable séquence restera toujours un des plus beaux spécimens de la musique religieuse. » Après la lecture de cette notice qui intéresse vivement l'assemblée, M. H. Mosnier, au nom de la commission chargée d'examiner les titres de M. E. Brousse, secrétaire général du département de la Haute-Loire et auteur d'une remarquable élude sur l'assistance publique el privée chez les Romains {1}, fait un rapport concluant à la nomination comme membre ré- sidant de la Société, de ce candidat présenté par MM. Gervais et À. Jaco- (1: Paris, Derenne, 1876, in-8°, 366 PROCÈS-VERBAUX tin. On passe au scrutin sur ces conclusions qui sont adoptées à l’unani- mité; en conséquence, M. le Président proclame membre résidant de la Société M. E. Brousse. M. Breysse, notaire au Bouchet-Saint-Nicolas, sur les conclusions con- formes du rapport présenté par M. Boyer, est nommé membre non-rési- dant. L'un des Secrétaires, L. GRATUZE. SÉANCE DU 5 NOVEMBRE 18:78. PRÉSIDENCE DE M. AvyMann. Après la lecture et l'approbation du procès-verbal, M. le Président in- forme l'assemblée qu'il a adressé à M, le Ministre de l'Instrucuon publi- que, par l'entremise de M. le Préfet, une lettre avant pour objet d'exposer les droits que la compagnie peut avoir aux subventions accordées, chaque année, comme encouragement aux associations scientifiques. À cette lettre étaient joints deux exemplaires du premier fascicule de nos mémoi- res. M. le Ministre a répondu, le 19 septembre, qu'il soumettra la demande au Comité des travaux historiques (1). Nous pouvons d'autant plus espérer une solution favorable que le Con- seil général, dans sa session d'avril, ayant eu connaissance des efforts la- borieux de la Société, a décidé l'impression d'un rapport général de notre Président dans ses procès-verbaux, et nous a voté pour l'exercice cou- rant 2,500 fr., dont 500 pour frais de premier établissement, ainsi que deux crédits, un de 500 fr, affecté au concours des animaux gras, l'autre (1) Nous n'avons pas recu avis de la décision du Comité. DES SÉANCES 367 de 1,500 fr. à celui de l'espèce chevaline. Il a, en outre, émis le vœu que le ministère accorde à la Société une allocation de 600 fr. Le Conseil, dans sa deuxième session du mois d'août, satisfait des en- couragements pécuniaires dont M. le Ministre de l'Agriculture nous a gra- tifiés pour 1878, a demandé de semblables subventions applicables en 1879, savoir : 4,000 fr. au concours des animaux gras, 1,000 fr. à celui de la race bovine du Mezenc, et 2,000 fr. au concours départemental et à d'au- tres opérations agricoles {1}. À cette mème session d'août, le Conseil a in- ecrit au budget de 4879, en faveur de la Société, 2,000 fr. sans emploi dé- terminé, 500 fr. pour le concours des animaux gras et 1,500 fr. pour le concours hippique. L'assemblée, vivement intéressée par cette communication, remercie M. le Préfet et le Conseil général de ces témoignages de leur sympathie, ainsi que M. le Président qui s'est fait l'organe de la Société auprès du gouvernement et de l'autorité départementale, La question des chemins de fer de la Haute-Loire, inscrite à l'ordre du jour, appelle M. Aymard à en résumer la situation qui, en ce moment, emprunte surtout de l'intérêt aux délibérations du Conseil général. Con- sulté par M. le Préfet, au nom de M. le Ministre des Travaux publics, à l'occasion du classement de nos voies ferrées dans le réseau général, il a nommé une commission dont le rapporteur, M. de Mars, atraité la question sous tous ses aspects, soit relativement aux lignes indiquées au projet mi- nisteriel, soit à l'égard d'autres voies complémentaires. Voici, pour cha- cune de ces deux séries, les lignes qui ont recu l'assentiment du Conseil : La première comprend, outre la ligne de Firmiuxy à Annonay, par le Pont-Salomon et Dunières, dont l'exécution est commencée : 1° la portion du chemin de Lyon à Toulouse entre le Puy, Langogne et Mende; 2° la ligne d’Ambert au chemin de fer du Puy à Saint-Georges-d'Aurac; 3° Ja ligne de Lavoulte-sur-Rhône à VYssingeaux et de cette ville au chemin de fer du Puy à Saint-Etienne. | La deuxième série comporte : 1° un troncon d'Yssingeaux à Dunières pour relier le chef-lieu de l'arrondissement à la ligne de Firminy à Anno- nay et, dans ce cas, le raccordement de celle de Lavoulte-sur-Rhône à la Loire devrait avoir lieu à Lavoüte-sur-Loire et non à Retournac, comme on semble en avoir eu la pensée ; 2° le chemin de fer du Puy à Aubenas, par les vallées de la Loire et de l'Ardèche. (1) M. le Ministre de l'Agriculture a fait droit au vœu du Conseil général. 308 PROCÈS-VERBAUX On voit, d'après cet apercu, que les lignes qui avaient été réclamées dans le rapport de la commission municipale du Puy, ont été agréées par le Conseil général. De notre côte, nous devons applaudir à l'adjonction du chemin de fer de Lavoulte-sur-Rhône à Yssingeaux, à la condition quil soit continué jusqu'au Puy, — ainsi que le Conseil l'a proposé, — par un troncon d’'Yssingeaux à Lavote-sur-Loire. Le département est, sans aucun doute, intéresse à cette direction rationnelle de la ligne qui, de plus, aura pour l'Etat l'avantage de créer une grande voie stratégique, non-seulement de Clermont à Digne, mais même de Nantes à la frontière du Sud-Est, surtout, si pour abréger, il est fait un troncon de Murat ou Neussargues à uo point de la ligne du Puy à Arvant. Espérons donc que le gouverne- ment et les Chambres accepteront les avis du Conseil général. M. le Pré- sident ajoute qu’en attendant, l'administration des ponts et chaussées a été invitée à faire certaines études pour plusieurs de nos voies ferrées. L'assemblée accueille avec satisfaction l'exposé des vues du Conseil dé- partemental, dont elle désire la prochaine réalisation. Il est donné communication d'un projet de création d'un asile de con- valescents, établissement pour lequel l'un de nos confrères, M. Eyraud- Régnier, ancien maire du Puy, et sa famille ont donné aux hospices de cette ville, entr'autres libéralités, le château de Chadrac, le parc et le do- maine attenants. Ces immeubles recevront cette bienfaisante destination dans un avenir déterminé. M. Hedde dit qu'on a fait d’heureuses expériences de ce genre d'institu- tion à Vincennes, près Paris, et à Longchéne, près Lyon. Dans ce dernier établissement, fondé en 1867, sont placés, outre des convalescents, quelques malades dont le traitement exige une résidence à la campagne. La moyenne des séjours y est d'environ un mois. Les malades y sont bien traités sous tous les rapports, soit de la nourriture, des vêtements et de l’habitation, soit des exercices salutaires auxquels ils se livrent. Un personnel convenable d'administrateurs et d'employés est affecté à l'établissement qui est réguliè- rement visité par des médecins et internes. Sur la proposition de M. Rocher, des félicitations seront transmises par M. le Président à notre généreux coufrère, M. Eyraud-Régnier. La situation des récoltes est ensuite l’objet d'observations présentées par M. Couderchet qui signale un déficit notable pour les récoltes en céréales et lentilles, et moindre à l'égard des pommes de terre, déficit qui, d’ailleurs, a été compensé par une production assez abondante des fourrages de toute nature, DES SÉANCES 369 A propos du millet cultivé avec succès par M. Musnier et dont il avait exposé un spécimen au dernier concours, M. Gazanion père pense que cet essai pourra servir d exemple pour l'extension, désirable dans certains cas, de ce genre de culture. Le même membre recommande aussi le sor- gho et signale comme le meilleur moyen de tirer du maïs un fourrage très productif, est d’espacer les pieds à 40 centimètres et de les châtrer, c'est-à-dire de couper la tige au premier épi, aussitôt que la fleur est fanée. L'ordre du jour appelle ensuite la lecture d’un travail historique sur la première croisade. Cet intéressant mémoire de M. Rocher, dont il ne pour- rait être fait qu'une analyse très insuflisante, sera publié dans le recueil de nos Mémoires. M. A. Jacotin signale la découverte d’un acte de vente consenti, en 1343, à deux bourgeois du Puy, de la baronnie de Queyrières, l’une des dix- huit principales seigneuries qui donnaient à leurs possesseurs droit d'en- trée aux Etats du Velay. A cette occasion, il résume l’histoire de cette ba- ronnie dont il publiera la monographie dans le recueil de nos Mémoires. La Société, sur la proposition de M. le Président, félicite MM. les expo- sants des dentelles du Puy au sujet des récompenses qui ont été accordées par le jury de l'Exposition universelle et qui consistent en un diplôme d'hon- neur décerné à la chambre syndicale, et en médailles d'argent et de bronze aux exposants ainsi qu à leurs coopérateurs. M. le Président fait connaître qu’au nom de la Société, i s’est empressé d'accueillir au Musée une caravane de jeunes touristes venus au Puy, le 20 août, sous la conduite d'un professeur au collège Rollin de Paris. « C'est la première fois, dit-il, que la Haute-Loire est explorée par des membres du Club Alpin institué par M. Joanne, l'éminent auteur des Gui- des. Après avoir visité les sites et monuments de nos environs, ces jeunes gens ont continué leur voyage, presque toujours à pied, jusqu'au mont Mezenc dont ils ont opéré l'ascension, et de là se sont dirigés vers les pro- fondes et pittoresques vallées de la Haute Ardèche. On ne saurait trop ap- plaudir à cette nouvelle institution d’exercursionnistes qui, à peu de frais, complètent, pendant les vacances, leur instruction par la contemplation des beautés de la nature, par les aspects topographiques et la vue des monu- ments du passé. » L'assemblée est informée par le Secrétaire que MM. les Conservateurs du musée Crozatier ont été nommés en vertu d'un arrêté de M. le Maire, en date du 16 août dernier. Ils sont tous membres de la Société et s'étant constitués en commission administrative, ils ont été invités par M. le Maire 310 PROCÈS-VERBAUX à élire leurs officiers, qui sont : MM. Aymard, Président, directeur du Mu- sée; À. Jacotin, secrétaire; Alix, trésorier. Après le renvoi à la prochaine réunion, de quelques questions qui n'ont pu être traitées dans celle-ci, la séance est levée à six heures. L'un des Secrélaires, A. JAcoTIx. SÉANCE DU 5 DÉCEMBRE 1878. PRÉSIDENCE DE M. AyManv Le procès-verbal est lu et adopte. M. le Président expose combien il serait utile qu'une station agronomi- que fût créée au Puy, comme il en existe dans quelques départements. Cette institution comporte surtout un laboratoire de chimie qui rend de grands services à l'agriculture par des analyses d'engrais et du sol végétal. Le Conseil général, en attendant un établissement de ce genre, avait alloué, il y a quelques années, un crédit pour que ces analyses fussent faites au labo- ratoire du lycée, lequel malheureusement n’est pas pourvu d'appareils suffi. sants. Dans ces conditions, il y a lieu d'avoir recours à ceux de nos con- frères auxquels leurs connaissances chimiques permettent de suppléer à l'absence de la station agronomique. Ces vues qui sont bien accueillies par l'assemblée, donnent occasion à divers membres de signaler les variations du sol assez nombreuses dans notre pays, bien que la terre emprunte ses éléments géologiques seulement à cinq catégories de terrains : les gnéiss et granit, les argiles, les marnes, les déjections volcaniques et les alluvions ; éléments dont les mélanges dans différentes proportions, joints à d'autres causes, produisent la diver- sité des terres végétales. DES SÉANCES 371 M. Moullade, répondant au désir qui lui est exprimé par M. le Prési- dent, promet de s'occuper d'analyses de terres et d'engrais dont il fera con- naïître les résultats. À la demande d'un membre, la Société émet le vœu que le Conseil géné- ral facilite ces études, en rétablissant le crédit précédemment porté au bud- get départemental, ou mieux, s’il est possible, pour la création au Puy d'une station agronomique. M. le Président parle de la dernière et très instructive conférence que notre confrère M. le docteur Langlois, président du Comité départemental de vigilance, a faite à l'Hôtel-de-Ville. Il le prie de résumer ses recherches sur les dévastations phylloxériques dans la Haute-Loire et de les publier dans les Mémoires de la Société (1). Notre compatriote M. Chabrier, directeur de la station agronomique de Morlaix, dans une lettre adressée à M. Mauras, president du comice agri- cole, annonce un envoi de graines de panais (paslinaca saliva), plante dont la culture est ancienne et fructueuse dans le Finistère et produit la meil- leure graine. À cette lettre est jointe une notice sur ce genre de cul- ture. M. Nicolas, directeur de la Ferme-École, est prié de faire un essai d'en- semencement de cette graine, après avoir pris connaissance du travail de M. Chabrier. M. Aymard informe la Société que notre pays, n'ayant pas encore été suffisamment exploré par les géologues sous le rapport des phénomènes glaciaires, lui a offert des témoignages de la phase quaternaire à laquelle ces phénomènes sont atiribués Il a récemment étudié de très grands blocs basaltiques qui forment une longue trainée au travers de la vallée de la Loire près de Choussivl et de Charentus, dans la commune de Coubon. No- tre confrère avait déjà observé des blocs de lave basaltique disséminés et reposant sur une sorte de moraine formée de sable alluvial près de Bous- soulet, sur les bords de la route de Fay-le-Froid; enfin il rappelle La presence aux Rivaux, près d'Espaly, d'un atterrissement qui contient des restes d'une faune fossile caractéristique de l'époque glaciaire et qui comprend des os du mammouth, du rhinocéros, du grand ours, etc., associés avec des coquilles de mollusques terrestres disparus du pays, mais existant dans d’autres par- ties de la France qui sont moins sujettes que chez nous à des écarts de température extrême. En outre, un morceau de tibia humain, trouvé dans (1) Ce travail est inséré au présent volume. 312 PROCÈS-VERBAUX le même gisement, rappelle, comme les fossiles de Denise, l’immémoriale existence de l’homme dans la contrée. | « À l'époque de ce dépôt quaterhaire, ajoute M. Aymard, nos volcans n'étaient pas encore éteints, car, non loin du gisement des fossiles, et dans le même terrain, la berge qui borde la rivière a montré un filon de déjec- tions volcaniques. Ce fait amènera peut-être à voir dans un amas considé- rable d'alluvions sableuses qui constituent en grande partie l’'éminence de Montredon sur la même rivière de Borne, une large et profonde moraine, et dans un lit de galets supérieur, un produit de la fonte des glaciers, sur- monté, lui mème, d’une coulée de lave basaltique probablement comtempo- raine de ces grands phénomènes climatologiques. » Ces intéressantes remarques de M. le Président font espérer à la Société qu'elles provoqueront la recherche d'autres données concernant la question des glaciers dans notre pays. M. Rocher entretient l'assemblée d'un fait historique peu connu et très curieux, une conspiration dans le Velay au xvut siècle. Notre confrère a voulu donner à la Société la primeur de son travail. M. Balme communique à l’assemblée deux lettres de bourgeoisie accor- dées à des habitants de la ville du Puy en 1699 et 1703. Ces documents avec les pièces de la procédure, provenant des archives de sa famille, sont le sujet d'explications sur les prérogatives de la bourgeoisie. Notre con- frère fait remarquer aussi les formalités judiciaires assez compliquées qu'exigeait l'obtention de ces sortas d'actes. M. le Président félicite M. Balme d’avoir ajouté aux témoignages de l'histoire locale un genre de documents jusqu à ce jour inédit. Leur in- térêt historique engagera, sans doute, d'autres membres de la Société qui, à ce que l'on croit, ont connaissance de semblables pièces, à nous en faire part, pour ètre publiées ensemble dans le deuxième fascicule des Mémoi- res. | M. Aymard appelle l’attention de la Société sur les monuments dits pier-- res à bassins ou à écuelles dont il a fait connaitre, plusieurs fois depuis 1861, la présence dans le département. Notre confrère, à l'exemple d'au- tres observateurs qui, surtout en France et en Angleterre, avaient signalé de semblables antiquités, considérait les cavités de ces pierres comme évi- demment creusées de main d'homme. Néanmoins tous les archéologues ne partageaient pas cette opinion. La plupart, sans en avoir jugé de visu, étaient portés à attribuer ces cavités à des jeux de la nature, ou à des eflets d'érosion. Mais depuis quelque temps les découvertes de ce genre se sont DES SÉANCES 313 multipliées, et les roches à bassins ont été si bien étudiées que, pour beau- coup de ces monuments, le scepticisme a été désarmé. Aussi s’empresse-t-on aujourd’hui d'en signaler partout en France et dans les pays étrangers. M. le Président énumère ansuite les divers spécimens trouvés dans la Haute-Loire, ainsi que d’autres roches de structure extraordinaire qui, vé- nérées dans nos campagnes, comme les pierres à creux, sont l’objet de su- perstitieuses croyances. Il conjecture leurs antiques destinations et, les désignant sous le nom d'’archéiles, il assigne à leur origine une époque antérieure à celle des mégalithes; enfin, désireux d'avoir de plus amples informations pour un travail qui sera publié au recueil de nos Mémoires, il se propose d'ouvrir une enquête dans toute la région supérieure du plateau central. À cet effet un questionnaire sera envoyé dans diverses communes du département et aux principaux archéologues de la région. La Société, après avoir approuvé ce projet, entend la lecture d'une notice de M. Aymard sur un nouveau genre de pierres de petite dimension, mo- biles et portatives, paraissant avoir été des imitations réduites de pa- léites avec ou sans bassins et qu'il considère comme ayant pu ètre des pierres sacrées ou bélyles. A cet effet, il met sous les yeux de la Société deux spécimens de galets, l'un en quartzite trouvé dans le sol du cimetière de Coubon et qui offre des trous ou cupules faits de main d'homme comme on en voit sur des roches à écuelles ; l’autre d'une espèce de serpentine qui, n'existant pas dans le pays, dénote l'importation de ce petit monument. Ce dernier a été exhumé près d'Estroulhas, non loin du Puy. De savantes comparaisons avec des bétyles cités dans les écrivains de l'antiquité per- mettent de leur assimiler ceux-ci. L'assenblée, intéressée par cette communication, décide l'impression de la notice de notre confrère dans le recuei, de nos Mémuires. M. Louis Gueyffier présente des morceaux de poteries romaines et quel- ques autres petits objets provenant d’une fouille faite à Saint-Bauzire. Les explications données par notre confrère font présager d’autres trouvailles qui éclaireront les antiques origines de la localité : aussi M. Gueyffier promet-il à la Société de la tenir au courant de tout ce qui sera mis au jour. M. le Président fait part à la Société d’une offrande d'objets antiques faite au musée par Me la baronne de Boxberg qui, depuis plusieurs an- nées, ne cesse de recueillir en diverses régions de la France et des pays étrangers, des spécimens types d’études comparatives pour enrichir nos 314 PROCÈS-VERBAUX collections archéologiques. Ce nouvel envoi, non moins intéressant que les précédents, comprend : 1° Deux antiques vases en poterie trouvés pris de Breslau en Silésie, contrée des anciens Suèves ; : 2° Onze moulages et une copie peinte de pièces préhistoriques et d'au- tres antiquités conservées au musée de Dresde (Saxe). Les moulages ont êté habilement coloriés par la donatrice qui a fait aussi la copie peinte à l'aquarelle, Dans une lettre adressée le 4 novembre à M. le président, M®° de Boxberg donne des explications sur chacune de ces pièces. Nous en extrayons les suivantes : « 4° Les deux vases proviennent d'une sépulture. L’un est une urne cinéraire avec inscription fgrafiito) qui n’a pas encore été dé- chiffrée; l’autre est un petit vase de libations. Ils étaient enfermés dans un réduit muré. L'urne avait un couvercle hermétiquement fixé par du ciment; je l’ai détaché avec soin et le vase s'est trouvé rempli de cendres entremêélées de fragments d'os. M. le professeur Reichenbach, directeur du musée de Dresde, à qui j'ai soumis les débris osseux, y a reconnu des restes d'un paonet d'un lièvro, symboles peut-être de la mort considérée comme un léger sommeil; | « 20 Au nombre des moulages sont ceux de quatre glaivos en bronze, armes dont les formes et le travail dénotent une fabrica- lion germaine. On ne sait pas dans quelle circonstance ces beaux glaives ont été trouvés; on suppose qu'ils proviennent de tombeaux maconnés et non enfouis sous terre ; « 3 Un autre moulage est celui d'un objet en bronze formé de deux disques qui sont réunis par une lige coudée. Îl s'agit ici d’un fragment de fibule trouvé près de Meissen, d’après ce qui ma été dit par M. le professeur Hetiner. L'ornementation des parures en spirale à l'âge de bronze, est éminemment germaine; « 40 Moulage d'une faucille de l'âge de bronze trouvée aussi près de Maissen; « 50 Moulage d'un rasoir en bronze, extrait d'un vase cinérairc. A cette occasion, je vous rappelle que, pendant mon séjour à Dresde en 4870, un foyer slave fut déblavé en Poméranie et qu'on y DES SÉANCES 319 trouva des urnes qui étaient rehaussées par des figures d'hommes portant une longue barbe tressée, ce qui excluait. pour l'époque de ces poteries, l'emploi général des rasoirs ; «6° Moulage d’une lancette trouvée dans une urne cinéraire slave; « 7° J'ai représenté dans un dessin à l'aquarelle, joint à mon envoi, des feuilles de chêne en bronze d’après les fragments d'une couronne formée de ces feuilles, HRRene qui ont été recueillis dans un autre vase cinéraire. « Parmi les cendres contenues dans ce vase, se trouvait, avec ces débris de feuilles, un morceau d’un crâne humain, non cal- ciné, parfaitement conservé et « teint de rouge ». Il y avait aussi des fibules et anneaux de bronze en partie fondus; le tout dénotant l'incinération d’un personnage, sacrificateur ou chef de tribu germaine ; « 8° J’appelle encore votre attention sur des reproductions de deux moules en grès pour faucille et bout de lance, indiquant une fonderie, de l’âge du bronze, établie à Grottenhain, non loin de Dresde, où ces moules ont été trouvés ; « 90 Etudiez également une statuette d'enfant dans un berceau, trouvée en 1868 en jelant les fondements d'un pont à Hipity, à quel- ques lieues de Dresde. On croit y reconnaitre l'image de l'enfant Jésus portant dans ses mains le globe terrestre. Cette statuette, dont l'original est en terre cuite, se rapporterait, au dire de M. le professeur Geinity, à une ancienne époque de l'établissement du. christianisme en Saxe. » À la suite de cette intéressante communication, M. le Président est prié de transmettre à M°* la baronne de Boxberg les sentiments de grati- tude de la Société. L'intérêt que présentent les collections préhistoriques du musée et cel- les de l'ethnographie générale qui en sont le complément, ont engagé M. Aymard à leur adjoindre un ensemble d'objets ethnographiques du département. Les spécimens qu'il a déjà recueillis dans nos campagnes : armes, ustensiles, engins de pèches, poteries, meubles, pièces de parure et de harnachement, talismans ou amulettes, rappellent des usages anciens, quelques-uns même d'origine préhistorique. 316 PROCÈS-VERBAUX Les vues que M. le Président énonce à ce sujet ouvrent un champ nouveau aux investigations de la science anthropologique. L'assemblée en temoigne sa satisfaction et recommande à nos confrères de fournir à la Société tous les renseignements qui aideront à compléter cette utile coi- lection. | La Société accueille aussi avec intérêt la communication qui lui est faite par notre confrère M. Moullade, conservateur du musée d'histoire naturelle, de l'achat pour cet établissement d'une série de trois cents in- sectes coleoptères des principaux genres de France. A sept heures, la séance est levée. L'un des Secrélaires, L. GRATUZE. SOCIÉTÉ DES AMIS DRS SCIENCES, DE L'INDUSTRIE ET DES ARTS DE LA HAUTE-LOIRE LL 4 COMICE AGRICOLE DE L’ARRONDISSEMENT DU PUY MÉMOIRES PROCES-VERBAUX PREMIÈRE ANNÉE. — PREMIER FASCICULE 1878 —— = C — ms LE PUY M.-P. MARCHESSOU, IMPRIMEUR DE LA SOCIÉTÉ Boulevard Saint-Laurent, 23. M DCCC LXXVIII Digitized by Google SOCIÉTÉ DES AMIS DES SCIENCES, DE L'INDUSTRIE ET DES ARTS, DE LA HAUTE-LOIRE PIS RSS PPPP PPS SR PPS PPS PSP PP BR PPS LP PP PP PL SSP SE PL L LPS PR PSP PSS RS SSD PP PPESSS ENT LS MN COMICE AGRICOLE DE L’'ARRONDISSEMENT DU PUY STATUTS CHAPITRE PREMIER But et composition du Comice. ARTICLE PREMIER, Un Comice agricole est institué au Puy, chef-lieu du département de la Haute-Loire, avec l'approbation du Gouvernement. ART. 2. Ce Comice est réuni, à titre de section agricole, à la Sociclé des amis des sciences, de l'industrie el des arts de la Haute-Loire, déjà fondée, et prend le titre de : Comice agricole de l'arrondissement du Puy. ART. 3. Ila pour but : les améliorations agricoles de tout genre, ct, en particulier, l'elevage des bestiaux par l'étude des questions agronomiques, et les encou- I STATUTS ragements divers aux innovations utiles et à l'introduction de nouvelles méthodes. ART. 4. Le Comice se compose de membres titulaires pris en nombre illimité dans l'arrondissement du Puy. En échange d’une cotisation fixée à six francs, les membres recevront une carte qui leur sera délivrée par Le Trésorier particulier du Comice. AnrT. 5. Seront admis membres tous propriétaires, fermiers ou personnes s'inté- ressant aux progrès de l’agriculture et s'engageant à observer le présent rè- glement. AnT. 6. Pour être admis, il suffit d'en faire la demande au Président. Celui-ci la soumet à une réunion du Comice, qui prononce l’admission à la majorité absolue des votants. ART. 7. Le présent règlement sera imprimé et un exemplaire en sera délivré à chaque membre. CHAPITRE II Droits et devoirs des membres du Comice. AnT. 8. Tous les membres prennent part aux délibérations ot doivent payer an- auellement une cotisation fixée à six francs, STATUTS II AnrT. 1. Les engagements sont contractés pour trois ans; mais tout membre ins- crit n'ayant pas donné régulièrement sa démission avant le 4er janvier de la quatrième année, est considéré comme engagé pour trois nouvelles an- nées. Quelle que soit l’époque de leur admission, les membres nouveaux doivent verser la cotisation de l’année entière. AnT. 10. Les membres du Comice doivent assister aux séances et y donner com- munication de leurs observations et des résultats des expériences agricoles qu'ils auront tentées. Ils doivent aussi s'acquitter des missions spéciales dont le Comice peut les charger, à moins toutefois d'excuses valables. CHAPITRE II] Ressourees et dépenses du Comice. AnT. !1. Les ressources du Comice ou seclion agricole comprennent : 1° Les allocations diverses du Gouvernement, concernant les concours agricoles ; | 2° Les subventions du Conseil général et du Conseil municipal du Puy ayant la même affectation spéciale. Les subventions seront remises au Comice par les soins du Président et du Trésorier de la Société des amis des sciences, elc., de la Haute-Loire, qui sont chargés, chacun en ce qui le con- cerne, des demandes à adresser, par l'entremise de M. le Préfet et de M. le Maire, au Conseil général et au Conseil municipal du Puy; 1V STATUTS 3° Des cotisations annuelles. Toutefois un quart de ces cotisations devra ètre versé entre les mains de M. le Trésorier de la Société des amis des sciences, pour subvenir aux frais généraux, tels que frais d'impression et de bureau, personnel, etc., qui incombent à ladite Sociélé, dont le Comice n’est que le complément ; 40 De la partie des dons qui pourraient étre faits spécialement pour le fonctionnement du Comice, à la Société des amis des sciences, dans le cas où cette dernière serait reconnue par le Gouvernement établissement d'uti- lité publique. ART. 192. Ï]l pourra être prélevé, sur le budget spécial du Comice, les fonds néces- saires à l'achat de graines, plantes, modèles d'instruments agricoles, ete., à l'abonnement et l'achat des ouvrages d'agriculture et d'animaux reproduc- teurs, CHAPITRE IV Administration du Comice. ART. 13. L'administration générale du Comice est confiée à la Société des amis des sciences et son fonctionnement particulier, à un bureau nommé en séance, au scrutin secret et à la majorité absolue des votants. Le bureau est ainsi composé ! 4° Un Prési‘ent : 99 Deux Vice-Présidents ; 3° Un Secrétaire : 4° Un Vice-Secrétaire : 5° Un Trésorier. STATUTS V Le Président, le Secrétaire et le Trésorier, doivent résider au chef-lieu du département. AnrT. 14, Le bureau délibère sur toutes les affaires intérieures et urgentes ; est chargé de la préparation et de l’organisation des Concours agricoles ; prend l'initiative de tout ce qui peut assurer la prospérité du Comice, etc. AnT. 15. Le Président fixe l’ordre du jour, dirige les séances et les discussions, signe les mandats de paiement et remplace le Comite en toutes circons- tances. Ie Vice-Président a les mêmes attributions, en l'absence du Président. AnT. 16. Le Secrétaire est chargé de la rédaction des procès-verbaux des séances, de la correspondance, du soin de convoquer les membres du Comice. Il remet, en outre, entre les mains du Secrétaire de la Sociélé des amis des sciences, les publications du Comice qui doivent être revêtues du visa du Conseil d'administration de ladite Société, lequel s'adjoint dans ce cas les membres du bureau du Comice. En l'absence du Secrétaire, le Vice-Secrétaire le remplace dans ses attri- butions. AnrT. 17. Le Trésorier est chargé des recettes et acquitte les dépenses sur mandat du Président. 1] présente, chaque, année l'état sommaire de la situation fi- nancièré du Comice. Il a la garde des graines, des plantes, des instruments, etc., envoyés au Comice ou achetés par lui. AnrT, 18. Le bureau est nommé pour trois ans, Il est toujours rééligible. VI | STATUTS CHAPITRE V Séances du Comice. AnT. 11. Le Comice ou section agricole, tient une séance le 3° jeudi de chaque mois, dans la salle ordinaire des séances de la Société des amis des sciences de la Haute Loire. CHAPITRE VI Concours agricoles. AnT. 20. Chaque année, en avril et septembre, le Comice tiendra des concours d'animaux et distribuera des prix et primes d'argent, au moyen des fonds que le Gouvernement, le Conseil général et le Conseil municipal du Puy voudront bien mettre à la disposition de la Société des amis des sciences, qui s'est chargée d'en faire la demande et de les remettre entre les mains du bureau du Comice, conformément à l'art. 11 du présent règlement. AnrT. 21. Le concours d'avril, qui aura lieu à la foire de la Passion, concernera spécialement les animaux gras. STATUTS VII Le concours de septembre se tiendra à Fay-le-Froid ou à tout autre chef-lieu du canton de la région particulière à la race bovine du Mezenc. Arr. 22. Le concours départemental de septembre (foire de la Saint-Michel), qui, suivant le vœu émis par le Conseil général de la Haute-Loire, doit avoir lieu alternativement dans chacun des chefs-lieux d'arrondissement, sera organisé et dirigé par la Sociélé des amis des sciences qui s’adjoindra les comices du Puy, de Brioude ou d’Yssingeaux, suivant la localité où se tiendra ce concours. AnT. 923. Toutes les espèces ovine, bovine, porcine, chevaline et les animaux de basse-cour seront admis au concours départemental, ART. 24. Une ou plusieurs commissions, de trois à cinq membres, seront nom- mées par le Comice pour constituer les jurys d'examen, dans les concours d'avril et de septembre. Ces commissions fonctionneront sous la direction du Président et avec l'aide des membres du bureau. Leurs décisions se- ront prises à la majorité des suffrages. AnT. 25. Tous les membres du Comice ont droit d'assister aux concours avec voix consultative et sont admis à concourir; mais aucun ne peut être ex- posant d'une espèce et membre d’une commission chargée de juger cette espèce. Le membre du Comice exposant ne pourra pas non plus avoir voix consultative, pour la partie dans laquelle il expose. AnT. 26. L Les récompenses du Comice ou section agricole se composent de primes, médailles, mentions honorables. Elles peuvent aussi consister en plantes, plants d'arbres, instruments, livres, etc. VII] STATUTS CHAPITRE VII Publications du Cornice. ART. 7. Tous les extraits de procès-verbaux, communications diverses ou tra- vaux, doivent être remis par le Secrétaire du Comice, entre les mains du Secrétaire de la Sociélé des amis des sciences, qui en donne un recu, les sou- met au conseil d'administration de ladite Société et veille à ce qu'ils soient imprimés, lorsqu'ils ont été revêtus du Visa dudit Conseil et du bureau du Comice, conformément à l'article 16 du présent règlement. Les travaux du Comice paraissent dans les Mémoires de la Sociélé des amis des sciences et portent le titre particulier de bulletin du Comice agricole de l'arrondissement du: Puy. Un exemplaire de ce bulletin sera remis gratuitement aux mem bres du Comice. CHAPITRE VIII Dispositions particulières. Arr. 28. Le sceau du Comice est composé d'attributs agricoles avec cette légende : Comice agricole de l'arrondissement du Puy. AnT. 29. Le Comice, désirant avant tout la bonne harmonie entre tous ses mem- bres, s’interdit formellement toute discussion religieuse ou politique. STATUTS IX Anr. 30. Les membres qui manqueraient aux lois de la bienséance ou aux clauses du présent règlement, seront réprimandés par le bureau, et, en cas de ré. cidive, ils pourront être exclus après un vote secret du Comice. AnT. 91. Ceux qui auraient forfait à l'honneur sont exclus, après an vote du Co- mice, sur la proposition du bureau. AnT. 32. En cas de dissolution, les ouvrages composant la bibliothèque particu- lière du Comice appartiendront, comme ceux de la Sociélé des amis des sciences, à la ville du Puy. AnT. 33, Les modifications aux présents statuts ne pourront être faites, que sur la proposition écrite de trois membres au moins du Comice. | Les changements à ce règlement, concernant les rapports du Comice et de la Sociélé des amis des sciences, devront, pour être exécutés, être approu- vés par ladite Société. Va et approuvé : Au Puy, le 3 avril 1878. Le Préfel, A. LaBorDèReE. BUREAU DU COMICE AGRICOLE DE L'ARRONDISSEMENT DU PUY EXERCICES 1878 A 1880 PRÉSIDENT M. E. Maunas, maire de Saint-Julien-Chapteuil. VICE-PRÉSIDENTS MM. Coupercxer, propriétaire au Puy. F. Conan», propriétaire à T'alobre. SECRETAIRE M. À. Jacorin, secrétaire de la Sociélé des amis des sciences, de l'indusirie el des arts de la Haute-Loire. VICE-SECREÉTAIRE M. E. Bonxer, ancien notaire, adjoint à la Mairie. TRÉSORIER M. À. Aix, trésorier de la Société des amis des sciences, de l'industrie el des arts de la Haule-Loire. COMITÉ DE RÉDACTION DU COMICE AGRICOLE EL LA LA EXERCICES 1878 A !880 Li MM. E. Maunras, President du Comice. Couoercxer, Vice-Président, id. CHoraAND, id. id. À. JACOTIN, Secrétaire, id. E. Boxer, Vice-Secrétaire, id. AymarD &##, Président de la Sociélé des amis des sciences, LanGLois, docteur-médecin. | I. Heove Xe, propriétaire. Nicozas &ÿ, directeur de la ferme-école. A. Lascowge, bibliothécaire de la ville du Puy. E. Gazanion, propriétaire. Mouccans, pharmacien. Anssac, pharmacien. Ducac, brasseur. l'e SÉRIE, 1878. \+ Digitized by Google CONCOURS DES ANIMAUX GRAS TENU AU PUY LE SAMEDI 9 AVRIL 1878 RAPPORT de M. Nicolas, directeur de la Ferme école. Le 9 avril dernier, le nouveau Comice agricole entrait en fonc- tions par le concours d'animaux gras fixé au mardi qui suit le dimanche de la Passion. Son organisation, retardée par des dif- ficultés de détail, l’avait empêché d'avertir les éleveurs de la montagne aussitôt qu'il l'aurait désiré et qu'il eût été nécessaire de le faire; aussi éprouvait-il quelques craintes sur le résultat. Les faits ont dépassé ses espérances. Si le nombre des animaux de la race bovine était un peu moins considérable que les années précédentes, la qualité était assez remarquable pour nécessiter, de la part du jury, un examen très-délicat; 25 bœufs au-dessus de cinq ans, 16 au-dessous de cet âge et 27 vaches formaient une réunion qu'on ne rencontre pas toujours dans des concours d'un ordre beaucoup plus élevé. Il ressort surtout pour nous de cet ensemble un fait d’une haute importance : 16 animaux de quatre ans ont concouru, un seul appartenait à la race d'Aubrac, tous les autres étaient de la race du Mezenc. Les conclusions de cette composition sont faites pout donner au Comice la satis- faction la plus complète. Les éleveurs de nos montagnes ont 2 CONCOURS compris qu’il y avait pour eux un avantage incontestable à en- graisser des animaux jeunes; ces animaux ont été choisis dans leurs propres étables, parmi leurs élèves, et ls ont réussi. Ainsi se trouve résolu le problème de la production rapide et économi- que de la viande de boucherie, une des grandes questions so- ciales du moment. Malheureusement c’est le contraire qui a lieu pour la catégorie des bœufs au-dessus de cinq ans : 22 de ces animaux sont de la race d'Aubrac; deux sont montferrandais ; un, limousin. Nos éleveurs vont acheter au dehors, pour les engraisser, les bœufs hors d'âge et produisent aïnsi de la viande avec beaucoup de temps, beaucoup de fourrages et un prix d'acquisition toujours assez considérable. Le jour où nous aurons obtenu que les ha- bitants de nos montagnes produisent un plus grand nombre d'élèves de la race du Mezenc, de manière à utiliser les immen- ses ressources fourragères du pays, et livrent à la boucherie des animaux jeunes et aptes à l’engraissement en réservant pour le travail les animaux plus robustes et mieux conformés, nous au- rons, je crois, beaucoup amélioré la situation. Encourageons donc dans cette voie nos intelligents éleveurs, et qu’à l'exemple de Michel, ils n'aient plus dans leurs étables que des animaux du Mezenc, rapidement et économiquement engraissés. Bon concours de moutons malgré les désastres qui ont, cet hiver, frappé nos montagnes. On ne se serait pas douté, à voir ces bêtes si grasses, en si bon état, que la cachexie aqueuse avait sévi sur la plupart des troupeaux, et les cent vingt animaux, présentés au concours, étaient la meilleure preuve que la mala- die avait complètement disparu. Excellente exhibition de la race porcine. Les races croisées tendent de plus en plus à s'implanter dans le pays et nous som- mes bien loin aujourd'hui de ces animaux à longues jambes, à croupes avalées, bien taillés pour courir, mais d’un engraisse- ment long, difficile et coûteux. Toutefois nous engageons les éleveurs à ne pas pousser trop loin les croisements et à chercher DES ANIMAUX GRAS .) à améliorer nos races locales par le choix de meilleurs repro- ducteurs pris dans la race même. Ils doivent chercher à conser- ver les bonnes qualités du lard et de la chair de nos animaux, tout en leur donnant une conformation plus en raport avec la production de la graisse. Nous pouvons, en somme, résumer en deux mots nos conseils aux éleveurs de toutes les races : faire de la viande et de la graisse vite et économiquement. La sélection des races est le seul moyen d'y réussir. Le concours s’est terminé par la distribution des récompen- ses. L'assemblée nombreuse a entendu avec plaisir proclamer tous les noms auxquels elle est habituée depuis longtemps et au milieu d'eux quelques noms nouveaux : Michel, Eyraud, Cha- nal, Jouffre, Rochette, Descours, pour la race bovine; Meynier qui soutient à Baïns la réputation de son troupeau ; Barthélemy, Pays, qui tendent à améliorer la race porcine. Le Comice agricole est fier de tous ces noms et il espère que, l'année prochaine, les éleveurs reviendront plus nombreux parce qu'ils auront été prévenus à temps, et conduiront des ani- maux qui augmenteront encore les difficultés du choix et le tra- vail du jury. J. NicoLAS, Directeur de la ferme-école. Au rapport si complet au point de vue technique de notre confrère M. Ni- colas, nous ajouterons quelques renseignements sur l’organisation g'nérale du concours d'animaux gras. Dans la séance du 23 mars 1878, les membres du Comice nommèrent le jury suivant, charge do distribuer les primes aux exposants : MM. E. Mauras, président du Comice agricole. CounercHer, vice-présiden', id. Cuorax», à Talobre, id, Nicoeas, directeur de la ferme-école. VÉROT, propriétaire à Saint-Marcel. MÉoanp, vétérinaire. 4 CONCOURS MouLcane, pharmacien. Gimsenr, propriétaire à Vals. Gimaun, boucher au Puy. Le mardi 9 avril, à dix heures précises, M. le Préfet, M. le Maire de la ville, les bureaux de la Société des amis des sciences et Au Comies agricole, se rendirent sur l'emplacement du concours. Les membres du jury com- mencèrent aussitôt leurs opérations qu'ils ne terminèrent qu'à une heure de l'après-midi. | Le même jour, à deux heures, eut lieu la distribution des prix dans la salle de l’Alcazar. M. le Préfet présida la séance à laquelle assistèrent MM. les sénateurs du département de la Haute-Loire, MM les membres du Conseil général avant à leur tête M. le Général de Chabron, sénateur et président du Conseil général, M. le Maire et M. les membres du Conseil municipal du Puy au grand complet, M. le Président de La Société des amis des sciences, ainsi que d'autres notabilités de notre ville. Après un brillant discours de M. le Préfet, après les paroles de bienvenue adressées par M. le Président du Lomice agricols à tous nos agriculteurs exposants, M. E. Mauras proclama le nom des lauréats qui recurent aussi- tôt des mains de M. le Trésorier du Comice, les primes auxquelles ils avaient droit et qui furent proclamées dans l'ordre suivant : ESPÈCE BOVINE. Bœufs nés avant le î*" janvier 1871. 1. Prix. Eyraud Louis, des Estables.,.,,.,,, .,........... 130 2. — Rochette Etienne, du Béage......,....... Aer 100 3. — (hanal Pierre, de Chaudevrolles.,,.,,.,,..,.,.,., 80 &, — Jouffre Cyprien, du Cros de Jorant (Ardècha),,,..,., 50 5. — Pons Antoine, de Saint-Georges d'Aurat.,,,,,.,,.... 39 6. — Saharot Charles, de Brives..,.,,.,.,,,. ...,.. sue 20 Bœufs nés depuis le 1° janvier 1874. 4. Prix. Michel Regis, des Estables. ...... fées PR EL 2. — Jouffre Cvprien, du Cros de Jorant.,........... DR T 90 3. — Descours Alexandre, des Estables.,,,..,.,.,,,,.:.... 10 4, — Chanal Pierre, de Chaudeyrolles.....,.,.:,,,..,.. 40 1. Prix D. 3, — os 9. — 6. — 7. — *. Prix 2. — 3. — A. — 1. Prix 2. — 3. — 4. — 1. Prix. 2. — 3. — 4. — 2, — 6, — 1. — DES ANIMAUX GRAS D) Vaches et génisses. Rochette Etienne, du Béage.............,....... ; 90 Jouffre Cyprien, du Cros de Jorant........... son 75 Eyraud Louis, des Estables,,....,,........ see 60 Chanal Pierre, de Chaudeyrolles...,...........,.... 50 Descours Alexandre, des Estables...,......,....... A0 Bernard Auguste, de Vals........................ 30 Michel Régis, des Estables..........,.. St 20 Prix de bandes de cing animaux. Eyraud Louis, des Estables, .,,,... Ses. Horde: 150 Rochette, du Béage........... sors idees 120 Jouffre Cyprien...,...... TR . 70 Chanal Pierre......,....... sieurs nrsa cs 50 ESPÈCE OVINE, Lots de cinq bôles. André Meynier, de Bains.....,,.......,..,......, 10 Fortuné Nègre, du Puy...,.,.....,,........, Sue 35 Plantin Pierre, de Bains........ Heart, 30 Laurent Etienne, de Bains, .......... Sedan sosie 20 ESPÈCE PORCINE. Barthélemy Baptiste, de Bains...,.,,..,.......... 20 Pays Jean-André, du Puy.............,.. Rues : 40 Roland Joseph, d'Espaly......................... 30 Orphelnat sus tinsents ss Didi Riou sestouss 25 Baptiste Gravejal, de Saint-Privat-d'Allier,..,....... 20 Liotard Antoine, de Saint Germain-Laprade.....,.,.. 15 Raymond Jean, d’Aiguilhe,.... RS 10 Le Secrélaire du Comice, À. JACOTIN. MÉMOIRES * ÉNIIIT f SNS ST PSS TSTE L PPS LOS LS LAN PPT PPS PP PS TS PTS LL Sd LL PPS PP PPT ES LL TS PTT PSS IE PS SIREN NE DL DS NE IN LE 6 LS ne DU DISTOME . ÊT DE LA CACHEXIE AQUEUSE DU MOUTON Si, ainsi que l’a dit un auteur, le langage a élé donné à l'homme pour déguiser sa pensée, il faut bien en convenir, l'écriture, qui doit en être l'expression figurée, sert souvent, à l’aide d'un mot tiré des langues mortes, à masquer l'incertitude. Cette réflexion s'applique à une série de maladies connues sous le nom générique de cachexies. Vague et sans aucun sens bien déterminé, ce mot représentait déjà, pour les auteurs de l'antiquité, un état maladif pouvant être produit par les maladies les plus différentes. Il ne doit, par conséquent, indiquer à l'esprit qu'un ensemble de symptômes, et non une maladie spéciale, ainsi que les méde- cins du siècle dernier avaient tenté de l’établir. Nous avons : La cachexie scorbutique, — saturnine, — nerveuse, — des affamés ou fièvre de famine, — cancéreuse, ÉTUDE SUR LA CACHEXIE AQUEUSE DU MOUTON 7 — syphilitique, — palustre, etc., etc., La cachexie aqueuse de l’homme, La cachexie aqueuse du mouton. L'état cachectique déterminé par le scorbut, l'intoxication sa- turnine, la tuberculose, le cancer, la syphilis, etc., s'explique par- faitement ; il y a là une cause bien déterminée, et, à l’autopsie, on trouve toujours des lésions organiques qui expliquent la mort. La cachexie des affamés se comprend sans lésions, la cachexie palustre est un véritable empoisonnement du sang, et la rate et le foie atteignent souvent dans cette maladie un très-grand vo- lume. Il n’en est pas de même dans la cachexic aqueuse, ainsi que je me propose de l'examiner. On a lontemps confondu avec la cachexie palustre une mala- die propre à l’homme sous certains climats; Fischer, Hamont et Pruner ont montré qu'elle était différente, et, en raison d’ana- logies frappantes avec une maladie observée depuis longtemps chez le mouton, ils lui ont donné le nom de cette dernière, sans préjuger si la cause était semblable : celui de cachexie aqueuse. Connue dans les pays où elle exerce ses ravages sous les syno- nymes de mal-cœur, mal d'estomac des nègres, lanque blanche, géophagie, hypohèmie intertropicale, chlorose d'Egypte, etc.,etc., la cachexie aqueuse est caractérisée par la décoloration des vaisseaux de l'œil, de la langue, des muqueuses, et même visible- ment de la peau chez les nègres, par une anémie profonde, par la diarrhée, par la diminution de la fibrine et des globules du sang, par la suffusion séreuse qui en est la conséquence, et enfin par une perversion singulière du goût qui consiste à se nourrir de terre (géophagie), de sciure de bois, de papier, etc. (pica, mala- cia). Tous les voyageurs qui ont parcouru les contrées intertropi- cales ont parlé de cette singulière maladie, et il est peu de per- sonnes qui n'aient entendu parler des mangeurs de terre. 8 MÉMOIRES Livingstone la cite dans les notes de son dernier voyage au centre de l'Afrique. Bryan Edwards, qui a vécu longtemps à la Jamaïque, dit que la mortalité parmi les nègres des Antilles est due surtout à cette maladie. Rufz raconte qu'il a retrouvé dans l'arsenal de l'esclavage des masques de fer blanc dont l’emploi consistait à empêcher les nègres de manger de la terre. La géophagie existe dans les Antilles, l'Amérique du Sud, la Louisiane, la Géorgie, la Floride, la Caroline du Sud, dans l’Inde, aux Comores et dans presque toute l’Afrique, où elle a été surtout observée en Egypte; enfin en Italie, paraît-il, seulement, en Eu- rope. | Outre une bouffissure de la face et des hydropisies partielles, on ne trouve d’autres lésions, chez les individus qui en meurent, qu'une infinité de petites piqûres dans l'intestin grêle, et à cha- cune de ces piqûres est attaché un ver d’une nature particu- lière. Ces vers se comptent par milliers. Etudié pour la première fois en 1838 par Dubini, en Italie, ce ver a été baptisé par lui du nom d’Ankylostomum duodenale, en raison d’une capsule cornée dont sa bouche est armée, qui lui sert pour perforer l'intestin et se nourrir du contenu des vaisseaux chylifères ou du sang même de la victime. L'individu disséqué par Dubini n'étant pas mort de la cachexie, l’auteur ne poussa pas plus loin les conséquences de sa décou- verte. | Pruner, quelques années après, signala son existence en Egypte. Mais ce n’est que vers 1850 que les docteurs Bilharz et Griesinger ont reconnu la présence constante de l’ankylostome dans le duodénum et le jejunum de tous individus morts de cachexie aqueuse qu'ils ont pu étudier en Egypte. Ils en conclurent que l’ankylostome était la cause de la ca- chexie. Peu de temps après, le docteur Otto Wacherer de Bahia, qui ÉTUDE SUR LA CACHEXIE AQUEUSE DU MOUTON 9 a étudié longtemps cette maladie, est arrivé à la même conclu- sion. | Enfin les docteurs Grenet et Monestier de la marine française sont venus confirmer les observations de Griesinger, et le doute ne semble plus maintenant possible. Aussi a-t-on proposé le nom de maladie de Griesinger pour désigner la cachexie aqueuse de l'homme, qui, maintenant que la cause en est connue, paraît vide de sens. Mais il reste encore beaucoup à faire. Comment l’ankylostome s’introduit-il dans le duodénum? Quelles sont ses métamorpho- ses ? C'est ce qui reste à étudier. Il ne faut pas s'étonner si l'étude de ce parasite est encore aussi peu avancée, car plusieurs entozoaires propres à l'homme dans nos climats, l’ascaride lombricoïde, par exemple, si commun cependant, sont encore fort peu connus, au moins quant à leurs conditions de dévelop- pement et à leurs métamorphoses. Il y a fort peu d'années que nous connaissons les conditions de développement du {œnia solium et du tœnia cœnurus. Van Beneden a montré jusqu’à l'évidence que l’homme pre- nait le tænia quand il mangeait de la viande de porc ladre, et l'on peut affirmer avec assurance que toute personne, en France, atteinte du tænia, a mangé de la viande non suffisam- ment cuite d’un animal contenant des cysticerques. C'est pourquoi les Juifs orthodoxes n'ont jamais le tænia solium. | L'on sait aussi que la maladie connue sur le nom de tournis est causée par la présence dans le cerveau du mouton du pre- mier état du tœnia cœnurus qui vit dans l'intestin du chien, et peut-être du tænia serrata qui paraît être le même; et, quand dans un troupeau se manifestent les signes du tournis, on peut être certain que le chien préposé à sa garde est possesseur d’un tæœnia. On le voit, nous sommes loin du temps où l’on croyait à la génération spontanée des entozoaires; et, si la force vitale peut prendre naissance sous l'influence des seules forces physiques, 10 MÉMOIRES elle ne peut s'exercer, comme le dit si bien le célèbre protesseur Carl Vogt, que sur des êtres d’une simplicité d'organisation particulière : sur le sarcode de Dujardin, sur les amibæ de Haec- kel. Mais la sagacité des naturalistes a de quoi s'exercer encore, il reste un champ suffisamment vaste aux travaux de l'avenir. Ïl nous a paru intéressant, avant de parler de la cachexie du mouton, de mettre en parallèle la cachexie aqueuse de l’homme, qui a été traitée tout au long par Leroy de Méricourt dans le dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, et dont nous avons voulu présenter un tableau aussi exact et aussi suc- cinct que possible. À plusieurs reprises nous avions eu l’occasion d'étudier la ca- chexie aqueuse du mouton, nous avions compulsé, à cet effet, croyons-nous, à peu près tous les ouvrages français qui en parlent; et, quoique tous ces livres rejetassent bien luin l'hypothèse que cette maladie était exclusivement de nature parasitaire, nous étions resté convaincu que la plupart, des auteurs qui l'avaient traitée étaient dans l'erreur. Davaine seul semble pencher pour la cause parasitaire. L'épidémie qui a sévi cet hiver dans la Haute-Loire nous a fourni l'occasion de l’étudier de nouveau et ce qui avait été jus- qu'ici une sorte de pressentiment est devenu pour nous une certi- tude complète. La cachezxie aqueuse du mouton est une maladie parasitaire, et la présence, dans le foie, du distome en quantité considérable en est la cause déterminante. Telle est la conclusion que nous croyons pouvoir formuler. Examinons la maladie. La cachexie aqueuse (de xax>s mauvais, el sé, disposition) ou pourriture, est considérée par les auteurs anciens et modernes comme la plus dangereuse de toutes les maladies qui affectent les bêtes à laine. Youatt, cité par Villeroy, estime que, dans l'Angleterre seule, un million de brebis et d'agneaux en meurent chaque année, et - ÉTUDE SUR LA CACHEXIE AQUEUSE DU MOUTON 11 que dans l'hiver de 1830 à 1831, ce nombre en avait plus que doublé, ce qui représentait une perte de plus de 60 millions de francs. Cette maladie, si terrible par ses ravages, attaque sous forme épizootique, ou plutôt enzootique, les moutons surtout, mais peut aussi atteindre les bœufs, et, ainsi que le raconte Frommann, les cerfs, les lièvres, etc. Il est probable que pour ces derniers la cause est la même, car tous les animaux morts contenaient des distomes dans le foie, reste à savoir si le distome n'est pas d'une espèce différente, surtout pour le lièvre et le lapin. C’est ce que des observations ultérieures pourront seules démontrer. Elle a été observée sur presque tous les points du globe en Europe, du Nord au Midi, en Amérique, dans la terre de Van Diémen, en Australie, et en Egypte elle revient périodiquement après l'inondation du Nil. La première épizootie, dont l’histoire fasse mention, est celle qui apparut en Hollande, en 1552, et que Cornélius Gemma ap- pela lues infanda pecoris. (ConxeLit Geuu&. De naluræ divinis characterismis. Antuerpiæ, 1575, t. II, lib. 11, cap. 11, p. 40.) Frommann, en 1663-64 et 65, observa, dans le duché de Co- bourg, une épizootie qui attaqua les moutons de tout âge, les veaux et les génisses jusqu’à l’âge de deux ans. Des distomes, comme toujours, existaient dans le foie. (Jon. KFrommanni. Observaliones de verminoso in ovibus et juveacis reperto hepate, in Ephem. nat. cur. 1676, déc. 1, an. 7, p. 249, 255. En 1774, une affection, caractérisée aussi par la présence du distome dans le foie, fut observée par Willius en Seeland ; cette affection atteignit presque tous les bœufs. (J.-V. Wicuius. Collect. acad. part. étrang., {. VII, p. 287, et Act. de Copenha- gue, 1674-1675.) 42 MÉMOIRES En France, les épidémies de cachexie aqueuse ne sont pas ra- res. C. Davaine, dans son excellent ouvrage classique : Des Ento- zoatres, donne les indications suivantes : « En 41743 et 1744, la pourriture enleva toutes les bêtes à laine du territoire d'Arles ; « En 1761, elle enleva tous les troupeaux de l'Aveyron; a En 1761 et 4762, elle sévit dans le Nord dela France, princi- palement dans le bas Bourbonnais ; « En 1809, dans le Beaujolais ; « En 1842, dans le Midi, et principalement dans le Rhône. l'Hérault et le Gard; « En 1816 et 1817, dans un grand nombre de départements ; « En 4820, elle régna avec intensité dans les environs de Bé- Ziers. » En 1829 et 1830, elle exerca ses ravages dans le département de la Meuse. Dans l'arrondissement de Montmédy, sur 24 à 25,000 bêtes à cornes, on en perdit environ 5,000 ; parmi les bé- tes à laine, il n’en resta pas la moitié. (Dinry. De la cacherie aqueuse, Recueil de Médecine vélérin., an. IX, Paris 1832, p. 29.) En 1833 et 1854, la cachexie régna de nouveau dans la plus grande partie de la France, et principalement dans les départe- ments du Centre; dans le Berry, le Gâtinais et la Sologne, des cultivateurs ont perdu le quart, le tiers et les trois quarts des bêtes composant leurs troupeaux. Decaroxb. lrailé de la cachexie aqueuse. Paris, 1854, p. 41. Extrait des Mémoi- res de la Société impériale d’agriculture.; Nous avons recherché vainement dans les Annales de la So- ciété d'agriculture du Puy des indications sur les épidémies de cachexie qui ont dû sévir, à certaines époques, de même que cet hiver, dans la Haute-Loire. Aucune épidémie de ce genre n'est ÉTUDE SUR LA CACHEXIE AQUEUSE DU MOUTON 13 indiquée, cependant les cultivateurs des campagnes en parlent comme d'une maladie qu'ils connaissent depuis longtemps. La Haute-Loire doit son immunité, relative, mais non com- plète, à son altitude; car, dans les pays de montagnes, les eaux ont, plus que dans ceux de plaines, un écoulement facile. Cependant, les vallées basses et sans pente sensible doivent, quand les conditions géologiques et atmosphériques s’y prêtent, recéler des foyers d'infection, et la cachexie doit y sévir au moins de temps en temps. C’est ce que démontre suffisamment l'épidémie de cet hiver. On en constate les effets, mais la cause véritable n'en est pas connue exactement, et la question est toujours à l’ordre du jour. On sait que ces animaux la contractent dans les prairies hu- mides et marécageuses, et comme, en fait, le sang contient beaucoup plus d’eau qu’à l’état normal, relativement au poids des globules, on en conclut que l’eau est directement la cause de cette maladie, à laquelle quelques auteurs ont donné le nom d’hydrohémie, justement pour exprimer cette altération du sang. | Nous pensons que l'humidité n’est pas la cause directe, qu’elle n’en est que la cause occasionnelle, et que la mort est due uni- quement à la présence des distomes en nombre prodigieux dans les voies biliaires. Ces parasites sont introduits dans le foie à l’état de cercaires par l’ingestion de petits animaux qui leur servent de véhicule ou, plus simplement encore, par l’ingestion de l’eau dans la- quelle vivent quelque temps ces cercaires. On comprendrait que l’herbe trop aqueuse d’une prairie humide pût, à la longue, avoir quelque influence sur l'organisme du mouton; mais des faits précis recueillis par un auteur anglais, George Budd, cité par Davaine, démontrent que l'infection n’a pas lieu de cette manière et qu'il suffit d’un pâturage de peu de durée pour la produire : | « {° Un fermier, dans le voisinage de Wragby (Lincoinshire), 14 MÉMOIRES mena vingt moutons à la foire, et en garda six dans sa propriété. Les vingt moutons n'ayant pas été vendus furent ramenés et remis dans le champ où les six autres étaient restés. Dans le courant de l'hiver, ces vingt moutons moururent de la pourriture, mais les six qui étaient restés à la ferme conti- nuèrent à se bien porter. Il ne peut y avoir de doute sur l’exac- titude du fait, car les moutons envoyés à la foire avaient reçu une marque que ne portaient pas les six autres. La perte de ces vingt moutons ne peut s'expliquer que par la supposition qu'ils avaient traversé quelque pâturage dans lequel ils avaient contracté la maladie ; 2° Un mouton, appartenant à un lot de vingt, ayant été atteint d'une fracture de la jambe en sortant de la foire de Burgh (Lin- colnshire), les dix-neuf autres furent parqués dans un commu- nal à l'extrémité de la ville jusqu'à ce qu’on eût pu se procurer une voiture pour emporter le blessé; ces dix-neuf moutons mou- rurent tous de la cachexie, tandis que celui qui avait été blesst en fut exempt. Ces exemples prouvent : 4° Que la cachexie aqueuse n'est pas contagieuse ; 2° Que si la cachexie aqueuse peut être contractée dans l’es- pace de quelques heures, elle ne peut être expliquée par une influence de régime ou de nourriture. » Or, il est parfaitement reconnu que le distome hépatique ne s'engendre pas dans les voies biliaires, mais qu'il y arrive du dehors ; et, comme il se trouve dans le foie des animaux cachec- tiques en quantité souvent considérable, que sa présence cons- tante, en ce cas, dans cet organe important, suffit très-bien pour expliquer la mort, il est rationnel de penser : 1° Que les distomes ont été ingérés en même temps que l'herbe humide, à l’état de cercaires ou proglottis; 2° Comme ces cercaires ont pour véhicules de petits animaux qu’attire l'herbe humide, que c’est à l’ingestion accidentelle de ces animaux qu'est due la maladie en question. Voilà, à notre sens, la cause efficiente de la cachexie. ÉTUDE SUR LA CACHEXIE AQUEUSE DU MOUTON 15 M. Willemoes-Suhm suppose que le distome hépatique a pour véhicule une petite limace, la Limar agrestis. Que ce soit la limax agrestis qui contienne le proglottis de ce distome, ou un autre mollusque, il est certain que chaque distome a ses cercaires propres répandues sur autant d'animaux différents, et on sait maintenant très-bien, grâce aux travaux de Van Beneden, Küchenmeister et de beaucoup de micrographes, que c'est en avalant ces animaux que les oiseaux, les poissons, les mammifères s’en infestent. | L'homme lui-même n'est pas épargné. On en cite bien des cas en Europe, et la moitié des Fellahs et des Cophtes, en Egypte, souffrent d’une espèce particulière de distome décrite par le docteur Bilharz, qui, de la veine porte et de ses rami- fications où elle vit, se rend, à l’époque de la ponte des œufs, dans les veines du bassin, d'où, après avoir produit souvent des accidents fort graves, elle est enfin entraînée par le torrent circulatoire et éliminée par les reins. On connaît une grande quantité d'espèces de distomes. Les chauves-souris en ont presque toujours leur intestin litté- ralement garni; il y a peu d'oiseaux, surtout parmi les palmi- pèdes et les échassiers, qui n'en renferment, soit des distomes soit des monostomes; il en est de même des grenouilles et des poissons. Ën résumé, on voit que ce sont surtout les animaux aquatiques, ou ceux qui s'en nourrissent, qui sont le plus généralement atteints. L'étude du développement de ces parasites en donnera l’ex- plication. L'espèce qui nous servira de tvpe, parce qu’elle nous intéresse seule pour le moment, est le distome hépatique {disto- mum hepaticum) (Rudolphi), plus communément appelé fasciole (Linné) ou douve du foie. C'est un ver de la classe des Helminthes et de la famille des Trématodes. On ne peut mieux le comparer, quant à la forme, qu'à une feuille ou à une très-petite sôle ayant à la place de la tête une ventouse proéminente au fond de laquelle est la bouche. Une seconde ventouse se trouve un peu au-dessous Ir SÉRIE, 1878. 13 16 MÉMOIRES de la première; en arrière et autour, on voit les organes ex- ternes de la génération, les organes internes et l'oviducte rem- plissant presque toute la partie postérieure du corps. L'intestin part directement de la bouche, il n'a pas de renflement stoma- cal, pas d’anus, et communique seulement avec des tubes uri- naires. C'est à la présence des deux ventouses qu'on prit d'abord pour deux bouches, qu'est dû le nom de distome. Le corps est mou, aplati et très-mince, il est garni de petites . épines dont la pointe est recourbée en arrière; ces épines servent à l’ambulation du parasite dans les canaux biliaires d'un très-petit calibre. Le corps se reployant alors sur lui-même en prenant la forme d'un petit tube, et les canaux, grâce à leur élasticité, se dilatant considérablement, le parasite peut s’avan- cer ainsi jusque dans les culs-de-sac des acini, où il arrive quelquefois par le mécanisme, connu en physiologie, de la péné- tration des corps solides dans les tissus vivants. La couleur du distome est blanc-sale plus ou moins teinté de brun suivant l’âge. Sa longueur varie de 10 à 30 millim. et sa largeur de # à 13 millim. Les sexes sont réunis et l'appareil de reproduction très-dé- veloppé. L'appareil mâle s'y montre d'abord, puis l'appareil femelle avec des organes spéciaux pour la formation des vésicules ger- minatives et du vitellus. Les deux appareils communiquent entre eux par la vésicule séminale interne. La coque de l’œuf se forme ultérieurement dans l’oviducte. Cet œuf a une largeur de 2 à 9 centièmes de millim., une longueur de 4 à 143 cent. de millim. Il est ovale, et à l’une de ses extrémités, se trouve un opercule sous forme de petite calotte. Aussitôt formé et fécondé, il sort par les canaux biliaires et par le canal cholédoque, tombe dans le duodénum et est rejeté avec les excréments. ÉTUDE SUR LA CACHEXIE AQUEUSE DU MOUTON 17 Ceux-ci peuvent être examinés au microscope et, de cet exa- men, on peut induire la présence ou l'absence des parasites dont nous nous occupons. L'étude du mode de reproduction est extrêmement intéres- sante, elle a ouvert de nouveaux horizons à la philosophie de l'histoire naturelle; et, grâce aux admirables travaux publiés depuis une vingtaine d'années seulement, on peut suivre ces animaux depuis leur naissance jusqu’à leur complet dévelop- pement. Ïls nous offrent un curieux exemple de digénèse ou génération alternante. Tout le monde connaît les métamorphoses des grenouilles et des insectes; on sait, par exemple, qu'avant d’être papillon, le même individu a été chrysalide et primitivement une larve ap- pelée chenille, sortie elle-même-d’un œuf pondu par le papillon. On le sait, c'est toujours le même individu qui a seulement changé de vêtement et de genre de vie. © Il n’en est pas de même chez les distomes et les monostomes. L’être qui sort de l'œuf, comme la chenille, diffère de celui qui l’a produit, mais il n’arrivera jamais à une forme semblable à celle de sa mère, il mourra en donnant le jour à un autre in- dividu qui, lui, donnera naissance à un être se reproduisant, non plus par des œufs, mais par des bourgeons qui acquerront enfin la forme initiale et reproduiront seulement alors la forme primi- tive. Ainsi l'individu à l'état parfait produit des œufs qui don- nent naissance à des êtres se reproduisant d’une manière diffé- rente, par bourgeonnement. C'est là ce qu’on entend par ces mots de génération alternante. L'individualité n’est donc plus la même. Le distome offre un curieux exemple de ce mode de génération qu’il est utile de connaître si on veut se rendre un compte exact de ses conditions d'envahissement, tellement bizarres, qu’elles expliquent comment, pendant si longtemps, on a cru que ces êtres se produisaient spontanément et comment encore à notre époque où ces métamorphoses devraient être connues de toutes les personnes ayant reçu une certaine instruction, il y en a encore 18 MÉMOIRES tellement qui croient que l'état maladif ou cachectique suffit pour produire ces parasites. Cette aberration s'explique par une certaine paresse de l'esprit qui a toujours une tendance à croire au merveilleux afin de s'éviter des recherches ou des études. La connaissance de ces conditions d’envahissement est du reste absolument nécessaire si on veut s'expliquer comment la maladie se produit et quels sont les moyens propres à y mettre obstacle d'abord et à en atténuer les effets ensuite. C’est ce qu'on n’a guère fait jusqu'ici et c’est ce qui explique pourquoi on trouve beaucoup plus simple de déclarer la maladie incurable, déclaration qui a l'avantage de dispenser de toute recherche et de tout travail. Supposons, car c'est là une condition nécessaire, que l'œuf arrive tôt ou tard dans une flaque d’eau ou dans un endroit ma- récageux. Sous l'influence de l'humidité, la vie qui sommeille s'éveille dans l’œuf, et, soulevant l’opercule, il en sort une larve recouverte de cils vibratiles : c'est le protoscolex du distome dont il diffère complètement. Ce scolex vit d’abord dans l’eau, absolu- ment comme les infusoires, mais sans pouvoir se nourrir puis- qu'il n'a ni bouche ni intestin, ni se reproduire, puisqu'il n’a, comme la chenille du papillon, aucun organe pour cette fonction. Cependant, comme tant d’autres animaux inférieurs, se nour- rit-il par intus-susception : c’est ce qu'il n’a pas encore été pos- sible d'établir. Quoi qu'il en soit, la vie de cet être très-simple est intimement liée à un accident nécessaire. Il périt s'il n'est avalé par un mollusque ou une larve d'insecte. Dans le corps de son hôte, il se débarrasse de sa tunique ciliée devenue inutile et produit par gemmation interne un être dif- férent qui a nom strobile, ou sporocyste, imposé par Bair, rèdie (Filippi). Ce sporocyste, ainsi que son nom l'indique, a la forme d'un sac. Ce sac est doué de mouvement, c'est donc un animal, et cel animal a souvent, suivant l'espèce, un appareil digestif, mais il n'a pas d'organe reproducteur. Cependant il se reproduit, mais sans fécondation, à la manière des polypes, par bourgeonne- ÉTUDE SUR LA CACHEXIE AQUEUSE DU MOUTON 19 ment ou par les germes qui se développent sur toute la surface intérieure de son corps. La vie du sporocyste cesse alors, il n'est plus qu'un sac inutile dont se débarrassent les germes qu'il contient lorsqu'ils ont acquis leur développement. Les germes ressemblent alors à des têtards de grenouille. Pour les étudier, il suffit de capturer une limnée ou une planorbe de nos étangs, et d'ouvrir ce mollusque sous le microscope. On en voit sortir une foule de petits êtres auxquels on a donné le nom de cer- caires à cause de la queue dont ils sont ornés, c’est la cercaria ephemera. On voit ces cercaires, débarrassées du sac nourricier, nager vivement dans l’eau qu’elles battent de leur queue, absolu- ment comme les tétards de la grenouille. Chacune de ces cercaires est le proglottis d’un distome. Ces cercaires sortent habituellement de leur hôte par les canaux aquifères, c’est pourquoi lorsqu'une lymnée se contracte pour rentrer dans sa coquille, on voit souvent un nuage blanc jaunâtre qui se répand dans l’eau. Ce nuage est formé par des cercaires devenues libres. Ici cependant existe une lacune, les de. pour arriver à l’état parfait, doivent-elles toujours s'enkyster? {! est certain que les cercaires peuvent vivre très-longtemps dans l’eau et il est probable que l’enkystement n'a lieu que dans certaines circonstances, et l'absorption de l’eau qui les renferme nous paraît être la cause la plus fréquente d'infection au moins pour les moutons. Il est certain que les cercaires se trouvent souvent en grand nombre sur les plantes marécageuses ou humides des prairies, où elles sont dans une sorte d’enkyste- ment (1}, et l'ingurgitation de ces plantes doit être aussi une des causes d'infection. Aïnsi s'expliquent pourquoi les paysans attribuent à ces plantes des propriétés malfaisantes pour les moutons, propriétés qu’elles ne possèdent pas par elles- mêmes, mais simplement parce qu'elles servent de véhicule aux cercaires pour pénétrer dans l'estomac des bêtes à laine. (1) Traité de zoologie du docteur Claus, page 290. 20 MÉMOIRES Lorsque les conditions d'existence des cercaires ne sont pas favorables, lorsque l’eau vient à se dessécher par exemple, il est probable qu’elles s’enkystent dans le corps des limaces, attendant que leur hôte soit avalé par accident avec les plantes sur lesquelles il se trouve; alors tandis que le mollusque est di- géré, la cercaire résiste à l’action du suc gastrique et, par le canal cholédoque, arrive dans la vésicule biliaire et dans le foie de l'animal qui l'a ingurgitée. Arrivée là, elle perd sa queue deve- nue inutile et se transforme en distome, lequel distome pro- duira à son tour des œufs qui devront suivre le même cycle de développement. Mais combien meurent avant d'arriver à l’état parfait; il en est ainsi pour les animaux qui pondent beaucoup d'œufs, leur développement est lié à un concours de circonstan- ces et de conditions atmosphériques qui ne se trouvent réunies que certaines années. Voilà pourquoi on peut voir reparaître deux anntes de suite la même maladie qui peut ne revenir enfin que trèes-longtemps après. On comprend avec quelle peine on est parvenu à reconnaître ce parasite voyageur qui change si souvent de costume, et quelle sagacité il a fallu, de la part des naturalistes, pour ne pas en perdre la piste. | Beaucoup ont usé leur vie à cette recherche et plusieurs sont devenus aveugles par l'emploi trop continu du micros- cope. C'est en 1819 qu'un Français, Chamisso, a prononcé le pre- mier les mots : alternance de génération, dont il avait découvert un exemple dans le mode de reproduction des biphores. D'abord incompris, ce n’est qu'en 4840 qu'on lui a rendu justice, après” la belle étude qu'Ampère lui a consacrée. (levue des Deux-Mon- des, 15 mai 1840.) Les travaux de Carus, Krohn, Leuckart, Saars, Siebold, Ehrenberg, Agassiz, Steenstrup, Eschricht, Owen, Filippi, Baër, Lubbock, Milne-Edwards, Koëliker, Dalvell, Dujardin, Derbès, Desor, Gegenbaur, Huxlev, Vogt, Haeckel, etc.; et enfin ceux de Quatrefages, Küchenmeister et Van Beneden sont ÉTUDE SUR LA CACHEXIE AQUEUSE DU MOUTON 21 venus élucider, d'une manière définitive, ces questions d'histoire naturelle et de haute philosophie. Mais revenons à nos moutons. Par l'exposé trop long, quoique aussi succinct que possible, de la généagénèse des distomes, on voit que les bêtes à laine peuvent contracter la maladie de plusiéurs manières qui tien- nent toutes à la même cause. Soit en ingurgitant par accident de petits mollusques, soit en broutant les plantes des lieux marécageux sur lesquelles, nous l’avons vu, se fixent souvent les cercaires ; soit enfin simplement par l'ingestion de cette eau dont la surface, recouverte d’une matière oléagineuse plus réfringente, envoie à notre œil les couleurs du spectre solaire, les animaux s’infestent de distomes. L'eau limpide et courante ne peut être malsaine quand elle coule à pleins bords dans un petit canal. Il n’en est}pas de même de celle qui séjourne longtemps dans un fossé ou dans les dé- pressions du sol ; sa surface devient irisée, signe certain de la présence d'organismes inlérieurs funestes aux troupeaux. Les grandes pluies ne sont pas nuisibles. Il est à craindre seulement qu'avec les grandes chaleurs, dans les terres à sous- sol peu perméable, il ne reste des flaques d'eau stagnante : ce sont autant de foyers d'infection. Beaucoup de bergers le savent bien et ils appellent ces eaux : eaux cuivrées ou vitriolées. Ils considèrent aussi certaines plantes comme produisant la cachexie : ce sont l’alisma plantago ou plantain d’eau, la ranun- culus flammula, à laquelle on a donné le nom de petite douve, la ranunculus lingua ou grande douve, la sideritis glabra arven- sis, la ficaire, ficaria ranunculoïdes, le populage des marais, po- pulago palustris, etc. Nous avons vu que ces plantes ne sont nuisibles que parce que, vivant dans les lieux marécageux, elles sont parfois cou- vertes de cercaires. Les habitants des campagnes avaient remarqué tout cela de- puis longtemps; ils se le disent de père en fils. 22 MÉMOIRES Les étés chauds et à pluies fréquentes doivent favoriser le développement embryonnaire des parasites, en maintenant les plantes et les lieux marécageux toujours humides. Si l’on veut éviter les chances d'infection, il faut donc donner de l'écoulement aux eaux et faire disparaître les flaques qui se forment après les pluies. Un drainage intelligent peut transformer une prairie malsaine et la rendre très-salubre. Si l’on fait disparaître ainsi les conditions de développement des cercaires, on fera disparaître en même temps toute cause de la maladie. Villeroy, dans son excellent Zraité des bêtes à laine, de date assez récente, dit : « La science et la pratique ne sont pas encore parvenues à découvrir les causes de la cachexie. On sait qu'elle provient en général de l'humidité, mais seulement dans certaines circonstan- ces. On sait que, dans certains pâturages, il y a des endroits où les moutons ne doivent pas approcher. On sait que, quand la terre est gelée, ils y pâturent sans danger. On ignore, dit-il, pour quelle cause. » La Maison Rustique en parle à peu près dans le même sens. Les paysans savent tout cela sans pouvoir l'expliquer et sans pouvoir en tirer aucune conclusion pratique; parce que si la pratique est quelque chose, elle n’a absolument aucune valeur si elle n’est au service d’une idée. Le professeur Robin se tait sur la cause de la cachexie. A l'article douve, dans le Dictionnaire encyclopédique de La- rousse, il est dit : Le distome est la cause de la cachexie aqueuse, et cependant, au mot cachexie, on se borne à indiquer les causes générales sans même parler du parasite. Il en est de même du dictionnaire de Privat-Deschanelles et Focillon. On voit quel désordre dans les idées règne au sujet de la ca- chexie aqueuse du mouton, et combien est nécessaire une étude rationnelle el plus complète de cette maladie. Le but de ce tra- RSR SE REG ee, en, mme ee RES nee RE, I ÉTUDE SUR LA CACHEXIE AQUEUSE DU MOUTON 23 vail est de réunir les faits les plus saillants et d'indiquer une idée générale que, nous en avons la conviction, les observations ultérieures viendront confirmer. Nous nous efforcerons, pour notre part, en suivant pas à pas l'évolution du distome, de com- bler les lacunes qui existent encore. Mais si on entre dans la voie que nous indiquons, nous pensons qu'on arrivera à une guérison en se bornant à la destruction du parasite. Il nous semble que toute personne connaissant le cycle des métamorphoses du distome, et ses conditions, doit s'expli- quer maintenant ces relations de cause à effet, inconnues de Villeroy. Il nous reste à étudier l’action des distomes sur l'économie du mouton et à essayer de démontrer que la mort peut en être la conséquence rationnelle. x Nous indiquerons ensuite les moyens à employer pour amener une guérison, possible dans le début, difficile après une cer- taine période. Le commencement de la maladie n’est pas toujours facile à re- connaître, et cela doit être, si l'on songe qu'en réalité l'animal n'est pas malade, dans le vrai sens pathologique du mot. Les fonc- tions se font toutes d’une façon normale, et, au lieu de maigrir, tout d'abord il engraisse. On a même basé sur ce fait une mé- thode artificielle d’engraissement prématuré. Un agronome, cité par Villeroy, Bakevell, mettait à l'automne ses brebis sur un pré qu'il avait inondé au mois de juin ; là, elles prenaient le germe de la cachexie, mais elles engraissaient rapidement, et il les livrait aussitôt à la boucherie. Cette pléthore factice n’est pas de longue durée, au bout d'un mois ou deux, l’animal maigrit, il devient faible, sa peau se décolore, ses yeux se mouillent, ses narines s’imprègnent de mucosités, et le soir il a sous la ganactie une tumeur séreuse qui disparaît généralement pendant la nuit. Si on examine l'œil, on reconnaît que les paupières sont pâles, que les veines qui les sillonnent, au lieu d’être rouge vif, sont devenues jaunes, que l'œil lui-même a acquis une teinte inunä- 24 MÉMOIRES tre, ce sont là los indices certains de l'affection du foie qui constitue la maladie. L'anémie, au bout d’un temps plus ou moins long, suivant le nombre des parasites, en sera la conséquence, et la mort, le résultat. L'animal peut vivre ainsi plus de six mois, maigrissant de plus en plus; il devient d’une faiblesse extrême et se tient à peine sur ses jambes. À l'autopsie, on trouve le foie et les canaux biliaires littéra- lement remplis de distomes. On en a compté souvent plus de mille. Qu'on se figure mille petites sangsues dans le foie, produisant chacune une multitude d'œufs incessamment rejetés au dehors. On peut dire que les matériaux plastiques du sang, sucés par les parasites, s’en vont sous forme d'œufs microscopiques in- nombrables. | Est-il étonnant que le sang devienne de moins en moins riche en globules, et que l'animal meure absolument de la même manière que si on lui faisait chaque jour une PRPERLION de 20 ou 30 sangsues ? Notons qu'indépendamment des distomes, les moutons ont souvent aussi des hydatides, premier état ou scolex du tænia, et des strongles ou filaires. Qu'on juge de l’état de ces malheu- reux animaux! Cependant les pauvres bêtes ne paraissent pas souffrir, elles ne poussent ni un cri ni une plainte, elles s’éteignent lentement, et cette agonie dure cinq ou six mois! L'éleveur, âpre au gain, ne voit qu’une chose : perte d'argent. Il s’empresse de vendre les animaux malades, sans essayer de les soigner ; il les revend à d'autres, ou les livre à la boucherie, car il sait que le troupeau est généralement atteint presque tout entier si les moutons ont fréquenté les mêmes pâturages. Et cependant la maladie n’est pas contagieuse, et cependant elle peut être contractée en quelques heures! Il est impossible d'admettre une infection paludéenne ayant ÉTUDE SUR LA CACHEXIE AQUEUSE DU MOUTON 25 lieu si rapidement et à effets si lents. Il n’y a pas du reste déve- loppement exagéré du foie et de la rate. Que quelques bêtes soient atteintes d'anémie, on le compren- drait : ce serait un vice d'organisation. Qu'un troupeau tout entier meure d’anémie, ainsi que le disent certains auteurs qui n’ont certainement pas pris le peine de raisonner et d'approfondir les faits, cela nous semble absolument contraire aux règles d’une saine logique. La mort ne doit et ne peut être expliquée que par.la pré- sence des distomes dans le foie. Eux seuls sont la cause de l'anémie qui n’en est, elle, que la conséquence forcée et logique. Il est rare de trouver des moutons qui n'aient pas quelques- uns de ces parasites; c'est presque devenu l’état normal, et il ne paraît pas en souffrir. La présence des distomes en petit nombre dans le foie produit une légère excitation qui amène une exagération des fonctions de cet organe : de là, pléthore. Leur présence en grand nombre produit d’abord le même effet beaucoup plus rapidement, mais il ne tarde pas à se produire plusieurs accidents. Les distomes nombreux se gênent mutuelle- ment, un certain nombre gagne les canaux plus petits, et sur certains points, l’inflammation devient quelquefois si considéra- ble qu'il y a production de pus, et que les parois deviennent car- tilagineuses. Cependant, contrairement à ce qu'on pourrait croire, les pa- rasites n’altaquent pas la substance elle-même du foie, ils se contentent des matériaux plastiques qu'ils y trouvent en abon- dance et qu'ils extraient à l’aide de leur ventouse buccale. Ils savent, autant qu'un distome peut savoir, instinctivement, que, s'ils attaquaient leur habitation elle-même, ils détruiraient l'organe qui les protége. La formation du pus, du reste, les avertit aussitôt qu'ils doi- vent quitter cet endroit malade, car le pus doit les incommoder, les tuer même. Que l'on considère le foie comme organe hématopoiétique, ou, 26 MÉMOIRES qu'avec Küss, on pense qu’il fonctionne comme un atelier de destruction des globules sanguins (ce qui est tout à faiten har- monie avec l'identité chimique de composition de la matière co- lorante de la bile avec l’hématoïdine), on conçoit facilement que 1,000 distomes doivent faire ample consommation des matériaux plastiques du sang. Hs trouvent sur place ces matériaux en abondance, puisque le sang du foie contient plus de moitié en plus de globules que celui que la veine porte. Si l’on considère en outre que les éléments de réparation fournis par l'estomac et l'intestin, que les matières provenant du pancréas et de la rate qui appartiennent au système veineux des organes abdominaux, avant de se rendre au sang veineux du cœur, se joignent d’abord aux éléments du foie par l’intermé- diaire de la veine porte; si l’on remarque la grandeur dispropor- tionnée du foie chez l'embryon, sa fonction importante dans la circulation embryonnaire, son volume enfin toujours considéra- ble chez l'adulte (il pèse environ 2 kil. 500 chez l'homme et plus de 1,000 gr. chez le mouton), on peut conclure que le foie doit remplir des fonctions très-importantes, encore imparfaitement connues. On sait que M. CI. Bernard considère la fonction glycogénique du foie comme tellement importante que, pour lui, un désordre dans cette fonction peut amener la mort, et produire, en tout cas, une altération profonde dans la nutrition. Ainsi qu'il l'a démontré, la conversion en sucre de la matière glycogène du foie est généralement plus active au début d'une maladie que dans l'état de santé : ce fait porte explication de l'engraisse- ment rapide qui a lieu au début. Mais si la maladie se pro- longe, la production de la matière glycogène cesse plus ou moins complètement : de là, dépérissement. Ces faits s'expliquent si l’on considère, avec Cl. Bernard, Ja formation du sucre dans le foie « comme une fonction véritable de l'organe, fonction si importante pour l'entretien de la vie, qu'il faudrait, d'après lui, attribuer en grande partie, à la cessa- ÉTUDE SUR LA CACHEXIE AQUEUSE DU MOUTON 27 tion de la glycogénie hépatique, la mort des animaux auxquels on a coupé les nerfs pneumo-gastriques. » Il résulte, en outre, des expériences du professeur Vulpian (1): « qu'une excitation prolongée des fibres vaso-motrices, accompa- gnant les conduits biliaires, détermine, de la manière la plus claire et la plus évidente, une anémie considérable. » On doit conclure enfin que la présence des distomes en quan- tité considérable doit amener dans la nutrition des désordres très-graves, suffisants pour expliquer l’altération profonde du sang, altération qui est le seul signe pathologique, visible exté- rieurement, permettant de reconnaître la cachexie aqueuse (dé- coloration des vaisseaux de l'œil, infiltrations séreuses). Les globules du sang, ne recevant que des matériaux insuffi- sants de réparation, meurent les uns après les autres, et l'ani- mal finit par périr de consomption. Chez les moutons en bonne santé, d’après les expériences de MM. Andral, Gavarret et Delafond, la proportion des globules est environ de 92 à 100 parties en poids pour 1000 de sang. Nasse a constaté, chez les brebis cachectiques à foie infesté de distomes, que la proportion des globules est tombée parfois jusqu’à 40 seulement pour 1000 /Ueber das Blüt der Hausthiere, journ. für prakt, chemie 1843, t. XXVIIT, page 146). En outre, comme, pendant l'hiver, les brebis sont générale- ment en gestation, que l’on sait que la proportion des globules diminue aussi beaucoup en cet état, on comprendra que l’anémie aille en progressant. | Lorsque le nombre de distomes n’est pas trop considérable, si l’animal peut résister suffisamment longtemps, et si on l'y aide en augmentant son énergie vitale par des reconstituants, des ferrugineux et une nourriture abondante, il finit par se re- mettre. Le distome a, comme tous les animaux à l’état parfait, une durée de vie limitée, généralement plus courte qu’à l’état de larve; après avoir assuré sa propagation par des œufs, il finit (1) Lecons sur l'appareil vaso-moteur. 28 MÉMOIRES par mourir et disparaître. C'est ce qui explique que chez certains moutons on trouve le foie présentant des signes non équivoques de la présence antérieure des distomes : des débris de ces pa- rasites, des cicatrices et une ossification particulière (composée de phosphate de chaux et de magnésie) des canaux biliaires. Ce fait prouve qu'il peut y avoir guérison, si l’on s'y prend à temps; il nous servira pour indiquer une méthode rationnelle de : traitement. Si nous passons en revue tous les faits indiqués, il n'en est pas un seul qui ne s'explique en admettant la cause que nous attribuons à la cachexie. Ils viennent tous confirmer notre théorie, tandis qu'ils sont tout à fait inexplicables par la ma- nière de voir jusqu'ici régnante. Villeroy dit : « Les pâturages sont sans danger quand l'eau est gelée ». Et Tessier : « Les moutons des prairies salées des bords de la mer ne contractent pas la pourriture. » Les moutons des prairies élevées ne la contractent pas da- vantage. | Il faut, pour qu'il y ait infection : des eaux marécageuses, et pas autre chose. Qui ne voit que le simple énoncé de ces observations fait tou- cher la cause du doigt ? Les cercaires ne peuvent vivre dans l'eau congelée, car le froid les tue. Il en est de même de l'eau salée. Les prairies élevées ne sont jamais marécageuses. Les eaux méracageuses sont indispensables à l’évolution des parasites, car là seulement so trouvent réunies leurs conditions d'existence, des êtres qui leur présentent la nourriture et le logement. Les sources, les eaux courantes ne contiennent pas de matiè- res organiques, les plantes n’ont pas le temps de s’y décompo- ser, partant point de vie possible, donc point d'infection. | oO me te mm + Re EE “EEE RES, ERNEST PP ÉTUDE SUR LA CACHEXIE AQUEUSE DU MOUTON 29 Et cependant les moutons meurent en hiver et au printemps, donc ils ont contracté la maladie au plus tard en automne. C'est en effet à cette époque que se multiplient le plus les organismes inférieurs, l’époque où ils subissent leurs dernières métamor- phoses pour assurer leur reproduction, ou chercher un gîte pour l'hiver. | Le gîte est bien, pour les cercaires, dans le foie du mouton. Voilà la cause, voilà la maladie. Pour bien traïîter une maladie, la première condition est d'en bien connaître l’étiologie et, conséquement, la ou les causes. Partant du principe que nous avons posé et, nous croyons, démontré : que les distomes sont la cause efficiente de la cachexie, il est possible d'en déduire une méthode générale de traitement, préventif d’abord, curatif ensuite. Il importe avant tout, si l'on veut prévenir l'invasion du mal, de faire disparaître les conditions d'existence des parasites : donner de l'écoulement aux eaux stagnantes, drainer les prairies trop humides, empêcher les moutons d'aller boire dans les flaques qui sont sur leur passage, et ne les mener pattre qu'a- près la disparition de la rosée. Voilà, si nous pouvons nous exprimer ainsi, pour les soins cosmiques ou d'hygiène extérieure. Si ces causes d'infection ne peuvent être écartées complète- ment, aux premiers signes de l'invasion des parasites, séparer les moutons sains de ceux atteints, afin de soumettre ceux-ci au traitement spécial indiqué plus loin pour la période de début. Quant aux moyens préventifs internes, la nature les tient à la disposition des cultivateurs laborieux et intelligents. Or, à l'époque de l’année, août et septembre, où les précautions doi- vent être prises, les bords des chemins et des ruisseaux, les bois, les prés, les champs voient croître en abondance les plan- tes aromatiques : ce sont ces plantes qui doivent servir de moyen préventif interne. Nous savons que nous avons à lutter surtout contre la force d'inertie, contre cet esprit de fatalisme, contre les préju- .40 MÉMOIRES gés, contre la routine qui paralysent tout dans les campa- gnes. Il faut que les cultivateurs et éleveurs prennent pour règle ce vieil adage de : Qu veut, peut. Nous savons aussi que, malgré tout, le progrès se fait, lentement mais sûrement, comme la goutte d’eau qui creuse le roc, et que telle chose qu'on ne voulait pas faire autrefois, on la fera demain. Nous savons avant tout, car nous ne nous illusionnons pas, que si nous voulons que nos conseils soient suivis par les habi- tants des campagnes, il est nécessaire que nous ne leur indi- quions que des moyens faciles et à leur portée. Une poignée de ces plantes donnée par jour à chaque animal à préserver, concurremment avec du sel donné à différentes reprises en petite quantité chaque fois, doit mettre obstacle à l'invasion en détruisant les cercaires aussitôt ingurgitées. On n'arrivera pas de cette manière à les détruire toutes, mais, comme nous l'avons vu, quelques distomes ne sont pas nuisibles, ce moyen suffire pour empêcher que la santé du mouton soit compromise. Pourront être utilisés dans ce but : La tanaisie, la menthe, la reine des prés, l’origan, le serpolet, le fruit du genévrier, la feuille de noyer, l’absinthe, l'armoise, le marrube, le poireau, l’échalotte, l'ail, les crucifères (feuilles, graines et racines), l'oignon, (feuilles et bulbe), le pin et le sapin (cônes verts, les jeunes tiges), l'écorce de saule, de peuplier, la racine de gentiane, etc. On devra choisir, dans cette liste incomplète les plantes les plus abondantes dans la localité, les plus faciles à se procurer; on en présentera de temps en temps aux moutons qui, généra- lement, les mangent avec avidité. Leur action est due aux huiles volatiles qu'elles contiennent, huiles qui agissent toutes comme des poisons vis-à-vis des êtres inférieurs. Quelques-unes sont toniques et leur principe amer agit comme les huiles volatiles. La plus grande difficulté doit venir de ce que les cultivateurs ÉTUDE SUR LA CACHEXIE AQUEUSE DU MOUTON 31 ne connaissent pas ces plantes. On doit exiger alors que l’institu- teur du village les connaisse, le pasteur de la paroisse peut sou- vent donner des indications utiles, et l’un ou l’autre pourrait faire, le dimanche, aux habitants, un cours expérimental de botanique, ce qui serait pour les uns et les autres une source de jouissances généralement ignorées. Mais tous connaissent le fruit du genévrier. Qu'ils en amassent donc l’automne venu et le fassent sécher. Quelques graines de genièvre, broyées grossièrement et mé- lées avec les aliments, contribuent à l’engraissement du mouton en excitant son appétit et sont un précieux préservatif. L’arsenal pharmaceutique peut difficilement être mis à contri- bution par les cultivateurs. L’éloignement et le prix sont des obs- tacles souvent insurmontables. L'huile de cade cependant et l’ase fétide sont assez connues des éleveurs, et la dernière surtout peut être facilement donnée au mouton qui paraît la manger avec plaisir, soit donnée à la main en petite quantité, soit mêlée aux aliments. L’antimoine aussi est à essayer, soit seul, soit mélangé avec l'ase fétide et l’aloès. Il en est de même du calomel. Nous considérons l'ase fétide comme un des meilleurs parasi- ticides. Cette gomme-résine, qui découle d’une ombellifère de l'Inde {ferula assa fætida), contient environ 6 p. 100 d’une huile volatile sulfurée ayant de l’analogie, par sa composition, avec le sulfure d'Allyle. Elle est connue dans la campagne sous le nom très-vulgaire de merde au diable. Si, comme des voyageurs l'ont dit, les Brahmes de l'Inde se préservent efficacement des atteintes de la filaire de Médine, en faisant un usage habituel de l’ase fétide, il serait utile d'en essayer l'emploi comme moyen d'empêcher l'invasion du distome. Dans la période prodromique ou de début. — Lorsque le mal commence à se déclarer, aux signes que nous avons indiqués, il est nécessaire de continuer l’usage des préventifs en augmentant la dose. | Le sÈRg, 1878. | 14 32 MÉMOIRES C'est à ce moment surtout qu'il faut agir, car l'ennemi est dans la place. Nous divisons les moyens à emplover en deux catégories : 1° Les movens propres à détruire les parasites (parasiticides) ; 2° Les movens utiles pour augmenter l'énergie vitale et per- mettre à l'animal de résister à l'ennemi (toniques et reconsti- tuants). Les parasiticides sont les substances indiquées plus haut, mais il faut se borner à employer les plus actives : l’absinthe, le ge- nièvre, les feuilles de noyer, les graines de courge ou de citrouille, cte. On peut y joindre l’aloès en petite quantité, le gingembre, le gulanga, le poivre, le semen-contra, l’antimoine, le calomel, etc. H est facile de détruire des parasites vivant dans le tube in- testinal, où ils doivent se trouver en. contact direct avec les substances qui pour eux sont des poisons. Mais il est difficile d'atteindre le distome du foie. On peut y parvenir cependant en songeant que les produits de l'absorption intestinale sont versés dans le foie, que par exem- ple la gomme-résine de l’assa-fœtida est émulsionnée et peut arriver au contact des parasites. Le pain au genièvre et à l’ase fctide doit être employé. Le sel doit être donné largement. On sait que c'est un excellent moven pour chasser les vers de l'intestin. Quant aux toniques ct reconstituants, plusieurs des substances indiquées font partie des deux catégories, la feuille de noyer, l’absinthe par exemple. Le fer est le meilleur des reconstituants. On peut faire dissoudre deux grammes de sulfate de fer dans un litre d’eau et donner cette boisson aux animaux. On peut aussi se servir de cette solution pour arroser les fourrages secs qui doivent devenir leur principale nourriture. Voici la formule du pain proposé par Delafond : Farine de blé non blutée. . . . .......... 5 kil. — d'avoing..,.......... rer se AÙr ÉTUDE SUR LA CACHEXIE AQUEUSE DU MOUTON 33 Protosulfate de fer (couperose verte), el carbonate de soude pulvérisés, de chaque 75 gram., sel ordinaire, f kil. Faites une pâte avec quantité suffisante d’eau, laissez fermen- ter et faites cuire au four. Nous conseillons de supprimer à volonté l’une ou l’autre des farines indiquées et d'ajouter, pour cette quantité de pain, une poignée de graines de genièvre pilées, et 250 grammes d’ase fétide divisée avec le genièvre, et de supprimer le carbonate de soude. 250 grammes de ce pain seront donnés, matin et soir, aux bêtes malades, jusqu’à ce qu’elles paraissent rétablies. On peut aussi arroser la provende de son, d'avoine ou de foin haché avec une solution de sulfate de fer ou couperose verte, contenant cinq grammes par litre d'eau. Deuxième période ou confirmée. — L'animal est malade à n'en pas douter. Continuer les mêmes remèdes en augmentant les doses et faire boire de temps en temps, c’est-à-dire une ou deux fois par jour, 50 à 60 gr. du vin suivant, recommandé par Hu- zard et Tessier et modifié par nous : Poivre en grain, 20 gr. Et mieux encore : Poivre rouge (même dose); Feuilles d’absinthe, 10 gr. ; Genièvre concassé, 20 gr. ; Vin ou cidre ou bière, ou plus simplement infusion de plantes aromatiques, 1 litre. Laisser infuser 24 heures et passer à travers un linge. Troisième période, déclin et marasme. — Continuer les mêmes remèdes, pour les bêtes de prix seulement que l’on tient à con- server, les mères-nourrices ; s’empresser de tirer parti, en les vendant, de celles qui coûteraient plus qu'elles ne valent. A cette période, dans laquelle les moutons peuvent à peine se tenir sur leurs jambes, et restent de longues heures la tête bais- sée sans faire un mouvement, le mal est irrémédiable. La mort est certaine et ce ne sera que dans des cas très-rares qu’on pourra enregistrer quelques succès pour des bêtes d’une valeur 34 MÉMOIRES exceptionnelle. Le foie est rempli de distomes, le sang presque in- colore, la résistance vitale nulle. La viande de ces animaux convenablement cuite n'est pas nuisible à la santé, mais elle est dure et n'offre pas une nourri- ture suffisamment alibile. Les cultivateurs ne doivent donc pas attendre que leurs moutons soient arrivés à cet état pour les soigner ou en tirer un parti quelconque. E. MouLLapE, pharmacien. CAUSERIES AGRICOLES CR Nous nous proposons de donner sous ce titre, dans chaque numéro du bulletin du Comice, les renseignements agricoles que nos agriculteurs pourront utiliser. Rédigés tour à tour par les membres du comité de rédaction, ces renseignements compren- dront des extraits de publications et de journaux; ce seront pour ainsi dire des notes journalières, prises au hasard de nos lectures, sur les progrès et les améliorations de l'agriculture. Aujourd'hui nous donnons une nouvelle méthode de la plan- tation de la pomme de terre et par laquelle on obtient un rende- ment de 40 à 45 °/, plus considérable qu'avec l’ancienne. Voici en quoi consiste ce moyen emprunté au journal l'Ecole des com- munes, numéro du mois de mars 1878 : « Placer sur un sol profondément bêché ou labouré ayant reçu une fumure convenable, à la condition que ce ne soit pas du sable pur, des pommes de terre de moyenne grosseur, cou- pées en deux et mises à une distance de 50 centimètres carrés, ou mieux encore des pommes de terre entières placées à 75 cen- timètres de distance et en lignes régulièrement espacées. On pose la pomme de terre sur le sol au lieu de l’enterrer, et on la recouvre d’une légère couche de ter:e au moyen d’une houe ou de tout autre instrument. Placée dans ces conditions d’aérage, elle ne tarde pas à percer sans difficulté la légère couche de terre végétale qui l'enveloppe, ce qui permet de la soumettre, au bout de quelques jours, à des buttages successifs qui accélè- rent sa croissance et sa maturité. » Nous espérons que les agriculteurs de notre département es- saieront de cette méthode de culture qui promet d'aussi beaux résultats. A, JACOTIN. Digitized by Google PROCEÈS-VERBAUX Digitized by Google PROCÉES-VERBAUX PP PR PRE PP LP PL EXTRAIT DES PROCES-VERBAUX DES SÉANCES DU COMICE AGRICOLE DE L'ARRONDISSEMENT DU PUY SÉANCE DU 23 MARS 1878. La constitution d'un Comice agricole au Puy avait été décidée depuis plusieurs mois. Par suite de circonstances qu'il est inutile de rappeler ici, les organisateurs de cette institution agricole n'avaient pu mettre à exécu- tion leur projet. A la suite de la fondation si heureuse de la Sociélé des amis des sciences de la Haute-Loire qui, dès son origine, rencontra de toutes parts tant de chaleureuses sympathies, il fut décidé, en principe, que le Comice devien- drait une section agricole de cette Société, et que ses rapports avec elle se- raient établis dans un règlement dont la rédaction fut concertée entre le bureau de la Société des amis des sciences et les principaux organisateurs du Comice. Le 23 mars 1878, tous les adhérents du Comice agricole furent convoqués dans une des salles de l'Hôtel-de- Ville, 40 PROCÈS-VERBAUX Aussitôt entrés en séance, les membres présents procèdent, sous la pre- sidence de M. Aymard, à la nomination d'un bureau provisoire. Le scru- tin donne les résultats suivants : Président : M. E. Mauras. M. Couderchet, M. Chorand, de Talobre. Secrélaire : M. A. Jacotin. Vice-Secrétaire : M. E. Bonnet. Frésorier : M. Alix. Vice-Présidents : Le bureau ainsi constitué, M. E. Mauras prend place au fauteuil de la présidence et la discussion s'engage aussitôt sur les différents articles des Statuts dont M. A. Jacotin donne lecture. Après quelques modifications introduites sur la proposition de divers membres dans le projet de règlement, l’ensemble en est adopté, et l'as- semblée passe à l'organisation du concours d'animaux gras du mardi 9 avril prochain. | M. le Président annonce que le Gouvernement, sur la demande de M. le Préfet et de MM. les sénateurs de la Haute-Loire, a mis à la disposition du Comice, pour ce concours, 1,000 francs; que le Conseil général avait, dans le même but, accordé 500 francs, à la dernière session d'août, et qu'enfin le Conseil municipal du Puy avait alloué 300 francs. Ces diverses sommes donnent un total de 1,800 francs, auxquels M. le Président propose d'a- jouter, sur les fonds disponibles du Comice, 200 francs, pour compléter la somme de 2,000 francs. A l'unanimité, l'assemblée accorde, sur ses ressources personnelles, les 200 francs réclamés par son honorable President. Il est ensuite décidé que le bureau du Comice devra, par les movens les plus prompts, prévenir les agriculteurs, que des affiches faisant connaitre le jour, l'heure et les dispositions principales du concours seront envoyées dans toutes les localités importantes où se rencontrent les differentes espè- ces appelées à concourir. La discussion s'engage sur la nomination du Jury. Sur la demande de M. Couderchet, le Gomice decide d'adjoindre un boucher du Puy à la com- mission d'examen. On procède à un scrutin pour la aomination du Jury, et M. le Président proclame les noms suivants : DES SÉANCES 41 MM. E, Mauras, Couderchet, Chorand, de Taloire, Nicolas, directeur de la ferme-ecole, Verot, propriétaire à Saint-Marcel près le Puy, Médard, vétérinaire, Moullade, pharmacien, Gimbert, propriétaire à Vals, et Gi- raud, boucher au L'uy. L'ordre du jour étant épuisé, M. Le Président lève la séance en émettant le vœu que tous les membres du Comice soient présents le jour du concours. Le Secrélaire, À. Jacoris. SÉANCE DU 30 MAI 1878. PRÉSIDENCE DE M. E. Maunas. A l'ouverture de la seance, M. le President annonce qu'il est allé, avec M. Aymard et d'autres membres du Comice, demander à M. le chef de gare du Puy s'il n'avait pas recu des instructions sur la réduction du prix des places pour les personnes qui désiraient aller au concours d'ani- maux reproducteurs de Paris. M. le chef de gare a répondu, avec une grande courtoisie, qu'il espérait obtenir la prochaine solution de cette question, et qu'aussitôt qu'elle lui serait parvenue, il la ferait parvenir au bureau du Comice. Sur la proposition de M. le Président, l'assemblée émet Je vœu que la Compagnie du chemin de fer fasse connaitre au plus tôt ses intentions sur la réduction du tarif des places. M. Aymard dit que les animaux exposés par nos compatriotes seront très-beaux, et invite tous les membres du Comice à se rendre à la gare, dimanche prochain, © juin, pour assister au départ de nos braves agricul- teurs et leur témoigner tout le plaisir que le Comice du Puy éprouve à les 42 PROCÈS-VERBAUX voir prendre part au concours de Paris. Cette proposition est unanimement adoptée. L'ordre du jour appelle la nomination du bureau définitif. Le bureau provisoire est maintenu par acclamation. M. A. Jacotin propose de nommer un comité de rédaction qui sera chargé de relever, dans les diverses publications agricoles, toutes les ques- tions qui pourront intéresser notre département, et de les faire imprimer dans le bulletin du Comice. Cette proposition est adoptée, et il est adjoint au bureau du Comice une commission composée de neuf membres, ainsi qu'il suit : MM. Aymard, Langlois, I. Hedde, Nicolas, Lascombe, E. Ga- zanion, Moullade, Arssac, Dulac. Le comité de rédaction sera renouvelé à la même époque que le bureau. Sur la demande de M. le Président, l'assemblée est unanime à recon- naïtre la prospérité des récoltes ; les semences d'automne, qui avaient un peu souffert, surtout, dit M. Arssac, dans les environs de Coubon, ont re- gagné le temps perdu et se présentent actuellement dans de fort bonnes conditions. Quant aux fourrages, tout fait espérer une récolte exception- nelle {{). Les membres présents attestent la bonne réussite de l'eurly-rose, que notre confrère M. Boyer, avoué, a si généreusement distribuee à une séance de la Société des amis des sciences. Partout on se félicite d'avoir semé cette précieuse pomme de terre, qui sera bientôt répandue dans tout notre ar- rondissement par les soins du Comice. M. E. Gazanion a la parole pour lire le rapport suivant sur un moyen de détruire la cuscule, cette plante parasite si dangereuse pour la luzerne. La cuscute, plante parasite caubicole, qui appartient à la famille des convolvulacées et dont la semence germe en terre, est facile- ment reconnaissable à sa structure en forme de filets blanchâtres s’entrelacant à la naissance des branches. Cette plante n'a pas de feuilles (car on ne peut donner ce nom à une espèce de production ressemblant à de petites écailles dont ces filets sont très-abon- (1) Depuis ces renseignements sur la situation agricole de notre arrondisse- ment, il s'est produit certaines plaintes d'agriculteurs contre la persistante hu- midité de ces jours derniers. Cette température, seule favorahle aux fourrages, nuit aux blés, qui pourraient jaunir si elle persistait, ———_——— DES SÉANCES 43 damment pourvus). Ses tiges, en se prolongeant, s’enroulent au- tour de la tête de la luzerne et y forment d'abord une espèce de bourrelet qui a pour effet d'arrêter et d'agglomérer la sève sur un seul point. De là naissent alors une multitude de nouvelles racines excessivement minces qui pénètrent dans ce réservoir de sève ct s'y nourrissent aux dépens de la plante qui ne tarde pas à dépérir, tandis que le parasite, puisant dans la plante atteinte de nouvelles forces, s'étend, se ramifie et atteint promptement les plantes voisi- nes qu'il enlace et fait mourir à leur tour. Les cultivateurs, qui avaient donné à la plantation de cette prairie artificielle tous les soins qu'elle exige et qui comptaient sur trois ou quatre récoltes par an du fourrage excellent qu'elle produit, se trouvent en face d'un terrain aride et qu'il faudra défoncer profondément avant de le livrer à une autre culture. Je crois donc, Messieurs, qu’il est de mon devoir de vous dire par quel moyen je suis arrivé à combattre ce fléau, cerlain que notre Comice lui donnera assez de publicité pour qu'il parvienne aux oreilles de tous nos agriculteurs, heureux si mon faible con- cours peut être utile à quelques-uns. Je n'abuserai pas de vos instants, mais je crois indispensable de rentrer dans quelques détails. La luzerne sur laquelle j'ai ex- périmenté a élé semée, en mars 1876, sur un terrain parfaitement défoncé et que j'avais ensemencé d'orge quelques jours plus tôt. Je fis cette année-là une bonne moisson d'orge et, en octobre, une petite coupe de luzerne; la cuscule n'avait pas encore paru. En mai 4877, je fis une première coupe très-abondante sans trouver encore de trace de cuscute; mais, un mois plus tard, au moment de la seconde coupe, j'en aperçus en deux ou trois endroits diffé- rents. Espérant la faire disparaître, je peignai avec soin à l'aide d'un râteau en fer à dents très-serrées. Mais, à la coupe suivante, je vis qu'au contraire le mal avait de beaucoup empiré et qu'il s'était répandu sur presque toute la superficie du pré. J'en fis part à plusieurs agriculteurs,'leur demandant s'ils connaissaient un re- mède ; les uns me répondirent qu'il fallait faire brûler les parties atteintes, les autres que le seul moyen était de défricher; c'était tuer et non faire revivre, cela n'atteignait pas mdn but. Enfin, cette année-ci, au mois de février, j'eus l’idée que la cen- dre ou la suic, qui ont la propriété de brûler certaines espèces de 41 PROCÈS-VERBAUX plantes lorsqu'on les en saupoudre, pourraient attaquer celle-là. Je fis nettoyer la partie sur laquelle je voulais opérer, en enlevant toutes les feuilles mortes, les mauvaises herbes et les rares pous- ses de luzerne qui commencaient à sc faire voir, et je fis semer à la volée, par un jour calme et humide, quinze litres de cendre mêélés À cinq litres de suie, le tout provenant de la combustion de Ja houïlle. La partie sur laquelle j'ai expérimenté est d’une contc- nance de 400 mètres carrés environ. Le remède a élé radical, la cuscute a complètement disparu, la luzerne a repris une végétation luxuriante, et la coupe que j'ai faite, il ÿy a une dizaine de jours, a été très-abondante. Tels sont, Messieurs, les résultats que j’ai ob- tenus. Il est, je crois, indispensable de n'employer que de la cen- dre et de la suie qui aient toujours été conservées à l'abri de l'hu- midilé. M. le Président lève la séance après la lecture de cette intéressante communication. Le Secrélaire, A. JAcOTIx. MERCURIALES DE LA HAUTE-LOIRE D'APRÈS LES RENSEIGNEMENTS FOURNIS PAR LA PRÉFECTURE PAR M. A. JACOTIN Secrétaire du Comive agricole. PREMIER TRIMESTRE DE L'ANNÉE 1878 PRODUITS. Froment (l'hect.)...... Méloilsssresnsesssses Bœuf (le kil.)......... NACHÉ sir tesre 7 Védls css de Mouton iise saisons Foin (le quint. mét.).. Paille ....... sus. 5 ere de Craponne x! p° À » 12 50 12 Ÿ y» » MARCHÉS du de de de |D'Yssin- Monastior. |Saugues.|Pradelles| Brioude.| geaux. JANVIER 2125 of xt »f »e1 292175) 20175: > » » » > >» > »? » >», 15 50 | 14 25 | 13 50 | 15 » | 16 29 15 » | 13 » | 15 » | 13 50 | 14 25 8 75 | 10 » 1 875 | 875 | 9 82 > »” » à >» » >» |: X »? » » >» » » >» >» » ?» | : » » » » >» | 26 20 n 9 > » | 3 79 » » | 479 | 403 » » | » >| » n | >» » | 1 20 | » » 1 20 | » 1 50 1 35 | 1 G0 { 30 1 45 1 C0 160 p 1 GO 1 55 1 70 1 80 1: 80 : 1 50 1 50 1.55 | 2? » |: 1 80 5 » » »| 6 »| 8 »| 6 >» 3 » > > 3 20 | 4 » 3% | | | | 46 MERCURIALES DE LA HAUTE-LOIRE MARCHÉS een | du de du | de de de d'Yssin.| | Puy. |Craponne|monsstier.| Saugues. |Prade!les| Brioude.| gcaux. { | FÉVRIER | Froment (l'hect.)...….| 23751 ft » | 2185, 2° »°, nf »°| 2275] 221306 Méteil............ 11855 | n » | » » | » » | » » | n » | >» »| SRIglO. rer 1417 11250 [16 » | 12 75 | 13 75 [16 » | 15 >»! Orne s 15 62 | 12 » | 15 >» | 13 50 | 14 50 | 13 75 | 14 75} AVOÏNE . ereesseeecee.l 8871 8 » | 875| 875| 875: 875 /|10 »| POISS sise 20 »| » » 1 » »| >» » 115 » | no nn! n »} Lentilles..........,...1 40 » | >» >| >» >»| >» >| > »| x »]| >» >| Haricots.: io. 29 » | » » | » »| » » | » »|2650| » »! Pornmes de terre.....l 4 75 | 4 » | 5 » | 450! >» >» | 4 50 105 | Bœuf (le kil.)......... 180! » »| »> »}| >» >| >» » | >» n | >» | Vache...... Nés 1 60! 110! » >| 120! » » | 155] 1 30! Veau...... cossosoose À 190! 150! 160! 140! 1 45! 180 | 160! Mouton.............. 160 | 180 | 160 | 160| 170! 190| 160) Porc séismes. 1 180! 160! 150! 150| 155] 195 | 18! Foin (le quint. mét.)..] 690 | » »| 5 »| » »| 6 »x| 8 »| 6 » | Paille ....... sus urre 3 »|» »| 3 »| » »| 320] 4 »| 3 >| | MARS | Froment (l'hect.)...... 2212] » »] » » | » » [| » » | 2995117 3 | Méteil........... cesse 18 05 | » » | » » | » n | » » | >» »| » »] Seigle........... Ut »112501!15 » 113 » [1375 | 15 25115 >} Orge........... 11587112 » 116 » | 13 50 | 15 » | 1425 | 15 »| Avoine. . 887| 8 »| 875| 875| 825 | 8 75 | 10 12 Pois: Lines ses 20 »| » »| »> »| »> » 120 » | » » »| Lentilles........... 140 | » >| > » 1 » » | » » | » > >| Haricots...........,.. 29 50 | » »| » »|30 »| » »|2650 | >» » | Pommes de terre.....l 5 >» | 4 »| 6 »| 450!1110| 5 »| 49% Bœuf (le kil.).........) 1 80 | » »| » >» | » »| >» »| x >» | 1 60 Vache.......... sosssl 160! 110! » » | 120! » » | 155 1 60! Veau..... RP cos. 1 85 1 50 1 70 1 40 1 50 1 85 1 60 Mouton........... sl 1771 180! 1601 160! 170} 1 9% 1 60 | Porc... dés in dciée 180! 1601 1501 150] 155 | 1 9%5 1 50} j Foin (le quint. mét.)..l 6 »| » »1| 5 »x| » »| 550] 7 »| » »1 Paille ......... Sr 250! » » 1 3 »|[ 3 »1 250 | 4 » » > | a TE — —* Le Puy, imprimerie Marchessou. SOCIÉTÉ DES AMIS DES SCIENCES, DE L'INDUSTRIE ET DES ARTS DE LA HAUTE-LOIRE PIS PP LS PS PPS PPS LL SPIP SPL PPT IP POP PSE I NISI SE NS NIMES UT DUSUR COMICE AGRICOLE DE L’ARRONDISSEMENT DU PUY MÉMOIRES PREMIÈRE ANNÉE. — DEUXIÈME FASCICULE 1878 LE PUY MARCHESSOU FILS, IMPRIMEURS DU COMICE Boulevard Saint-Laurent, 23 M DCCC LXXIX Digitized by Google CONCOURS DES ANIMAUX REPRODUCTEURS DE LA RACE BOVINE DU MEZENC TENU A FAY-LE-FROID LE 4 SEPTEMBRE 1878 Rapporteur : M. Nicolas, directeur de la Ferme-école. Le concours annuel de Fay, destiné principalement à l'exhibilion de la race bovine du Mezenc, s’est tenu mercredi dernier 4 cou- rant. Les sujets, exposés en aussi grand nombre au moins que les annécs précédentes, étaient de premier choix, et les connaisseurs se sont plus à noter, à expliquer à l'assistance les qualités de cette belle race indigène, qui, depuis plusieurs années, tend à se perfec- tionner. Le Comice agricole, cette section importante de la nouvelle Société des amis des sciences, de l’industrie et des arts de la Haute-Loire, tenait mercredi ses deuxièmes assises ; ses débuts sont de plus en plus heureux ; il comprend que les populations ont confiance en lui ; il en u eu la preuvo dans l'accueil que la ville de Fay a fait à ses membres; s'il avait eu besoin d'encouragements, si sa foi dans avenir agricole de notre pays avait eu besoin d’être ranimée, les sympathies qui l'ont entouré à Fay auraient fortifié ses espérances et doublé son ardeur. | Lorsque le jury des primes a procédé à l'examen des sujets, les 46 CONCOURS éleveurs n'ont cessé de prêter une oreille attentive aux observa- tions techniques qui leur étaient adressées chemin faisant. Le jury a compris que le but des concours serait manqué si les éle- veurs n'y trouvaient pas une occasion de se renseigner, de recti- fier leurs procédés, de s'élever de la routine inconsciente qui pré- side d'ordinaire aux opérations de l'élevage et de l’agriculture en général, à la notion des principes scientifiques et des méthodes raisonnées, qui, seuls, peuvent garantir aux efforts de notre brave population rurale un succès durable, et, sans lesquels, on le sait trop souvent, les résultats obtenus sont sans lendemain. Nous avons vu sur la place où se tenait le concours tous les membres dirigeants du Comice, entre autres M. Emile Mauras, maire de Saint-Julien, président-fondateur ; M. Couderchet, l'éle- veur si connu et tant de fois couronné; M. Chorand, l’habile agronome de Talobre, etc... Ces messieurs étaient assistés de M. Nicolas, directeur de la ferme-école de Nolhac; de M. Médard, vétérinaire breveté de l'arrondissement du Puy; Vé- rot-Monnier, propriétaire à Allentin, commune de Vergezac ; M. Gimbert, agriculteur et éleveur distingué de Vals ; M. Giraud, boucher, etc. Aux membres du Comice, s'étaient joints plusieurs membres de Ja Société des amis des sciences, M. le docteur Morel, vice-prési- dent de la Société, qui avait bien voulu s'associer à l'œuvre émi- nemment utile du Comice, en remplacement du président,le digne M. Aymard que l'état de sa santé avait malheureusement retenu au Puy; MM. Alix, père, trésorier de la Société et du Comice; Florian André, président du tribunal civil à Yssingeaux; Alex. André, conseiller de préfecture à Dijon; Besse ; Blanc-Marthory; Boyer, avoué; Léon Mauras, conseiller général, Moullade, phar- macien, etc., etc. Si nous omettons d'autres assistants, que le Iccteur veuille nous excuser, nous citons de souvenir. Enfin signalons la présence de M. le préfet Assiot, accompagné de notre secrétaire général, M. Brousse, qui ont témoigné le plus vif intérêt aux opérations du Comice, après lui avoir donné une précieuse marque de sympathie, en s'exposant aux fatigues du voyage. A cinq heures et demie, les prix ont été proclamés ; voici la liste des lauréats : EE CREER mm er nn © ER née RER * ER eee © NN ESENR Rn e & Le, +) œ C9 19 = © 19 — el OO OCT à C0 29 = QD =1 O7 C0 RO > RÉ [2 DE LA RACE BOVINE DU MEZENC TAUREAUX DE À À 2 ANS. Arcis Régis, de Borée (Ardèche). Michel Régis, de Chamard, commune des Estables. Rochette Etienne, du Béage (Ardèche). Chanal Pierre, de Chaudeyrolles. Jouve Pierre, des Vastres. Roméas Louis, de Chaudevrolles. TAUREAUX DE © A 3 ANS. Chanal Régis, de Chaudeyrolles. Michel Pierre, des Estables. Descours Alexandre, des Estables. Chanal Pierre, de Chaudeyrolles. GÉNISSES AGÉES DE À A ® ans. Michel Régis, des Estables. Chanal Pierre, de Chaudeyrolles. Rochette Etienne, du Béage. Descours Alexandre, des Estables. Roméas Louis, de Chaudeyrolles. Jacquet Claude, de Lamal. André Pierre, de Fay-le-Froid. Ruelle Pierre, de Troubat. GÉNISSES AGÉES DE ® À 3 ANS. Michel Regis, des Éstables. Cuogq Claude, de Saint-Front. Descours Alexandre, des Estables. Devidal Pierre, de Chaudeyrolles, Jouve Jean-Pierre, des Vastres. Guillot Samuel, d'Ugon. Flandin Joseph, de Fay-le-Froid. Giraud Régis, de Chaudeyrolles. 49 50 CONCOURS VACHES DE TOUT AGE. 4. Prix, Michel Régis, des Estables. 2. — Eyraud Louis, des Estables. 3. — Chanal Pierre, de Chaudeyrolles. 4. — Descours Alexandre, des Estables. 5. — Rochette Etienne, du Béage. 6. — Bonnefoy Pierre, de Chanteloube. 7. — Devidal Joseph, de Saint-Clément. 8. — Sanial Jean-Pierre, du Mezenc. 9, — Chambon Baptiste, de Montusclat. BŒUFS DE TRAVAIL, Prix. Michel Régis, des Estables. — Rochette Etienne, du Béage. -_ Cortial Augustin, de Saint-Front. — Clauzier, d'Olefin. per | PRIX DE BANDES. . Prix. Michel Régis, des Estables, — Descours Alex. = Eyraud Louis. — — Rochette Etienne, du Beage, — Chanal Pierre, de Chaudeyrolles. — Chanal Régis. — & = CO © = La distribution des récompenses a été suivie de réjouissances publiques, organisées par M. Julien, le sympathique maire de Fay ; une foule nombreuse se pressait sur la place, groupée autour de la municipalité, pour assister aux jeux variés qui avaient été pré- parés : tourniquet, course au sac, ascension du mât de coca- gne, etc. Après les jeux, un banquet a réuni les membres du Comice et do la Société des amis, M. le Préfet, M. le Secrétaire général, et plusieurs autres invités, parmi lesquels nous devons signaler les principaux lauréats du concours. La plus franche cordialité n'a DE LA RACE BOVINE DU MEZENC D | cessé de régner entre les convives, qui se sont séparés en empor- tant un excellent souvenir les uns des autres, Au dessert, M. Morel, on sa qualité de vice-président de la So- ciéôté des amis des sciences, de l'industrie ct des arts de la Haute- Loire, a prononcé l'allocuiion suivante qui a été écoutée avec un vif intérêt, et fréquemment interrompue par les applaudissements les plus sympathiques : « MESSIEURS, « C'est comme vice-président de la Société des amis des scionces, de l'industrie et des arts de la Haute-Loire, que jo vous demande la permission de prendre la parole. « Je suis heureux et fier de me trouver au milieu de vous ; c'est la première fois qu'il m'est donné d'assister à pareille fête; j'ose espérer que ce ne sera pas la dernière ; quoiqu'il en soit, habi- _tants du canton de Fay, soyez bien certains que le souvenir de votre loyal accueil ne s’effacera jamais de ma mémoire, et que mon cœur sera toujours avec vous. « Appelé à remplacer ici M. Aymard, l'honorable président de notre Société, je voudrais avoir sa voix si autorisée pour pouvoir, tout en reconnaissant hautement les qualités précieuses de votre race bovine du Mezenc, vous dire en termes techniques ce qui vous reste encore à faire, Messieurs les éleveurs, pour la perfectionner et la faire monter au premier rang parmi les races classées. « D'ailleurs, ce qu'il y a à faire, vous le savez tous, aussi bien, sinon mieux que nous ; vous savez que, pour permettre le déve- loppement rapide et superbe des animaux, il ne suffit pas de posséder de riches pâturages, mais qu'il est nécessaire encore d'observer, dans la construction des étables, les règles de l'hy- giène, vous n'êtes plus étrangers, nous avons pu nous en assu- rer, aux principes de la sélection, dont l'application patiente cor- rige les défauts, et perpétue, en les accroissant, les qualités. « Que notre premier toast soit donc aux éleveurs du Mezenc et au perfectionnement complet de leur race bovine, de cette race, qui, pour la première fois, osant affronter les luttes lointaines, vient.de figurer d'une manière remarquable au grand concours de notre glorieuse exposition universelle. an « 2 CONCOURS « Je vous propose, en second lieu, messieurs, de porter avec moi lu santé de M. Aymard, du digne président, qui est l’âme dela Société des amis des sciences, de l’industrie et des arts de la Haute-Loire. Que ce témoignage public d'estime et d'affection le dédommage un peu du chagrin qu’il a éprouvé de ne pouvoir nous suivre! Soyez bien convaincus que son cœur est avec nous et qu'il tressaille de joie à la pensée que nous sommes réunis dans un banquet fraternel, en l'honneur des éleveurs de nos monta- gnes, pour proclamer les mérites supérieurs de la race bovine du Mezenc, l’une des variétés qui ont eu pour ancêtre commun le bos primigenius. « À la prospérité du Comice agricole, de ce comice qui vient de faire ici et d'une manière aussi brillante 8es premières armes ; à la santé de son président M. Emile Mauras, l'intelligent, le dévoué maire de Saint-Julien-Chapteuil ; à la santé de ses deux vice-pré- sidents, MM. Couderchet et Chorand, qui, aujourd’hui, nous ont montré d'une manière aussi éclatante, comment une sage pra- tique doit toujours soutenir et éclairer la science. « Nos bien sincères remerciements à la municipalité de Fay, pour son sympathique accueil. « En terminant, permettez-moi, messieurs, de porter encore un toast qui, j'en suis bien convaincu, sera chaleureusement accueilli par vous tous ; c’est un toast au premier magistrat de notre dé- partement, à M. le Préfet, qui, malgré ses travaux si nombreux, a bien voulu nous suivre el témoigner ainsi de tout l'intérêt qu'il prend à notre pays, à sa fortune, à sa prospérité ; à la santé de M. Assiot,du magistratintimement convaincu que, sous le gouver- nement de la République, la France marche vers le progrès, sous l'égide de la liberté! » Au sortir du banquet, l'assistance s’est rendue sur la place pu- blique, brillamment éclairée par des lanternes vénitiennes aux milla couleurs. Toute la population se pressait pour jouir du coup-d'œil. Enfin on a eu le plaisir d'assister à un feu d'artifice, des plus pittoresques, tiré du haut du Mont Tardif, et favorisé exceptionnellement par un ciel calme et serein. Aucun incident n’est venu troubler cette fête locale dont les assistants garderont longtemps le souvenir. CONCOURS DÉPARTEMENTAL D'ANIMAUX REPRODUCTEURS DES ESPÈCES CHEVALINE, BOVINE, OVINE ET PORCINE TENU AU PUY LE DIMANCHE 29 SEPTEMBRE 1878 Rapporteur : M. A. Jacotin. Le Comice agricole a tenu le dimanche 29 septembre, jour de la Saint-Michel, le concours départemental, sous la présidence d’hon- neur de M. le Secrétaire général de la préfecture. L’exhibition des animaux a montré, une fois de plus, la voie d'amélioration dans laquelle est entrée l’agriculture dans notre pays. Les sujets expo- sés étaient, en effect, remarquables par leur nombre et leurs quali- tés, el le jury a dù souvent se livrer à un examen très-attentif avant de décerner les prix. Dès dix heures du matin, le jury commençait ses opérations par l'espèce chevaline. Les étalons, généralement de race percheronne, attestaient des progrès sensibles, et montraient Lout le parti qu'on devait en tirer pour les multiples besoins de l'agriculture et de l'Etat. Les juments suitées d'un produit ont surtout exigé une grande attention de la part du jury qui a dû, à raison du choix exception- nel des sujets, doubler les prix primitivement attribués à cette catégorie. Les pouliches promettaient d'excellents reproducteurs ; seuls, les poulains non hongrés faisaient défaut, et le Comice s’est vu dans l'impossibilité de leur donner les encouragements qui leur étaient réservés. 4 | CONCOURS L'ensemble de l'exposition de l'espèce bovine était des plus satisfaisants, et l'abondance des sujets a rendu nécessaire un long et consciencieux triage. Notre belle race du Mezenc dominait, et les races d'Aubrac, bretonne et tarentaise, quoiqu'en nombre restreint, étaient représentées par de remarquables spécimens. Tou- tefois, le Comice engage nos agriculteurs à n’user qu'avec modéra- tion des races étrangères, el à employer surtout celle du Mezenc qui, outre ses aptitudes au travail et à un engraissement facile, est bonne laitière et qui, du reste, convicnt parfaitement aux condi- tions particulières du climat et de l'agriculture du pays. L'espèce ovine laissait à désirer, et, parmi les huit prix dont le jury disposait, trois seulement ont été décernés. Le Comice a regretté que les spécimens de cette race de moutons, connue sous le nom de brset, et qui offre à l’éleveur de notre département toutes les chances d'un élevage sûr et fécond, ne fussent pas plus nom- breux. Le bizet est parfaitement approprié à notre climat ; il joint à une chair succulente et aromatisée, les qualités de bon repro- ducteur, et peut, d'ailleurs, se prêter avec avantage à la sélec- tion. Dans l'espèce porciné, les races indigènes ou françaises étaient seules représentées. Les sujets permettaient de constater les heureux résultats que l’on peut obtenir par la sélection. Bien qu'il n’entrât pas dans le programme du concours de primer les instruments agricoles, le Comice a voulu cependant récompen- ser les louables efforts de divers exposants de machines à battre, de charrues et de jougs. Il a aussi voté à M. Musnier une mention très-honorable pour son exposition de millet provenant de cultures faites aux environs du Puy, dans des terrains volcaniques, cultivés seulement depuis quelque temps. En résumé, dans son ensemble, le concours a été des plus brillants. La sélection bien conduite, et surtout bien appliquée, a produit d'excellents résultats duns les différentes espèces, et le seul conseil que le Comice puisse adresser à nos agriculteurs est de les engager vivement à persévérer dans la vde qu'ils se sont tracée. A cinq heures, après les opérations du jury, a eu lieu la distri- bulion des prix dans la salle de l’Alcazar, généreusement offerte pour cette circonstance, par son propriétaire, M. Avinenc. A côté DÉPARTEMENTAL 55 de M. Brousse, secrétaire général, président, et sur l'estrade, prennent place les bureaux de la Société des amis des sciences et du Comice agricole, ainsi que les membres du jury. Dans la salle se presse une foule nombreuse d'exposants. Avant de procéder à l’appol des lauréats, M. le Président prend la parole en ces termes ; « « MESSIEURS, « Los organisateurs de co Comice m'ont fait l’honnour do m'on confier la présidence à la place de M. lo Préfet. Je les on remer- cie bien sincèrement, mais je regrette de ne psuvoir exprimer, aussi bien que l'eût fait le chef de l'administration départemen- tale, l'intérêt que le Gouvernement de la République attache à ces concours et la joie que nous, ses dévoués serviteurs, éprau vons à les voir s'implanter de plus en plus dans les habitudes de ce riche pays. Rendons grâce aux hommes intelligents qui se sont dévoués à cette bonne œuvre, et qui la soutiennent, sans autre récompense que le plaisir d'être utiles, par leur infatigable activité, Félicitons aussi les éleveurs, propriétaires ou colons, de leur empressement à venir tenter les chances de cette épreuvo et de leur diligence à préparer ces beaux aujets proposés à l'ad- miration des connaisseurs. « Les hommes qui n'ont pas vécu un peu de la vie des champs ne se doutent pas de la somme de patience, de soins, de savoir nécessaires au travailleur agricole pour perfectiunner une raco ctentirer de vigoureux et élégants produits. Un tel dessein exige la connaissance des lois qui président à l'alimentation des animaux, à l'hygiène des étables, à la sélection des espèces, à la culture des prairies. Ces notions résultent de l’enseignement agricole donné dans les fermes modèles et surtout, de la tradi- tion et de l'observation journalière. Il y a souvent plus de science pratique dans la tête d'un modeste paysan que dans celle d'un bachelier, et cette science vient se résumer et s'exprimer dans chacune des bêtes de cette remarquable exhibition ou de celle qui e procuré au département de la Haute-Loiro de si brillants succès dans le grand concours de Paris. k° + ) « «€ mn mm fa PS 6 CONCOURS « L'enseignement théorique de l'élevage, et, en général, de l'a- grononomie, qui pourrait épargner à beaucoup les tâtonnements de la pratique et accélérer la diffusion des découvertes applica- bles à la culture du sol et à l'amélioration du bétail, est malheu- reusement trop peu répandu encore. Mais j'ai hâte de vous dire que Ice gouvernement de la République, qui a déjà fondé une école supérieure d'agriculture en pleine prospérité, s'occupe, à cette heure, d'une organisation sérieuse de cet enseignement ct vient de consulter nos Conseils généraux sur quelques-unes des plus importantes questions de son programme. L’affection qu'il pro- fesse pour les classes agricoles nous assure de sa diligence à le réaliser. | « Cette affection ne date pas d’un jour. La première Révolution, dont nous procédons, fut faite par nos ancêtres surtout au profit des paysans. Elle fonda votre liberté, la nôtre, sur la ruine des castels et des droits seigneuriaux. Elle affranchit leurs têles de sa servitude ; elle libéra la terre du monopole constitué par d’an- tiques usurpations au profit d'un petit nombre de privilégiés; elle rendit possible, par ses réformes, le morcellement du sol qui facilite à chacun de vous l'accès de la propriété foncière et procure aux habitants des moindres villages une aisance qui contraste heureusement avec l'horrible misère où les trois der- rières monarchies du siècle passé avaient réduit nos ancêtres. « Je ne puis me défendre d'une pénétrante émotion quand, au sein de cette réunion, je compare votre sort à celui de vos pères. « Massillon, évêque de Clermont-Ferrand, écrivait, en 1740, au ministre Fleury : « Le peuple de nos campagnes vit dans une misère affreuse, sans lit, sans pain, sans meubles, la plupart même, la moitié de l'année, manquent du pain d'orge et d'avoine qui fait leur unique nourriture et qu'ils sont obligés d'arracher de leur bouche et de celle de leurs enfants pour payer les impo- sSitions. » « Le duc d'Orléans dit un jour au roi en plein conseil : « Dans mon canton de Touraine, il y a plus d’un an que les hommes mangent de l’herbe. » En Auvergne, l'assemblée provinciale de 1787 déclare que, si on ne se hâte d'alléger le fardeau du peuple écrasé, le pays perdra à jamais sa population ct sa culture. Dans DÉPARTEMENTAL 31 « la Limagne même, les paysans sont exténués et misérables. Le « fisc prélève jusqu’à cinquante pour cent du revenu des contri- « buables. Un auteur contemporain estime que, de la fin du « xviie siècle jusqu'en 4745, près d'un tiers de la population, envi- « ron 6 millions d'individus, avait péri de misère et de faim. « Grâce à la première Révolution, ces temps de désolation sont « passés et ne reviendront pas. J'en ai pour preuve la richesse de « celte belle exposition qui atteste de votre invincible attachement « à la terre et voire habileté à la féconder par le patient labeur de « vos mains. Jouissez-en sans inquiétude, et soyez assurés que la « République, qui vous en a faits les maîtres, saura bien vous en « conserver, contre toute atteinte, la libre et paisible possession. « Amendez vos champs, remplissez vos étables, perfectionnez vos « races chevaline etovine, vous accroitrez, en même temps que votre « fortune, la richesse nationale et vous contribuerez ainsi, pour vo- « tre part, à montrer au monde l'inépuisable vitalité d'un pays qui, « grâce à la République, sort de ses terribles épreuves plus puis- « sant et plus énergique que jamais. » Après le discours de M. le Secrétaire général, discours inter- rompu à plusieurs reprises par des applaudissements, M. Emile Mauras, président du Comice, s'exprime de la manière suivante : « MESSIEURS, « Tout en regrettant l'absence du premier magistrat du départe- « ment, appelé à Paris par une invitation de M. le Ministre de l'in- « térieur, ainsi que l'empêchement de notre sympathique maire « et député, M. Morel, nous remercions M. le Secrétaire général « d'avoir bien voulu accepter la présidence et remplacer M. le « Préfet. Qu'il reçoive, pour ce dernier, l'expression de notre « gratitude pour tout l'intérêt qu'il a pris, dès son arrivée, à la « fortune ct à la prospérité agricole de notre pays. « Que l'administration municipale du Puy reçoive aussi nos re- « merciements, pour avoir bien voulu assister à notre fête. : « Le Comice agricole est fier de vous dire combien il est satis- « fait des résultats obtenus par les éleveurs dans les concours, « soit dans celui des animaux gras, soit dans celui de Fay-le- Ca) 8 CONCOURS « Pa La Froid, soit enfin dans celui d'aujourd'hui, qui n'a jamais été plus brillant. | « Notre foi est grande dans l'avenir agricole de notre pays el vous avez forüifié aujourd'hui nos cspérances. Soyez persuadés que, de son côté, le Comice s'appliquera à vous donner toutes les garanties nécessaires, afin de reconnaître et d'encourager vos efforts dans la voie du progrès agricole. « Nous cspérons, pour des jours prochains, pouvoir disposer de prix plus nombreux, en ÿY comprenant des instruments aratoires, donner des récompenses aux vieux serviteurs et aux membres de notre brave population rurale qui auront créé le plus de prai- rics arlificielles. « Vous le savez micux que moi : la source de vos bénéfices les plus réels se trouve dans l'élevage. Augmentez donc le nombre de votre bétail, en vous attachant à perfectionner les races du pays ou celles qui sont admises dans nos concours. « Ce scra pour vous encourager dans cette voie que nous don- nerons des primes aux créateurs de prairies arlificielles ou à ceux qui perfectionneront. nos produits de culture, encore en- rayés par la routine, il faut bien le reconnaitre. Faites donc pro- filer vos enfants de l'instruction que le gouvernement de la Ré- publique tâche de propager dans tous les villages, et alors nous marcherons avec plus de sûreté, tous unis et forts, vers le pro- grès universel, seul but de nos désirs et de nos efforts. » Puis M. Aymard, dans une courte et brillante improvisalion, félicite lcs membres du Comice de l’organisation du Concours dé- partemental. 11 leur rend hommage, au nom de la Société des amis des sciences, de l’industrie et des arts, pour le zèle dévoué et dé- sintéressé qu'ils apportent à nos intérêts agricoles, ct termine en remerciant M. le docteur Henri Filhol, savant paléontologiste de Toulouse, d’avoir bien voulu, en vue d'études de nos races d'ani- maux domestiques, assister aux opérations du jury. Enfin, M. le Secrétaire du Comice a procédé à la proclamation des prix dans l’ordre qui suit : NN. ARE" “ORREERNRNRE. OUNRRR. AE -REEEE. ONE OR. RE RS RER EE EN ARR . Prix. DÉPARTEMENTAL 59 Espèce chevaline. 1re SECTION Elalons. Abel Jean-Pierre, des Vastres. Mialon Vital, de Craponne. Thomas Pierre, de Masfreys, commune de Cayres. Non décerné. Id. Id. 2e SECTION Jumentis suilées d'un produit. . Philippe Joseph, de Costaros. Terrasse-Mazaudier, du Puy. Reynaud Baptiste, de Bleu, commune de Saint-Vidal. Blanc-Marthory, du Puy. Ferrand Félix, de Vorey. Pharisier François, de Talobre. Valette Baptiste, de Saint-Christophe. Talobre Augustin, du Brignon. . Gimbert Pierre, de Vals. Gratuze-Mallat, du Puy. Colomb Symphorien, de Sanssac. Dumas Auguste, de Ronzet. | Chassaing, marchand de charbon à la gare du Puy. 3€ SECTION Pouliches d'un à deux ans. Talobre Augustin, du Brignon. Dumas Auguste, de Ronzet. Montagne Joseph, de Saint-Vidal. Liogier Henri, de Saint-Germain-Laprade, mue ze | CONCOURS . Garnier Pierre, de Lissac. Roméas Régis, de Chaudeyrolles. Miramand Jean-Pierre, de Solignac. Cesson Jean-Baptiste, du Puy. 4C SECTION Pouliches de deux à trois ans. . Poble Pierre, de Cougeac, commune de Saint-Paulien. Brunel Antoine, d'Adiac, commune de Beaulieu. Sigaud Pierre, du Brignon. Colomb Symphorien, de Sanssac-l'Eglise. Jouve Pierre, des Vastres. Crespy Auguste, de Laussonne. Bertrand Etienne, de Céaux-d'Allègre. Clauzier Julien, de Chaudeyrolles. 5€ SECTION Poulains non hongrés âgés de un à deux ans. . Non décerné. Fabre Adolphe, de Farigoules, commune de Bains. Dumas Auguste, de Ronzet. Non décerné. Id. Id. Id. Espèce bovine. (Races et sous-races, croisées ou non.) {re secrion (Mâles) Taureaux âgés de un à deux ans. . Philippe Joseph, de Costaros. Espenel Antoine, d'Espaly. Clauzier Régis, de Saint-Julien-Chapteuil. Exbrayat André, de Taulhac. o. Prix. 6. — 4. Prix. 2. — 3, — 4. — SR — 6, — 1. Prix. 2. — 3 — 4, — D. Lee 6. eue 7. — 8. — 9. supp nr | DE | (o 2 . SUPP. (Je DÉPARTEMENTAL OI Rocher Victor, de Sanssac-l'Eglise. Hilaire Louis, du Pur. 2e SECTION Taureaux âgés de deux à lrois ans. Saugues Irénée, de Saint-Jean- de-Nay. Bernard Philippe, de Saint-Germain-Laprade. Narce Henri, de Ceyssac. Thomas Pierre, de Cayres. Valiorgues Etienne, de Ceyssac. Baffy Ferdinand, de Saint-Christophie-d'Allier. {re sEcTION (Femelles) Génisses dgyées de un à deux ans. Orphelinat de Chadenac. Teyssonneire Etienne, d'Espaly. Pestre Claude, de Taulhac. Eyraud Louis, des Estables,. Teyssonneire Augustin, d'Espaly. Philippe Joseph, de Costaros. Bernard Antoine, de Vals. Jarousse Claude, du Puy. . Aurel Baptiste, du Monteil. 98 SECTION Génisses ügées de deux à lrois ans. . Morand-Trintinhac, du Puy. Terrasse-Mazaudier, du Puy. Raymond Pierre, de Vals. Visconte Jacques, d'Espaly. Eyraud Louis, des Estables. Teyssonneyre Etienne, d'Espaly. Giban Etienne, d'Espaly. Jouve Jean-Pierre, des Vastres. Roux, de Saint-Christophe-sur-Doleson. [Te série. 1879, 1» 62 1 2. — 3. — 4. — D. — Bb. — 1. — 8. — 9 — 10. — 41. supp 12, — CONCOURS 3° SECTION Yaches de tout äge. . Prix. Bernard Auguste, de Vals. Pestre Claude, de Taulhac. Orphelinat de Chadenac. Michel Régis, des Estables. Chas-Plantin, du Puy. Eyraud Louis, des Estables. Soulier Antoine, d'Ours-Mons. Arnaud Augustin, de Vals. Bernard André, de Vals. Pascal Jean-Pierre, d'Espaly. . Soulier Pierre, d'Ours-Mons. Bonhomme Justin, de Vals. Espèce ovine. (Lot de cinq animaux sans distinction de races, croisés ou non croisés.) . Prix. Saugues Irénée, de Saint-Jean-de-Nay. Non décerné. Chanal Pierre, de Chaudeyrolles. Non décerne. Id. Bernard Jean, d'Arlempdes. Non décerne, Id, Espèce porcine. 1" SECTION Baces indigènes ou franraises. Orphelinat de Chadenac. Gravier Antoine, du Puy. Brottes Adolphe, de Champclause. Machabert Antoine, du Puy. Demourgues Pierre, de Saint-Germain. Guelle Benoit, du Puy. Et œ D 29 1 DÉPARTEMENTAL 63 9 SECTION Croisements divers. Prix. Non décerné. _— Id. — Id. — Id. — Id. INSTRUMENTS AGRICOLES. Machine à baltre primée. M. Exbrayat, du Puy. Chharrues primées. M. Brunel, du Puy. Jougs primés. M. Jean, du Puy. PRODUITS AGRICOLES Mention très-honorable à M. Musnier, pour son exposition de millet. Elèves de la Ferme-école (encouragement). . .,....... 30fr. A. JACOTINX, Secrétaire du Comice agricole et de la Société des amis des sciences, etc., de la Haute-Loire CONCOURS D'ANIMAUX DE BOUCHERIE TENU AU PUY LE 1° AVRIL 1879 Œ——— mm = mm Rapporteur : M. Antoine Jacotin. = Le mardi, 1° avril, jour de la foire de la Passion, le Comice agri- cole a tenu le concours annuel des animaux gras. Par suite des dis- posilions prises, cette solennité, à laquelle les principaux éleveurs du département ont participé, a été des plus brillantes et jamais au Puy, croyons-nous, aucun jury n’a eu la satisfaction d'apprécier d'aussi beaux et si nombreux spécimens dans les diverses espèces d'animaux. Soixante et un bœufs, soixante-huit vaches ou génisses, deux cent soixante-dix moutons. cinquante-neuf porcs, constiluaient, comme on le voit, un ensemble remarquable qu'il est difficile de rencontrer dans un concours de cette nature. Dans la section des bœufs de moins de cinq ans, le jury a été heureux de remarquer que les exposants de cette catégorie n'avaient amené que des sujcts de la race du Mezenc. On ne saurait trop encourager l'éleveur à persévérer dans cette voie qui offre tant d'avantages, au double rapport de la graisse et du travail. Toutefois, en présence des nombreux sujets qui altei- gnaient la limite d'âge fixée par le programme, la commission d'examen ne s'est pas expliqué la raison qui engage nos agricul- teurs à préférer l'engraissement tardif à l'engraissement précoce, ce dernier exigeant cependant bien moins de fourrage et d'argent. Les bœufs âgés de plus de cinq ans étaient les plus nombreux. EL LÉ DES ANIMAUX GRAS DE 1879 | G5 Leur graisse excellente a réclamé, de la part du jury, lu plus scru- puleuse attention dans la répartition des prix qui, malheurouse- ment, vu la modicité de nos ressources, étaient insuffisants pour récompenser tous les mérites. Les bandes avaient beaucoup de suite dans les animaux, grâce au soin qu'avaient eu les exposants d'en éliminer tous les bœufs à forte charpente, qu'ils conduisaient jadis pour faire nombre. Dans la catégorie des vaches ou génisses, les spécimens de choix qui ont été présentés, ont nécessité l'augmentation des prix. Le jury a admiré quelques génisses très-grasses et d'une bonne con- formation ; mais il croit devoir faire à nos agriculteurs la même ob- servation que pour les jeunes bœufs, en leur recommandant l'en- graissement précoce. Si, dans l’espèce bovine, nous avions des sujets hors ligne, les animaux de l'espèce ovine ne leur cédaient rien en beauté. Le Comice a regretté encore ici de ne pouvoir distribuer plus de récompenses. Îl aurait voulu surtout donner de nombreux encou- ragements à notre biset de Chilhac, celte race si précoce, si fino de graisse, et qui produit une qualité de viande estimée dans nos grandes villes. = L'espèce porcine était aussi fort bien représentée par la race du pays améliorée et par la race anglaise. Il faudrait cependant user de cette dernière avec ménagements, car, bien que supérieure à celle de notre pays au point de vue de l'engraissement, elle ne pos- sède pas comme elle une chair aussi bonne. Le Comice a constaté, avec une vive satisfaction, les excellents résultats amenés par le croisement de ces deux races. Les sujets obtenus par cette prati- que ont le dos horizontal, le rein large et sont bas sur jambe. Ils joignent à un engraissement facile une qualité de viande supé- rieure. En résumé, le concours a eu le plus complet succès, et nos agri- culteurs ont été largement indemnisés de leurs efforts par les prix élevés que leur ont offerts les bouchers du Puy et des départe- ments voisins. Plusieurs paires de bœufs ont dépassé le chiffre de 9,000 francs. Après l'inspection des bêtes, le jury a examiné avec grande at- tention les différents instruments agricoles qui lui ont été soumis. Ï\ n’a pu, à sou grand regret, encourager, par des prix, les expo- 66 CONCOURS sanis de ces divers produits qui contribuent déjà à introduire dans nos campagnes des améliorativns sensibles. Notre département gagnerait beaucoup à so mettro tout à fait à la hauteur de la méca- nique agricole, qui rend ailleurs d'importants services. Le Comice espère pouvoir, dans un bref délai, récompenser les agriculteurs qui emploient des machines perfectionnées à l’oxploi- tation de leurs terres. Parmi les instruments exposés, le jury a surtout porté son at- tention sur unc charruc dile 7'ourne-oreilles, inventée par M. G. Es- table, forgeron à Vorcy (Haute-Loire). Cette charrue, qu'une seulo paire de vaches peut trainer, quoique creusant des sillons de 30 cen- timètres de profondeur, est particulièrement propre aux travaux de petite culture. Plusieurs membres du Comice agricole ont pu attester, par l'usage qu'ils en ont fait, du mérito de ce produit ara- toire. M. A. Chéron exposait unc charrue jumelle, qui peut être très- utile, dans les terrains légers et granitiques, pour les labours plats. | M. Brunel nous a présenté une charrue tournante, moins mas- give que la précédente, tout en pouvant être employée dans les mê mes Cas. La machine à battre de M. Exbrayat est d'un prix modéré, quoi- que fort bien conditionnée, et peut facilement être maniée par deux hommes, sans fatigue aucune. Nous ne parlons que pour mémoire de la baratte du même expo- sant. Les nombreuses récompenses qu'elle a obtenues précédem- ment font assez son éloge. M. Jean, fabricant de jougs, en a inventé un, à ressorts très-in- génieux, pour redresser les cornes des taureaux ou génisses de six mois à un an. Le Comice, nous le répétons encore, aurait voulu décerner des prix aux exposants de cette catégorie, qui tous contribuent à faire progresser, dans nos campagnes, le génie rural. Il a dû se conten- ter, pour celte fois, de leur voter des mentions très-honorables. A quatre heures, MM. les adjoints au maire, les bureaux du Co- mice et de la Société des amis des sciences, procédaient à la distri- bution des prix, sous la présidence d'honneur de M. le Secrétaire général de la Haute-Loire. Les nombreux exposants se pressaient DES ANIMAUX GRAS DE 4879 67: dans la salle de l'Alcazar, où un grand nombre de nos concitoyens témoignaient, par leur présence, de l'intérêt qu'ils portent à notra agriculture. La fanfare de l'Orphéon a bien voulu prêter Dé néretsoment son concours à cette fête agricole, et en augmenter l'entrain par de nombreux morceaux de musique parfaitement exécutés et qui ont provoqué des applaudissements. Nous sommes heureux d'adresser publiquement à notre con- frère, l'honorable M. Chabanes, président de l’'Orphéon, nos sin- cères remerciements, pour la gracieuse attention dont nous avons été l’objet de sa part. | M. Bonnet, adjoint au maire, a ouvert la séance par une courte allocution vivement applaudie. M. Antoine Jacotin, secrétaire du Comice agricole, a ensuite pro- clamé les noms des lauréats dans l'ordre suivant : H ESPÈCE ROVINE Bœufs nés depuis le 1° janvier 1879. Prix. Rochette Etienne. — Michel Régis. — Eyraud Louis. — dJouffre Francois. de © 19 Bœufs nés avant le 1°" janvier 1879. . Prix, Eyraud Louis. Descours Félix. Hilaire Victor. Rochette Etienne. — Michel Lucien. Bertrand Pierre. — Chanal Pierre. 1 | ad | = L] 1er Vaches el génisses. es € 5. 5 Jouffre Francois. — Michel Régis. Descours Alexandre. ue 19 | + o © 29 — AS =! Q] e . CONCOURS Rochette Etienne. Bonnefoy Claude. Gratuze-Mallat. Sabarot, de Brives. Roux André, de Talobre. * Priz de bandes d'au moins cing animaux. Eyraud Louis. Rochette Etienne. Michel, du Planas. Jouffre Francois. ESPÈCE OVINE Lol d'au moins cinq bêtes. Evraud Claude. Meunier Baptiste. Plantin Pierre. Rieuf Antoine. Commune Etienne. Meunier Pierre. ESPÈCE PORCINE Jammes Regis. Barthélemy Baptiste. . Pays Francois. Mauras Jules. Liotard Antoine. Faure Félix, Brédoire Antoine, Rolland Joseph. Orphelinat de Roche-Arnaud. A. JACOTIN, Secrétaire du Comite. MÉMOIRES AAA PP INVPISTRARETS LI PPPPPIPIPIIP IST LOS LPS PPS SLISIIE SPIP PINS PP L'ENSEIGNEMENT DE L'AGRICULTURE DANS L’'INSTRUCTION PRIMAIRE EXTRAIT DU PROCÈS-VERBAL DE LA SÉANCE DU 6 FÉVRIER 1879, DE LA SOCIÉTÉ DES AMIS DES SCIENCES, DE L'INDUSTRIE ET DES ARTS DE LA HAUTE-LOIRE. M. le Ministre de l’agriculture et du commerce a transmis récemment à la Société une circulaire du 46 août 1878, qui a pour objet une demande d'informations sur les moyens d'or- ganisation de l’enseignement agricole primaire. Il y est dit que « la Chambre des députés a été saisie d'une proposition de loi déjà votée par le Sénat et relative à l'enseignement départemen- tal et communal de l’agriculture. La commission de la Chambre chargée d'étudier cette loi a pensé que les conseils généraux et les principales associations agricoles devaient être appelés à donner leur opinion sur les nouvelles dispositions qu'il s’agit de consacrer législativement ». La circulaire, avant de formuler les questions auxquelles devront être faites des réponses précises, rappelle que des chai- res d'agriculture existent déjà au nombre de 30, dont 9, la plu- part fort anciennes, sont établies sur des bases variables; les 21 autres ont été constituées dans divers départements depuis 1875. En outre, six concours pour de semblables chaires sont annoncés pour 1878 ou 1879 (1). (1) Depuis la publication de la circulaire, diverses chaires ont été créée est mises au concours, notamment dans l'Ariège, dans la Loire, Eure-et-Loir, etc. 70 MÉMOIRES « Le développement de l'institution a été, comme on le sait, constamment progressif, et il est permis d'affirmer, aujour- d’hui, que l'expérience a pleinement confirmé l'efficacité des mesures adoptées par l'administration de l'agriculture à cet égard. » D'autres considérations sont développées en ce qui concerne le traitement et les conditions d'aptitude et d'admis- sion du professeur chargé du cours d'agriculture à l'École nor- male primaire et de faire des conférences nomades sur diffé- rents points du département. _ Quant aux questions énoncées dans la circulaire, la Société, consultée par M. le Président, fait les réponses suivantes : « 4° L'association croit-elle qu’il soit utile et urgent d’orga- niser J’enseignement agricole dans les départements et les communes ? » | L'assemblée émet un avis très-favorable. « 2° Le délai de six années accordé aux départements pour voter les fonds nécessaires à l’organisation de cet enseignement lui semble-t-il trop considérable ? » L'assemblée pense que ces fonds, dont le chiffre ne saurait être bien élevé, devraient être votés dès la première année. Elle appuie cette opinion sur l'exemple de notre département qui, l’un des premiers, en 1856, créa à l'École normale une chaire d'agriculture sans que le Conseil général refusât le vote immédiat des émoluments du professeur. « 3° Convient-il d'obliger le professeur à prendre sa résidence près de l'École normale? » Réponse négative (1). « 4° Est-il nécessaire d'imposer aux candidats aux fonctions de professeur d'agriculture, en dehors des conditions d'âge et de nationalité, la condition d'être munis d'un diplôme de ba- chelier ès sciences ou celle d’avoir suivi le cours d’une école d'agriculture ? » (1) Le lieu de la résidence importe peu, pourvu que le professeur satisfasse à toutes les prescriptions concernant son cours. L'ENSEIGNEMENT DE L'AGRICULTURE 71 Le diplôme de bachelier ès sciences ne semble pas absolument nécessaire. Mais il est essentiel que le titulaire ait suivi les cours d’une école d'agriculture, comme l’a fait notre professeur de l’École normale qui est ancien élève, avec diplôme, des écoles de la Saulsaie et de Saint-Anjeau. ÿ° L'association croit-elle que la loi doive indiquer un pro- no. d'examen? » | Réponse négative. Le programme pourra être formulé dans un arrêté ministériel ou préfectoral. « 6° Croit-elle que le concours doive avoir lieu pour un seul, pour plusieurs ou pour tous les départements de France à la fois ? » Au premier aspect, il semblerait que le concours devrait être pour plusieurs départements à la fois; néanmoins il faut consi- dérer que le cours devra s’adapter le plus possible aux condi- tions particulières des cultures du pays, lesquelles ne peuvent être bien connues par le jury d'examen que dans chaque chef- lieu de préfecture. Sous ce rapport, on éviterait aussi le déplace- ment onéreux des personnes choisies dans le département pour faire partie du jury. « 7° Pense-t-elle qu’il faille soumettre les professeurs ac- tuellement en exercice aux épreuves d’un nouveau con- cours? » Non, pour la Haute-Loire. « 8° Déterminer de quelle façon doit être composé le jury d'examen. » Le jury pourrait comprendre, comme dans le passé, des con- seillers généraux, des présidents d'associations agricoles, (So- ciété départementale et Comices d'arrondissement), l’'Inspecteur d'Académie, le directeur de l'École normale et l'inspecteur gé- néral d'agriculture, président. Il est ensuite donné communication d’un rapport de M. Ri- chard, du Cantal, à M. le Ministre de l’agriculture, lequel a été inséré au Journal officiel et reproduit par M. Barral dans le Journal de l’agriculture (n° du 11 janvier 14879). Il a pour objet 72 MÉMOIRES de rendre compte à M. le Ministre d’une mission qui avait été conférée à cet éminent agrologue pour examiner dans quelle condition est l'enseignement de l’agriculture dans les écoles primaires des départements du ressort de l'académie de Cler- ment, et dans ceux des Hautes et Basses-Alpes. Rappelant juste- ment les vues des assemblées nationales constituantes de 1789 et de 1848 en faveur des populations rurales, M. Richard applau- dit à la pensée du gouvernement « de faire instruire les enfants des cultivateurs de manière à ce qu'ils puissent comprendre les grandes ressources que l'exploitation du sol bien dirigée offre à leur avenir en même temps qu'à la puissance et à la prospérité du pays. » _ Après un exposé des différentes phases qu'a subies le projet d'institution, l’auteur fait observer que l’enseignement agri- cole, tel qu'il est dans l'instruction primaire des départements qu’il a été chargé d'examiner, malgré l’incontestable bonne vo- Jonté de ceux qui s’en occupent, a besoin d'être réglementé pour atteindre pleinement le but que le gouvernement se propose pour nos campagnes. Il ajoute en terminant : « J'ai trouvé, Monsieur le Ministre, partout auprès des fonctionnaires de l'U- niversité à tous les degrés, comme auprès des administrateurs des départements, l'adhésion la plus empressée à vos idées sur l'instruction agricole. J'ai cherché à les développer et à les vul- gariser par des conférences. Partout elles ont été accueillies avec autant de sympathie que de reconnaissance pour l'administration de l'instruction publique, qui veut désormais les faire appliquer dans les écoles des villages. Vous pouvez donc être assuré d'avance, Monsieur le Ministre, que votre désir de faire ensei- gner sérieusement l’agriculture dans l'instruction primaire pourra être accompli à la satisfaction de tous. » Outre les deux documents officiels dont le résumé vient d’être fait, M. le président de la Société, qui est retenu chez lui par une indisposition, a transmis, par une lettre à M. le président de Ja réunion, les observations suivantes : L'ENSEIGNEMENT DE L'AGRICULTURE 13 « La question de l’enseignement agricole, en ce moment à l'ordre du jour de la plupart des sociétés d'agriculture, est des plus intéressantes pour Ja Haute-Loire, département dans lequel on se préoccupe, depuis une trentaine d'années, de propager ce genre d'instruction. « On se rappelle que notre ferme-école de Nolhac fut instituée l'une des premières par un arrêté ministériel du 10 novem- bre 1849, après un avis favorable du Conseil général conforme aux conclusions d'un rapport que j'avais eu l’honneur de lui lire au nom d’une commission spéciale. Cette école, ouverte le o novembre 1850, n'a pas cessé de prospérer, d’abord sous la direction de notre regretté ami M. Chouvon, ensuite sous celle de notre confrère M. Nicolas. On sait également qu'elle a fourni un professeur d’agriculture primaire subventionné par le dé- partement dans l'arrondissement d’Yssingeaux, ainsi que des serviteurs éclairés aux agriculteurs de notre pays et des con- trées voisines. . | « Notre école normale primaire comporte également un pro- fessorat agricole bien organisé, qui fonctionne depuis l’année 1856 où il fut créé par l'initiative de M. de Chèvremont, préfet de la Haute-Loire, avec subvention départementale annuelle. Le titulaire est M. Nicolas, aujourd'hui directeur de la ferme-école, et, comme il a été dit, ancien élève, avec diplôme, des écoles de la Saulsaie et de Saint-Anjeau. L'enseignement donné aux élè- ves-maîtres, qui, à titre d’instituteurs, le propagent ensuite dans les campagnes, est combiné au double point de vue théori- que, par les leçons de l’école normale, et pratique par des tra- vaux de culture à la ferme de Malaval (commune de Vals près le Puy), appartenant à notre confrère M. Béliben et dont l’inau- guration fut faite en 1856 avec solennité par le préfet auxquels s'étaient joints des conseillers généraux, les chefs d’administra- tion publique du Puy et les autorités municipales de Vals. « Notre Inspecteur d'Académie, M. Nicolas, frère du profes- seur d'agriculture, que j'ai consulté, a bien voulu m'écrire qu'il veille à l’enseignement agricole dans nos écoles primaires et 74 MÉMOIRES qu’il se propose même d'en faire une obligation réglementaire à tous nos instituteurs, mesure très-efficace dont nous serons heureux de le féliciter. « En attendant, il m'a informé que des instituteurs s'efforcent de donner à leurs élèves les premières notions d'agriculture et de la taille des arbres. « Lorsqu'une maison d'école nouvelle se bâtit, ajoute M. l'inspecteur, l'administration exige en général qu'elle soit à proximité d’un jardin d'expériences. » « Qu'on veuille bien me permettre d'ajouter qu'ayant rempli, sous l’administration de M. de Chèvremont, les fonctions de maire dans la commune de Vals, j'y avais établi des conférences agricoles hebdomadaires, dont la réussite attestait les sympa- thies avec lesquelles nos populations rurales sont portées à ac- cueillir la vulgarisation des principes d’une agriculture progres- sive. « Cette situation de l'instruction agricole primaire, d'origine déjà ancienne, fort honorable pour la Haute-Loire, fait regretter que la circulaire ministérielle ayant désigné nominativement neuf départements, les premiers pourvus de cet enseignement, ait omis le nôtre; oubli involontaire, sans doute, d’un progrès accompli, comme bien d'autres, dans le pays qui, trop modeste, l'avait laissé ignorer probablement à l'autorité gouvernementale. « Quoi qu'il en soit, M. Richard, du Cantal, appelé l’année dernière au Puy par sa mission ministérielle, en a été instruit. Ce fut à l’occasion d’une conférence, dans un déjeuner auquel M. le préfet Labordère avait eu la courtoisie de convier, avec le savant délégué du gouvernement, le président et d'autres mem- bres de notre Société des amis des sciences. M, Richard ayant bien voulu reconnaître que la Haute-Loire, sous tous les rapports de l’enseignement agricole, était un des plus avancés, nous fit l'offre gracicuse d'en informer M. le Ministre de l'agriculture ct du commerce. « Encouragés par ces flatteuses marques d'approbation, nous concûmes dès lors la pensée que notre ville, chef-lieu d'un dé- parlement intéressant par la densité de sa population et pat EE RS, ER, ce SRE Re. Re RS. “mm » > >» » > » » | Scigle...... 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Haricots..........,... 30 » | > »>1} » x» | x» »| >» »|27 » > » Pommes de terre... 450! 5 »| 5 »| 437| 580| 387| 30 Bœuf (le kil.)........, 190 | » » | » »} » »| > »| >» n» | 162, Vache..... ns «sl 1 67 140! » » 1 40 | » » 1 50 1 C2 Véal.i:ses ii Le 1 8? 1651 175! 1 40 | 1 50 1 60 1 62 Mouton...... : 1 90 1 80 1 70 1 67 1 80 1 75 Î 37 | Porc...., ire ol 1821 160 | 1601 150| 160 | 1 60 1% Foin (le quint. mét.)..| 6 » | » »| 4 »| » »| 6 x| 7 »| 48, Paille ....... ess i 2 »] » » | 275 | n » | 240! 4 x | 177 Froment (l'hect.)...... 2322 » >| » » | n >» | >» >» | 2375 | 21 87 Méteil........ ie 11737) » »] » >| » pv» » | » »| >» v} Jeiglessssiin se 14 05 | 15 50 | 15 >» | 13 87 | 14 >» | 14 83 | 15 56 Org sssesise sos 19 93 1 19 50 15 >» | 14 12 | 15 vw | 15 > | 19 81 AVOINE . esse. 1 931 962 875 | 10 » | 8 81 9121031 Pois.. ...... 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Vache................ 165| 140! » »| 140! » »| 155 | 160: VOA ES dau 1 90 |! 1 70 | 1 70 | 1 50 1 50 | 1 62 1 60 | Mouton.........,..... 2 » | 1 80 | 180 | 1 80 | 1 80 | 1 80 160 Port 1 90 1 65 | 1 60 1 50 | 160 | 1 65 { 60: Foin (le quint. mét.)..! 6 »| » »| 450! 550! 487| 7 » | 4 50 Paille ......... sévsue 2.» » »| 3 »| 2 » N 2 05 MERGURIALES DE LA HAUTE-LOIRE 109 nn | MARCHÉS 27 PRODUITS. . du de du de de de D'Yssin- | Pay. {[Craponne|Monsstier.|Saugues.|Pradelles|Brioude.| geaux. a , JUILLET Froment (l'hect.)...... 23164 x pr Of pe »f xl op xe | 23175: | 21 56° Méteil............. 1 17 54 » »2 | » > >» » » » > p » > Seigle ......... cs...) 14 11 | 15 » | 15 50 | 14 >» | 13 87 | 14 50 | 15 50 Orge .... hu ss... 16 12 | 15 50 | 18 » | 15 » | 14 62 | 15 » | 15 43 AVOIR Sense 9 50 | 11 40 | 9 50 | 10 » | 8 87 | 9 » | 10 12 POIS ss oe 2125 | » »! » > >» » n | >» » » » Lentilles........,.,.... 38 » | » n | » n | n » » » | » »| » » Haricots .............. 30 >» > » » »> > > p » » Pmmes de terre...... 6 12) 5 » 1 5 » | 9 » | 545 | 375] 5928 Bœuf (le kil.) dada dé 1 88 » >» > >» » » > » > » 1 50 VACNDis ones se 1 60 | 140 » >» | 140 » | 160! 155 VÉAU tite une 190! 170! 180! 150] 147! 165] 155 Mouton............... 190} 180 | 180| 1S$0| 180! 183! 15 POP Ge tan care 1 90 160! 160! 150 | 160 | 170! 1535 Foin (le quint. mét.)..| 6 » | » 4 p | 450! 5 »| 7 vw | 445 Paille...... idee ds 2 >| » » | n » | » »| 250| 4 n | 9 » AOUT Froment (l'hect.)...... 23 27 » np » » | » » |. x » | 23 75 | 21 37 Méteil.......,.,.,,... 16 93 | » » | » » | » n | » » | x» 9» » » Seigle.......,,.,...... 14 10 | 15 50 | 15 » | 13 75 | 13 62 | 14 50 | 14 60 OPTO Sn Le. 14 70 | 15 50 | 14 50 |; 14 50 | 13 50 | 192 50 | 12 49 AVOINO Sao 9 39 113 » | 950 | 975 | 850 | 887 | 9 87 POS ares à 2101) > 91 9 » | » » | » » | >» >| » » Lentilles......,.,.,... 29 88 | » » 1 » 1 » » | >» » | > »| » » Haricots.............. 31 04 | >» » >| n 2 | » » | » >» | >» » Pommes de terre ..... 577 | 9 9 >» | 437| » » | 562 | 3 27 Bœuf (le kil.)....,.... 1 80 | » » » | » » | » » » | 1 50 Vaché:rssiissuumuste 1 60 L 40 » » | 140! » »1 1551 155 VEQU reseau: U8 | 170! 165] 150! 145] 160! 155 Mouton. : 1 88 | J 80 | 17 170 | 1 1 90 | 155 BOT 190! 170} 170! 180! 170! 182| 155 Foin (le quint. mét.)..| 6 »| » »| 4 »| 620! » »| 750! 5 » Paille .......,........1 2 >» | » »| >» »| » »| 940 4 » | 2 33 106 PRODUITS du Puy | | Froment (l'hect.) 23! 43° Méteil..,..... oi 17 68 SES PE 14 87 OPPE a esriiecé 14 43 AVOING.......... ss 870 Pois..... ncinadersde 20 62 Lentilles...,.....,...... 29 50 Haricois ss sets 33 12 Pommes de terre.....l 4 52 Bœuf (le kil.)........ 1 80 Vachô....:susess: ss 1 60 Veau....... tunes 1 80 Mouton.sésss ss 1 85 Porc. ....... éeoscoel 1 90 Foin ile quint. mèt.)..| 6 > Paille sion 2 » Froment (l'hect.)...... 23 31 MétEL SEM ess 17 56 SéIRle ss reste usn 14 62 OP essieu 14 31 AVOINIB Essen os 8 7 POISi stars 19 37 Lentilles.............. 29 » Haricots. ........seoses 30 6? Pommes de terre..... 4 18 Bœuf (le kil.)......... L 80 Porc... ses: dei 1 90 | Foin (le quint. mêt.)..f 6 » Paille ss ussess 2 >» de du | de de de d'Yssin- ÀCraponne. Monastier. Saugues.|Pradelles|Brioude.} peaux. — SEPTEMBRE ut sel 297 xt ft xt of x°1 23175 | 22° 17 » >» » >» | » ?» > >» | » » » », 15 50 | 14 v | 18 50 | 13 25 | 15 62 | 14 06 15 50 | 13 50 | 14 » | 12 42 | 13 >» | 11 62 13 »| 925! 950| 825 | 843| 787 »n » » > » > » » >» > ? > » >» > ?» » » ?» > D > » Ÿ » > » » >» > ?} 5 > 4 50 3 79 » à 3 93 2 49 » »| » >» | » » | >» >| >» 150) 140 » »| 140| 155| 155] 150 165! 155! 159}! 160! 160; 1 50 1 80 | 165 | 1 80 | 1 80 | 1 90 150! 1 65 1 60 | 1 60 160! 175 | 150 » »| 4 » | 5 » 5 »1 750! 5 » » » » » | 2920! 220 | 4 » 1 80 oo 14 En Ps bn med OS %Y M ŸY % Y 2 MARCHÉS MERCURIALES DE LA HAUTE-LOIRE en > » >? > «I O1 60 60 MERCURIALES DE LA HAUTE-LOIRE 107 MARCHÉS … PRODUITS. opus tas Een D du de | du de de de d’Yssin- | Puy. |Craponne, Monastier | Saugucs.|Pradelles| Brioude. | geaux. —— — Pr, | NOVEMBRE | Froment (l'hect }...... 2104! vf 2) wf pet x 56! »f x! 21106 | 20! » | i Méteil........,........ 17 45 | » » » » » » | » » > » >» » Sciule issues. 14 08 [15 50 115 » | 15 » | 12 95 14 » | 1137 Orge........ ss 13 19 | 15 50 | 114 » | 12 » | 12 » | 13 14 | 12 G2 AVOING scores six 8 20 | 13 » | 8751 870! 787| 8 »| 819 POS. ose 18 35! » » » » | » » » >» >» » > » Lentilles.........,.... 29 >» | » > » >» | » » » » » » » » Huricots.............. 30 » > > > » » > » » | 23 75 » » Pommes de terre..... 3871 5 » | 4 » | 225 | 375 | 387 | 2 99 Bœuf (le kil.)......... 180! » » | n p» | » » | » » 1 60 | 1 50 Vaches soute 160! 140! » » 1 30 | » » 1 55 1 50 Veadisisissssies cl 1 75 1 70 155 1 37 ] 42 1 60 1 50 Mouton............... 1 81 1 8) 1 G5 1 35 1 77 1 90 1 50 | Porc...... Lassssesedes 1 82 L G0 1 55 1 50 1 50 1 7 1 59 | loin {le quint. mét.)..} 6 37 | » » | 4 » | » »| 512! 750 | 5 32 Paille........ a 9 925 | » » | 2501 » »n | 225, 495 | 2 40 oo DÉCEMBRE Froment (l'hect )......1 20 62 1 » »![ » »! >» »! » »|2125 |19 » MOibil-r uses rat 18 07 » > >» > » » >» » » » > » SGIgle . ss... oise 13 87 | 15 50 | 15 » | 13 25 | 12 » | 11 87 | 11 62 Orge................,013 01 | 15 50 | 13 » | 13 50 | 12 25 | 12 62 | 12 87 ANVOINO ss ere iteo re te 8 06 | 13 » | 7 50 D » 7 50 8 » 8 12 | POS aise irc 18 75 » » > >» D >» Ÿ » » »n » Lentilles...... és 29 » | » » HATICO(S sers 1 30 » | >» » Pommes de terre..... 343! 5 » Bœuf (le kil.)......... 1 80 | » >» Vic este. 1 60 1 NO eee auras |] 1 70 l MOULON ss des | 1 80 | 1 POÉG: Guess deu: so. 171 | 1 6 2 » 2 25 » Digitized by Google TABLE DES MATIÈRES DES DEUX PREMIERS FASCICULES DES MÉMOIRES ET PROCÈS-VERBAUX DE LA SOCIÉTÉ. CENTS TON TT ET RS ESC ET Statuts de la Société des Amis des Sciences, de l'Industrie et ve des Arts de la Haute-Loire........................... 1 A X Arrèté préfectoral autorisant la constitution de la Société... x Bureau de la Société.................. ............... XI Conseil d'administration.................... ee XII La Ligue en Velay, par M. Ch. Rocher....,.... sosie 1 Lettre des consuls de Saugues aux Etats du Gévaudan (1586), par M. À. Lascombe.......... star iese Re 20 Documents sur la maison de Polignac, par M. A. Jacotin.... 31 Documents et notes sur le Velay, par M. Ch. Rocher....... 46 Les chemins de fer de la Haute-Loire, par M. Aymard...... 86 Statuts et Ordonnances de la maison consulaire du Puy en 10075; par M: A: Jacobins ses sodtéasests 109 Procès-verbaux des séances de la Société du 24 février au 29 mai 1818....,.... esta es darts sos. 121 à 151 Documents et notes sur le Velay (suite), par M. Ch. Rocher. 153 Bertrand de Chalancon, évêque du Puy (1202-1213), par | M. À. Jacotin................ Ste dem tiirisne 219 Une pénitence publique en Gévaudan (1378), par M. A. Las- COMDÉS.snaseens Mers barsdannese ete Tes 239 Soumission de la ville de Saugues à Henri IV, par M. À. Las- COMDO she eidae- couette RL. 246 Lettres de bourgeoisie accordées à des habitants de la ville du Puy, aux xvut et xvuri° siècles, par M. Aymard... ...... 245 TABLE DES MATIÈRES Procès-verbaux de l'ouverture des chasses de saint Vosy (1711-4712), par M. A. Jacotin............... ...... Notice sur Le More de La Faye, par M. Henry Mosnier See Une inscription de l'Eglise Saint-Julien de Brioude, par M; Paul'Le Blanc 5. sus nds sisi guet Prix-fait d'un tableau commandé au peintre Guy taccule pour la cathédrale du Puy, par M. Henry Mosnier....,........ Bibliographie historique du Velay, par M. Ch. Rocher...... Statue de Marguerite de Valois à Angoulême, œuvre de M. Badiou de Latronchère, par M. Isidore Hedde........ Monuments et indices préhistoriques ; enquête dans la région supérieure du plateau central de la France, par M. Aymard. Sur le rétablissement des tours, par M. V. Frutieaux....... Procès-verbaux des séances de la Société du 5 juin au à dé- cembre 1878.............. ds tonte Tes dede TABLE DES MATIÈRES DES DEUX PREMIERS FASCICULES DES MÉMOIRES ET DU COMICE AGRICOLE. Concours des animaux gras tenu au Puy, le 9 avril 1878, rapport par M. Nicolas..................,..... Shen Du distome et de la cachexie aqueuse du mouton par M. E. Moullade.............. ; Extrait des procès-verbaux des séances du Comice, du 23 mars au 30 mai 18:8...... A Hide Mercuriales de la Haute-Loire de janvier à mars 1878. .... Pages 323 340 353 à 370 TRAVAUX 39 à 4) TABLE DES MATIÈRES Concours des animaux reproducteurs de la race bovine du Mezenc, tenu à Fay-le-Froid, le 4 septembre 1878, rapport par M. Nicolas..... A Concours départemental d'animaux reproducteurs, tenu au Puy, le dimanche 29 septembre 1878, rapport par M. A. Jacotin....... A hassan drain tes . Concours d'animaux de boucherie, tenu au Puy, le 1° avril 1879, rapport par M. A. Jacotin........... sous: Méete L'enseignement de l’agriculture dans l'instruction primaire, par M. Aymard............. Mises RS Le phylloxera, ses ravages, les moyens de le combattre, par M. le docteur Langlois......... dns Ress Observations météréologiques, par M. Nicolas..... Rs Mercuriales de la Haute-Loire, d'avril à décembre 1878..... ee ee = — à cm Le Puy, Lvpographie et lithographie Marchessou fils. Pages 47 b4 69 75 1U? 103 à s Lg « de 0-13 + (2 ñ PE a : \ : - s ai à D i | F s _ ; | Te | «AVR Lors -L'7 * | D SERA Leo es YU TN v ë IL 4x s 2 be 0 t { à Be lé LP: Digitized by Goog . dd . | “4 D : si EU te : - | : HT $ t | Fe ET | À | , are : ‘14 La | ur "à A, . — = a .— . 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